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Interview   

Triggerfinger, à trois tout peut arriver, tout devient « cool »


Le live, le live, rien que le live. C’est souvent le préjugé que l’on peut avoir lorsqu’on évoque le trio de Triggerfinger. Pourtant les musiciens s’évertuent à accorder beaucoup de soin à l’enregistrement de leurs albums. Certes, le groupe a toujours la prestation live en tête, son véritable cheval de bataille et chaque nuance doit pouvoir être reproduite sur scène.

La donne change cependant avec leur prochain album Colossus, motivé par la volonté de sortir de sa zone de confort en intégrant de nouveaux éléments sonores. Pour l’occasion, Triggerfinger revient sur sa collaboration avec le mythique producteur Mitchell Froom (Paul McCartney, Randy Newman, Pearl Jam…), l’audace dans l’expérimentation et le changement d’approche dans la conception d’un album, à savoir se soucier du rendu live plus tard. Les membres évoquent leur musique avec une certaine candeur et une simplicité désarmante. Pas toujours limpides certes, mais rien ne semble entraver leur bonhomie.

« Tout était possible et même sur les démos, Ruben a enregistré une sorte une marmite qui était utilisée pour un bain-marie, on a tapé sur pas mal de trucs de ce genre dont il a énormément distordu le son, et nous avons utilisé ça sur Colossus. »

Radio Metal : Vous avez déclaré avoir voulu expérimenter un peu et ajouter de nouvelles saveurs avec ce nouvel album. Qu’est-ce-qui vous a poussé à faire cela? Pensez-vous que le groupe était un peu en train de tomber dans la routine ?

Ruben Block (chant & guitare) : Je pense que nous ne voulions pas tomber dans la routine. C’est pourquoi nous avons fait ça. Tu essaies de faire chaque album un peu différemment ou peut-être, tu commences à écrire des chansons un peu différentes. Avec les précédents albums, il se peut que ça ait tourné plus autour de la sonorité live du groupe et de l’interaction live, c’était principalement notre point de départ. Mais désormais, il n’était plus nécessaire que ça soit toujours centré là-dessus. Donc nous avons juste commencé à écrire des chansons, faire des démos et nous nous sommes autorisés à faire n’importe quoi. C’était le principal. Nous n’avions pas d’idée fixe, comment cela devait être, du genre « nous devons faire ça et c’est ce à quoi ça doit ressembler », mais nous essayions et expérimentions.

Pouvez-vous nous en dire plus à propos de ces nouvelles saveurs ajoutées à votre musique ?

Chocolat, vanille… [Rires]

Mario Goossens (batterie) : [Réfléchit] Oui, nous y avons ajouté du clavier, bien sûr… Différents instruments et même des sons étaient parfois différents [comparé aux albums précédents]. Comme, selon mon point de vue, des sons de batterie que je n’aurais jamais pensé utiliser sur un album de Triggerfinger. Mitchell [Froom] nous a poussés un peu à… Il nous a poussés et pas poussés, dans un sens…

Ruben : Il nous a tirés ! [Rires]

Mario : Il nous a laissés décider si nous le voulions, oui ou non. Il a ajouté du clavier et du saxophone, joué par Steve Berlin du groupe Los Lobos, des instruments bizarres qu’il a sortis de ce placard qu’il avait. Comme il a pris de vieux mellotrons ou des orgues Vox ou… j’en passe. Mais tout était possible et même sur les démos, Ruben a enregistré une sorte une marmite qui était utilisée pour un bain-marie, on a tapé sur pas mal de trucs de ce genre dont il a énormément distordu le son, et nous avons utilisé ça sur Colossus. Donc tout pouvait arriver.

Paul Van Bruystegen (basse) : Ce n’est pas le genre de gars qui se prend pour Dieu, en disant « je sais tout ». Simplement, il essaie et, au bout du compte, si ça ne convenait pas, il disait : « Ok, oublions ça mais au moins nous avons essayé ».

