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Chronique   

Triptykon – Requiem


Alors que Triptykon s’attelle sérieusement à son troisième album studio – le successeur du sombre Melana Chasmata sorti en 2014 –, le groupe a décidé d’immortaliser la performance unique qu’il a livrée lors de l’édition 2019 du Roadburn. Son leader, Tom G. Warrior, qu’on ne présente plus, y revisitait plus de trente ans de carrière en parachevant son Requiem, entamé à l’âge de 22 ans avec « Rex Irae », présent sur le classique de Celtic Frost Into The Pandemonium (1987), et poursuivi bien plus tard avec « Winter », qui refermait Monotheist (2006). Les moyens exceptionnels offerts par le festival néerlandais, qui a donné à Warrior l’opportunité de travailler avec un orchestre, ont permis au musicien de composer la dernière partie de ce cycle et de boucler la boucle.

Le projet, entamé quelques mois après le décès de Martin Eric Ain, partenaire musical de Tom Warrior depuis ses débuts, s’est vite révélé titanesque. Nécessitant un an de travail acharné et les efforts conjugués de dizaines de personnes, la performance avait tout pour être historique. Et historique, elle l’a été : devant une salle comble et recueillie, Warrior et ses troupes ont refermé le dernier chapitre de l’une des épopées les plus marquantes du metal extrême (voir notre interview de Tom Warrior le lendemain de la prestation). L’événement méritait d’être immortalisé : c’est désormais chose faite avec cet album/DVD live, autant mausolée de Celtric Frost que célébration de la créativité intarissable de Warrior.

L’album commence par l’ouverture éclatante de « Rex Irae » : on est évidemment frappé par sa familiarité, mais il est vite clair qu’il ne s’agit pas d’offrir une copie conforme, certes avec de meilleurs moyens, de la version de 1987. Le morceau semble avoir été poli par les ans : à la rugosité d’Into The Pandemonium succèdent la majesté et l’harmonie de l’orchestre, au style opératique de la voix féminine de l’album répond celui, plus naturel, de la chanteuse Safa Heraghi. Si le mixage lors du concert donnait à la performance un côté écrasant, avec notamment une batterie, jouée par Hannes Grossmann (Alkaloid, Hate Eternal, ex-Obscura) qui a rejoint les rangs de Triptykon en 2018, très présente, celui de l’album rétablit l’équilibre et lui donne une couleur presque cinématographique, loin de la lourdeur metal qu’on aurait pu imaginer. Et c’est bien ce côté cinématographique, atmosphérique qui domine ensuite « Grave Eternal », le morceau inédit composé pour relier « Rex Irae » aux cordes élégiaques de « Winter » : effectuant en douceur et en pas moins de trente minutes la transition entre une chanson metal avec des éléments symphoniques et une pièce orchestrale, il explore toute la palette des musiciens impliqués et des émotions suscitées par cette messe des morts. Entre désespoir, mélancolie profonde et soulagement se succèdent passages à la sobriété minimaliste, longs solos signés V. Santura, vocalises, et riffs de guitare ou de basse comme autant de lames de fond. Les arrangements, composés en étroite collaboration par Warrior, Florian Magnus Maier (Dark Fortress, Alkaloid) ainsi que les musiciens et leur chef d’orchestre Jukka Iisakkila, dessinent une œuvre singulière et hybride, ni vraiment rock, ni vraiment musique classique – peut-être une forme de musique rituelle voire sacrée ; en tout cas, une méditation sur la mort.

Commencé par un tout jeune groupe de metal fasciné par la Faucheuse (ce qui est pratiquement un pléonasme), élaboré par des hommes dans la force de l’âge qui l’ont côtoyée de près, et parachevé par des musiciens plus matures qui en ont acquis une connaissance intime – l’absence de Martin Ain brille tout au long du disque, qui lui est dédié, ainsi qu’à l’artiste HR Giger –, le Requiem est, d’une certaine manière et malgré la complexité de sa forme, l’expression la plus nue de l’art de Warrior, qui semble consister à faire mentir la célèbre maxime de La Rochefoucauld en regardant la mort bien en face. Loin de la vision apocalyptique et horrifique d’Into The Pandemonium, elle a dans le Requiem le rôle de maîtresse et de muse, tantôt terrible et inflexible, tantôt lumineuse et consolante, toujours belle. Moins grandiose sans l’émotion perceptible dans la salle, le Requiem, méditatif et crépusculaire, invite à l’introspection, testament idéal pour l’un des plus grands groupes de l’histoire du metal. Gageons que malgré ses allures de chant du cygne, Tom G. Warrior et ses acolytes n’ont pas épuisé cette infinie source d’inspiration…

Trailer :

Album Requiem, sortie le 15 mai 2020 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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  • En découvrant l’ensemble en DVD , je ressent un sentiment identique après la première écoute de Grave Eternal que celui que j’avais éprouvé en écoutant pour la première fois Rex Irae 33 ans plus tôt. Plus de limite à la vision artistique de Tom G. Warrior. Il s’agit ici d’un Requiem , un rite mortuaire , une Danse Macabre.
    La participation de la chanteuse tunisienne Safa Heraghi est un atout indéniable dans le transport des émotions à travers ses interprétations habitées.
    On se remémore par moment « Tears In A Prophet’s Dream » dans la deuxième partie de Grave Eternal , l’usage des timbales et la position quasi-centrale sur scène ne font que confirmer le goût de TGF pour ses sonorités doomesques et ses rythmes processionnaires à la Basil Poldouris (Partie 5). On le sait , Tom est un grand fan.Les ambiances peuvent parfois aussi faire honneur aux grands Dead Can Dance.
    Victor Santura nous fait découvrir encore un peu plus ses talents de soliste avec quelques sonorités digne de David Gilmour. La partie 6 est juste fantastique de tristesse.
    Je redoutais le final Requiem , pièce maîtresse et ultime de Monotheist mais aussi intouchable. Au contraire ,le Metropole Orkest rend justice à la complainte dramatique en y ajoutant quelques touches de voix féminines du plus bel effet.
    Cet événement est à découvrir en visionnant aussi bien le DVD qu’en l’écoutant et le redécouvrant dans le noir à partir de la piste audio.
    Le seul bémol reste le fait que DVD n’ a ni menu ni interviews des musiciens participants de l’orchestre et du combo suisse. ça manque un peu pour une telle réalisation monumentale mais c’est un détail.
    Une Oeuvre unique et essentielle de Tom G. Warrior à la mémoire de son alter-égo et indissociable frère d’arme Martin Eric Ain ainsi qu’à celui qui lui a donné tout le respect et la reconnaissance qu’il lui manquait , Hans Ruedi Giger.

    Pour la suite de Triptykon, leur troisième album est déjà écrit. Faisons confiance à Mr Fischer pour enfin se consacrer à sa réalisation.
    Restera à régler ses petits soucis actuels avec son ex un brin aigrie qui aime (trop) la lumière mais qui s’est cramée les ailes en vue de nous faire découvrir son nouveau matériel créé à partir de 3 bassistes mais c’est un autre chapitre.

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