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Interview   

Tyler Bryant & The Shakedown ou comment « tirer le meilleur parti d’une mauvaise situation »


Que fait-on quand on est musicien de rock, qu’on ne peut plus tourner et qu’on est bloqué chez soi ? C’est simple, on prend une guitare et on fait du rock. Ainsi est né Pressure, quatrième album de Tyler Bryant & The Shakedown arrivé plus tôt que prévu (le plan était d’abord de sortir un EP), en dépit d’un coronavirus qui a drastiquement limité les options et d’un membre en moins, suite au départ du bassiste Noah Denney. Tyler Bryant et ses collègues embrassent la pression comme ils embrassent les limitations pour les transformer en créativité. Quoi de plus rock n’ roll que d’utiliser sa condition, aussi désolante soit-elle, à son avantage ?

Certes, le groupe a fait l’expérience du « mode trio », ce qui pour autant ne veut pas dire qu’ils étaient seuls : leur ami et coproducteur Roger Alan Nichols, le chanteur de Blackberry Smoke Charlie Starr et la chanteuse de Larkin Pie et épouse du frontman Rebecca Lovell les ont épaulés chacun à sa manière. Nous discutons de tout ceci ci-après avec Tyler Bryant qui nous parle de Pressure, des conditions d’enregistrement de ce disque et de l’atmosphère singulière qui planait lors de sa confection.

« La chanson ‘Crazy Days’ a été écrite au tout début du Covid-19. J’ai honnêtement pensé : ‘Oh, ça sera fini la semaine prochaine. Une semaine sans concert, ça va vraiment faire chier.' »

Radio Metal : C’est une année très étrange que nous vivons actuellement : comment avez-vous vécu ça avec le groupe ?

Tyler Bryant (chant & guitare) : C’est différent pour nous parce que c’est la toute première fois que je me suis retrouvé chez moi pendant l’été et l’automne. Je suis en train de découvrir ce que ça fait d’être à la maison et de devoir tondre la pelouse tous les deux jours pendant l’été. Il est clair que ça fait bizarre de ne pas être sur la route. Je n’avais jamais passé autant de temps à ne pas tourner depuis que je suis tout gamin, mais ça a été très inspirant de faire de la musique au studio. J’ai travaillé d’arrache-pied et j’ai fait autant de musique que je le pouvais, en écrivant autant de chansons que je pouvais et en passant autant de temps que je pouvais avec ma femme, ce qui est un luxe. Le revers de la médaille est que nous avons perdu notre tourneur, car nombre de tourneurs ont pris d’autres boulots vu qu’il n’y a plus de concert pour l’instant. Ça ne fait pas du mal qu’aux groupes, ça fait du mal aux salles de concert, aux membres des équipes, aux agents, aux organisateurs ; tout le monde le ressent. Nous avons perdu tous nos revenus de tournée cette année. Nous étions censés avoir une relativement bonne année de tournée et jouer dans des arènes avec Nickelback et Stone Temple Pilots. Ça arrive. J’apprends à faire avec. J’ai fait aussi des albums avec d’autres artistes et je m’oriente plus vers des enregistrements de session, c’est une manière amusante de rester inspiré et créatif, et de continuer à travailler.

Pressure sort à peine un an après Truth And Lies. Etait-ce prévu de rapidement retourner au studio et faire un nouvel album, ou bien c’était une manière pour vous justement de rester actifs durant la pause due à la pandémie ?

Oui, Pressure n’était pas prévu sur le calendrier. Quand les dates de tournées ont été annulées, nous avons discuté : « Qu’est-ce qu’on va faire ? » Nous avons décidé de nous réunir et de parler de ce que nous allions faire durant le confinement. Nous nous sommes effectivement réunis mais nous n’avons pas parlé, nous nous sommes contentés de jammer et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, un album était en cours. Je pense que c’était simplement notre manière de gérer et affronter ça et d’essayer de tirer le meilleur parti d’une mauvaise situation.

Etiez-vous influencés, d’une quelconque manière, par toute l’atmosphère de la crise ?

