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Interview   

Tyler Bryant & The Shakedown : l’honnêteté du rock


Déjà un troisième album pour les Américains Tyler Bryant & The Shakedown : Truth And Lies sort ce 28 juin. Toujours dans une même veine d’un « bon vieux rock’n’roll » fait par des petits jeunes. Cette fois, pas d’autoproduction, mais une collaboration avec le producteur Joel Hamilton pour réaliser un disque qu’ils ont voulu tout sauf aseptisé, au plus proche d’un rendu live, sans recherche effrénée de la perfection. Et cette imperfection fonctionne à merveille, révélant plus que jamais le caractère du quatuor.

Un album un peu plus introspectif aussi, où Tyler Bryant propose des textes qui montrent sa vulnérabilité – abordant autant l’amour, le jugement d’autrui que son anxiété –, servis par une voix ayant évolué ces dernières années, pour le meilleur. De passage à Paris, Tyler Bryant – avec une guitare entre les mains – et le batteur Caleb Crosby nous racontent la naissance de leur nouveau bébé musical, faisant également un détour sur des anecdotes de tournées, tout sauf glamour !

« Au fil du temps, on apprend à aimer les erreurs, les petites imperfections qui avant nous faisaient dire : ‘Non, je ne supporte pas d’entendre ça.’ On apprend à dire : ‘Eh bien, ça fait partie de la personnalité, du caractère, c’est nous !’ »

Radio Metal : Pour Truth And Lies, vous avez enregistré cinquante-cinq démos à Nashville avant d’aller à Williamsburg enregistrer les treize morceaux qui constitueraient l’album. Pourquoi faire des démos d’autant de chansons quand vous savez que seules quelques-unes de ces chansons se retrouveront sur l’album ?

Tyler Bryant (chant & guitare) : Quand nous ne sommes pas sur la route, nous composons, jammons et créons des chansons tout le temps ensemble. Souvent, notre façon de travailler est que nous les écrivons rapidement, sans nous enliser dans de petits détails, comme les arrangements finaux. Donc nous faisons des démos avec ce que nous avons, et ces démos sont parfois assez élaborées, au point où elles sonnent comme un album, mais peut-être que les chansons ne vont pas ensemble. Tout dépend. Nous composons sans penser à un album, juste pour être créatifs et voir ce qui ressort. Nous avons fini avec cinquante-cinq chansons, et en groupe nous avons réduit ça aux vingt-sept candidates possibles pour l’album. Il y en avait donc beaucoup pour lesquelles nous nous disions : « Ça ne va pas marcher, ça ne convient pas. » Ça ne veut pas dire que ce sont de mauvaises chansons, ça veut juste dire qu’elles n’avaient pas le bon feeling pour The Shakedown ou par rapport à ce que nous voulons jouer en live…

Caleb Crosby (batterie) : Ou simplement qu’elles ne collaient pas à ce que nous voulions faire sur l’album. Il y avait clairement des morceaux qui sortaient du lot, qui nous faisaient dire : « D’accord, ceci sera une pièce maîtresse de l’album. » Les choses devenaient un petit peu plus claires quand nous avons commencé à réduire les chansons. Nous nous disions : « On adore cette chansons mais je ne pense pas qu’elle collera. » Mais je pense que le plus important, une fois que nous ayons réduit ça à vingt-sept chansons, est que nous les avons toutes apprises et répétées. Normalement, nous ne répétons pas avant d’aller au studio, nous nous contentons d’y aller et de laisser la créativité opérer ; nous l’avons fait pour certaines chansons : nous les avons toutes répétées, puis nous avons été en studio et les avons jouées, et plein de choses ont changé en studio. Mais ça nous a permis de nous demander : « Qu’est-ce qui fonctionnera le mieux en live ? » C’était facile une fois que nous avons commencé à faire ça, car alors, nous avons pu dire : « D’accord, on peut écarter ces chansons, car on ne les sent pas parfaitement tous les quatre. » Je pense que c’était important lors du processus, car je pense que nous avons un produit fini dont nous allons être heureux de jouer toutes les chansons en concert.

