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Chronique   

Tribulation – Where The Gloom Becomes Sound


Depuis une quinzaine d’années, Tribulation fait figure de bouffée d’air frais dans une scène suédoise toujours prolifique : après un album de death metal 90s’ très réussi mais aussi très orthodoxe, The Horror, le quatuor avait en effet quitté les routes balisées pour des expérimentations progressives, sombres et luxuriantes (The Formulas Of Death), puis plus franchement gothiques avec The Children Of The Night, qui les a propulsés sur le devant de la scène, et Down Below. C’est là que nous avions quitté le groupe en 2018, en plein plongeon vers les profondeurs, et un Grammy et quelques tournées plus tard, c’est là que nous le retrouvons. En effet, le titre de son cinquième opus, Where The Gloom Becomes Sound, est une citation d’« Hades Pluton » de Sopor Aeternus : « Down, further down, where the gloom becomes sound » [« Bas, encore plus bas, où la morosité devient son »]… Y a-t-il plus gothique que citer un hommage d’Anna-Varney Cantodea à feu Rozz Williams de Christian Death et à « Night Of The Vampire » de Roky Erickson ? Sans doute pas. Ajoutez à ça la Sibylle de l’artiste symboliste Fernand Khnopff en pochette, et le décor est planté avant même que vous ayez entendu les premières notes du disque…

Et ces dernières viennent le confirmer immédiatement. Longue ouverture à l’orgue, funèbre et presque cinématographique, quelques mots de suédois, mid-tempo trépidant, refrain accrocheur qui n’est pas sans rappeler celui de « Strange Gateways Beckon » et long solo mélodique : on retrouve tout ce qui a fait le succès de Tribulation. L’impression d’être en terrain connu persiste tout au long de l’opus : les Suédois ont défini leur son depuis plusieurs albums désormais, et il n’est plus tant question d’explorer que de peaufiner. C’est ce à quoi s’attachent avec talent les musiciens sur Where The Gloom Becomes Sound, mêlant toujours plus étroitement une esthétique presque anachronique et une modernité affirmée, évoquant les années 1900 et 1980 d’un côté, mobilisant une liberté, une créativité composite et une production très contemporaines de l’autre. Cette dernière ne sacrifie d’ailleurs jamais la clarté à l’atmosphère – on pense notamment aux grincements de pédale du piano de « Lethe », à la fois naturalistes et vaguement angoissants. En dix chansons, Tribulation déploie un univers d’une grande unité dont chaque titre prend une teinte différente. Il est parfois grandiose, presque doom sur « Dirge Of A Dying Soul », délicat et atmosphérique avec le piano baroque de « Lethe » et enflammé sur « Funeral Pyre ». Les clins d’œil à des groupes proches, presque fraternels n’ont jamais été aussi évidents, des guitares mélodiques à la Dissection qui émaillent tout le disque au solo et à l’atmosphère très The Devil’s Blood d’« Elemental », en passant par un « Daughter Of The Djinn » qui rappelle les hautes heures d’In Solitude.

Thématiquement aussi, le disque se revendique à la fois cohérent et composite. Il mobilise les sujets de prédilection de Tribulation – mort, renaissance, nuit, femmes fatales, ésotérisme – à travers un prisme éclaté en cinq éléments, conformément aux bhūta de l’hindouisme et à la tradition platonicienne. L’orientalisme discret du groupe et son syncrétisme apparaissent en filigrane : tout au long de l’album, on croise entre autres le Léthé de la mythologie grecque, les djinns de l’Islam et le Léviathan de l’Ancien Testament. À bien des égards, Where The Gloom Becomes Sound a quelque chose de la synthèse, du bouquet final ; il se termine même sur un morceau long et tentaculaire, « The Wilderness », qui rappelle ceux de The Formulas Of Death, bouclant la boucle. Cette impression d’achèvement n’a rien de surprenant pour un groupe qui célèbre la mort depuis le début de sa carrière, mais elle prend un sens nouveau lorsque l’on sait que Jonathan Hultén, l’un des deux guitaristes et le compositeur à qui l’on doit la majorité de ce cinquième album, a choisi de quitter le combo. Passage en revue des voies ouvertes par le quatuor, tentative d’épuisement d’une formule, chant du cygne, flamboiement du phénix amené – on l’espère – à renaître de ses cendres : Where The Gloom Becomes Sound est un peu tout ça à la fois, et une nouvelle œuvre ciselée, sombre et onirique à ajouter à la discographie immaculée du groupe.

Clip vidéo de la chanson « Funeral Pyre » :

Clip vidéo de la chanson « Hour Of The Wolf » :

Clip vidéo de la chanson « Leviathans » :

Album Where The Gloom Becomes Sound, sortie le 29 janvier 2021 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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  • Super album! Même s’il n’apporte pas grand chose de neuf par rapport aux précédents, je ne boude pas mon plaisir.
    J’espère que pour l’occasion, une interview est dans les cartons!

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  • un peu déçu du dernier album, on verra bien pour celui ci

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