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Chronique   

Turilli / Lione Rhapsody – Zero Gravity


Ironiquement, la saga Rhapsody n’est pas prête de se terminer. Entre Rhapsody Of Fire et Luca Turilli’s Rhapsody, la scission du Rhapsody original a engendré de nombreux rejetons tout aussi prolifiques. Il faudra désormais inclure une nouvelle entité, Turilli/Lione Rhapsody. Les deux musiciens auraient voulu se nommer Zero Gravity et abandonner le nom de Rhapsody (et ainsi éviter un jeu de noms qui en devient presque comique). Les impératifs de promotion en ont décidé autrement, Zero Gravity devient donc, à la place, le titre du premier album du nouveau projet de Fabio Lione et Luca Turilli, accompagnés du bassiste Patrice Guers, du guitariste Dominique Leurquin et du batteur Alex Holzwarth, tous des ex-Luca Turilli’s Rhapsody et ex-Rhapsody Of Fire. Turilli/Lione Rhapsody insiste sur sa volonté de se démarquer du power metal traditionnel et des sagas que prône toujours Rhapsody Of Fire. Il veut donner naissance à ce qu’il décrit comme du metal symphonique moderne.

Impossible de nier la distorsion entre l’orientation presque nostalgique de Rhapsody Of Fire et ce que propose Turilli/Lione Rhapsody : The Eighth Mountain et Zero Gravity, mis en parallèle, mettent immédiatement en exergue les divergences musicales entre Fabio Lione, Luca Turilli et leur ancien collègue Alex Staropoli, en proposant deux positionnements radicalement opposés d’un même univers. Zero Gravity a pour sous-titre Rebirth & Evolution, symbolisant cette volonté de redessiner les contours jugés obsolètes du metal symphonique. L’introduction de « Phoenix Rising » utilise des samples typés S-F, suivie par des notes de piano et le sample d’une voix faisant le décompte de décollage d’une fusée. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’extrême opulence des arrangements de la musique de Turilli/Lione Rhapsody. Les arrangements de cordes, les chœurs, les cuivres, le timbre d’opéra de Fabio et les élans power metal de Luca et du jeu d’Alex Holzwarth : le tout est extrêmement dense, et en dépit d’une production s’éloignant d’un son plus « old-school », la distance recherchée avec le metal symphonique classique se voit nuancée. Il y a toujours ce grain Rhapsody qui, évidemment, perdure, avec l’absence de retenue et de sobriété ainsi que le sens de l’épique – l’interlude « Origins » a par exemple tout de la touche hollywoodienne à laquelle nous a habitués Luca Turilli, tandis qu’« Amata Immortale » joue jusqu’à l’excès la carte de la ballade emphatique à coup de sonorités de musique classique et de paroles en italien. La véritable différence se décèle au fur et à mesure de l’écoute : Turilli/Lione Rhapsody brise le carcan que s’imposaient les projets précédents par souci de cohérence. Il y a une place accrue des arrangements électroniques et vocaux – des voix lyriques à tous les étages, un break ethnique sur « Phoenix Rising », un duo avec Elize Ryd d’Amaranthe qui prend presque tout l’espace sur « D.N.A (Demons And Angels) » et Mark Basile de DGM qui crée la confusion sur « I Am » – , ainsi qu’une utilisation d’instruments traditionnels orientaux, à l’instar de cloches tibétaines (« Origins »), d’un sitar et de tablas (« Zero Gravity ») ou d’une flûte indienne, le bansuri. On retrouve même du saxophone sur « I Am ». Non, Zero Gravity ne recule devant rien.

Surtout, Zero Gravity obéit au dessein de Fabio Lione et Luca Turilli de représenter d’autres influences, telles que Queen ou Dream Theater. À ce titre, on ne peut voir le pont d’« I Am » autrement que comme une sorte de brève réincarnation de « Bohemian Rhapsody », portée par la versatilité et l’audace du chant de Fabio Lione méconnaissable par endroits. Ce dernier déborde d’expression, parfois lors de breaks presque incongrus, à l’instar de « Decoding The Multiverse ». Turilli/Lione Rhapsody atteint parfois l’excellence lorsque les élans progressifs parviennent à créer une véritable atmosphère cinématographique et s’extrait des gimmicks du power metal. Le pont et la conclusion du titre « Zero Gravity » prennent des allures de space opera étrange qui se termine gracieusement via une accalmie, tranchant avec la profusion du développement.

En réalité, Zero Gravity est une sorte d’entre-deux étrange. S’il s’agissait de « moderniser » un genre devenu poussiéreux, Turilli/Lione Rhapsody y parvient en partie. La production est différente, les contraintes en matière d’arrangements et d’orchestrations sont effectivement moindres et, dans l’ensemble, la musique de Zero Gravity est moins monolithique. Dans ce qu’il dégage en revanche, la parenté avec Rhapsody est flagrante et indélébile (les chœurs, les orchestrations, les soli…). Si on apprécie le pléthorique et les myriades d’instruments et de voix, on en retirera des sensations similaires. Là où Zero Gravity marque davantage, c’est dans la maîtrise d’influences plus diverses, dont la plus notable reste celle de Queen. Dans ce sens, du point de vue de l’auditeur, l’évolution est plus ténue qu’il n’y paraît sur papier. Elle est néanmoins présente et réside dans le détail, et un état d’esprit affranchi de toute forme de réserve.

Lyric-vidéo de la chanson « D.N.A. (Demon And Angel) »:

Lyric vidéo de la chanson « Phoenix Rising » :

Album Zero Gravity, sortie le 28 juin 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • curiosité et intérêt pour écouter cet album éclectique:les 2 titres sont de bonne facture et un peu différents du style Rhapsody bien connu

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  • Les deux premiers morceaux ne me plaisent pas des masses. Je n’en aime pas du tout le son des guitares, trop compressées et écrasées. Les paroles ne me disent rien non plus.
    Bref, je préfère le Rhapsody de Staropoli.
    Je lui donnerai quand même sa chance et j’espère que les autres morceaux me plairont plus.

    [Reply]

    Dori

    Tout à fait d’accord avec toi. De ce que j’ai pu en écouter des 2 projets, celui de Staropoli me paraît bien plus intéressant !
    Ici, j’ai l’impression d’entendre un énième groupe de Metal mélodique, certes bien produit et au visuel très propre, mais bien trop lisse pour être honnête…

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