Vous avez déclaré avoir voulu « sortir du stress quotidien pendant un moment » et que « la première étape était de faire quelques collaborations avec d’autres musiciens qui [vous] dégageraient de [votre] zone de confort ». Du coup, quel impact ont-ils eu sur votre écriture et votre manière de faire ?

Ruben : Je pense que ça a pu, d’abord, nous diriger vers une direction différente ou davantage de directions que seulement la nôtre. Il n’y avait pas nécessairement un plan totalement déterminé. Ce qui était prévu durant cette année était que nous n’allions pas jouer en live. Paul avait son album solo qui allait sortir, il a écrit un livre, Mario a réalisé quelques productions avec quelques jeunes gars. C’est étrange car tu aimes vraiment jouer en live et c’est vraiment cool de tourner avec ce groupe mais parfois, tu es parti depuis un bout de temps et tu as besoin d’un peu d’air, car tu envoies, tu te donnes à fond constamment quand tu joues en live. Et c’est difficile de proposer un spectacle frais. Donc, évidemment, tu as besoin d’un peu de repos, mais en même temps, après un moment, tu veux aussi refaire de la musique et rejouer. Ça a été une bonne chose que nous ayons fait des trucs différents. J’ai joué deux ou trois concerts avec deux autres musiciens, par exemple. Déjà, il n’y avait pas de batteur impliqué, donc c’est une situation où tu dois repenser toute la chose. Et ça a été un bon début, de jouer pour toi, et après tu dois trouver différents moyens de sortir la chanson. Et en même temps, quand j’étais en train de répéter pour ces concerts, je crois que c’est là que j’ai commencé à écrire deux ou trois démos pour le nouvel album. J’avais beaucoup d’appétit pour refaire de la nouvelle musique.

Dans le passé, Mario tu as déclaré qu’ « enregistrer un album est surtout une histoire de spontanéité ». Gardez-vous toujours cette spontanéité même après toutes ces années, en vous concentrant sur les chansons et en expérimentant ?

Mario : Je pense même plus qu’avant. Et particulièrement la façon… Car Ruben avait cette idée de tout laisser ouvert. Avant, nous avions un peu nos restrictions, c’est-à-dire qu’avec nous trois, il fallait enregistrer d’une façon particulière. Mais dans cet album, tout était ouvert, donc tout pouvait arriver, n’importe quoi, tout ce que tu veux. Et c’est une certaine liberté que tu crées. Et en fait, ça stimule la créativité. C’est ce que j’ai découvert avec ça, tout comme les autres, je pense. Je veux dire, c’était tellement fun, aussi, de faire ça car tu n’avais aucune contrainte, c’est le côté amusant de cette liberté. Je pense que c’est comme ça qu’un album doit être enregistré. T’as des gens qui croient au fait qu’il doit y avoir des disputes et des discussions tout le temps quand tu fais un album, mais je ne suis pas d’accord.

Depuis le début, vous jouez en trio. Du coup, en ajoutant de nouveaux éléments au groupe, comme vous avez dit, le saxophone, etc., n’étiez-vous pas inquiets que cela brise l’alchimie et l’équilibre entre vous trois ?

Ruben : Bien sûr, il y a eu des instruments supplémentaires sur nos albums avant, comme par exemple le saxophone et le clavier. Un album pouvait toujours être un peu différent d’un concert pour nous [mais] surtout avec les albums précédents, les bases étaient plus ou moins enregistrées en étant ensemble, dans un état d’esprit live, donc ce n’était pas trop difficile de transposer ça en situation live. Maintenant, nous ne voulions plus nous inquiéter de ça, car ça pouvait nous restreindre à nouveau, donc nous avons pensé : « Faisons quelque chose de cool et le live, on verra ça plus tard. D’abord l’album cool ! ». Ce qui est sympa parfois à faire !

Mario : Et je pense que même maintenant, en sortant du contexte de l’album, tu dois le reproduire en live, et c’est frais à nouveau, puisque c’est encore quelque chose de nouveau à découvrir, ce qui est génial. Donc nous évoluons encore.

