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Interview   

Truckfighters : V pour victoire


Dango - TruckfightersQuand s’arrêtera la malédiction des batteurs chez Truckfighters ? A peine avaient-ils trouvé leur nouveau frappeur en la personne de Daniel Israelsson alias El Danno que le guitariste Niklas « Dango » Källgren nous apprend dans l’entretien qui suit que celui-ci ne fait déjà plus partie du trio. Mais, après pas moins de huit batteurs à être passés dans leurs rang, il s’y sont accoutumés et se sont fait une raison ; le départ d’El Danno n’a même pas fait l’objet de communiqué officiel, tout juste peut-on lire sur la page Facebook du groupe, non sans une note d’humour, que leur batteur aura désormais pour pseudo « Incognito ».

Il en faut plus pour arrêter Truckfighters, qui en a connu, des mésaventures dans sa carrière, sa course au stoner progressif, pas même un contentieux avec leur ancien management ne les aura empêcher de se mettre au travail pour délivrer V, un cinquième album bourré de qualités. Car les Truckfighters sont des perfectionnistes. Attention, des perfectionnistes, certes, mais permissifs avec les règles et pleins de légèreté. Car des règles, dans l’univers de Truckfighters, il n’y en a pas vraiment, que ce soit dans le domaine de la composition ou celui de la production, comme nous l’explique le guitariste ci-après.

Truckfighters 2016

« Lorsque c’est enregistré, je n’ai aucune idée de ce que j’ai joué ! Ça sonne bien, c’est tout [rires]. »

Radio Metal : Le batteur Poncho n’est resté qu’un an dans le groupe avant de partir rejoindre Blues Pills. Comment ça se fait ?

Niklas « Dango » Källgren (guitare) : [Rires] Parce que Blues Pills a viré l’autre batteur et puis, ils savaient que Poncho était le meilleur, je suppose. En fait, Poncho et les gars de Blues Pills étaient déjà amis avant et ils trainent ensemble durant leur temps libre, ils ont plus le même âge, donc je pense que c’était naturel pour lui d’accepter l’offre lorsqu’ils lui ont demandé. Et je pense que nous étions peut-être un peu plus heavy qu’il ne l’est [rires].

Plus généralement, vous avez eu une quantité incroyable de batteurs qui sont allés et venus dans le groupe. Qu’est-ce qu’il se passe avec les batteurs dans ce groupe ?

Je ne sais pas ! C’est dur ! Je veux dire que durant les premières années, nous n’en avions pas tant que ça, nous changions de batteurs tous les ans ou tous les deux ans. Donc je suppose que plus longtemps le groupe joue, et plus c’est difficile pour quelqu’un d’intégrer le groupe et ressentir la même dévotion pour le groupe. Donc c’est toujours pour différentes raisons qu’un batteur quitte le groupe ou se fait virer mais je pense que ça se résume au fait qu’ils ne « brûlent » pas vraiment autant que nous pour la musique. Et peut-être qu’ils ont un autre projet ou une vie normale, et si tu n’aimes pas totalement ce que tu fais, alors la vie en tournée devient trop difficile. Nous jouons si souvent loin de chez nous et en plus, tu ne te fais pas non plus tellement d’argent. Ce n’est pas facile !

Que peux-tu nous dire au sujet du nouveau batteur El Danno ?

En fait, nous avons sorti de la musique de son ancien groupe sur Fuzzorama il y a de nombreuses années. Il jouait dans le Dexter Jones’ Circus Orchestra. Ensuite, nous avons mis des annonces pour un batteur et il a pris contact, et ça paraissait assez naturel [de le prendre], dans la mesure où nous le connaissions et c’était un bon gars. Il est venu avec de l’enthousiasme et un peu de groove – presque trop de groove parfois, genre à la limite de ne pas être en place [rires]. Mais, en fait, il ne joue plus avec nous [rires]. Je pense que c’était trop dur pour lui de tout combiner. Il a une femme et un enfant, et il a l’habitude d’avoir un bon salaire parce qu’il a bon job en tant que chef à Stockholm. Il voulait tout faire mais au final, il devait faire des compromis à tous les niveaux et il n’arrivait pas à faire en sorte que ça fonctionne. Il était tout le temps stressé. Donc nous avons dit : « Et puis merde, mettons un terme à ça maintenant, tant que c’est encore possible. » Je veux dire que nous ne voulions pas nous retrouver à le voir craquer mentalement en pleine tournée. Donc nous avons discuté et nous n’avions pas le sentiment qu’il pourrait gérer cette vie pour le moment. Là aujourd’hui, nous ne jouons avec aucun batteur fixe. Nous allons simplement faire appel à des batteurs de session pour le reste de l’année, juste pour voir ce qu’il se passe et comment nous nous sentons.