Absolument. Nous ne pouvions pas faire autrement qu’être influencés. C’est la raison pour laquelle nous avons appelé l’album Pressure, car nous avions l’impression que tout le monde ressentait une certaine pression, que ce soit ceux qui cherchaient un moyen de survivre financièrement ou ceux qui ne pouvaient pas voir un être cher qui était à l’hôpital où ils ne pouvaient pas se rendre. Les gens ressentent une pression à plein de niveaux différents. Il n’y avait aucun moyen d’ignorer toutes ces choses qui se passaient autour de nous. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons choisi l’illustration de l’album avec le VU-mètre à fond dans le rouge, car je trouve que ça représente ce que tout le monde ressent actuellement dans le monde. Il est certain que ça nous a influencés sur le plan musical et sur celui de la composition. La chanson « Crazy Days » a été écrite au tout début du Covid-19. J’ai honnêtement pensé : « Oh, ça sera fini la semaine prochaine. Une semaine sans concert, ça va vraiment faire chier. » J’ai commencé à écrire cette chanson sans même penser que ça allait prendre plus d’ampleur. « Holdin’ My Breath » a été écrit avant toute la folie que nous vivons aujourd’hui, mais Graham me l’a apportée et a dit : « On devrait mettre cette chanson sur l’album, écoute les paroles. » On aurait dit qu’elle avait été écrite sur ce que nous vivions. Donc oui, ça a assurément inspiré le processus de composition.

Comment c’était d’ailleurs dans le studio pendant que le monde tout autour traversait une période aussi angoissante ?

Nous ne regardions pas les informations ni nos téléphones quand nous étions au studio. C’était à fond une échappatoire. C’était comme être sur une île, coupé du reste du monde. Honnêtement, c’était vraiment sympa d’être seulement entouré par les gens que j’aime et que je considère comme étant mes meilleurs amis au monde, et de simplement faire quelque chose. Car je pense que les réseaux sociaux, rien de bon n’est vraiment… Je ne sais pas, quelqu’un peut publier la chose la mieux intentionnée au monde et tout d’un coup, une querelle va éclater. C’est vraiment épuisant parce que ce que veulent dire les gens et leur point de vue sont noyés. C’était donc sympa de prendre du recul par rapport à ça, réfléchir à ce que nous voulions dire et essayer de faire quelque chose qui soit un petit peu une lumière au bout du tunnel. C’est la raison pour laquelle nous avons terminé l’album avec la chanson « Coastin’ », elle se veut positive, sans pour autant ignorer ce qui se passe.

Tu as déclaré avoir écrit « Crazy Days » pour t’aider à gérer la folie de cette année 2020. Est-ce que la musique a toujours eu une dimension thérapeutique pour toi ?

Oui, totalement. A en juger ta collection d’albums derrière, j’imagine que c’est la même chose pour toi. C’est ce qui me procure de la joie. Si je manque de confiance en moi, ou si je suis inquiet, stressé, content ou excité, il y a toujours une chanson pour ce que je ressens. Je pense que c’est aussi la raison pour laquelle nous nous sommes retrouvés avec un album qui sonne aussi varié. Chaque chanson renvoie à un sentiment différent. La musique a toujours été ma manière de canaliser mes émotions et d’essayer de leur donner un sens à mes yeux.

« J’ai le sentiment que nous avons retrouvé l’instinct originel que nous avions quand nous avons commencé en tant que groupe, quand nous avions dix-sept ans. »

Au sujet de la création de cet album, vous avez dit : « Embrassons les restrictions de ne pas avoir un studio sophistiqué ou un gros budget, et voyons comment on peut faire ça. » Penses-tu que les restrictions sont en fait un bon catalyseur pour la créativité ?

A cent pour cent ! Ceci était le meilleur processus d’enregistrement que j’ai jamais vécu. Nous l’avons fait avec le moins de matériel possible, donc ça nous pousse à nous reposer sur nos instincts et à nous demander : « Comment peut-on faire ça ? Comment trouver le moyen d’arriver quand même au résultat voulu ? » C’est presque comme si « non » ne faisait pas partie du vocabulaire. Nous avons fini par comprendre ce que nous devions faire, et ça a super bien marché.