Vous avez d’ailleurs presque enregistré l’album live, donc vous considérez-vous comme des artistes live avant tout ? Est-ce votre but de capturer dans vos albums l’énergie de vos concerts ?

Tyler : Ouais, à cent pour cent. Nous avons construit notre communauté de fans de zéro grâce à nos prestations live. Ils savent, que ce soit dans un stade ou dans une petite salle, qu’ils vont recevoir tout ce que nous avons, et il y a une certaine énergie et spontanéité quand nous jouons live, nous ne prévoyons pas tout, nous laissons les choses se produire, donc il n’y a pas deux concerts qui se ressemblent. Nous voulions faire ressortir dans l’album cette énergie, ce côté brut et dangereux. Je pense que le fait d’avoir eu Joel Hamilton pour produire l’album nous a aidés à préserver une part de ceci, car c’est très facile quand on est en studio et qu’on regarde à la loupe de vouloir corriger des choses et rendre tout parfait. Donc c’est genre : « Oh ouais, la guitare grésille quand le groupe s’arrête… Super ! » Ce sont des artefacts qu’on entendrait dans un vrai concert, et non dans un album aseptisé où tout est nettoyé, méticuleux et sonne comme tout le reste. Nous voulions obtenir cette personnalité.

Caleb : Ouais, c’est le plus important, la personnalité, c’est nous. Parfois, dans n’importe quel processus d’enregistrement on peut avoir la tête dans le guidon à vouloir que ce soit parfait, parce qu’on aime notre nature obsessionnelle – lui et moi, en tout cas – mais heureusement que nous avions quelqu’un d’extérieur pour dire : « Non, ce que vous venez de faire est ce qui rendra l’album vivant. » Et puis, au fil du temps, on apprend à aimer les erreurs, les petites imperfections qui avant nous faisaient dire : « Non, je ne supporte pas d’entendre ça. » On apprend à dire : « Eh bien, ça fait partie de la personnalité, du caractère, c’est nous ! »

Entre l’album précédent et celui-ci, vous êtes passés de l’autoproduction à de nouveau impliquer un producteur : pensez-vous que vous aviez besoin de Joel pour faire ressortir ce caractère ?

Le plus important est qu’il nous a aidés à élargir nos perspectives, et il nous a aidés à ne pas nous mettre nous-mêmes des bâtons dans les roues. Il nous a aidés à sortir du mode perfectionniste et à apprendre à être excités par les choses qui se produisaient spontanément dans la pièce, sortir du « ceci doit être parfait » et laisser les chansons vivre telles quelles. Il nous a vraiment aidés à faire un album organique et vraiment honnête.

« Quand nous sommes partis en tournée avec AC/DC […] nous tournions littéralement dans le bus le plus merdique de tous les temps. Il y avait des toilettes où, en gros, on pissait sur la route [rires]. Or les gens se disaient : ‘Wow les mecs, vous vivez la vie la plus glamour qui soit !’ »

Truth And Lies a été enregistré durant deux semaines très intenses. N’était-ce pas trop de pression de faire un album dans un temps aussi court ?

Tyler : Je m’y suis mis en me disant qu’il y aurait plus de pression qu’il n’y en a eu réellement, mais une fois que nous avons commencé, ça a fait boule de neige. C’était un processus très organique. C’était amusant. La seule fois où j’ai commencé à ressentir de la pression était quand nous n’avions plus que trois jours avant de repartir à la maison et nous n’avions fait aucun chant encore. Ça faisait beaucoup de chant à faire en peu de temps. Je n’avais jamais fait de chant avec Joel, donc je ne savais pas comment allait se passer cette relation. Mais il n’y avait pas d’inquiétude à avoir, c’était super. Nous avons abordé le chant sur l’album de la même manière que nous avons abordé la musique, c’est-à-dire en conservant le côté naturel. On peut l’entendre dans des chansons comme « Shape I’m In » ou « Out There ». Pour moi, ça sonne comme si on était dans la pièce avec quelqu’un qui chante une chanson qu’il a écrite. J’aime beaucoup ça. Nous étions sous pression mais nous nous amusions aussi, et je pense que ça s’entend dans le son global.

