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Chronique   

Transatlantic – The Absolute Universe


Il faut s’accrocher. Ceux qui suivent les pérégrinations de Transatlantic savent que le super-groupe composé de Neal Morse, Roine Stolt, Pete Trewavas et Mike Portnoy fait fi de toute restriction, y compris dans la manière de présenter sa musique. Transatlantic se veut le groupe progressif par excellence, que ce soit par son orientation musicale débridée ou son agencement. Premier coup d’audace : The Whirlwind (2009) présentait une seule chanson de 77 minutes. Rien qui ne tient cependant la comparaison avec leur dernière création en date, une œuvre gargantuesque et insolite intitulée The Absolute Universe: Forevermore. Une véritable orgie sonore, fantasme absolu de tout amateur du genre.

The Absolute Universe se décline sous trois formes différentes : en cela réside l’originalité de la démarche de Transatlantic. Le groupe a réalisé un double album intitulé Forevermore, aux côtés d’une « version simple », un album unique du nom de The Breath Of Life. La troisième forme est une édition ultime qui contient les deux sous l’appellation The Absolute Universe. Surtout, The Breath Of Life n’est en rien une version éditée de Forevermore. Abrégée est le mot juste. Il est une nouvelle exploration des mêmes chansons, des versions réinterprétées avec de nouvelles paroles ou de nouveaux arrangements. En somme, Transatlantic s’est amusé à décliner différemment plusieurs chansons toujours sous la houlette du producteur Rich Mouser. Transatlantic encourage les allers-retours entre les deux versions pour pleinement appréhender l’ampleur de son travail.

L’introduction cinématographique « Overture » présente sur les deux versions nous fait profiter du même motif mélodique décliné différemment – celle étendue de Forevermore profite notamment de développements et solos plus longs et même de l’intervention de chœurs, tandis que The Breath Of Life fait intervenir tout un passage de cordes – avant d’aboutir sur un rock pleinement inspiré des seventies. « Heart Like A Whirlwind » (« Reaching For The Sky » sur la version brève, paradoxalement… plus long) présente un condensé de la recette Transatlantic : des breaks incongrus, des mélodies appuyées par le clavier au sein d’une composition qui finit toujours par retomber sur ses pattes, quelle que soit son évolution. Une sorte de compromis maîtrisé entre The Whirlwind et Kaleidoscope (2014). « The Darkess In The Light » va emprunter quelques arguments funk, portés par un duo Portnoy-Trewavas plus groovy que jamais, et des influences jazz-latines lors du solo de Roine Stolt, comme si Transatlantic flirtait toujours avec les registres sans pleinement y adhérer, soucieux de conserver son intégrité de « groupe transversal ». « Swing High, Swing Low » prend des airs de ballade pop avec sa guitare folk et ses ponctuations de piano. « Solitude » joue quant à lui pleinement la carte du mielleux avec son piano cyclique, peut-être plus malheureux quant à son interprétation vocale nasillarde. « Rainbow Sky » rappelle inévitablement un mélange de Queen et des Beatles par son introduction sautillante signée Neal Morse, alors que « The World We Used To Know » honore la tradition des titres longs à l’humeur changeante, garante de la virtuosité de musiciens qui se délectent des renvois mélodiques au sein de ses titres. Le final à l’émotion grandiloquente « Love Made A Way » a même droit à son prélude intimiste, tandis que « Looking For The Light » avec son ternaire désabusé (mention spéciale à l’expressivité vocale de Mike Portnoy) profite d’une extension via sa reprise.

Que l’on soit éprouvé ou ravi par le double album, la découverte de The Breath Of Life achève de combler. « Take Now My Soul » est une interprétation différente, légèrement plus langoureuse de « Swing High Swing Low ». On y trouve même un titre absent de Forevermore, « Can You Feel It », présentant un Transatlantic aussi concis qu’efficace évoquant certains hits de Porcupine Tree de l’époque In Absentia-Deadwing (2002-2005). Il faut toutefois nuancer les propos du groupe qui se targue d’avoir une approche complètement inédite. The Breath Of Life a certes suffisamment de différences pour s’apprécier en parallèle de Forevermore, il contient tout de même bon nombre de points communs avec son grand frère et une fois les premières impressions estompées, on en vient à douter de sa plus-value. L’esprit considèrera toujours les 90 minutes de Forevermore comme l’essence de The Absolute Universe. L’argument d’une version « plus courte et plus digeste » semble presque un paradoxe : Transatlantic ne s’écoute pas pour son accessibilité dans tous les cas.

The Absolute Universe va rassasier tous ceux qui attendaient des prouesses de la part du quatuor. La quantité, la qualité et la variété de la musique sont à louer. Le procédé, intéressant en premier lieu, tient moins sur la durée. The Breath Of Life a des qualités bien à lui, trop peu nombreuses pour nous arracher des bras de Forevermore. Le rapport qu’entretiennent les deux ouvrages en devient anecdotique à terme. Un univers immense dans lequel on préfèrera peut-être séjourner dans quelques endroits seulement une fois l’entrain de l’expédition retombé.

Clip vidéo de la chanson « Looking For The Light » :

Clip vidéo de la chanson « The World We Used To Know » :

Clip vidéo des chansons « Overture » et « Reaching For The Sky » :

Album The Absolute Universe, sortie le 5 février 2021 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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