Penses-tu que vous avez retrouvé l’instinct originel du rock n’ roll ?

Oui, en tout cas, j’ai le sentiment que nous avons retrouvé l’instinct originel que nous avions quand nous avons commencé en tant que groupe, quand nous avions dix-sept ans, car nous avons enregistré l’album de manière très similaire. En l’occurrence, des chansons comme « Hitchhiker », « Coastin’ » ou « Fever » ont été enregistrées complètement live. Ainsi, tu te retrouves à jongler avec ce côté dangereux et primitif du rock n’ roll que nous adorons. Nous n’avons pas corrigé les prises, ce n’est pas une combinaison de plusieurs prises, ce n’est qu’une performance live. Nous voulions que cet album sonne comme ayant été réalisé en confinement, dans un sous-sol, juste entre potes qui traînent ensemble.

Penses-tu que le rock n’ roll a justement un peu perdu de ce danger à cause de la technologie et de tous les moyens qu’on a à notre disposition aujourd’hui pour faire un album ?

Je pense qu’il y a encore du super rock n’ roll aujourd’hui, mais aussi qu’il y a beaucoup de rock n’ roll édulcoré. Il est clair que c’est une super époque pour le rock n’ roll parce qu’il y a énormément de groupes qui ont l’opportunité de faire des choses, comme nous qui avons fait un album dans mon home studio, ou comme le groupe de ma femme, Larkin Poe, qui font tout le temps des choses. J’ai d’innombrables amis à Nashville qui ont plus ou moins transgressé toutes les règles de Music Row – les trois grandes rues de l’industrie musicale ici. Les gens ici diraient : « Faites comme ça », mais ces groupes ont enfreint ces règles et c’est magnifique. Je suis un peu partagé concernant les réseaux sociaux, mais je pense vraiment que ça a offert aux artistes comme moi le moyen de me lier à une communauté de fans. Surtout en ce moment, je suis content que les réseaux sociaux existent, parce que j’ai pu me connecter à nos fans, ce qui aurait été impossible autrement.

Vous avez apparemment été très méticuleux avec le son de cet album. Par exemple, vous avez passé des jours à trouver le son de batterie. Penses-tu que le travail du son est aussi important que la composition ?

Je pense que le son d’une chanson vient en second, parce que je me dis toujours que si j’avais quinze ans, si j’étais une version plus jeune de moi-même, et que j’écoutais l’album, je me ficherais du son de la caisse claire. Si la chanson est merdique, la qualité sonore de la batterie n’a pas d’importance, et la qualité sonore du solo guitare n’a pas d’importance si la chanson est nulle. Mais je crois effectivement que ça améliore l’ensemble quand ça sonne gros, énorme et génial.

Le bassiste Noah Denney a quitté le groupe fin mars, donc l’album a été enregistré sans bassiste dans le groupe. Noah est parti parce que sa passion, c’est vraiment d’être batteur. Il est malgré tout resté huit ans au sein du groupe : as-tu vu venir son départ ? T’attendais-tu à ce qu’il se remette un jour à la batterie ?