En termes de chant, tu explores de nombreuses techniques et fait preuve d’une belle variété vocale. As-tu fait une préparation particulière avant de faire cet album ?

Il n’y a pas eu de préparation particulière. J’ai vraiment l’impression que ma voix s’est renforcée l’année dernière, rien que grâce à toutes les tournées que nous avons faites. Mais j’ai aussi le sentiment d’avoir un lien très personnel avec une grande partie de ces chansons. Surtout des chansons comme « Shape I’m In », « Panic Button », « Out There » ou « I Couldn’t See The Fire ». Quand je chantais ces chansons, je les ressentais profondément en moi. Je pense que ça ressort dans ma prestation. Niveau textes, cet album est un petit peu plus vulnérable que ce qu’on trouve dans certaines de nos anciennes chansons. C’est bien plus facile de s’investir à fond quand on ressent qu’on dit quelque chose de vrai pour nous. Il n’y avait pas de réelle technique, en dehors du fait de rentrer dans le feeling de la chanson. Parfois, on baisse les lumières, on tire le rideau. Il y avait ce qu’on appelait « le divan de l’humiliation ». C’était un divan, le micro est d’un côté de la vitre, et de ce côté de la vitre, je pouvais baisser un rideau pour que personne ne me voie.

Caleb : Car il chantait, et les gens étaient assis à le regarder, et c’est marrant parce que je savais que ça le dérangerait. Donc je m’asseyais, et je faisais ça pendant qu’il était à fond dans ce qu’il chantait, et ensuite il relevait les yeux et Joel peut-être parlait, et puis il me voyait ou les autres gars, et il baissait le rideau [rires].

Le nouvel album s’intitule Truth And Lies, qui n’est pas un titre de chanson. Est-ce que ça fait référence à la boussole de la vérité et du mensonge qui semble brisée aujourd’hui dans le monde avec les notions de fake news et de faits alternatifs ?

Hey, elle a mis dans le mille !

Tyler : J’adore ! A peu près tout est basé sur une vérité ou un mensonge, et il y a toutes sortes d’ouvertures dans les paroles pour interpréter telle phrase de plein de façons différentes, que ce soit par rapport à ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, qu’évidemment personne ne peut ignorer, ou ce qui se passe en nous-mêmes. Le titre a été inspiré par l’illustration, car nous avons trouvé cette artiste, Mrs. White, qui vient d’Allemagne, et nous sommes tombés amoureux de cette œuvre d’art. Personnellement, je l’ai sortie et j’ai écouté l’album en la regardant, et mon imagination partait dans tous les sens avec mes pensées. J’entendais les paroles autrement en regardant l’image et je pense que c’est ce qu’une bonne illustration doit faire, elle doit te faire réfléchir. Et nous trouvions que Truth And Lies était un titre approprié, parce qu’il y a plein d’espoir et de lumière au bout du tunnel dans plein de chansons, et puis il y a aussi des chansons plus sombres comme « Shock & Awe » ou « Couldn’t See The Fire ». Ce côté positif et négatif, cette lutte intérieure entre les deux, est là sur la pochette, et on a la radio, qui représente la musique, entre les deux personnes.

Caleb : Tu as parfaitement mis le doigt dessus : dans notre monde, il est très difficile d’interpréter ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, ce qui est vrai et ce qui est un mensonge, car tout semble vrai sur internet ou ailleurs. Il n’est pas obligé que ça renvoie à la politique ou autre. Comme il l’a dit, indépendamment du chaos, pour nous, nos fondements, notre base est là, c’est la musique. On a donc la radio au centre, entre la fille en blanc et le gars en noir. Indépendamment de la vérité, ou de leurs vérités respectives, indépendamment des mensonges et autres, peu importe, pour nous la musique est entre les deux. C’était un visuel sympa pour nous, et globalement important une fois que nous étions en train de créer le package de l’album. J’adore cette image. Et je pense que tu as tapé en plein dans le mille dans ta question, mais j’adore le fait que ce soit assez ouvert et que tout le monde puisse l’interpréter différemment.