« C’est peut-être la première chose que tu réalises quand tu achètes une guitare et un ampli, surtout un gros ampli, genre : ‘Oh mec, ce serait cool si je pouvais jouer ça à la maison !’, ce qui arrive rarement car en général, tu as des voisins. Donc, ça a été génial d’avoir enfin eu l’opportunité d’aménager une pièce pour faire de la musique chez soi. »

Sur la chanson éponyme qui ouvre l’album, vous avez deux basses qui jouent et aucune guitare. Comment avez-vous eu cette idée ?

Ruben : En fait, il y a quatre chansons jouées avec deux basses. Mais en général, ça n’a pas d’importance qu’il y ait deux basses, ou deux guitares, ou un clavier et une basse, peu importe tant que ça te mène à quelque chose de cool. « Colossus », je crois que le riff de base était la première chose que j’avais pour cette chanson et en le jouant dans le refrain, la chose évidente était de doubler ça avec une guitare. Mais j’ai pensé : « Ça peut être cool si je le fais juste avec une autre basse et voir ce que ça donne. » Et ensuite, la seule chose qu’il fallait après ça était de crier « Colossus ». Il n’y avait pas besoin de ligne de chant, il fallait juste un cri ! Et ça a du sens d’une certaine façon. Je me suis dit : « Ouais, ça marche ! ». Et je l’ai un peu découvert, parce que ça laisse de la respiration si tu le joues avec deux basses, car même si tu joues un accord, ça ne sera pas un gros accord sur une basse, c’est peut-être deux notes, trois maximum mais dix… Ton spectre sonore n’est pas si encombré. Il y aura une mélodie que la basse principale jouera et… En gros, il y avait parfois des parties de guitare ou autre, tu pouvais jouer ces parties de seconde basse à la guitare aussi, mais ça sonnait différemment et ça avait du sens, et c’est resté là et ça a laissé de la place pour faire ressortir le groove. Donc on dirait que ça a marché et c’est pourquoi nous avons fait quelques chansons avec.

Cela a-t-il changé quelque chose dans votre manière de travailler et d’écrire ?

Bien sûr ! Comme une chose en enclenche une autre et d’habitude… Écrire un nouvel album est une grosse tâche car tu dois une fois de plus t’y mettre et ce sont des chansons et des pages de paroles, et c’est beaucoup de travail ! Mais à partir du moment où tu commences, c’est plutôt cool. Si tu as quelques bonnes idées alors c’est cool, si tu n’as pas une seule bonne idée alors ce n’est pas si cool [petits rires] et c’est frustrant. Il y a toujours des moments où tu es un peu frustré car tu n’arrives pas à trouver une solution pour quelque chose ou tu n’as pas de bonne idée. Finalement, il y avait des idées et c’est intéressant à voir, si tu as quelques chansons en cours de travail qui finissent par te mener à autre chose, et puis le truc avec « Colossus » est arrivé et j’étais là : « Hey ! ». Donc tu t’accroches à ça et tu [imite une porte qui s’ouvre] tires une porte, tu passes à travers et grâce à ça tu peux ouvrir pleins d’autres portes, ça mène à autre chose et il se peut que tu conserves quelque chose de ce que tu viens de faire et l’essayer ailleurs, mais ça ne fonctionne pas toujours. Ça aurait pu aussi ne pas fonctionner pour les autres chansons et il n’y aurait eu qu’une seule chanson avec deux basses, mais ça semblait bien marcher.

Avez-vous rencontré des difficultés techniques pour faire en sorte que ces deux basses sonnent bien ensemble ?

