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Interview   

Tribulation : créateurs de la nuit


Tribulation 2015

Dans une scène death mélodique suédoise saturée depuis près de deux décennies, de nouvelles formations arrivent encore à émerger et, surtout, se démarquer de la masse en faisant les choses à leur façon. C’est le cas par exemple de Tribulation, qui signe cette année son troisième album The Children Of The Night, rafraîchissant, aux ambiances nocturnes et imagées.

Nous avons rencontré Adam Zaars, guitariste et cerveau créateur principal de la formation, pour nous présenter l’opus mais aussi, de façon générale, ce talentueux groupe qui mériterait qu’on s’y intéresse plus largement dans les années à venir. Adam nous parle ainsi de la possibilité de faire une musique neuve tout en prônant la vieille école, ce qui pourrait, de prime abord, sembler contradictoire, mais aussi d’un thème qui est cher à la musique de Tribulation : la religion et la spiritualité. Se définissant lui-même comme croyant, il nous expose une vision de la spiritualité relativement en marge de ce que l’on entend habituellement. Tribulation est définitivement un groupe qui trace sa propre route.

Tribulation 2015

« La musique, pour moi, est quelque chose de céleste, de très étrange. Je veux dire que si tu réfléchis vraiment à ce qu’est la musique, c’est un phénomène vraiment très étrange. »

Radio Metal : Tu as été cité affirmant que ce nouvel album « reprend là où The Formulas Of Death se terminait. » Est-ce quelque chose que vous avez fait consciemment ?

Adam Zaars (guitare) : Non, pas vraiment. Je dirais que c’est juste arrivé, c’est venu avec la manière dont nous écrivons la musique, je pense. Et ce que je voulais dire en déclarant ceci, c’est que je trouve que les dernières chansons que nous avons faites pour l’album précédent auraient facilement pu se retrouver sur ce nouvel album, au moins certaines d’entre elles. Et je pense particulièrement à “Rånda”, “Ultra Silvam” et “Apparitions”, celle qui clôt l’album précédent. L’écart n’est pas si grand si tu le vois sous ce contexte.

L’album a été enregistré dans différents studios suédois (Studio Gröndahl, Honk Palace, Studio Cobra, Necromantic Studios et The Resting Stone). Y a-t-il une raison particulière à cela ?

Oui, il y en a plusieurs. La première est une raison financière. Nous avions un studio où nous avons enregistré les batteries, et nous avions besoin de ce studio parce que la pièce réservée à cet effet est censé être très bonne, je ne connais rien à ça mais… Mais ce studio s’est révélé être très cher, et du coup il nous était impossible d’y rester. Nous sommes donc allés ailleurs, là où notre budget nous le permettrait, et nous nous sommes retrouvés au sous-sol de Nicke Andersson où il a un nouveau studio qui s’appelle Honk Palace. Nous y avons enregistré les guitares, la basse et le chant. Et ensuite nous avions aussi besoin d’un studio qui avait tous les instruments additionnels que nous voulions, parce qu’il y en a beaucoup sur le nouvel album. Notre producteur, Ola Ersfjord, a permis tout ça. Je dirais que c’est une bonne chose pour l’enregistrement parce que nous avons pu tout faire par étape. Nous avions toujours quelque chose que nous attendions avec impatience et nous ne nous lassions pas à rester dans la même pièce pendant un mois et ainsi de suite. Ça paraît être pénible mais je pense que c’était une très bonne chose.

Comment avez-vous maintenu la cohérence des enregistrements en changeant tant de fois d’environnement au cours du processus ?

J’y ai pensé avant de le faire, en fait : « Est-ce que nous n’allons pas perdre l’atmosphère de l’enregistrement ? » Mais ça n’a pas été le cas. Je dirais qu’au contraire, ça a gagné en profondeur avec chaque studio. Et le studio qui a été le plus inspirant était le dernier, parce que tout était terminé, toutes les guitares, la basse et le chant, donc en gros les parties rock n’ roll étaient bouclées, et alors nous pouvions être vraiment très créatifs avec tous les fantastiques instruments. C’est pourquoi je pense que la cohérence s’est approfondie à chaque fois qu’on a changé de studio.

Ce nouvel album s’appelle The Children Of The Night (NDT: les enfants de la nuit). Est-ce que ce serait ainsi que vous vous définiriez, comme étant des enfants de la nuit ?

