ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Metalanalyse   

Turbonegro : du sang frais dans une machine bien huilée


Comment un groupe peut-il rebondir suite au départ d’un de ses membres emblématiques ? Connu pour ses incessants changements de line-up, Turbonegro est aujourd’hui face à un changement de taille suite au départ de Hank Van Helvete, chanteur du groupe. Ce dernier ne s’est peut-être jamais éloigné de ce death-punk qui le caractérise malgré les nombreux mouvements en son sein, cependant la perte d’une pièce maîtresse n’est jamais évidente à combler. Et pourtant, incontestablement même, Turbonegro est l’une de ces valeurs sûres de la scène punk-hard rock actuelle, et ce avec pas moins de vingt changements effectués au sein du groupe depuis sa formation. Celui-ci semble être habitué aux changement de line-up et aux coups durs, en tirant finalement profit afin d’agrémenter sa musique par ces diverses et infimes évolutions. Le groupe fait malgré tout preuve de constance et c’est ce qui a réussi à souder sa base de fans conséquente : la Turbojugend.

Tantôt punk à ses toutes premières heures (Hot Cars And Spent Contraceptives en 1992), puis lorgnant sur un hard rock sauce 90’s (Apocalypse Dudes en 1998) ou alors associant le punk-rock au glam californien en 2005 avec Party Animals, aujourd’hui ce Sexual Harrasment semble parti pour marquer une toute nouvelle ère pour le groupe. Car cet opus marque indéniablement la fin d’une ère, celle de son emblématique chanteur : Hank Van Helvete, présent depuis le début des années 90.

Celui-ci explique que son départ n’a rien à voir avec le groupe lui-même, mais plutôt avec son envie de vivre autrement, ce dernier est donc remplacé en 2011 par Tony Sylvester. Le groupe s’était déjà séparé après une tournée européenne entre 1997 et 1998 suite à la fragilité mentale de Hank Von Helvete (ce dernier était accro à l’héroïne et souffrait de dépression) et suite au départ de son chanteur de longue date, il aurait été aisé de soupçonner un nouveau split, peut-être – cette fois-ci – fatal au groupe. Car depuis sa reformation en 2002 au Quart Festival (Norvège), la bande à Helvet avait le vent en poupe, touchant notamment le public américain grâce à son apparition dans l’émission Viva La Bam du skateur Bam Margera, grand fan du groupe, mais aussi par ses tournées avec Queens Of The Stone Age, faisant ainsi croître sa Turbojugend. Discographiquement très actif également avec un album tous les deux ans de 2003 jusqu’à 2007, connaissant également la période la plus stable de son existence (n’enregistrant aucun départ), la machine, bien huilée, semblait inébranlable.

C’est donc un nouvelle étape à franchir pour la bande, et pas des moindres, puisque ce coup-ci il s’agit de la voix du groupe qui s’en va et une nouvelle, encore non-assimilée par les fans, qui arrive. Et si l’arrivée en 1996 d’Euroboy à la guitare a marqué le changement de son du groupe, et ce de manière positive, Tony Silvester devra s’imposer. Chose qui devrait néanmoins se faire sans difficulté. La prestation du groupe au Hellfest a prouvé que l’étape de la scène est franchie, ne reste plus qu’à confirmer en studio. Cependant, le choix de ce nouveau chanteur n’est pas anodin et est pensé par les autres membres, ces derniers prenant un frontman dont la tessiture vocale n’est pas comparable à celle de leur ex-chanteur. Cela semble donc s’imbriquer dans une volonté d’évolution, variable suivant les membres présents.

Turbonegro entre donc dans une nouvelle phase, plus brute – avec cette voix grave d’un Tony Sylvester donnant un côté Motörhead et qui semble être une évolution logique du groupe, accélérée, certes, par la venue de ce nouveau chanteur, mais cohérente. Car comme dit plus haut, Turbonegro n’a cessé d’évoluer – à son niveau et dans son style – mais, au final, au fur et à mesure des changements de line-up subis. La musique du groupe garde tout de même ses bases, notamment grâce au talent d’Euroboy, qui font que celle-ci reste reconnaissable à la première écoute. Un album intéressant sans pour autant être déroutant car rien ne semble réellement forcé dans cet opus qui sonne naturel. Ainsi ce nouvel album semble, paradoxalement, être la continuité évolutive logique de Retox (2007), tournant dans une spirale ascendante dans leur style musical, tout en étant la scission entre deux époques. Et bien que le groupe semble vouloir reconstruire une nouvelle histoire avec Tony Sylvester, ces derniers ne repartent pas d’une page vierge et le chanteur apporte une réelle dose de hargne à leur musique désormais rodée.

La production de ce nouvel album, plus chaude, plus épaisse, apporte un sentiment de plus grande profondeur musicale, aussi grandement entretenue par la voix grave de leur nouveau frontman. Alors qu’un Retox (2007) sonnait plus « sec », ce Sexual Harassment se rapproche d’un Apocalypse Dudes (1998). Très « massif ». A titre d’exemple, le titre « Dude Without A Face » représente bien cette notion de lourdeur et de profondeur (accentué par de la réverb’ sur la voix et une basse claquante), donnant un titre assez sombre. Les Norvégiens ont cependant toujours gardé une certaine forme de folie excentrique et de bonne humeur au fil des années. Le titre de « hake Your Shit Machine » représente cet humour à la Turbonegro qui fait partie intégrante de la musique du groupe et indéniablement, à la première écoute de ce Sexual Harassment, on retrouve tous les ingrédients faisant la musique du groupe.

Ainsi, bien que l’appréhension logique quant à la stabilité du groupe suite au départ de Hank Van Helvete pouvait être mise en cause, la cohérence musicale de celui-ci sur ce nouvel opus ne s’en trouve pas affectée. Le combo reste sur cette même ligne directrice qui tient le groupe depuis dix ans, ajoutant – comme ils savent le faire – des petits détails aidant à la progression artistique du groupe sans pour autant en dénaturer sa souche première : le death-punk. Cette machine Turbonegro reste donc très bien huilée, peut-être même, définitivement inébranlable.

Sexual Harrassment, sortie le 7 août via Volcom Entertainment.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3