Ca ne t’exaspère pas ?

Je pense que nous sommes habitués, moi et Oscar. Nous sommes là : « Ah, peu importe… » C’est comme ça. Je veux dire que le groupe, c’est lui et moi, et le batteur est le batteur.

La dernière fois que nous nous sommes parlé, Ozo a expliqué que votre précédent album était sorti quatre ans après Mania en partie parce « qu’il s’agit d’un album plus complexe en termes d’écriture et de méthode d’enregistrement. » Maintenant, vous êtes revenus à une cadence normale de deux ans avec V. Est-ce que ça signifie que V est un album moins complexe que Universe ?

Non, en fait, je pense que nous avions un peu plus de temps cette fois ! Car nous avons travaillé très dur mais peut-être dans un temps plus compressé, d’une certaine façon. Je ne pense pas que nous ayons passé moins de temps si tu comptabilises le nombre d’heures passées à travailler sur ces albums. Nous avons tout réalisé de Novembre à Avril, au lieu de répartir ça sur trois ou deux ans. Ca a pris seulement la moitié d’une année pour tout le processus. Nous avons fait le choix conscient de ne pas faire beaucoup de concerts après la tournée australienne, au début de cette année, jusqu’à la tournée Sud-Américaine, ça a fait donc trois mois où nous avons donné peu de concerts, de façon à pouvoir finir l’album. Et aussi, je pense que nous étions davantage concentrés lorsque nous avons écrit les chansons. Nous avons juste dit « faisons un album maintenant » et nous n’avons pas tellement réfléchi. Parce qu’avec Universe, nous avons beaucoup réfléchi à ce que nous allions faire au début et nous avons pris du temps pour faire les choses. Là maintenant, je préfère le nouvel album mais je pense qu’ils sont assez similaires, dans le sens où ils sont relativement progressifs. Tu peux ressentir que c’est Truckfighters qui progresse et prend une direction un peu similaire à Universe, je dirais. Mais nous avons essayé volontairement cette fois de rendre le son un peu plus rugueux.

Ceci dit, cet album paraît plus atmosphérique et même plus mélodique que les albums passés. Qu’est-ce qui vous a poussés dans cette direction ?

Je ne sais pas ! Nous n’essayons jamais de faire des choses, nous faisons juste ce que nous faisons. Donc je suppose que ça nous représente à ce stade. C’est peut-être un peu plus ambiancé cette fois aussi. Un peu plus sombre dans l’humeur, un peu plus aérien, d’une certaine façon. Je veux dire que les parties progressives sont encore plus progressives et techniques qu’avant. A la fois, comme tu le dis, c’est plus mélodique, surtout le chant est plus mélodique que jamais. Donc c’est un peu comme combiner de la musique easy-listening avec une musique plus difficile d’accès [rires].

Comment se fait-il que vous ayez de plus en plus pris une direction progressive avec le temps, comme le prouve ce nouvel album ?

Je dirais que c’est presqu’une question d’âge. Nous essayons de repousser nos limites pour éviter de nous ennuyer. Et puis nous devons faire des choses que nous n’avons pas faites auparavant, ou tout du moins certaines choses que nous n’avons pas faites, tout n’a pas à être nouveau, mais c’est bien pour l’esprit de s’ouvrir un peu, autant au niveau de la composition que techniquement. Nous essayons d’avoir une approche et un état d’esprit plus ouverts parce que lorsque tu écris des chansons, de nos jours, nous ne pensons jamais « oh, écrivons une chanson qui nous fasse penser à ce groupe ou cette chanson qui est si bien ! » Aujourd’hui, nous ne faisons qu’écrire des chansons que nous pensons bonnes sans y réfléchir. Donc nous essayons pendant quelques mois d’arrêter d’écouter de la musique venant de l’extérieur. Du coup, c’est totalement ouvert d’esprit lorsque nous faisons des choses.

