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Chronique   

Ufomammut – Fenice


Près de cinq ans se sont écoulés depuis la sortie de 8, la dernière offrande des Italiens d’Ufomammut. Formé à la fin des années 1990 par Poia (guitare), Urlo (basse) et Vita (batterie), le trio a défini un univers à la fois lourd et éthéré, tout en riffs vrombissants, en space rock psychédélique à souhait et en pochettes éclatantes (Poia et Urlo font partie du collectif Malleus qui s’en charge). Alors qu’il enchaînait les sorties tambour battant, le groupe a donc cette fois-ci pris son temps. C’est qu’à force, Ufumammut a frôlé le burn-out : de plus en plus complexes, de moins en moins spontanés, ses disques étaient devenus suffisamment denses et répétitifs pour que les musiciens s’y perdent. Pour ce neuvième album, Fenice, phœnix en italien, qui sort à nouveau chez Neurot, c’est donc un bain de jouvence voire une renaissance que recherche le groupe. Avec un line-up légèrement altéré – c’est Levre que l’on entend désormais à la batterie – et donc du sang frais, Ufomammut ouvre un nouveau chapitre dans son histoire. Les premiers extraits « Psychostasia » et « Pyramind » prouvent en tout cas que les Italiens ont encore du fuzz et du psychédélisme à revendre…

On retrouve aussi le sens de l’atmosphère d’Ufomammut dès l’ouverture de Fenice avec la lente montée en puissance de « Duat », le titre le plus long de l’album, qui commence par une introduction à la fois cosmique et organique qui mêle un palpitement presque cardiaque à des glitches synthétiques, et, grâce à un riff efficace et un groove ravageur, progresse sur les deux plans, basse viscérale d’un côté et discrètes nappes de synthétiseur de l’autre. Presque instrumental, l’album utilise les voix avec parcimonie, de manière pratiquement abstraite, celles-ci étant souvent altérées ou distordues. Le groupe revendique intimité et liberté : la production claire et chaleureuse signée Lorenzo Stecconi, collaborateur de longue date du groupe (Idolum, Eve, Oro…) met en effet en valeur la complicité du trio, avec notamment une batterie très naturelle. « Kheperer » opère une transition fluide et atmosphérique avec ce qui précède comme avec ce qui va suivre, et pour cause : comme il l’avait déjà fait par le passé, Ufomammut envisage Fenice comme un seul long trajet dont chaque chanson est une étape, mais jamais une pause ; elles délimitent les va-et-vient entre montées et apaisements, lourdeur (« Pyramind », « Embryos ») et atmosphères plus spacieuses et méditatives (« Metamorphoenix »), dessinant ainsi de lentes pulsations tout au long de l’album. Si 8 était peut-être le disque le plus lourd et le plus impitoyable du groupe, Fenice respire et propose des échappées vers le rock (« Duat »), le post-punk (la guitare de « Psychostasia ») ou les rythmes tribaux (« Metamorphoenix » à nouveau).

Bref, si le phénix renaît, c’est bien de ses cendres, des éléments qui l’ont toujours composé : ainsi, ici ce n’est ni une révolution, ni une métamorphose que traverse Ufomammut, mais un réagencement de ses forces. Le groupe lève le pied ; en ayant recours à la lourdeur de manière moins systématique, il laisse aux autres éléments qui le composent – et qui ne sont pas nouveaux en soi, on pense parfois à l’album Eve, par exemple – la place de s’épanouir, des clignotements synthétiques au mid-tempo, des guitares non saturées aux boucles hypnotiques. Même sans paroles (ou presque), Fenice a quelque chose de narratif, d’un voyage intérieur d’un peu moins de quarante minutes où les paysages s’enchaînent, se transforment ou se ressemblent, plus ou moins vastes, surnaturels et étranges mais jamais vraiment inquiétants. Avec ce neuvième album, les Italiens retrouvent donc un nouveau souffle et consolident leur position singulière dans la scène doom avec un style à la fois minimaliste et cosmique qui invite autant au headbanging qu’à la rêverie.

Clip vidéo de la chanson « Psychostasia » :

Album Fenice, sortie le 6 mai 2022 via Neurot Recordings. Disponible à l’achat ici



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