« L’anxiété n’est pas toujours une mauvaise chose, car souvent tu es anxieux parce que tu te soucies de quelque chose. J’ai ça parce que je veux m’assurer que nous faisons du mieux que nous pouvons, que nous donnons à tous tout ce que nous avons. »

Quels sont les principaux vérités et mensonges au sujet de Tyler Bryant & The Shakedown, d’après vous ?

[Rires] Wow, c’est une excellente question !

Tyler : Je pense qu’une vérité nous concernant serait que nous donnons tout ce que nous avons à chaque concert. Mais quel serait un bon mensonge ? C’est une bonne question… En fait, nous sommes assez honnêtes. Je pense qu’il y a des idées fausses parfois, c’est-à-dire que les gens perçoivent… Par exemple, quand nous sommes partis en tournée avec AC/DC, les gens ont supposé que nous étions dans un grand et joli bus, alors que nous tournions littéralement dans le bus le plus merdique de tous les temps. Il y avait des toilettes où, en gros, on pissait sur la route [rires]. Or les gens se disaient : « Wow les mecs, vous vivez la vie la plus glamour qui soit ! »

Caleb : C’est une super histoire, d’ailleurs. C’était notre premier bus officiel en tant que groupe, et je me souviens, nous étions en Belgique, et nous étions gonflés à bloc. Nous avions vu quelques photos mais celles-ci – en parlant de mensonge, justement – n’étaient pas de vraies photos. Nous étions sur une aire de repos ou un relais routier, et nous étions surexcités, et nous avons vu le bus arriver en tournant dans un coin et se garer, et nos yeux étaient écarquillés : « C’est impossible que ce soit ce truc ! » Il y avait encore des gens dedans qui vissaient le tableau de bord, réparaient, martelaient des trucs qui se barraient, avec une boîte à outils et une perceuse dans une main. Et nous étions là : « Est-ce que ce machin va tomber en morceaux ? » Et ça n’a pas loupé, il est tombé en morceaux ! Mais ouais, la plupart du temps, ce genre de scénario n’est pas aussi glamour que la plupart des gens peuvent croire. Être sur la route n’est pas glamour. Même si on voyage de façon luxueuse… Bon, je ne sais pas, peut-être que c’est glamour si on voyage tout le temps en jet privé.

Tyler : Ce que nous avons eu l’occasion de faire !

Caleb : En effet, et ça déchire ! Mais quand même, voyager c’est dur. Je n’arrivais pas à m’endormir à cause du décalage horaire. C’est comme ça que ça se passe ! Ce genre de truc n’est pas glamour mais c’est ce que nous faisons, alors nous nous adaptons. Mais nous avons plein d’histoire de bus et de tournée de ce style.

Tyler : Tellement de trucs épiques…

Caleb : Je me souviens de façon tellement vive, ce machin qui se gare, et nous tous en train de nous regarder, genre : « C’est quoi ce machin ? »

Tyler : Je me souviens du moteur qui a explosé à un moment donné, et puis il faisait tellement froid que tout le monde était emmitouflé dans plusieurs sacs de couchage. J’étais déjà malade parce qu’il n’y avait aucun chauffage dans le bus ; à un moment donné, nous étions là : « Il faut qu’on mette un chauffage là-dedans ! » Et le conducteur a fait un détour de quatre heures pour aller chercher un chauffage gros comme ça à brancher sur l’allume-cigare, et j’étais là : « Rien à foutre, je vais à l’hôtel ! »

Caleb : C’était marrant parce qu’il disait : « Ne vous inquiétez pas les gars ! Je vais aller à la maison chercher ça. »

Tyler : « Ça va marcher ! »

Caleb : C’était la seconde tournée, c’était la tournée gagnante.

Tyler : Nous étions en tournée avec ce groupe, The Cadillac Three, et ils se sont sentis tellement mal pour nous qu’ils nous ont donné des chauffeuses pour les mains et les pieds.

Caleb : Et puis, heureusement pour nous, nous étions au Royaume-Uni, et le conducteur est parti démarrer le bus, et il n’a plus démarré. Et, honnêtement, nous étions tous là : « Dieu merci ! » Nous avons fini par avoir un autre bus qui était super sympa. On aurait dit la Mystery Machine dans Scooby-Doo !