Truckfighters - V

« C’est bien de connaître des trucs de base [de théorie musicale], de façon à apprendre ce que tu peux faire, mais ce n’est pas bien de trop en savoir parce qu’alors tu apprends aussi ce que tu ne peux pas faire [rires]. »

Cette fois, lorsque vous avez composé l’album, vous ne saviez pas qui enregistrerait la batterie. Comment est-ce que ceci a affecté la musique et le processus ?

De toute façon, lorsque nous écrivions les chansons pour les trois derniers albums, nous écrivions les idées de base pour une chanson, juste la guitare, la basse et une piste de clic. Ensuite moi et Ozo, nous avions des idées en tête, nous disions « imagine ici, nous pouvons avoir quelque chose comme ci, là quelque chose comme ça, » et puis nous disions « ok, ça sera probablement bien en studio et si ça ne l’est pas, on pourra toujours l’enlever. » Donc, avec les albums passés, les chansons se développaient plus ou moins durant le processus d’enregistrement, donc pour nous, c’est naturel, en ce sens. La plus grande différence cette fois est que, puisque nous n’avions pas de batteur, nous avons décidé de commencer les enregistrements sérieux de la basse et de la guitare par-dessus un clic pour certaines chansons, car nous voulions commencer l’album, alors que par le passé, nous ne faisions ça que pour de vagues idées, peut-être même sans accorder les guitares, juste pour enregistrer quelque chose, une idée. Donc ça c’était très différent, le fait de ne pas avoir de batterie et seulement jouer par-dessus un clic. En conséquence, le batteur a dû ensuite s’adapter à nous au lieu que ce soit l’inverse. Et nous étions très durs avec lui pendant que nous le produisions, pour le pousser à faire ce que nous voulions que ce soit. Il y a eu beaucoup de sueur [rires] !

Est-ce qu’il est difficile de travailler avec vous ?

Je pense que ça peut être difficile si tu n’as pas la même attitude, c’est-à-dire vouloir que tout soit parfait. Mais si tu es également dans cet état d’esprit de vouloir que tout soit parfait à tout prix, alors c’est amusant de travailler avec nous ! Car nous ne faisons pas de compromis.

Apparemment, lorsque vous concevez un album, il y a des choses que vous faites spontanément dans le feu de l’action. Et ensuite il faut que vous appreniez ce que vous avez vraiment fait…

Ouais, parce pour nombre de parties dans les chansons qui ne sont pas les riffs de base qui reviennent – ce qui correspond principalement aux refrains, car sur cet album, les couplets sont généralement différents aussi -, nous ne savons pas vraiment au préalable comment ce sera, donc nous enregistrons et composons à mesure que nous enregistrons. Ensuite, lorsque c’est enregistré, je n’ai aucune idée de ce que j’ai joué ! Ça sonne bien, c’est tout [rires]. Donc maintenant, par exemple, pour lorsque nous allons commencer à jouer les nouvelles chansons, j’ai dû me poser et apprendre ce que j’ai fait, et l’écouter, et essayer de m’en rappeler et penser « ah, c’est joué comme ci et comme ça. » Lorsque je joue vite, évidemment, c’est plus difficile d’entendre ce que je joue. Parfois, je dois même aller dans les fichiers du projet et écouter uniquement la piste de guitare et peut-être écouter cinq secondes d’affilées, apprendre les cinq secondes et puis passer aux cinq secondes suivantes. Voilà mon approche. Là en ce moment, j’essaie d’apprendre « Calm Before The Storm » correctement, et certains des trucs à la guitare sont vraiment durs [rires]. J’ai du boulot ! Mais, bien sûr, je connais la base de la plupart des chansons, genre le riff principal et ce genre de choses, mais les solos et les petites mélodies de guitare et tout, je ne les connais pas, je dois écouter comme il faut et les réapprendre – bon, pas réapprendre, je ne savais même pas que ça allait être enregistré comme ça, donc je dois l’apprendre pour la première fois [rires].

Dirais-tu que tu es plutôt le genre de musicien à y aller avec tes tripes plutôt qu’en analysant la musique ?

Carrément ! La plupart du temps, nous ne savons pas vraiment ce que nous faisons en termes de théorie musicale. Tant que ça sonne bien, c’est bien ! Si tu réfléchis trop à ce que dit la théorie musicale, ce que tu peux faire avec telle ou telle chose ou pas, alors tu te retrouves confronté à des limites pour ton esprit. C’est mieux de ne pas connaître trop la théorie [rires].

