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Chronique   

Uada – Cult Of A Dying Sun


Se retrouver sous le feu des projecteurs avec seulement un album n’a rien d’hors du commun dans l’industrie de la musique. Il suffit de voir les nombreux artistes « émergeants » qui explosent et signent dans des grosses maisons disques pour passer ensuite en boucle sur les stations FM jusqu’à l’indigestion des auditeurs. En ce qui concerne le monde du metal, c’est souvent bien différent de par la nature même de la musique. Se faire connaître et pouvoir tourner dans des évènements importants ne se fait pas en claquant des doigts. Il faut une persévérance accrue, un talent énorme et une identité affirmée, comme si le metal possédait son propre système de méritocratie en somme. Pourtant ces dernières années la scène dans son versant le plus underground, à savoir le black metal, voit aussi son lot de groupes gagner une popularité quasi-immédiate (pour ne pas dire prématurée dans certains cas) avec une seule pièce discographique. Citons entre autres les polonais de Batushka, les atypiques Zeal & Ardor, ou encore ceux qui vont nous intéresser ici, les américains de Uada tout juste formés en 2014, avec un premier album, Devoid Of Light, paru en 2016. Le projet, à peine créé, profite déjà d’une fan-base enthousiaste faisant du deuxième album Cult Of A Dying Sun une sortie très attendue.

Mais prenons un peu de hauteur quelques instants avant de nous plonger plus longuement sur ce second album, car la montée des orégonais a tout de même de quoi interroger. S’il ne s’agit pas ici de discuter de la qualité du premier essai de trente-trois minutes, l’intérêt massif du public pour le groupe peut être comparé et remis dans son contexte. Tout d’abord l’esthétique capuchonnée et mystérieuse de Uada, très en vogue dans la scène black moderne, n’est pas sans rappeler de nombreuses autres formations du style dont on se fera l’économie d’un listage ici. En revanche, les compositions du groupe, par leurs structures, leurs mélodies, leurs sonorités, voire carrément certains riffs de guitares sur Devoid Of Light et même la typographie faisaient fatalement penser à un autre groupe montant de la scène : les polonais de Mgła. Il est difficile de ne pas corréler la sortie d’Exercises In Futility sept mois avant la première sortie de Uada quand on sait l’impact que le disque a eu cette année-là. Si les américains ont semblé plus que très inspirés par l’œuvre du duo de l’Europe de l’Est, tout le défi de ce second album semble être de présenter un travail qui puisse être véritablement distancé de leurs ainés.

Ce préambule étant fait, passons sans plus attendre à ce deuxième opus qui a le mérite de ne pas nous faire patienter et de nous mener directement dans un black metal des plus entraînants. « The Purging Fire » met d’ailleurs en évidence un des premiers points fort dans l’évolution de Uada, à savoir l’étendu du chant de Jake Superchi, qui montrait déjà des prouesses vocales sur le premier album, mais qui a su ici les développer tout au long de l’opus. Le vocaliste est au service de l’ambiance, en transmettant un panel d’émotions bien plus diversifiée. Si « Snakes & Vultures » présente indubitablement un parfum proche de Mgła, la faute sans doute à cette introduction rappelant celle d’ « Exercices In Futility IV » et un pessimisme hypnotique semblable, la suite présente une recherche musicale allant plus loin. Se dégage de certaines chansons des inspirations d’autres groupes référents, à l’instar de « Blood Sand Ash » qui fait du pied à Dissection. Les accroches mélodiques entêtantes sur le morceau éponyme, un intermède blackened death soutenu par un growl viscéral et un solo de guitare chantant montreront que l’appui extrême de Uada n’est pas unilatéral.

Les musiciens semblent, dans leur art, surtout à la recherche du dépassement de soi et d’un au-delà stratosphérique. A ce titre, l’instrumentale « The Wanderer » – faisant office de respiration bienvenue – éminemment spirituelle et atmosphérique, vient montrer l’intention réelle des musiciens, se prêtant ainsi parfaitement à l’ambiance brumeuse et ténébreuse qui émane de l’artwork de Kris Verwimp. « Sphere (Imprisonment) » aux sonorités glaçantes au premier abord se montre ensuite, curieusement, plutôt chaleureuse, avec des transitions mélodico-épiques et un lead de guitare pénétrant, là encore relativement chantant, pour s’achever sur des notes de piano sous la pluie. Aussi la progressive et captivante « Mirrors » qui conclut l’opus semble refléter un monde dans ses aspects les plus obscurs, aspirant l’auditeur avec lui dans cette dimension parallèle mortifère.

De mauvaises langues continueront à penser que la réussite est une simple affaire de circonstances. Ce concept de réussite est bien sûr relatif selon le registre musical, et Uada a déjà atteint un stade de notoriété important dans le black metal pour une formation aussi jeune. Mais là où on peut émettre quelques réserves sur le premier opus, le groupe réussi grâce à ce second à se singulariser, quand bien même on reconnait aisément ses influences. Le combo parvient à installer des bases nouvelles, à travers des compositions variées et riches au service d’une esthétique qui lui est propre. Plus complet, plus riche et plus inspiré, Cult Of A Dying Sun renvoi son prédécesseur à un statut de préface et légitime la place du groupe en tant que valeur montante.

La chanson « Cult Of A Dying Sun » en écoute :

Album Cult Of A Dying Sun, sorti le 25 mai 2018 via Eisenwald Tonschmiede. Disponible à l’achat ici



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