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Nouvelles Du Front   

Trent Reznor (Nine Inch Nails) enfin dans le haut de la spirale


Plus qu’un questionnement, une hésitation. C’est ce que semble stipuler le titre du nouvel opus de Nine Inch Nails, qui signe le retour du groupe sur le devant de la scène quatre ans après la fin d’un Wave Goodbye Tour, censé comme à chaque grande tournée du groupe clore un chapitre de la vie mouvementée de Reznor et des différents line-up qu’il a donné à sa créature Nine Inch Nails. Et malgré des choix tranchés tout au long de sa carrière, Reznor est, comme de nombreux artistes talentueux, sujet à l’hésitation, au manque de confiance en soi lorsqu’il s’agit d’affronter un public avec ses compositions intimistes.

Ce fut un temps à travers l’alcool et les drogues qu’il combattit cette peur, et accompagné de grands de ce monde musical comme David Bowie qu’il parvint à affronter cette crise perpétuelle de la création… Il évoque notamment ces différents aspects dans une interview accordée à The Guardian, où il dévoile un peu de son état d’esprit actuel, parle de son combat gagné contre les addictions, et de certains ingrédients de ses différentes vies qui font que Trent Reznor est aujourd’hui un homme mieux dans sa peau et dans son art.

Quand il s’agit en fait d’ouvrir ses tripes et de les dévoiler au grand jour, qui ne serait pas apeuré d’un tel déballage? D’un culte Downward Spiral, exutoire exacerbé de la haine de Reznor envers lui-même et ses congénères, à la mise à nu de son inconscient dans les sonorités rêveuses de l’étonnant Ghosts I-IV, en passant par l’exposition de sa posture de guerrier aux pieds d’argile dans The Fragile, Nine Inch Nails est avant tout le bras armé de son instigateur, la formation qui permet à la créativité débordante de Reznor de s’exprimer, et à son âme de se dévoiler. Mais à l’époque de The Downward Spiral, Reznor n’a pas les épaules assez larges pour tout encaisser et supporter un tel déferlement de sentiments : « C’était comme si j’étais dans un trou sans fond et infini de rage et de haine de soi à l’intérieur de moi-même. […] Je pensais que je pouvais passer outre en mettant tout dans ma musique, en me mettant devant un public et et en leur criant les émotions qui venaient de mes tripes… Mais au bout d’un moment, cela n’a plus suffit, et d’autres choses ont pris le dessus – les drogues et l’alcool. » Le Self-Destruct Tour pour soutenir l’album, qui se déroulera partiellement en compagnie de Marilyn Manson et de Hole, le groupe de Courtney Love, est une gigantesque orgie scénique et, en coulisses, deux années (1994 et 1995) de folie pure sur fond de cocaïne, d’alcool, de frasques sexuelles en tous genres et de destructions de tout le matériel que Reznor, Manson et ses compères peuvent rencontrer.

Trent Reznor et Marilyn Manson en 1995 ; a priori, tout va bien…

Il faut se remettre un peu dans le contexte de cette tournée pour comprendre l’épuisement physique et psychique de Trent Reznor au bout de cette tournée dantesque. Le chaos règne tous les soirs sur le Self-Destruct Tour, avant, pendant et après le concert. Trent Reznor et les autres vivent dans une réalité différente, et jamais une tournée n’a aussi bien porté son nom. Le révérend Manson et ses deux acolytes Twiggy Ramirez et Daisy Berkowitz sont à l’époque intenables. A Tampa, en Floride, c’est une fellation à peine déguisée de Manson sur Robin Finck qui choque l’Amérique bien-pensante. A Salt Lake City, où réside une forte communauté mormone, Manson se pointe sur le côté de la scène pendant le show de Nine Inch Nails et déchire les pages de la Bible. Et les destructions de matériel sont continues sur et hors de la scène. A San Francisco, le groupe est même obligé de quitter la scène au bout de dix minutes de concert : le visage de Chris Vrenna est en sang car Trent lui a lancé un pied de micro au dessus du kit de batterie… avant de revenir une demi-heure plus tard, comme si de rien n’était.

Si Reznor a développé ses addictions à cette époque, il lui faudra un certain temps avant de s’en défaire. Usé psychiquement, il criera, encore, son mal être à l’occasion de la sortie de The Fragile, finalement sorti en 1999, mais qui aurait pu voir le jour deux ans plus tôt si Reznor n’avait pas été autant au bord du gouffre… Le producteur Rick Rubin lui avait même préconisé l’isolement, loin de son arsenal technologique de l’époque et des diverses tentations pour qu’il se concentre sur l’écriture. Ce qu’il fera dans une villa de Big Sur en Californie, seul avec son piano pendant de longues journées. En sortiront à peine quelques démos pour le futur The Fragile, mais surtout un Reznor déprimé, trop faible pour une telle introspection. L’album verra bien le jour après deux ans de travail acharné dans son studio de La Nouvelle Orléans, un refuge pour les innombrables phases de dépression de l’artiste. Et quand il s’agit de repartir en tournée pour soutenir le nouvel opus, les ennuis réapparaissent : le concert au Coliseum de Nassau est même annulé car Trent Reznor a les cordes vocales éreintées par ses excès de drogues et d’alcool. Jusqu’à cette tournée européenne et la date du Lost Week-End Festival au Docklands Arena de Londres où le leader de Nine Inch Nails lutte pour rester en vie après une overdose d’héroïne chinoise, ayant confondu cela avec de la cocaïne…