Je ne l’ai pas vu venir avant la dernière tournée que nous avons faite, quand nous tournions avec Airbourne. Là, j’ai commencé à sentir que quelque chose était en train de changer chez Noah. Nous sommes des frangins, donc il est venu, nous nous sommes posés, nous avons parlé et ça s’est passé aussi bien que ça pouvait se passer. Il était là : « Mec, j’ai vraiment envie de poursuivre ce rêve et il faut que je le fasse parce que c’est quelque chose auquel je n’arrête pas de penser. » Nous avons dit : « Vas-y mec, fais-le ! » Honnêtement, je crois que nous sommes devenus de meilleurs amis depuis qu’il a quitté le groupe, parce que nous avons trop de vécu en commun, nous avons tourné pendant huit ans ensemble, donc ça ne peut pas en être autrement. Ça s’est donc passé aussi bien que possible. Quand nous nous sommes posés, Noah nous a dit : « Je sais que vous n’allez pas vous arrêter. » Quand il a quitté la maison, j’ai attrapé mon téléphone et je me suis dit : « Il nous faut un bassiste. » Graham et moi nous sommes chargés de la basse sur l’album et nous avons commencé à chercher un bassiste mais aussi quelqu’un qui pourrait très bien chanter, car la voix de Noah était magnifique, et nous avons trouvé le gars parfait. C’était un fan des Shakedown, il venait voir les Shakedown en concert depuis probablement 2013, il connaissait déjà la plupart des chansons et il pouvait chanter toutes les parties. Nous lui avons envoyé le nouvel album en disant : « Apprends quelques chanson là-dedans. » Il est venu à Nashville depuis Chicago et il connaissait tout l’album, du début à la fin. Nous avons donc joué l’album à quatre pour la toute première fois et j’étais là : « On est de retour, c’est parti ! » Je suis surexcité. Si Noah devait quitter le groupe, je suis content qu’il l’ait fait quand il l’a fait, parce que ça nous a laissé le temps de faire un album, de retrouver nos marques, et de trouver un remplaçant. Ça s’est parfaitement goupillé.

Ce n’était pas déstabilisant de faire un album à trois ? N’aviez-vous pas l’impression qu’il manquait quelqu’un ?

Oui, complètement. Par exemple, sur la chanson « Holdin’ My Breath », je me disais : « Où est l’harmonie aiguë ? Il nous faut une harmonie aiguë ! » C’était ce que Noah apportait au groupe à chaque fois, parmi tant d’autres choses. C’est là que j’ai appelé Charlie Starr de Blackberry Smoke et c’est lui qui l’a faite. C’était génial. On en revient à ce dont on parlait sur les restrictions qui deviennent inspirantes, c’est un peu ce qui s’est passé avec la basse et les chœurs sur cet album. Ces limites ont fini par nous inspirer des manières créatives de les contourner.

« J’ai pris de gros risques parce que je croyais en ce groupe et j’ai accumulé énormément de dettes. Je me sentais complètement sous pression [il y a cinq ans] mais nous avons continué à parier sur nous et à nous battre pour ce en quoi nous croyions. »

Du coup, qui est le nouveau bassiste ?

Il s’appelle Ryan. Personne n’a encore vu ni entendu Ryan, mais les gens pourront le voir et l’entendre le 16 octobre. Nous avons filmé un concert pour la sortie de l’album ; nous l’avons préenregistré pour que le jour de la sortie nous puissions être sur le chat et parler avec les fans. Ce sera la première fois que les gens entendront The Shakedown sans Noah. J’ai d’ailleurs emmené Ryan chez Noah pour qu’ils fassent connaissance. C’était super cool.

L’album s’appelle Pressure – tu as expliqué le choix de ce titre et de la pochette avec le VU-mètre, mais on a l’impression que l’idée de cet album, c’est aussi d’embrasser la pression. Penses-tu que la pression peut être transformée en quelque chose de positif avec le bon état d’esprit ?

Souvent c’est possible, oui. Pour nous, concernant cet album, ça s’est vraiment transformé en quelque chose de positif. Nous avions un budget très modeste pour faire cet album. Nous avons prévu de faire un disque et heureusement, nous avions un label qui a dit : « Pas de problème, voici de quoi faire un EP. » Nous avons parlé à quelques producteurs qui étaient là : « Oui, on peut faire deux ou trois chansons, ou quatre. » Je pense que le label était très enthousiaste à l’idée de faire un EP de quatre chansons, mais je me disais : « Mec, on ne va même pas pouvoir faire le moindre concert cette année. On ne peut pas juste sortir quatre chansons, ça paraît criminel. » Nous nous sommes mis une grosse pression pour faire quelque chose et prouver à notre équipe que nous étions le groupe le plus bosseur qui soit, que nous n’avions besoin de l’aide ou du studio de qui que ce soit, que tout ce dont nous avions besoin pour faire l’album était notre passion et notre motivation. C’est sincèrement devenu une mission pour nous de prouver que nous étions capables de le faire, car il nous manquait en plus un membre du groupe, donc tout semblait détraqué. L’album, c’était notre manière de nous prouver à nous-mêmes que nous avions tout ce dont nous avions besoin, et puis quand nous avons rencontré Ryan, tout s’est mis en place. Pressure est vraiment devenu un truc cool.