Dans le contexte de Tribulation, oui. Nous sommes des enfants de la nuit, mais je pense que quiconque écoute cet album, ou même en quelque sorte y participe, ressent une connexion avec l’album et, je suppose, est un enfant de la nuit. Je veux dire que c’est un titre abstrait ; ça ne fait pas référence aux loups comme dans le Dracula de Bram Stoker. C’est plus grand que ça, je dirais, et nous avions besoin d’un titre tel que celui-ci qui pourrait englober tout l’album, plutôt que de sortir une phrase spécifique des paroles ou simplement prendre le nom d’une chanson ; nous avions besoin d’un plus grand titre que ça. Et au départ, le titre paraissait assez fade, un peu cliché, mais après y avoir réfléchit pendant environ une semaine, nous trouvions tous que, dans ce contexte, pour quelque raison que ce soit, ça paraissait vraiment être le bon. Donc, comme nous le faisons toujours dans Tribulation, nous avons suivi notre intuition et avons dit : « Allez ! C’est celui-ci. » Et je trouve que nous avons fait le bon choix.

Qu’est-ce qu’un enfant de la nuit à ton sens, en fait ?

Dans le contexte de Tribulation, nous écrivons toujours à propos des côtés sombres des religions et de notre spiritualité, et la musique en soi est à mon sens très sombre, donc la nuit est bien sûr le symbole de cette obscurité. Et c’est de là que provient toute l’inspiration pour la musique, la source de son atmosphère. Tout du moins, c’est ça la nuit pour moi. C’est une source d’inspiration infinie. Et c’est assez difficile à définir je trouve, c’est plutôt quelque chose que l’on ressent.

Tu as dit que vous étiez des enfants de la nuit, en précisant « dans le contexte de Tribulation », est-ce que ça veut dire que vous êtes différents dans votre vie de tous les jours par rapport au contexte du groupe ?

Non, pas du tout, vraiment. Je veux dire que je ne suis pas la même personne au même degré lorsque je suis avec Tribulation par rapport à lorsque je suis avec mon fils, tu sais. Mais c’est une partie de nous, ce n’est pas un déguisement que l’on revêt lorsque nous sommes dans Tribulation, mais c’est quelque chose que l’on accentue. Ce que nous faisons est une forme d’art. C’est comme lorsque nous sommes sur scène, c’est une extension de notre personnalité que tu vois. Ce n’est pas un simulacre ou quoi que ce soit. Les gens ont plusieurs côtés, et ceci est une part de nous-mêmes, pas poussée à l’extrême mais renforcée.

Tribulation - The Children Of_The Night

« Je crois en toutes les religions, vraiment, car j’estime qu’elles peuvent toutes être des outils significatifs. […] Tu peux parler la langue Hindu ou tu peux parler la langue Chrétienne mais au final, c’est un peu la même chose, tu finis au même endroit. »

Tu as une fois expliqué que « la plupart de [vos] paroles parlaient de l’expérience de dépasser le monde ordinaire tel que nous le connaissons, en s’approchant du divin ou peu importe comment on choisit de l’appeler. » Peux-tu nous en dire davantage sur ta propre expérience de la spiritualité ? A quel point est-ce important dans ta vie et pour le groupe ?

Effectivement, c’est important dans ma vie. L’art et la religion sont les deux grandes choses que j’ai dans ma vie. C’est donc important. Mais dans Tribulation ça n’a pas nécessairement à voir avec nos expériences personnelles. Ca a en partie à voir, mais c’est surtout quelque chose qui, nous l’estimions, devait apparaître dans nos paroles parce que c’est, comme je l’ai dit, de là que provient la musique. Il semble que cela provient, d’une certaine façon, d’un endroit très sombre. La musique, pour moi, est quelque chose de céleste, de très étrange. Je veux dire que si tu réfléchis vraiment à ce qu’est la musique, c’est un phénomène vraiment très étrange. Ce sont juste différents sons et bruits que nous mettons dans une certaine séquence et qui peut nous faire pleurer, qui peut nous rappeler quelque chose de notre enfance, ça peut nous faire voyager à travers le temps, pour ainsi dire, ça peut faire plein de choses. C’est la beauté de la musique. C’est très abstrait et c’est ce que, d’après ce que je ressens, nos paroles reflètent, en ce sens, parce que je ne nous vois pas écrire sur la violence ou la politique. On pourrait et il n’y a pas de mal à ça mais, dans Tribulation, il n’a jamais été question de faire ça. Nous voulons vraiment rester sur un plan plus abstrait.

Peux-tu m’en dire plus sur tes croyances qu’on peut entendre et lire dans ta musique ?