Cet événement, il le voit aujourd’hui comme noyé parmi d’autres à une période ou tout était noir pour lui : « J’étais si profondément en proie à l’addiction que c’était merdique, mais cela ne me semblait pas plus merdique que plein d’autres choses. […] Tu as tendance à accumuler les mauvaises choses quand tu es dans cette posture. Ma maison avait été cambriolée, comment cela a-t-il pu m’arriver ? Tiens, ma voiture a été volée, oh, je me réveille à l’hôpital… Cela ne semble pas tant sortir de l’ordinaire quand tout est merdique. » Pourtant, c’était quelque part le point de départ du renouveau de Trent Reznor : « Pour moi, c’était une pierre supplémentaire à l’édifice pour me rendre compte que c’en était trop. » C’est peut-être là qu’il faut chercher la résurrection du maître d’œuvre de Nine Inch Nails. Un renouveau humain et musical, que la proximité d’un grand comme David Bowie a beaucoup aidé à l’époque, quand Bowie et Reznor ont partagé une tournée commune, en 1996 : « J’approchais le sommet de mon addiction, et son rôle était celui d’un mentor, d’un grand frère, d’un ami, qui m’a donné une sorte de conseil chamanique. » Alors que Bowie interprète sur scène à cette époque son concept-album Outside, et que Nine Inch Nails joue en première partie, il sort à Reznor et sa bande : « Les gars vous allez nous détruire sur scène, parce que nous ne jouons rien de ce que les gens ont envie d’entendre. Personne ne veut vraiment entendre ce nouvel album. Ce qu’ils veulent entendre c’est ‘The Jean Genie’ et tous les tubes, mais je n’ai pas ça en moi pour faire cela maintenant. ».

Trent Reznor dans le clip de David Bowie pour la chanson « I’m Afraid Of Americans », extraite de l’album Earthling (1997)

Reznor a été marqué par cette phrase de Bowie et lui a beaucoup appris sur lui-même, la création artistique, son renouvellement et la remise en cause perpétuelle : « J’ai alors pensé que, pour construire quelque chose, une personne ou un son, qui n’est pas vu et revu, le jeter et essayer de faire quelque chose de neuf… il faut des couilles pour faire ça ! Est-ce que j’aurai le courage de faire ça, ou est-ce que je ferai simplement une carrière pour répondre aux attentes ? » Les différents personnages et périodes de Bowie l’interpellent au plus haut point. Il y trouve à la fois une capacité de revivre humainement et de rebondir artistiquement. Et c’est ce qu’il a fait. En se renouvelant aussi fréquemment que possible à travers des albums tous différents les uns des autres, mais également en multipliant les expériences, comme les bande originales de films qu’il a écrit pour David Fincher, dont celle pour The Social Network récompensée d’un oscar en 2011. Ou encore en se lançant dans un nouveau service de streaming en ligne en compagnie de Dr Dre et du PDG d’Interscope, un rival de Spotify plus rémunérateur pour les artistes, comme il avait déjà développé un système innovateur de mise en ligne des albums The Slip et Ghosts I-IV.

Le nouvel album Hesitation Mark se situe dans le haut de la spirale, à l’exact opposé de celui qu’il était lors de l’élaboration et de la tournée de The Downward Spiral : « Cet album a été écrit de l’autre côté de ce voyage. Le désespoir, la solitude, la rage, l’isolement et le côté non-adapté sont toujours en moi, mais je peux les exprimer d’une manière qui semble plus appropriée à ce que je suis maintenant. Et souvent, cette rage est plus calme. » Il a donc une fois de plus innové avec un nouveau procédé d’écriture, seul avec une boîte à rythme, sans guitare ni piano, juste lui et une machine. Un procédé minimaliste, un défi que le leader de Nine Inch Nails a forcément trouvé « excitant ». Loin de l’arsenal technologique de certaines périodes, loin des prouesses techniques de certaines tournées, avec un show qui sera fondé essentiellement sur « l’ombre et la lumière ». Et après avoir longtemps flirté avec les ténèbres, c’est bien dans les lumières d’un homme plus accompli, et finalement plus heureux, que l’on cherchera désormais l’hyperactif Reznor.



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