Je ne suis pas sûr que certains des plus grands musiciens et professeurs de musique seraient d’accord avec ça [rires].

Pour moi, il y a toujours des exceptions, bien sûr, mais il y a toujours ces très bons musiciens qui ont commencé à jouer d’un instrument et sont allés à l’université pour la guitare, mais ces musiciens ne deviennent jamais les plus créatifs. Ils deviennent généralement des musiciens qui jouent la musique d’autres gens. Donc je pense qu’il y a quelque chose qui définit la façon dont ton esprit fonctionne. Ça peut être un obstacle à la créativité, mais ce n’est pas forcé, bien sûr. Je pense que c’est bien de connaître des trucs de base, de façon à apprendre ce que tu peux faire, mais ce n’est pas bien de trop en savoir parce qu’alors tu apprends aussi ce que tu ne peux pas faire [rires].

Depuis le début, vous produisez vous-même vos albums. Est-ce important pour vous d’avoir ce genre de contrôle total ?

Oui ! Assurément ! Car personne d’autre ne peut le faire comme nous le voulons ! [Rires] Sur Universe, nous avons essayé des as de la production, des mecs vraiment réputés pour mixer une chanson, mais ça ne nous allait pas. Donc nous avons fini par de toutes façons le faire nous-même.

Comment as-tu appris à faire ça ?

Je crois que j’ai appris ça presque en même temps que la guitare. Je me souviens à l’école, lorsque j’avais juste treize ou quatorze ans, il y avait une petite association de musique, et ils avaient aussi un studio très basique, donc tu pouvais te rendre compte de ce que ça faisait d’enregistrer et ce qui se passe avec ça. Ensuite l’intérêt est devenu plus grand et j’ai étudié les médias pendant trois ans, dont une partie touchait à l’ingénierie sonore. Ensuite j’ai étudié un an pour être ingénieur du son après ça. Et puis j’ai travaillé dix ans en tant qu’ingénieur du son avant de devenir un musicien à plein temps. Donc pour moi, c’est simplement naturel de faire ça, dans la mesure où ça fait longtemps que je le fais.

Quelle est ton approche de la production ?

C’est à peu près la même que lorsque je compose de la musique. Il n’y a pas vraiment de règle. Si ça sonne bien, c’est bien. Ce n’est pas comme si tu ne pouvais pas faire si ou ça. Tout est possible, tout du moins, je peux essayer des choses et si c’est cool, c’est cool.

Truckfighters 2016

« A l’époque, nous pensions que nous devions avoir le son stoner le plus gras possible […], peut-être même encore plus gras que Kyuss. Mais après un temps, nous avons décidé que nous voulions faire notre propre truc […]. C’est mieux si d’autres groupes sonnent comme Truckfighters ! »

Comment tes compétences en tant que producteur ont-elles évolué au fil de cinq albums ?

Je ne sais pas ! Qu’est-ce que tu en penses ? [Rires] Je pense que le dernier album, maintenant, le son est plus accessible, c’est plus clair, c’est plus facile d’entendre tous les instruments que comme c’était par le passé. Mais d’un autre côté, je pense que tous les albums ont un son qui a vraiment du charme, d’une certaine façon, de manière différente.

N’est-ce pas difficile parfois d’obtenir une production claire avec des guitares fuzzées ?

Ouais, c’est ça le piège ! C’est très difficile de rendre ça possible ! Ça implique pas mal d’ajustements avec les potards [petits rires]. Il faut juste savoir quoi tourner et quoi ne pas tourner. C’est très dur. C’est même la chose la plus dure. Je pense que mixer un gros son stoner est bien plus difficile que de faire de la pop ou du metal normal. C’est très dur à faire de sorte que ce soit à la fois puissant, clair et un peu sale.

Ne ressens-tu jamais le besoin d’avoir une oreille extérieure ?

Ouais, parfois, mais je veux dire qu’Ozo est toujours également impliqué dans le processus, donc c’est aussi une oreille. Mais nous ne faisons pas tellement appel à des gens extérieurs. Parfois nous demandons à monsieur Paco, l’un de nos anciens batteurs, d’écouter parce qu’il a aussi de très bonnes oreilles.

Comment le batteur Peter Damin s’est retrouvé à jouer sur la chanson « The 1 » ?