Comment gères-tu personnellement la pression ? Es-tu de ceux qui tirent le meilleur d’eux-mêmes en étant sous pression ?

Quand je ressens de la pression, je commence par devenir très tendu et très stressé. En temps normal, si nous sommes sur la route, si je sens mes mains trembler avant un concert, je sais que c’est le moment d’y aller et que le couvercle est sur le point de sauter. En temps normal, j’ai besoin d’être submergé d’adrénaline. Souvent la même chose s’est produite sur cet album. Par exemple, les solos de guitare sur « Pressure » ont été faits en une prise. Ce genre de chose se produit quand je commence à me sentir un petit peu mal à l’aise et presque énervé, et puis tout d’un coup, c’est canalisé à travers la guitare et ça se transforme en quelque chose de sympa à écouter.

Quelle a été a plus grosse pression que tu aies ressentie dans ta carrière ?

Je dois dire que c’était quand j’ai jammé pour la première fois avec Jeff Beck. J’ai ressenti une grosse pression parce que je ne voulais pas qu’il pense que j’étais nul. C’est mon guitariste préféré.

Tu as commencé la musique très jeune – tu as commencé la guitare à six ans, tu as eu une guitare électrique à onze ans, tu as commencé à faire des concerts et à composer des chansons à treize ans, tu as formé le Tyler Bryant Band à quinze ans et tu as déménagé à Nashville à dix-sept ans où The Shakedown a été formé. N’as-tu jamais ressenti une pression de la part de tes parents ou de la société pour te trouver une autre carrière ?

Non, pas vraiment. Mes parents m’ont toujours pas mal soutenu, j’ai beaucoup de chance. J’ai ressenti de la pression il y a quelques années, en 2015 – il y a cinq ans. Cette année-là, nous n’avons joué que douze concerts, nous ne trouvions personne pour nous programmer, nous ne gagnons pas d’argent, j’étais endetté jusqu’au cou après avoir acheté le van du groupe, la remorque, toutes les caisses pour ranger le matériel, etc. J’ai pris de gros risques parce que je croyais en ce groupe et j’ai accumulé énormément de dettes. Je me sentais complètement sous pression à ce moment-là mais nous avons continué à parier sur nous et à nous battre pour ce en quoi nous croyions, et nous avons constitué une communauté de fans à partir de zéro. Par exemple, quand je pense aux concerts que nous avons faits en France, notre premier club était à Paris, ça s’appelait La Boule Noire. C’était un tout petit club. C’est ça ce groupe, il s’agit d’y aller, de se battre et de trouver le moyen de gagner. C’est ce que nous avons fait avec cet album : « On a les mains liées, alors autant cogner jusqu’à ce que ça ne soit plus le cas. »

Charlie Starr de Blackberry Smoke apparaît sur la chanson « Holdin’ My Breath ». Blackberry Smoke est un groupe qui a été formé environ dix ans avant The Shakedown et est vite devenu une référence du rock sudiste, marchant dans les pas de Lynyrd Skynyrd, Allman Brothers Band, etc. Est-ce qu’ils représentent le genre de carrière à laquelle vous aspirez ?