Eh bien, je suppose que je peux en dévoiler une partie, mais ce n’est pas… Je veux dire que je ne suis qu’un membre du groupe et nous sommes quatre individus différents avec des croyances différentes, donc ça n’a pas forcément à voir avec la musique. C’est le cas à un certain niveau. Je veux dire que, sur le nouvel album, j’ai écrit la moitié des paroles et des chansons. Mais, comme je l’ai dit auparavant, les paroles de Tribulation que j’écris me sont personnelles mais elles sont aussi inscrites dans le contexte de Tribulation, ce qui est important parce qu’il y a d’autres aspects à ça. Mais qu’est-ce que je peux dire sur mes croyances ? Je dirais que c’est un voyage sans fin, une recherche sans fin. Je n’ai jamais eu le sentiment de me retrouver dans une religion particulière. Le christianisme ne m’allait pas, tu sais. Je suppose que ce qui me parle le plus serait une religion indienne, surtout l’Hindouisme mais, pour autant, je ne suis pas un Hindou. Je pense juste que la religion est quelque chose que tu peux choisir. Je crois en toutes les religions, vraiment, car j’estime qu’elles peuvent toutes être des outils significatifs. Je veux dire que la religion est comme un langage que tu peux parler. Tu peux parler la langue Hindu ou tu peux parler la langue Chrétienne mais au final, c’est un peu la même chose, tu finis au même endroit je pense. Et je n’ai jamais vraiment trouvé l’endroit idéal, et je pense que je ne le trouverai jamais. Mais je base effectivement une bonne part de ma philosophie sur certaines… C’est difficile à dire… J’allais dire dans certaines philosophies indiennes mais il y en a tant ! [Petits rires] Donc c’est assez superficiel de le dire comme ça. Mais je pense que tu peux dire que je ne suis certainement pas un athée et je ne suis pas non plus un agnostique. Je suis religieux mais je n’adhère pas à une religion.

Ça va en fait un peu à l’encontre de ce qu’on voit ou entend habituellement dans le metal parce qu’il semble y avoir beaucoup d’athées et d’agnostiques dans ce milieu, et les musiciens et fans de metal se dressent souvent contre les religions…

Ouais, mais je suis aussi contre les religions organisées, jusqu’à un certain point, parce que… Je veux dire que les gens ont le droit de choisir ce qu’ils veulent et je ne suis pas contre le choix des gens d’aller à l’église ou à la synagogue ou à la mosquée, ou peu importe ce qu’ils veulent faire. Ce sont les politiques de la religion qui sont horribles. Ce sont les crimes de la religion qui sont horribles. Ce ne sont pas les croyances. C’est l’action de certains religieux qui est horrible. Et je suis contre ça autant que n’importe qui. Je pense que la religion ou la spiritualité a pris un coup dans le monde moderne à cause de ça, et je pense que les gens oublient que ça peut en fait être autre chose. Ça n’a pas forcément à être des terroristes musulmans ou des prêtres catholiques qui violent de petits garçons, ça, c’est la part vraiment, vraiment moche de la religion. Je ne suis donc pas contre les religions mais je suis contre tout ce qu’un athée, j’imagine, serait contre également.

Dans votre musique, il semble y avoir une sorte de dualité dans les thématiques entre l’horreur et la religion. Penses-tu qu’elles sont liées, d’une certaine façon ?

Ouais, d’une manière elles le sont, tout du moins dans Tribulation. Je dirais que l’aspect horreur vient surtout de la musique en elle-même, car nous n’écrivons pas sur les films d’horreur. Il se peut que nous utilisions un langage, encore une fois, qui soit emprunté à la littérature gothique ou à l’horreur en général, mais le côté horreur vient vraiment de la musique. C’est ce que j’entends lorsque j’écoute la musique. Sur le premier album, nous avons en fait, effectivement, écrit sur des films d’horreur. L’imagerie et l’atmosphère est toujours là maintenant mais j’écris sur, non seulement la religion, mais aussi des sujets spirituels de façon générale, pour ainsi dire. En fait, je ne trouve pas le bon terme pour le définir [petits rires].

Tribulation 2015

« Il n’y a rien qui dise qu’on ne peut pas écrire un album aujourd’hui qui sonne comme s’il avait été fait en 64, 74 ou 84, tout en sonnant neuf, parce que cette musique peut emprunter de nombreuses routes. »

On a parlé avec le chanteur d’At The Gates Tomas Lindberg et il a mentionné Tribulation comme un exemple de groupe qui parvient à avoir un côté old school tout en progressant et faisant des choses nouvelles. Te retrouves-tu dans cette description ?