C’est un ami à moi, donc je lui ai demandé ! Pendant de nombreuses années, il était là : « Ah, si tu as besoin d’un remplaçant à un moment donné, je peux jouer. » Et puis à chaque fois que nous en avons eu besoin, il n’était jamais disponible. Je veux dire qu’il est si bon qu’il est toujours occupé. Alors je me suis dit « eh merde, voyons s’il a le temps de jouer sur l’album. » C’était marrant !

Tu ne lui as jamais demandé de vous rejoindre à plein temps ?

Bien sûr que je lui ai demandé ! Mais plus pour rire parce que c’est impossible pour quelqu’un comme ça. Il a déjà trop de bons boulots bien payés. Il joue de la batterie, par exemple, dans l’émission de télé Let’s Dance en Suède. Donc je pense que c’est dur d’obtenir autant d’argent, si ce n’est autre chose, lorsque tu joues du rock.

La dernière fois qu’on s’est parlé, Ozo a dit qu’il n’aime pas dire que vous êtes influencé par de la musique, bien qu’il ait reconnu avoir été inspiré par un groupe comme Tool. Mais qu’est-ce qu’il y a de mal à être influencé par d’autres musiques ?

Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit de mal à être influencé. Je pense que c’est plus le fait que nous ne nous sentons pas consciemment influencés. Tout est à un niveau subconscient. Je ne pense pas qu’on devrait écrire de la musique et penser « ah, je suis inspiré par ce groupe, donc maintenant je vais faire une chanson qui sonne comme, disons, Soundgarden » car alors, tu t’imposes instantanément des limites sur ce que sera une chanson et ce n’est pas quelque chose de bien. Surtout les jeunes gens font ça, je suppose, lorsqu’ils n’ont pas encore trouvé leur propre son.

Est-ce qu’il y a une intention délibérée chez Truckfighters de faire de la musique qui soit originale ?

Oui, bien sûr. Mais pas au début. A l’époque, nous pensions que nous devions avoir le son stoner le plus gras possible et c’était intentionnel de sonner comme un gros groupe de stoner, peut-être même de sonner encore plus gras que Kyuss. Mais après un temps, nous avons décidé que nous voulions faire notre propre truc et ne pas être associé à, genre, « Ah, ils sonnent comme ci, ils sonnent comme ça. » C’est mieux si d’autres groupes sonnent comme Truckfighters ! Mais nous n’avons pas vraiment de plan, nous faisons les choses, simplement.

Penses-tu que de nos jours, pour sortir du lot il faut offrir quelque chose de neuf ?

Je le pense. J’aime comme c’est. C’est très dur de sortir du bruit ambiant. Tu dois avoir ton propre truc pour le faire.

Qu’est-ce qui vous a influencés ces derniers temps ? Et je ne parle pas forcément au niveau musique.

Je pense que pour nous, c’est plus la vie en général, l’humeur de la société et ces choses qui nous affectent. Car la musique est émotionnelle pour nous. Ça c’est la réponse courte. Je pense que le monde aujourd’hui est assez déglingué. Politiquement, l’Europe ferme ses frontières, les gens ont peur des musulmans, les partis de droite gagnent en popularité. C’est un peu effrayant, donc je pense que c’est ce qui apporte un côté plus sombre à cet album.

Est-ce de ça dont parlent les paroles ?

Un petit peu. Je veux dire que la dernière chanson parle du truc avec les réfugiés. La première chanson parle de meurtre. Une chanson parle de notre conflit contractuel avec notre ancien management. Donc c’est un peu de tout.

Que s’est-il passé avec votre management ?

Ils étaient si mauvais que nous avons dû les virer. Ensuite ils nous ont attaqué en justice parce qu’ils pensaient que nous n’avions pas le droit de le faire. La procédure légale n’est pas encore terminée, c’est un processus en cours. C’est putain de pénible. Ça nous a clairement influencés pour faire un album plus sombre [rires].

Vous avez appelé votre cinquième album V. Est-ce qu’il y a une autre symbolique derrière le fait de l’appeler « cinq » ?

Tu peux aussi l’appeler par la lettre V pour victoire, ou tu peux l’appeler virus… Il possède plein de symboles ! « Victoire », peut-être est-ce pour montrer que nous pouvions très bien nous en sortir sans ce mauvais management, genre « nous voilà, nous l’avons fait ! C’est notre nouvel album ! » Et « virus » va un peu avec l’artwork. L’artwork reflète un peu un genre de réalité, tu ne sais pas si c’est le futur ou le passé ou une autre dimension. Donc peut-être qu’un virus est venu et a changé le futur.