Tyler : Et ensuite quelqu’un est rentré dans la portière à Paris !

Caleb : Oh, c’est vrai !

Tyler : Nous allions jouer au Divan Du Monde et j’étais sur ma couchette en train de dormir, et j’ai ressenti [imite un choc].

Caleb : Le conducteur qui conduisait le bus à ce moment-là était là : « J’ai conduit plus d’un million de kilomètres… » C’est une longue histoire, mais il était à la retraite à l’époque, et il est revenu pour nous aider pour seulement deux ou trois concerts, et il était là : « Je n’ai jamais eu le moindre accident. » Et il est revenu, dès le premier jour avec nous il a eu un accident. Nous disions : « Désolé, mec ! » Et lui : « Je suis sorti de ma retraite pour ça ?! Allez ! »

« La musique est mon médicament préféré. »

La pochette et le clip de « Shock & Awe » posent un décor très morne. Et il semble y avoir de nombreuses chansons d’amour dans cet album, parfois tourmentées, parfois nostalgiques. Est-ce que l’amour, et ses désillusions, est un thème central dans l’album ?

Tyler : Absolument. La pochette était clairement inspirée… Nous avons trouvé l’illustration, mais comme je l’ai dit, pour nous ça colle parfaitement aux textes des chansons.

Caleb : On retrouve plein de liens, c’est un peu ce que nous voulions représenter, ce que nous voulions dépeindre.

Tyler : Il y a plein de relations tourmentées, mais aussi d’autres qui sont positives, alors que sur notre album précédent, je pense qu’il n’y avait pas beaucoup de lumière au bout du tunnel, dans les paroles. Une chanson comme « Without You », c’est une grosse chanson rock, mais elle a quand même des paroles douces. Ou peut-être que « doux » n’est pas le bon terme, c’est plus désespéré, mais c’est une chanson d’amour, c’est une chanson d’amour hard rock vraiment heavy. Je pense que c’est assez nouveau pour nous. Caleb et moi, nous nous marions tous les deux cette année, et donc je suppose que ça s’est glissé dans le clip de « Shock & Awe ».

Caleb : Sans que nous y ayons trop réfléchi. Mais évidemment, tout ça a un impact.

Tyler : J’espère que les mariages n’auront rien à voir avec le clip de « Shock & Awe », ceci dit, car c’est vraiment glauque.

Caleb : Ça m’irait tant que je n’ai pas ce truc sur la tête. Mais les serpents, je suis totalement pour ! Mais ouais, il y a pas mal de thèmes, je pense. Nous en avons beaucoup parlé, mais regarder la pochette et écouter l’album, ça nous fait voyager, à travers des pics et des vallées, et je trouve ça assez cool. Il y a des moments de désespoir et de vulnérabilité, et ensuite il y a la lumière au bout du tunnel. Donc on ressent ces contrastes et je pense que, pendant que nous élaborions la séquence, nous en étions très conscients.

La chanson « Shape I’m In » est presque une ballade philosophique où tu chantes : « Ne me juge pas par ma forme actuelle / je vais trouver le moyen de briller à nouveau. » Avez-vous eu le sentiment parfois d’être pris pour ce que vous n’étiez pas ?