Ouais, je m’y retrouve ! Complètement ! Et je suis heureux d’entendre qu’il ait dit ça ! Si nous visions quelque chose, ce serait ça. C’est quelque chose de très, très naturel pour nous parce que toute la musique que nous écoutons est considérée comme old school. Mais nous ne copions personne. Nous voulons créer de l’art. Nous voulons faire notre propre truc. Je pense donc que c’est une conséquence très naturelle de l’attitude que nous avons dans le groupe, vraiment.

En fait, être un groupe qui reste fidèle à la vieille école tout en étant au goût du jour peut sembler contradictoire pour certaines personnes. Penses-tu que ce soit possible ?

Ouais, je le crois parce que, c’est quoi être au goût du jour ? Est-ce que c’est avoir une batterie triggée et une quantité extrême de distorsion sur les guitares ? Certains diraient que ouais, c’est comme ça qu’on fait si on veut sonner moderne. Je veux dire que ce n’est pas si difficile de sonner old school ou autre. Mais je pense que c’est une bonne description du groupe et c’en est une conséquence naturelle. Je m’en fous un peu en fait [petits rires]. Mais je pense effectivement que c’est possible parce que, c’est comme n’importe quel vieux groupe, peu importe lequel… Bien sûr qu’ils auraient pu écrire des albums différents que ceux qu’ils ont écrits… [Il hésite] Bon, ce que je suis en train de dire, c’est que ouais, je pense qu’un album aurait pu être écrit en 84 et quand même sonner différemment, et il n’y a rien qui dise qu’on ne peut pas écrire un album aujourd’hui qui sonne comme s’il avait été fait en 64, 74 ou 84, tout en sonnant neuf, parce que cette musique peut emprunter de nombreuses routes. Certaines d’entre elles ont été empruntées à mort mais si tu essaies vraiment et cherches à faire quelque chose de personnel, et essaies de te concentrer aussi peu que possible sur ce qui se passe autour de toi, ouais, tu peux clairement… Je veux dire que tu es destiné à faire autre chose, quelque chose de nouveau, mais ça peut à la fois très bien être rattaché à une source old school.

Dans le communiqué de presse il est mentionné à quel point votre musique est « assez vaste pour englober des choses comme Dissection, The Misfits, Iron Maiden, The Doors et Type O Negative. » Et, effectivement, on entend une grande diversité dans votre musique. Est-ce important pour vous de ne pas faire une musique qui soit unidimensionnelle ?

Ouais, je ne crois pas que nous pourrions faire une musique unidimensionnelle, et c’est pourquoi c’est important pour nous. Mais ça se fait tout seul. Il n’y a pas grand-chose de plus là derrière. Ce n’est pas quelque chose que nous prévoyons ou analysons à mort. C’est juste quelque chose que nous avons fait et c’est tout, vraiment. Et je pense que c’est pour cette raison que ça sonne comme ça sonne : nous n’avons pas planifié de sonner d’une certaine manière. Il se trouve que c’est comme ça, c’est tout.

Vous jouez du death metal, mais tu n’écoutes en fait pas tant ce type de musique, et tu as même dit que « lorsque le death metal n’est pas créatif, il peut être le genre le plus insipide qui soit. » Peux-tu expliquer ce paradoxe et ta relation à ce genre musical ?

Eh bien, je pense avoir le même type de relation avec n’importe quel genre, vraiment, parce qu’ils peuvent tous être très, très, ennuyeux. J’écoute du death metal mais je n’écoute que quelques groupes. Mais je n’écoute aussi que quelques groupes de black metal, de thrash metal, de doom metal et ainsi de suite. Ce n’est pas que le death metal est le genre le plus ennuyeux. Mais une part de ce qui est considéré comme étant du death metal n’est juste pas le genre de musique que j’écoute. J’écoute Morbid Angel, ça c’est du death metal pour moi ! Comme je l’ai dit, ça n’a pas d’importance si c’est du death metal. Si c’est de la bonne musique, je l’écouterais et ça n’a même pas forcément à être du metal. Si j’aime, j’aime, et certains groupes de death metal sont très bons.

Au cours d’une interview tu as dit : « J’espère que nous ne trouverons jamais notre son ». Ca va un peu à l’encontre de ce que la plupart des groupes recherchent. Penses-tu que dès lors où tu as des automatismes dans la composition ou le son, ça signifie que tu as perdu ta créativité ?