Nous étions un peu plus minutieux au niveau sonore mais le truc c’est que, je crois, tu le remarques quand tu l’écris, quand tu écris la chanson, quand tu écris les parties car Paul a sa partie et il est le bassiste du groupe. Donc parfois c’est vraiment cool d’être dans la même zone et vous jouez la même chose qui devient un gros riff massif. Mais sur d’autres parties, tu ne veux pas interférer avec le groove car ça pourrait gâcher des trucs, donc tu restes hors de cette zone et tu joues ailleurs, et c’est quelque chose à laquelle tu dois prêter attention, du genre : « Ok je vais aller jouer là, comme ça le groove de la basse continue son truc, il est mis en avant. »

Paul : Et la basse de Ruben était jouée sur des amplis de guitare, donc il y avait déjà une différence dans les fréquences…

Vous avez bâti votre propre studio où vous travailliez 24/7. Était-ce une étape nécessaire pour vous, de créer votre propre environnement de travail ?

Mario : Ce n’était pas nécessaire. Un ami à nous qui possédait un studio a eu quelques difficultés et a dit qu’il était en train de le vendre, et à l’époque, notre réaction a été : “Ok !” Car son équipement était vraiment bien, alors nous l’avons acheté. Mais nous n’avons pas eu de temps pendant presque trois ans, donc nous avons dû le mettre quelque part car nous étions encore en train de construire le studio à l’arrière de sa maison et nous n’étions jamais chez nous [rires], nous étions constamment en tournée ! Nous n’avions jamais l’occasion. [Mais après] nous avons eu un peu de temps libre, nous avons terminé le studio et avons ramené un peu d’équipement, donc Ruben pouvait aussitôt faire des démos et le faire avec du très bon matériel. Et de cette façon, nous pouvions utiliser tout ça pour enregistrer tout ce que nous avons fait pendant les répétitions, et nous pouvions utiliser [ces enregistrements] au studio à Santa Monica. Donc ce n’était pas une nécessité, nous l’avons fait… En fait, nous avions une sorte de lieu avant [où] nous pouvions répéter et enregistrer aussi, mais la qualité des enregistrements n’était pas aussi bonne. Mais maintenant, tout a été entièrement très bien enregistré et le son était vraiment bon. Donc nous pouvions l’utiliser, ce que nous avons finalement fait sur l’album.

Est-ce qu’avoir votre « chez-vous » en tant que groupe, vous a permis de libérer votre créativité ?

Ruben : C’est sympa d’avoir un endroit où tu peux travailler à n’importe quel moment parce qu’avant nous devions louer une salle de répétition pour une période, genre six mois, et nous avions ramené du matériel là-bas, mais maintenant tu es à la maison et à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, tu as la possibilité de travailler. Donc c’est plutôt cool. En réalité, c’est quelque chose que je recherchais depuis que j’ai commencé à jouer de la guitare électrique. C’est peut-être la première chose que tu réalises quand tu achètes une guitare et un ampli, surtout un gros ampli, genre : « Oh mec, ce serait cool si je pouvais jouer ça à la maison ! », ce qui arrive rarement car en général, tu as des voisins. Donc, ça a été génial d’avoir, enfin, l’année dernière, eu l’opportunité d’aménager une pièce pour faire de la musique chez soi.

Vous avez déclaré que « cette fois la chanson sera à l’honneur ». Est-il difficile de vraiment se concentrer sur les chansons quand tu es stressé par le temps dans un studio loué ?

Mario : Nous n’étions pas sous pression, ce n’est pas le sentiment que j’avais.

Paul : Même là [quand nous louions un studio], nous n’étions pas si tendus. Nous avions réservé le studio mais nous n’avons jamais travaillé vraiment… Je dirais que c’était rapide, mais jamais stressé. C’est la façon de travailler à la Triggerfinger : beaucoup de pauses café et bavardages en tout genre, et jouer ne prend pas tant de temps généralement…