Tyler : Ouais, tout le monde ressent ça à un moment dans sa vie. Que ce soit une fille au lycée ou quelqu’un qui est viré d’un boulot où il pensait être bon, ou si on laisse quelqu’un tomber et on se juge soi-même. Tu peux toi-même être celui qui te juge durement, ce qui arrive à tout le monde à un moment donné. Graham et moi nous nous sommes retrouvés, et j’avais commencé à faire un morceau, juste pour m’amuser, pour faire de la musique, et j’ai sorti des congas, j’ai créé une boucle de batterie et j’ai commencé à jouer ça : [joue la partie], la partie de guitare. Graham est venu, et nous avons commencé à construire le morceau et j’ai chanté des mots, et voilà les mots qui sont sortis. Ce n’était pas quelque chose de très réfléchi. La musique m’a inspiré les paroles. C’est ce qui est cool avec la composition. Parfois, une chanson vient toute seule. Evidemment, un tas d’expériences et de sentiments personnels ressortent, sans qu’on le veuille. Et ensuite, on ne les comprend pas forcément, avant des mois plus tard. Encore aujourd’hui j’écoute certaines chansons et je me demande : « D’où est-ce que c’est venu ? Pourquoi les paroles sont comme ça ? » Et puis je me dis : « Oh ouais, je me sentais comme ça. » Inconsciemment, ça apparaît tout seul, mais je me souviens avec « Shape I’m In », d’avoir mis la démo dans ma voiture, je conduisais, et je voyais tous ces gens montrant des pancartes pour mendier de l’argent, je me disais : « Bon sang… » Pour moi, la phrase la plus importante là-dedans est : « Je vais trouver le moyen de briller à nouveau », car tout le monde a besoin de cet espoir à un moment donné et de ce sentiment de « je vais trouver la rédemption ». Pour moi, c’est la chose la plus puissante dans cette chanson, cette lueur d’espoir, et cette angoisse à la fin de cette personne qui dit : « Ne me juge pas. Arrête. » Car je crois que tout le monde ressent quelque chose comme : « Je vais exploser si les gens ne comprennent pas. »

Es-tu sensible à l’idée des gens qui te jugent ?

Je pense que je me juge plus durement que quiconque. C’est la même chose pour nombre de mes proches. Je peux me retrouver à me parler à moi-même en composant. Mais la vérité est qu’avec une grande partie des paroles, je pense qu’il y a suffisamment de fissures pour que les fans de Shakedown y insèrent leurs propres histoires, leurs propres expériences. On a envie de proposer des chansons auxquelles ils peuvent s’identifier, avec lesquelles ils peuvent vivre leur vie. C’est mon espoir, car je peux m’identifier à « Shape I’m In » de façon totalement différente de la façon dont pourrait le faire une fille dans l’Arkansas.

« Si je suis nerveux avant un concert, mes mains tremblent, la moitié du temps c’est la raison pour laquelle j’explose et cours partout sur scène. Il faut juste que je coure et évacue l’énergie. »

Tu souffres d’anxiété extrême et de crises d’angoisse, ce qui t’a inspiré la chanson « Panic Button » et qui est un thème qui résonne aussi dans « Shape I’m In ». Comment gères-tu la pression que tu as sur les épaules, surtout dans cette industrie ?

Au jour le jour ; chaque jour c’est différent.

Caleb : CBD [rires].

Tyler : Une tonne de CBD. Je ne pense pas que ce soit légal en France… Si ? Mais ouais, une tonne de CBD et puis la musique. Et je dois éviter de me mettre des bâtons dans les roues. J’ai de bons amis autour de moi qui disent : « Mec, tu as ça, tu es bon ! » Je pense que l’anxiété n’est pas toujours une mauvaise chose, car souvent tu es anxieux parce que tu te soucies de quelque chose. J’ai ça parce que je veux m’assurer que nous faisons du mieux que nous pouvons, que nous donnons à tous tout ce que nous avons. Je me soucie vraiment, vraiment de ce groupe et de ce que nous faisons. C’est important pour moi. Donc je gère ça un peu différemment chaque jour mais la musique est mon médicament préféré. Et je me dis que, puisque nous prenons cette voie, à être vulnérables dans les paroles, pourquoi ne pas écrire à ce sujet ? Pourquoi faire comme s’il n’y avait rien ? Peut-être que quelqu’un d’autre a besoin d’entendre ça aussi. C’est une autre chanson pleine d’espoir, disant : « Je ne vais pas presser le bouton de la panique. Je vais rester là et encaisser. » Si je suis nerveux avant un concert, mes mains tremblent, la moitié du temps c’est la raison pour laquelle j’explose et cours partout sur scène. Il faut juste que je coure et évacue l’énergie, car je suis submergé par l’adrénaline et l’énergie. Et ensuite, trois ou quatre chansons plus tard, je m’appuie sur les fans de Shakedown et je suis bien.

