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Chronique   

Trivium – What The Dead Men Say


Trivium se veut confiant. Le groupe emmené par son frontman Matt Heafy est arrivé à un stade où il n’a pratiquement plus à se soucier de sa direction artistique pour répondre à des impératifs, qu’ils soient économiques ou autre. Trivium fait ce qu’il aime, fort du succès de sa discographie. Même lorsqu’il se permet quelques écarts, à l’instar de Silence In The Snow (2015), sa formule fonctionne auprès du public. What The Dead Men Say est la réalisation d’un groupe qui vit très bien ensemble et qui embrasse pleinement ses influences, une affection pour le death mélodique, le thrash, le black et le hardcore. What The Dead Men Say est l’album de « tout ce qu’aime » Trivium. Quelque part, Trivium est toujours en train de chasser l’image d’un groupe de jeunots au succès fulgurant propulsé par des médias et des fans épris d’Ascendancy (2005). Quinze années plus tard, What The Dead Men Say prouve que cette idée devrait être balayée partout où elle subsiste encore.

What The Dead Men Say est extrêmement dense, condensant tout l’arsenal déployé par le groupe en seulement dix titres. Le groupe a mis plus d’un mois pour composer et répéter les chansons jusqu’à en être satisfait, ce qui a permis un enregistrement éclair en seize jours sous l’égide de Josh Wilbur (Lamb Of God, Gojira). Le nouvel effort de Trivium est l’un des plus soignés dans sa conception et l’un des plus simples dans sa réalisation. Les deux minutes d’arpèges mélodiques de l’intro « IX » laissent transparaître ce penchant très affirmé pour le death mélodique avant d’être renforcées par le riffing groovy de « What The Dead Men Say », sorte de mélange entre metalcore et élans death plus traditionnels, voire carrément black metal lors d’un passage en blast beat. Matt Heafy alterne bel et bien plages de chant hurlé et voix claire avec l’aisance qu’on lui connaît. Les mélodies privilégiées de « What The Dead Men Say » renvoient aux atmosphères plus sombres des premières heures du groupe (Ascendancy compris), dessinées par des arrangements plus subtils et maîtrisés, témoignage de l’expérience gargantuesque acquise par la formation depuis quinze ans. « Catastrophist » est l’un des titres phares de l’opus, un amalgame de death aux influences scandinaves et d’un refrain taillé pour les ondes. Trivium n’a pas perdu son sens de l’accroche et s’amuse à optimiser son impact. « Catastrophist » subit plusieurs évolutions, quitte à proposer aux deux tiers un plan progressif inhabituel, sur lequel le batteur Alex Bent déploie sa technique, succédant à une frénésie extrême et alternant avec une inspiration plus néo-metal. Trivium part ainsi dans tous les sens et ne se perd pas, guidé par un frontman en forme olympique. Son travail de tonalité sur « Amongst The Shadows And The Stones » illustre les progrès gigantesques effectués par Matt Heafy depuis Silence In The Snow. Son chant ne souffre d’aucun complexe, tout comme son jeu de guitare accompagné des prouesses de Corey Beaulieu qui rend en permanence hommage aux guitar-heros des eighties. Il suffit d’apprécier la reverb du solo épique de « The Ones We Leave Behind », sorte d’Iron Maiden sous testostérone.

C’est la désarmante facilité avec laquelle Trivium donne vie à des structures complexes qui constitue la véritable prouesse de What The Dead Men Say. La musique du groupe reste extrêmement accessible sans pour autant se tordre pour correspondre à des catégories. Même les refrains typés FM fonctionnent sans exaspérer, à l’instar de l’entraînant « Scattering The Ashes ». Trivium reste grand public en proposant des arrangements plus audacieux. La ligne de basse grondante de « Bleed Into Me » fait office de colonne vertébrale de la chanson qui flirte avec le mielleux sans provoquer d’indigestion. Trivium joue avec les limites des clichés et déjoue petit à petit les premières impressions. Si l’on accorde du temps à What The Dead Men Say et qu’on met les a priori derrière soi, l’album peut devenir tout bonnement addictif.

Le seul défaut de What The Dead Men Say est finalement le parfum de redite qui s’en dégage parfois en s’imposant un devoir de synthèse et en jouant volontairement sur le même terrain que son prédécesseur, The Sin And The Sentence (2017). Une formule que Trivium solidifie et étoffe par moments mais qui perd légèrement de son éclat à d’autres moments (aucun refrain n’est de la trempe de « Beyond Oblivion » ou « Betrayer »). Reste que tout fonctionne naturellement sur What The Dead Men Say, même la conjugaison d’ingrédients pourtant contradictoires. What The Dead Men Say regorge de « hits », presque cinquante minutes qui passent à la vitesse de l’éclair et qui révèlent tous les plaisirs coupables. Comme si Trivium mettait le doigt sur ce qu’on voulait sans qu’on se l’avoue. Et ça marche.

Clip vidéo de la chanson « What The Dead Men Say » :

Clip vidéo de la chanson « Catastrophist » :

Album What The Dead Men Say, sortie le 24 avril 2020 via Roadrunner Records. Disponible à l’achat ici



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  • Oui, bonne réflexion sur le mielleux.
    Heart From Your Hate et Beauty In The Sorrow sur l’album précédent avaient ces symptômes de bonne combinaison facile d’écoute et groovy.

    [Reply]

    Duncan

    Heart ça allait à titre personnelle mais beauty c’était vraiment pas un moment agréable pour moi. Quand j’écoute in this life du dernier In Flames, j’ai la même impression de balade pas parfaitement assumée.
    Mais un titre un peu faiblard à mon goût sur une galette, c’est un sacré rendement.

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