Ruben : Mais l’écriture des chansons, c’était un peu… Peut-être qu’il y avait une limite de temps pour écrire les chansons, car nous étions beaucoup en tournée et nous devions dire à notre management : “Ok les gars, regardez : si nous devons enregistrer un album, nous devons avoir un peu de temps libre.” Alors ils ont répondu : “Ok, vous pouvez avoir deux mois là”, et ensuite nous avions deux mois pendant lesquels nous pouvions répéter, et ensuite nous sommes repartis en tournée pour les festivals d’été et après ça : “Ok…” Et ensuite tu dois [réussir à coordonner tout ça]. Il y a toujours de la pression parce que c’est probablement bien d’avoir une date butoir, parce que ça te fait travailler jusqu’à un certain point, sinon tu continues à… S’il n’y a pas de date limite, tu peux faire ce que tu veux, genre : “Ouais peut-être demain ou peu importe…” Et oui, nous n’avions pas cette pression de travailler entre ces créneaux mais de toute façon, il y avait une motivation positive, car quand tu as deux ou trois trucs cools en route et notamment lorsque nous avons rencontré Mitchell, nous nous sommes posés et nous avons parlé de notre musique, et il était très excité par ce que nous faisions, ça te donne beaucoup de motivation pour écrire de nouveaux trucs. Et c’était vraiment cool car une chose mène à une autre et nous lui avons envoyé les démos, et il a répondu très vite sur ce qu’il en pensait, des alternatives et des idées pour les chansons. Donc nous avions une très bonne dynamique de travail pendant tout le temps de la chose.

« Je dirais que c’était rapide, mais jamais stressé. C’est la façon de travailler à la Triggerfinger : beaucoup de pauses café et bavardages en tout genre, et jouer ne prend pas tant de temps généralement… »

Par rapport à votre collaboration avec le producteur Mitchell Froom, vous avez dit que vous étiez “fans de son travail depuis longtemps, mais travailler avec vos héros peut être une chose dangereuse.” C’était d’ailleurs la première fois que vous travailliez avec un producteur. Au final, comment s’est passée cette collaboration ?

Mario : Très bien, ouais, vraiment. Pour nous, c’était la première fois. Nous avions Greg Gordon avant et il co-produisait notre album aussi mais l’implication de Mitchell, c’était comme un quatrième membre qui travaillait en quelque sorte sur les chansons et suggérait des choses comme : “Oh change peut-être un accord ici, essaie ça peut-être, ou plutôt ça…” Et même pendant les enregistrements, il disait : “Oh essaie d’utiliser cet ampli ou essaie d’utiliser cette caisse claire ou…” Et il te donnait des suggestions, mais dans un bon sens. Je veux dire, ça n’a jamais paru gênant ou comme si c’était la chose la plus étrange jamais faite. Pas du tout, en fait. Je veux dire, c’était génial, c’était amusant et c’est sa manière d’être. Encore une fois, tout est libre et tu te laisses aller. Et si quelque chose ne fonctionne pas, il te le dira, tu le sauras [rires].

Paul : Il partage toujours. Le gars a beaucoup d’expérience et nous étions vraiment contents qu’il veuille nous la partager, parce que qui peut dire qu’il a travaillé avec Paul McCartney ? Je pense que la liste des noms avec qui il a travaillé est infinie, donc il a une tonne d’expérience, que nous sommes vraiment désireux de [connaître, nous lui disions toujours] : “Dis-nous, montre-nous !” et nous travaillions dessus ensemble. Et il a toujours ses doutes sur lui-même. C’est une belle personne. Aucun égo.

Mario : Je pense que ça n’aurait pas marché avec nous trois s’il avait été une personne compliquée [rires].

N’était-ce pas frustrant parfois de travailler avec un producteur après avoir produit vos albums vous-mêmes pendant si longtemps ?

Ruben : Non en fait, ça peut être d’une grande aide car quand tu écris un album, tu es connecté aux chansons pendant longtemps, elles vivent dans nos esprits et tu as une sorte de lien émotionnel avec elles. Et Mitchell n’a pas ce lien émotionnel, donc il verra la chanson d’un point de vue extérieur, ce qui apporte de très fraîches idées à de nombreuses occasions, ce qui est vraiment cool. Et nous étions ouverts à ça, nous avions hâte de travailler avec quelqu’un qui pourrait apporter des idées harmonieuses et vraiment comprendre notre musique.

D’où vient le titre imposant de l’album, Colossus ?