La dernière fois, Graham nous a dit que vous étiez autant passionnés par le jeu de guitare que par la composition. Généralement, surtout de nos jours, les jeunes musiciens cherchent beaucoup à montrer à quel point ils sont bons musiciens, et le fait de se concentrer sur la composition vient plus tard avec l’âge. Qu’est-ce qui vous a donné cette passion pour la composition au départ ? Est-ce que c’est venu avant ou après être devenus musiciens ?

C’est venu après. Je pense que la composition est devenue importante à mes yeux quand j’étais au collège ou au lycée, quand j’essayais de sortir avec des filles et que j’avais pour la première fois des sentiments, quand je me battais avec mes parents, essayant de trouver des moyens de m’exprimer. J’avais un petit enregistreur huit-pistes, j’essayais d’écrire des chansons de blues et de rock. Quand j’ai déménagé à Nashville, je me suis vraiment intéressé à Tom Petty, et puis Tom Waits, et ensuite Jackson Brown. J’ai commencé à m’intéresser à plein de compositeurs texans après avoir déménagé du Texas au Tennessee – des gars comme Gary Clark, qui écrivent des textes magnifiques – et je me retrouvais à m’asseoir avec la guitare, à écrire des chansons de trois accords sans solo ou sans gros riff. Et j’ai un tas de chansons de ce type qui ne finiront pas forcément sur un album de Shakedown, mais peut-être que je n’aurais pas pu faire les grosses chansons de rock sans m’être sorti celles-ci de la tête. C’est donc un de mes passe-temps favoris. C’est pareil pour Caleb : il vient et nous faisons une chanson électronique, rien que pour faire quelque chose et affûter nos outils.

Tyler Bryant & The Shakedown est devenu au fil des années de plus en plus un vrai groupe, les chansons étant un effort de groupe et chacun contribuant équitablement au son du groupe. Avez-vous songé à abandonner le nom de Tyler Bryant pour n’être que The Shakedown ?

Ce serait cool, car je vais te dire, on a Tyler Brown & The Shakedown, Tyler Brantley & The Shakedown, Tyler Bumper-car & The Smackdown… Nous avons un tas de détournements marrants. Je pense que ça pourrait arriver un jour, c’est sûr. Ce serait cool de n’être qu’un membre de The Shakedown. J’ai proposé de changer ça en T.B. & The Shakedown il y a quelque temps, car les gens sont là : « C’est quoi le nom du groupe ? » « Tyler Bryant & The Shakedown. » « Quoi ? Tu peux l’épeler ? » [Petits rires].

On dirait que la jeune génération s’intéresse de plus en plus au bon vieux rock n’ roll, et des groupes comme vous attirent de plus en plus les regards. Un groupe qui actuellement profite d’une grosse médiatisation est Greta Van Fleet, qui est de la même génération que vous. Vous sentez-vous en phase avec eux, leur approche de la musique et ce qu’ils essayent de construire ?

J’aime le fait qu’ils aient du succès, simplement parce que j’espère que ça continuera à défoncer des portes pour d’autres groupes de rock. Pour être honnête avec toi, j’ai entendu des chansons mais je ne me suis pas tellement plongé dans leurs albums, mais j’espère vraiment que ça continuera à ouvrir des portes pour d’autres super groupes de rock n’ roll. Bon courage à eux pour mettre sur le devant de la scène la musique jouée à la guitare.

Caleb : Je pense qu’ils vont réussir et ils ont déjà un peu réussi. Ça a ouvert des portes qui n’ont pas été ouvertes par le passé. C’est pareil pour moi : j’ai entendu les grosses chansons qui passent à la radio, mais je n’ai jamais vraiment écouté les albums, mais j’aime le fait qu’ils fassent quelque chose auquel les gens prêtent attention. C’est bon pour nous. C’est bon pour tous les jeunes groupes de rock comme nous. Ça ne me pose pas de problème. Je suis pour.

Tyler : Nous leur souhaitons le meilleur.

Interview réalisée en face à face le 5 juin 2019 par Claire Vienne.
Fiche de questions : Claire Vienne & Nicolas Gricourt.
Retranscription : Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Tyler Bryant & The Shakedown : www.tylerbryantandtheshakedown.com.

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