Oui, complètement. Enfin, notre style musical est un petit peu différent, mais si on regarde comment ils ont constitué leur fanbase, comment ils satisfont leurs fans et ne jouent le jeu de personne, je respecte énormément leur business model. Leurs artworks sont super cools aussi, ils font plein de trucs eux-mêmes et le groupe a toujours une approche très pratique. Je pense c’est ce que nous essayons de faire aussi, être un groupe qui contrôle son propre destin. Donc oui, j’ai énormément de respect pour Blackberry Smoke. The Shakedown a tourné avec Blackbery Smoke, et c’est là que Charlie et moi sommes devenus des amis fidèles. Nous sommes tous les deux des confectionneurs de guitare et des dingues de matos. Nous nous sommes échangé par SMS des mèmes rigolos et autres durant toute la pandémie comme des frangins et un soir, j’ai dit : « Eh, ça te dirait de chanter sur cette chanson ? » et je lui ai envoyé « Holdin’ My Breath ». Honnêtement, j’étais un peu mal à l’aise de lui demander ça, parce que nous sommes amis et que je ne voulais pas qu’il se sente forcé de le faire. Donc j’étais là : « Ça te dirait de chanter là-dessus ? Tu as le droit de refuser ! Ne t’inquiète pas… En fait, oublie que je t’ai demandé ça ! », ce genre de chose. Et il a répondu : « Oh, ça serait un honneur ! Je vais te chanter ça », et il a assuré.

« J’aime quand les gens sont disposés à discuter des sujets qui fâchent, quand ils ne sont pas juste là pour ce qui est agréable. »

Ta femme Rebecca Lovell apparaît sur « Crazy Days ». Elle a son propre groupe de roots rock Larkin Poe, qui a été formé à peu près au même moment que The Shakedown. N’y a-t-il pas une forme de compétition parfois entre les deux groupes ou même entre vous deux ?

Quand nous avons commencé à sortir ensemble, il y avait un gros esprit de compétition entre nous deux, mais nous avons réalisé assez vite que ça ne pouvait pas exister. Nous avons essayé de nous entraider comme nous le pouvions et de nourrir nos projets mutuels. Nous avons fait un pacte consistant à seulement apporter à l’autre et à ne jamais lui nuire. Si un jour elle dit : « Est-ce que tu peux m’aider avec cet enregistrement ? » ou « Ça te dit d’écrire une chanson ? », alors je dirai : « Oui ! Je suis là, tout ce que tu veux. » Si elle veut mon avis sur quelque chose, je le lui donne, autrement je la ferme sur les trucs de Larkin Poe. Parfois elle est plus encline à donner son avis sur les chansons de The Shakedown. Quand ça arrive, je suis là : « Eh, t’as ton propre groupe, va chanter dans ton groupe ! » Non, c’est super. C’était génial qu’elle chante sur « Crazy Days », et elle chante aussi sur « Hitchhiker » et « Misery ». Honnêtement, je dois me retenir parce que ce serait très facile de lui demander de chanter sur tout, mais je ne le fais pas, parce que ce n’est pas son boulot.

As-tu appris d’elle en tant qu’artiste ?

Oui, tous les jours. Elle est incroyable, donc je m’inspire énormément d’elle et c’est l’une des seules personnes que j’ai rencontrées qui bossent autant que moi. Donc je pense que, constamment, nous nous motivons mutuellement à avancer et à faire des choses. J’apprends tout le temps d’elle.

Vous avez travaillé avec le coproducteur et ingénieur Roger Alan Nichols, que tu vas jusqu’à qualifier de membre du groupe. Tu as dit que c’est « l’une des rares personnes en qui [tu as] confiance musicalement et artistiquement ». Qu’est-ce qu’il faut pour gagner ta confiance à cet égard ?

Du temps. Roger et moi avons probablement écrit une cinquantaine de chansons ensemble et je le connais depuis mes dix-sept ans, et dès que quelqu’un me dorait la pilule, lui était là : « Ecoute mec, tu n’es pas si bon que ça. » Il le disait toujours poliment, mais il était toujours très franc. J’aime quand les gens sont disposés à discuter des sujets qui fâchent, quand ils ne sont pas juste là pour ce qui est agréable. Il était toujours là pour discuter des sujets qui fâchent, il était là pour les sessions de composition qui ne se passaient pas bien. C’était la dernière personne à rester au studio. Il n’a jamais été le gars à dire : « Ça ne va pas marcher, on arrête. » Il attendait que ce soit moi qui dise ça, parce qu’il savait que si j’étais là, j’allais travailler. Donc nous nous motivions toujours mutuellement pour obtenir quelque chose. Par exemple, pour l’EP The Wayside, Roger et moi avons composé « Loaded Dice And Buried Money » et « Devil’s Keep » ensemble un jour, mais la veille, nous nous étions posés au studio pendant probablement quatorze heures sans rien obtenir. Il a gagné ma confiance au fil du temps et grâce à son éthique de travail. J’ai un énorme respect pour les gens qui sont disposés à travailler aussi dur, parce que je suis moi-même disposé à travailler aussi dur. Je n’ai pas envie d’être dans une pièce avec quelqu’un qui est là : « Oh désolé mec, je dois aller prendre un apéritif dans ce restaurant à la mode. » C’est genre : « Mec, on est là pour faire du rock ! » Roger n’est pas ce genre de gars. Jamais il ne laissera tomber un projet. Il a d’ailleurs officié à mon mariage avec Rebecca, ce qui est plutôt cool !