Je pense que ça vient du riff, de la musique. Parfois, ce que tu veux écrire est déjà dans la musique. J’ai joué le riff et il fallait juste le cri “Colossus”, et ensuite à partir de là, j’ai commencé à écrire autour de cette métaphore. Ça semblait juste me montrer où ça pourrait me mener. Il y a aussi beaucoup d’humour dans cette chanson et il y a beaucoup de couches, et c’est peut-être quelque chose qui peut refléter l’état d’esprit de l’album. Il y a beaucoup de variations entre les chansons mais ça reste un seul album et ça reste un album de nous trois, un album de Triggerfinger. Oui, ça doit être ça la réponse ! [Rires]

Vous n’êtes que trois dans le groupe mais même en live vous réussissez à produire un son et une prestation imposants. Pensez-vous que c’est en réalité plus facile de le faire en tant que power trio, plutôt que d’avoir plus de musiciens partageant l’espace sonore et physique ?

Mario : Ça pourrait sembler plus facile [rires] mais ça ne l’est pas.

Paul : On est obligé de mieux sonner ! [Rires]

Ruben : Nous sommes habitués à ça, c’est comme ce que nous faisons. Il y a des groupes avec plus de musiciens qui sonnent également massifs, donc…

Mario : Et il y a même des groupes avec moins de musiciens qui sonnent massifs.

Paul : Ce n’est pas parce que l’on est seulement trois que l’on sonne plus massif, c’est juste un peu une autre discipline, tu joues différemment quand tu joues avec plusieurs musiciens.

Vous avez déclaré une fois préférer ne pas parler de la signification de vos paroles, est-ce pour laisser l’audience libre d’interprétation ?

Ruben : Oui, exactement. C’est amusant comme ça. Comme la fille qui a fait l’interview précédente, elle avait sa manière d’interpréter « Flesh Tight », par exemple, à cause de ce que tu vois dans la vidéo et tout, et c’est sympa de pas avoir à te corriger et dire : « C’est à propos de ça et ça et ça, ensuite tu dois penser ça et ci… » C’est plus cool si tu peux trouver ta propre interprétation de notre musique, je pense.

Comment abordez-vous généralement vos paroles ?

Ruben : Tu commences à travailler, c’est le principal. Tu as généralement une idée et si tu n’as pas d’idée, tu commences à écrire et chanter, et fredonner, et crier. Parfois tu commences à partir d’un son parce qu’avec les paroles, c’est important qu’elles sonnent bien aussi. Tu peux avoir quelque chose qui signifie quelque chose de vraiment bien ou même qui vocalement sonne bien mais si tu le chantes haut et fort, ça pourrait ne pas fonctionner car le son des mots ne suit pas la musique. Donc tu dois changer quelques mots pour que ça colle. Donc je crois que c’est beaucoup de jonglage avec le langage et parfois, au même moment, tu tombes sur des combinaisons sympas et ce qu’une parole peut signifier, tout d’un coup, ça peut prendre un tournant et aller tout à fait autre part que ton idée de départ, mais c’est cool si ça te mène quelque part.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette illustration? Est-ce comment vous vous sentez en tant que groupe, comme un monstre à trois têtes ?

Mario : J’espère que non ! [Rires]

Ruben : En fait, c’est le directeur artistique qui a fait cette tête, et qui l’a modelé avec de la glaise. Nous ne lui avons pas dit de faire une chose à trois têtes mais il a fait ça un peu de lui-même. Il y avait deux ou trois versions et ça a fini par être celle-ci. Nous l’aimons beaucoup car c’est l’état d’esprit ou la métaphore de Colossus, et c’est très cool quand on y pense. Mais nous nous sommes dit que c’était sympa de donner un visage à cette image, et ça pouvait être quelque chose de bizarre et dingue, donc je pense qu’il a réussi sur ce point [rires].

Interview réalisée en face à face le 29 juin 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Introduction : Thibaud Bétencourt.
Retranscription et traduction : Solweig Mary.
Photos : Diego Franssens.

Site officiel de Triggerfinger : www.triggerfinger.net.

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