Pas nécessairement mais j’estime que c’est le cas pour nous parce que c’est ce que nous faisons depuis maintenant onze ans et nous changeons constamment. Personnellement, je trouve que notre musique n’arrête pas de s’améliorer avec le temps et si nous faisions un autre album qui sonnait exactement comme celui-ci, je trouverais ça vraiment ennuyeux ! Je me lasse des choses ! Les choses finissent par m’ennuyer et je m’ennuierais si avec Tribulation nous faisions deux albums qui sonneraient pareil, et je n’aimerais pas m’ennuyer avec ma musique [petits rires]. Je ne sais pas, je pense que notre créativité serait… Nous serions fainéants si nous faisions un autre album qui sonnerait pareil et je ne veux pas être fainéant, je veux être actif.

Tribulation 2015

« Je m’ennuierais si avec Tribulation nous faisions deux albums qui sonneraient pareil, et je n’aimerais pas m’ennuyer avec ma musique [petits rires]. »

Tu as aussi affirmé une fois que « [vous] êtes toujours comparé à des groupes que [tu] n’écoute[s] pas » et tu semblais plutôt agacé par ça, répliquant : « bon sang, est-ce que les gens sont si enfermés dans leurs motifs culturels qu’ils ne sont même pas capables de prendre un rythme pour ce qu’il est ? C’est un rythme ! Ça n’a rien à voir avec un quelconque type de musique, c’est juste un rythme. » Penses-tu que les gens ont tellement peurs de ce qui est différent qu’ils essaient désespérément de trouver des comparaisons auxquels se rattacher ?

Parfois c’est clairement le cas mais… Ça m’est égal ce à quoi nous sommes comparés mais il est vrai que, surtout pendant les interviews, j’entends « je peux vraiment entendre que tu as écouté ce groupe et ce groupe… » et la plupart du temps je n’ai jamais entendu ces groupes ! Pour ce qui est de la seconde partie de la question, les gens en général ont peur du changement. Tu peux le voir partout. Tu peux le voir de nos jours dans la politique européenne. Quelque chose se passe et les gens flippent à mort ! [Petits rires] Donc ouais, je crois que les gens ont peur du changement de façon général. Le changement c’est la nouveauté, et c’est une menace pour ce à quoi ils sont habitués.

Et dirais-tu que les gens se restreignent eux-mêmes en essayant toujours de comparer ?

D’une certaine façon, je le crois. Je veux dire que je l’ai moi-même fait toute ma vie ! [Petits rires] Je ne suis pas une exception. Je ne peux que parler pour moi-même mais lorsque je me rends effectivement compte que : « Oh, c’est stupide ! Je n’écoute pas cette musique à cause de ce truc que j’ai ressenti il y a dix ans… » Si tu laisses tomber ça et essaies d’écouter de la nouvelle musique, il y a des chances pour que tu en viennes à aimer ça ! Tout du moins, c’est ce que je fais aujourd’hui : souvent je donne une seconde chance à la musique, et ce n’est pas toujours bon [petits rires]. Je veux dire que parfois la musique est juste mauvaise mais parfois tu trouves de la nouvelle musique, et du coup, pourquoi ne voudrais-tu pas de la nouvelle musique dans ta vie ? C’est ce que je ressens.

Tu viens de mentionner le fait que les gens ont peur du changement, et tu as aussi mentionné Morbid Angel et je sais que tu es un grand fan de leur album Altar Of Madness. Qu’as-tu donc pensé du dernier album de Morbid Angel, « Illud Divinum Insanus », qui a été tant critiqué par les fans et presque tout le monde ?

[Petits rires] Je ne l’ai pas entendu. Je m’en suis en fait tenu à l’écart ! Donc voilà ! C’est moi en train d’avoir peur du changement, n’est-ce pas ? [Petits rires]

Votre musique est très épique, progressive et variée et elle offre à l’auditeur une expérience très cinématographique. Est-ce que composer de la musique c’est comme écrire une histoire pour toi ?

Une histoire sans mot, ouais, d’une certaine manière. Avec un peu de chance elle pourra t’emporter dans certains lieux et te monter des choses en l’écoutant. Donc, d’une certaine façon, c’est comme écrire une épopée : je veux un début et je veux une fin. Je veux que tu t’évades en l’écoutant. Je veux t’amener quelque part. Donc, ouais, je suppose que c’est, en un sens, une sorte d’histoire.

Interview réalisée par téléphone le 2 avril 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription, traduction et introduction : Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Photos promo : Linda Åkerberg.

Site officiel de Tribulation : www.tribulation.se.



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