« Holdin’ My Breath » fait partie de ces chansons qui ont demandé beaucoup d’efforts. Tu as déclaré avoir « joué le solo dessus énormément de fois, juste pour essayer d’obtenir la bonne intention et le bon feeling ». Le risque avec cette attitude perfectionniste est toujours d’en faire trop. Comment sais-tu quand c’est le moment d’arrêter parce que tu ne feras pas mieux ?

Oh mec, j’ai pris mon temps avec ça. Je revenais tous les jours et je le refaisais un paquet de fois. On peut toujours sentir quand quelque chose s’améliore ou quand on ne fait que bouger latéralement. Quand j’étais en train de faire ce solo, je n’arrêtais pas d’avoir l’impression que je faisais juste d’autres solos, je ne faisais pas LE solo. Donc je faisais une pause, j’y revenais plus tard, je commençais avec une toute nouvelle idée et j’essayais de trouver un moment d’inspiration, car c’est très facile de retirer toute forme de vie de quelque chose. Honnêtement, c’est mon solo préféré parmi ceux que j’ai joués sur l’album, c’est juste qu’il m’a pris un peu de temps. Parfois je faisais une pause toute une journée, car mon planning était totalement libre quand nous faisions cet album, et je vivais et respirais constamment cet album. Je crois qu’il y a eu deux ou trois jours où je suis venu et je n’avais plus de jus dans le réservoir, donc il fallait que je m’éloigne, aille marcher un peu et revienne plus tard.

Vous composez toujours beaucoup de musique et je suis sûr qu’aujourd’hui vous avez énormément de chansons inédites en réserve. Allez-vous parfois les réécouter pour en utiliser certaines ?

Oui. Par exemple, la chanson « Fever », c’était une chanson que Caleb, Graham, Roger et moi avions commencé à composer il y a longtemps. A l’origine, elle s’appelait « Medicine Wheel ». Un jour, nous nous étions retrouvés bloqués à l’extérieur du studio de Roger et nous attendions le serrurier. Nous nous sommes assis sur la terrasse devant son studio et nous avons écrit cette chanson, c’était il y a deux ou trois ans. Nous en avons parlé après avoir allumé les amplis et j’étais là : « Et si on essayait ça ? » Caleb et moi l’avons jouée deux fois et nous nous sommes dit : « Carrément, on la balance sur l’album ! » Donc celle-ci vient de notre coffre-fort. Sur notre dernier album, la chanson « Out There » en est une que j’avais écrite il y a longtemps. J’ai des centaines de chansons qui dorment. Parfois il suffit que quelqu’un me rappelle leur existence.

A l’origine, l’EP The Wayside était censé être un album, vous l’aviez d’ailleurs enregistré comme tel, puis votre label vous a poussés à sortir un EP à la place. Graham nous avait dit qu’avec un peu de chance vous pourrez sortir ces chansons un jour…

Oui, je l’espère vraiment, mais il n’y a rien de prévu. Il y a des soucis d’ordre légal. Ces chansons sont en détention provisoire chez Republic Records actuellement. Donc il faut encore que nous essayions de les récupérer.

Interview réalisée par téléphone le 24 septembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Floriane Wittner.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Jason Stoltzfus.

Site officiel de Tyler Bryant & The Shakedown : www.tylerbryantandtheshakedown.com

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