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Chronique   

Trivium – In The Court Of The Dragon


Trivium a toujours eu l’esprit rebelle. Celui d’un groupe qui a connu le feu des projecteurs avant de devoir toujours se justifier pour occuper le haut de l’affiche. C’est ce même esprit qui l’a motivé à redoubler d’activité en dépit d’une pandémie qui a brutalement interrompu le monde de la musique. La parution de What The Dead Men Say (2020) est le résultat de cette détermination : Trivium se fichait de la promotion et du cycle de concerts censé le promouvoir, allant à l’encontre des recommandations légitimes du label. Le dessein est simple : si Trivium peut aider les gens à se sentir mieux, il le fera. Les recettes du concert streamé A Light Or A Distant Mirror a permis au groupe d’investir dans des locaux à la hauteur de ses ambitions et de travailler sur le successeur immédiat de What The Dead Men Say avec un modus operandi similaire : aucune restriction et une inspiration nourrie de l’incertitude ambiante. In The Court Of The Dragon s’appuie sur la nouvelle de Robert W. Chambers et sur cette atmosphère d’angoisse omniprésente. De quoi rappeler que l’une des multiples conséquences de la pandémie est d’avoir définitivement enragé Trivium.

En l’état, In The Court Of The Dragon respecte la méthode de What The Dead Men Say : dix morceaux, une introduction en chiffres romains et une inspiration littéraire. Trivium n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il ne s’impose pas une orientation musicale définie au préalable. In The Court Of The Dragon peut ainsi prétendre au titre d’album le plus technique et violent du groupe sous certains aspects. Trivium a conservé son sens de la mise en scène en sollicitant Ihsahn d’Emperor pour toutes les orchestrations. « X » est justement celle qui ouvre l’album et nous installe dans cet univers lugubre et grandiloquent. Les chœurs liturgiques, les percussions inquiétantes et les quelques sonorités ambiantes volent en éclats dès l’irruption de la voix de Matt Heafy et du riff metalcore d’« In The Court Of The Dragon ». Trivium amorce les débats en grande pompe avant de multiplier les accélérations et de rappeler les talents de blaster d’Alex Bent. Le groupe honore à nouveau sa science du break et quelques articulations de guitare à la Pantera avant de se livrer à des leads néoclassiques. Ces derniers profitent grandement du jeu de basse de Paolo Gregoletto, qui occupe une part importante du spectre tout au long de l’album. L’un des principaux arguments d’« A Crisis Of Revelation » est d’ailleurs son solo de basse qui vient pimenter une progression metalcore traditionnelle, à coups de taping et d’effet wah-wah grave. Les premières notes de « Like A Sword Over Damocles » évoquent le côté grandiloquent du Testament plus récent avant d’emprunter un vocabulaire hardcore et de profiter des refrains fédérateurs dont Matt Heafy a le secret.

Trivium a toujours prôné l’agrégation de styles divers au sein de ses compositions et les écarts stylistiques au sein d’une même tracklist. A Court Of The Dragon accentue ce trait. La violence progressive d’un « Fall Into Your Hands » qui voit Matt s’égosiller – et Paolo à nouveau briller à l’occasion d’une accalmie – précède le metalcore aux grands airs de « From Dawn To Decadence ». La principale caractéristique d’In The Court Of The Dragon est de ne jamais laisser les aspects les plus mélodiques de Trivium sans contrepartie. La douceur presque folk des premiers couplets de « The Shadow Of The Abattoir », où le chanteur adopte sa plus belle voix de crooner, s’oppose à la fureur de sa seconde moitié. Tout comme « Fall Into Your Hands » ne recule pas devant l’utilisation d’un riff frontal pour contraster avec ses élancées orchestrales. « The Phalanx » repose sur la même dichotomie : des cordes en soutien du timbre de Matt Heafy qui s’opposent à un lexique hardcore très marqué, le tout ponctué de développements ultra-techniques. Les arguments de Trivium ont beau être captivants, ils ne sont pas simples à suivre. Il y a une liberté qui s’acquiert au prix d’une certaine lisibilité. A Court Of The Dragon met davantage en exergue ce fait, l’absence de restrictions peut s’avérer à double tranchant. « Greatness, at any cost ».

Le parcours d’A Court Of The Dragon ne dément pas ce qu’avance le groupe : il se place à n’en pas douter parmi les albums les plus puissants et complexes du groupe. Quant à savoir s’il supplante ses concurrents pour s’adjuger ce titre, la conclusion est moins évidente. Quoi qu’il en soit, Trivium communique aisément la rage qui l’anime et sa volonté inébranlable de jouer de la musique peu importe les obstacles. A Court Of The Dragon se perçoit comme le prolongement de What The Dead Men Say, plus ambitieux et moins amical. Un dragon d’une certaine majesté, difficile à cerner : Le dragon dans les nuées d’Hokusai.

Clip vidéo de la chanson « Feast Of Fire » :

Clip vidéo de la chanson « In The Court Of The Dragon » :

Album In The Court Of The Dragon, sortie le 8 octobre 2021 via Roadrunner Records. Disponible à l’achat ici



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