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Chronique   

Tremonti – A Dying Machine


Mark Tremonti se porte bien, merci pour lui. Que ce soit avec Alter Bridge ou son projet solo qui nous a gratifié de l’efficace doublette Cauterize (2015) et Dust (2016), le guitar hero ne compte pas lever le pied et continue de partager son enthousiasme. Cet entrain, il est transparent lorsqu’on s’intéresse à sa nouvelle entreprise, un album concept jumeau d’un roman co-écrit avec l’auteur cyber punk John Shirley : A Dying Machine. Fervent amateur de littérature, l’idée d’une « machine en train de mourir » paraissait à Mark Tremonti l’occasion de s’essayer à la création d’une histoire et d’un univers auxquels sa musique se subordonnerait. A Dying Machine, quatrième opus solo du guitariste, est une expérience qui se doit d’être accompagnée par le texte, ou au moins envisagée avec lui.

L’idée est née en Hongrie lors d’une tournée avec Alter Bridge, pendant que le guitariste s’échauffait avant de monter sur les planches. Elle est celle d’une coexistence future entre les humains et les vessels (littéralement « vaisseaux » ou « réceptacles » en français). Sans aller jusqu’à la dystopie, Mark Tremonti s’est essayé à l’anticipation, en illustrant à sa façon la relation ambivalente entre l’humain et la machine et justement la nature de ce qui fait l’humanité. Conscient de ne pas avoir ni le temps ni les capacités d’écrire un roman seul, le texte d’A Dying Machine a été principalement travaillé par John Shirley. Prévu pour sortir en même temps que l’album, les deux items sont presque indissociables. Musicalement, la musique doit servir le sujet, Tremonti compose pour le livre. Partant souvent de rythmes de batterie, qu’on pourrait assimiler aux « battements du coeur » de la machine – à l’instar des pêches démarrant l’opus avant de se lancer dans le rythme haletant de « Bringer Of War » -, le guitariste cherche à élaborer ses chansons pour dépeindre les états d’âme du protagoniste. Ainsi, « The Day When Legions Burned » aux accents speed metal dessine la violence et relate le début du conflit entre les vessels et les humains. L’ensemble des compositions sont une fenêtre sur les ressentis des personnages du roman soumis au paradoxe d’humains qui se « machinisent » avec des organes synthétiques et de vessels qui recherchent leur part d’humanité et sa reconnaissance. Le recours à la fois à la fiction et à l’exploration de sentiments humains permet à Tremonti de s’adonner à des titres plus proches de la ballade qu’à l’accoutumée, à l’instar de « Desolation » (avec sans doute le meilleur lead de guitare de l’album) et surtout « The First The Last ». Le jeu de batterie en pulsations de Garrett Whitlock soutenu par la basse pop d’Eric Friedman font ressortir la composition parmi les treize autres et dévoilent un Tremonti à fleur de peau dans son interprétation vocale (en témoignent les nombreux « wohooo » un tantinet caricaturaux de l’outro).

Le travail réalisé sur le chant s’inscrit dans la lignée de ce que Tremonti a réalisé sur ses deux précédents opus, l’accessibilité de la musique de ce dernier doit beaucoup à la qualité mélodique des refrains, que ce soit le langoureux « As The Silence Becomes Me » ou le dynamique « Trust » qui alterne les tensions entre les couplets soutenus par une guitare rythmique syncopée et le refrain à accords ouverts. Effectivement, A Dying Machine ne réinvente pas le style de Mark Tremonti. Les innovations sont minimes, elles résident dans des nuances d’accordages et au niveau du chant (« The First The Last », le quasi pop-punk « Take You With Me »). Si Tremonti se permet des arrangements mélodiques et des passages ténus plus explicites, il ne renie pas pour autant son penchant puissant et agressif qui reste la tonalité première de l’album : les trois titres d’ouverture, dont le pêchu « The Bringer Of War » et sa caisse-claire martiale, posent les fondations de l’opus. On perçoit les vestiges de Cauterize et Dust avec néanmoins une attention accrue sur le songwriting, album-concept oblige. Tremonti ne se laisse que très peu emporter par des démonstrations guitaristiques. On retrouve des soli lors du très power-thrashy « From The Sky », de l’explosif « Throw Them To The Lions » et du heavy « Make It Hurt » ou encore du mid-tempo grungy « Traipse ». Le guitariste cherche davantage à nuancer les atmosphères, résultat d’un processus de composition parallèle à la rédaction. En témoigne « A Dying Machine », passant de la mélancolie à une forme de rage, et son pont éthéré finement développé, ou l’introduction à la Deftones de « Trust ». Il y a toutefois une volonté de s’extraire de sa zone de confort, décelable via la conclusion instrumentale « Found » qui témoigne de l’amour du guitariste pour Massive Attack à travers une approche trip-hop incongrue mais bienvenue.

Si l’on fait fi de la lecture du roman en parallèle de l’écoute, A Dying Machine fait presque office de « Dust bis » avec un songwriting plus nuancé et fignolé. Toutefois, lorsqu’on prend conscience du travail réalisé dans la création d’une fiction et de sa « bande originale » qu’est A Dying Machine, ce dernier prouve qu’il s’apprécie à différentes échelles, que ce soit lors d’une immersion totale en le jumelant avec la lecture ou d’une manière plus lâche ne se fiant qu’au talent de Mark Tremonti.

Lyric video de la chanson « Bringer Of War » :

Clip vidéo de la chanson « Take You With Me » :

Lyric video de la chanson « A Dying Machine » :

Album A Dying Machine, sortie le 8 juin 2018 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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