Truckfighters 2016

« J’ai toujours ma pédale de fuzz dans mon sac parce que si nous la perdons, nous perdons le son. »

Truckfighters est devenu un boulot à temps plein pour vous. A quel point est-ce difficile de vivre la vie de musicien dans un groupe comme Truckfighters qui n’est pas énormément populaire ? Je veux dire que vous n’êtes pas comme Metallica à vendre des millions d’albums…

Il y a plein de choses à faire en dehors du fait de jouer. La tout de suite, par exemple, j’ai dû emmener ma voiture faire sa révision annuelle [rires]. Je veux dire que nous faisons la majorité des choses qui entourent le groupe nous-même. Je pense que la plus grande différence entre être un vrai gros groupe et un petit groupe underground est que tu fais énormément plus que simplement jouer de la musique.

Mais est-ce viable financièrement ?

Nous pouvons nous en sortir mais je pense que nous sommes peut-être les personnes qui ont le boulot  moins bien payé de Suède, probablement [rires]. Mais nous débrouillons, donc ça va ! Et si tu as un boulot normal tu te fais de l’argent et puis tu dois payer un paquet d’argent pour pouvoir faire tes passe-temps, donc nous, nous n’avons pas besoin de dépenser tellement d’argent.

Je sais qu’Ozo a eu une période où il ne trouvait plus ça marrant et a fait une pause, et tu étais énervé parce que tu voulais jouer. C’était si frustrant pour toi ?

C’était très frustrant ! Mais ça n’a duré qu’environ une demi-année je pense, quatre ou cinq mois, quelque chose comme ça, il y a trois ou quatre ans. Il n’y avait pas grand-chose à y faire. J’ai simplement fait mon truc, jouer de la guitare et m’occuper des choses.

Est-ce compliqué parfois d’être sur la même longueur d’onde entre toi et Ozo ?

Bien sûr mais je pense que plus longtemps nous jouons et plus nous prenons de l’âge, plus c’est facile de le faire. Nous nous battions davantage lorsque nous étions plus jeunes et maintenant, nous nous connaissons très bien, et nous acceptons que les gens ne soient pas parfaits, d’une certaine façon.

Quels ont été les moments les plus difficiles et les pires souvenirs dans la carrière de Truckfighters ?

Au début, lorsque nous avons dû changer de batteur, nous trouvions que c’était vraiment dur émotionnellement et mentalement de traverser ça. Mais maintenant, nous y sommes habitués. La chose la plus dure maintenant, peut-être, c’est toute l’histoire avec l’attaque en justice pour le contrat de management, ça fait vraiment chier, pour être franc. En terme de souvenirs, le pire – où l’un des pires, au moins – c’était une fois, il y a plus de dix ans maintenant, nous tournions en Italie et nous allions dormir chez une fille qui faisait partie de l’organisation du concert – ce n’était pas vraiment une entreprise, c’était juste des gosses ou de jeunes gens qui organisaient la soirée. Au départ, c’était assez amusant parce que le concert a été interrompu par un voisin car il trouvait que le son était trop fort. Donc ensuite il est venu pour couper le courant du bâtiment entier [rires]. Donc tout était silencieux et ensuite il a remis le courant. Mais il avait appelé la police, donc la police est venue et a mis fin au concert [rires]. Mais ensuite, la nuit, nous allions dormir chez un des organisateurs. C’était une grande maison en dehors de la ville. C’était assez éloigné, donc ce n’était pas comme si nous pouvions aller ailleurs une fois que nous y étions, et puis il était tard. Donc nous étions là : « Enfin, nous allons maintenant pouvoir dormir. » Ensuite, elle nous a fait faire le tour pour entrer par la porte arrière. C’était une grande pièce avec presque rien, quasiment comme un endroit pour faire la fête ou quelque chose comme ça, et il y avait un escalier pour monter, donc nous avons commencé à monter l’escalier, et elle était là : « Hey, qu’est-ce que vous faites ?! » Nous disions : « Nous allons dormir ! C’est quatre heures du matin. » « Non ! Vous ne pouvez pas aller à l’étage, mes parents y sont ! » [Rires] Donc nous n’avions pas le droit d’aller dans la maison à proprement dite. Elle pensait que nous devrions dormir dans la pièce, genre à même le sol ou sur des bancs en bois, absolument rien de plus que ça. C’était dingue. Nous avons essayé de dormir pendant quelques heures mais ensuite, lorsque le soleil s’est levé, nous avons été dehors et nous nous sommes allongés sur l’herbe, car heureusement, ce n’était pas l’hiver, je crois que c’était le printemps, donc ça allait lorsque le soleil était là. Donc après ça, nous avons eu pendant quelques années pour demande de dormir à l’hôtel, nous n’acceptions pas d’hébergement privé [rires].

Et peut-être pas la même année, une année avant ou après cette histoire, nous avons joué un dimanche à Brescia. Je m’en souviens parce que c’était tellement dingue. Il y avait nous et un groupe de première partie, et puis il y avait trois personnes ! Et puis une personne qui travaillait là et un mec ivre posé au bar en train de boire [rires], c’était tout ! Evidemment, tu te dis : « Putain mais qu’est-ce que je fais là ? » Mais à l’époque, ce n’était pas si mal. C’était quand même marrant de jouer en Italie. Nous n’avions pas tellement tourné à l’époque comme nous le faisons maintenant. Si ça devait se passer aujourd’hui, je trouverais cela probablement bien pire. Maintenant, nous avons tout traversé, donc nous sommes prêts à passer au palier suivant [rires].

Et quels ont été les meilleurs souvenirs ?

Nous avons eu quelques supers souvenirs. Je trouve que la première fois que nous avons joué au Stoned From The Underground en Allemagne, c’était vraiment l’éclate, car c’était la première fois que nous nous rendions compte qu’il y avait vraiment pas mal de gens qui nous appréciaient. Je crois que c’était la première fois où nous avions presque mille personnes qui sont venues à un concert. Tout le monde était fou, à courir jusqu’à la scène. Lorsque nous jouions, ils connaissaient les chansons. C’était vers 2006 et c’était nouveau pour nous à l’époque. Et, je ne sais pas, tellement de concerts étaient bons ; lorsque la salle est pleine, c’est génial. Mais je pense que, personnellement, c’était un sacré truc de jouer… Nous avons fait un festival au Canada l’été dernier, où nous jouions deux positions avant Soundgarden sur la scène principale, donc c’était cool, mais nos guitares ont été égarées. Donc au final, j’ai pu emprunter une guitare à Kim Thayil de Soundgarden [rires]. Pour moi, en tant que vieux fan de grunge et de Soundgarden, c’était vraiment cool !

Est-ce que sa guitare est sympa à jouer ?

Ouais, je veux dire qu’il avait une SG mais de marque Guild, mais elle avait un feeling assez similaire à ma Gibson SG GT, pour être franc. Et heureusement, il avait les mêmes strap locks pour attacher la sangle de la guitare, donc j’ai pu la mettre dans une bonne position. Donc c’était sympa et ça sonnait très bien ! Donc c’était marrant ! [Rires]

Avais-tu le son Soundgarden ?

Non, pas vraiment. C’était toujours le son Truckfighters. J’avais ma pédale de fuzz dans mon bagage à main. J’ai toujours ma pédale de fuzz dans mon sac parce que si nous la perdons, nous perdons le son.

Et as-tu retrouvé ta guitare ?

Je crois qu’elle est arrivée au festival mais juste quand nous avons fini de jouer. Mais elle est arrivée, au moins, au final.

Vous avez signé chez Century Media. Qu’attendez-vous de leur part ?

Nous nous attendons à une un peu meilleure promotion et à toucher un peu plus de gens. Avec un peu de chance, nous aurons de nouveaux fans, peut-être des fans de metal qui ne connaissaient pas notre type de hard rock avant. Nous espérons qu’ils découvrent notre musique. Je veux dire que c’est ça toute l’idée. Et bien sûr, c’est aussi le fait que nous n’avons pas vraiment le temps de tout faire nous-même. Nous avons essayé un management pour le dernier album, ce qui n’a pas fonctionné, donc maintenant, nous avons décidé d’essayé un label à la place. Jusqu’ici tout va bien.

Interview réalisée par téléphone le 31 août 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Andreas Von Ahn.

Site officiel de Truckfighters : www.truckfighters.com

Acheter l’album V.



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