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Chronique   

Ugly Kid Joe – Rad Wings Of Destiny


Ugly Kid Joe a suivi la destinée d’un « fauteur de troubles », jusqu’à devenir une formation qui fait désormais indéniablement partie de l’histoire du rock n’roll. Le groupe californien fondé en 1989 ne s’est jamais inscrit dans la fin de la vague glam (le nom « Ugly Kid Joe » est une référence à « Pretty Boy Floyd », populaire dans les eighties) ou les prémices du mouvement grunge. Il a construit sa réputation en pratiquant un rock facétieux et hybride, présenté à la face du monde par l’EP As Ugly As They Wanna Be (1991) puis l’album America’s Least Wanted (1992) qui fête aujourd’hui ses trente ans. Le groupe a connu quelques changements de line-up et une séparation après Motel California (1996), et n’a jamais réellement eu de « plan de carrière » bien défini. Il a suivi son instinct. Le même qui justifie sept ans de silence entre Uglier Than They Used Ta Be (2015) et leur nouveau-né, Rad Wings Of Destiny, jeu de mots tiré du Sad Wings Of Destiny (1976) de Judas Priest. Ugly Kid Joe est toujours aussi difficile à catégoriser, justement parce qu’il se complaît dans cet aspect « pot-pourri » du rock. Une formation aux références évidentes, sans jamais vraiment les recopier à la lettre. Rad Wings Of Destiny est de cette trempe : une sorte d’hommage à moitié involontaire aux monuments du rock et en même temps le résultat d’une spontanéité certaine. Jouer comme à vingt ans avec le bagage d’un vétéran en somme.

Enfermé au studio Sonic Ranch à El Paso, Texas, Ugly Kid Joe a transformé le processus d’enregistrement en véritable expérience de camaraderie. De quoi convier à la fête l’ancien batteur Shannon Larkin qui s’est illustré sur « That Ain’t Living », « Lola », « Dead Friends Play » et « Up In The City », ou encore le guitariste australien Jeff Curan, tout droit venu de Melbourne pour interpréter « That Ain’t Living » et « Drinkin’ And Drivin’ ». Surtout, le groupe a rappelé le producteur Mark Dodson, justement à l’œuvre sur America’s Least Wanted. Le groupe souhaitait retrouver ce feeling du début des nineties et les méthodes d’enregistrement adéquates. La production de Rad Wings Of Destiny est transparente à ce sujet : Ugly Kid Joe a le cachet d’une vieille réalisation sans aller jusqu’au mimétisme excessif qui rend l’expérience peu audible. L’ouverture « That Ain’t Living » est un hommage non déguisé à AC/DC, réempruntant le lexique bien connu des Australiens : riff haché et batterie binaire plombée qui donne tout de suite envie de taper du pied, et un Whitfield Crane qui se fait plaisir à se prendre pour Bon Scott. Une véritable capsule spatio-temporelle qui a le mérite de ne pas tergiverser. « That Ain’t Living » pourrait inquiéter en laissant penser qu’Ugly Kid Joe va se perdre en imitant ses idoles du passé. « Not Like The Other » rassure en changeant de registre : le hard rock laisse place à un titre plus enjoué, mélodique et parfois atmosphérique aux accents seventies. « Everything’s Changing » est une ballade rock aussi convenue qu’efficace. Ugly Kid Joe laisse entrevoir sa science des petits arrangements (arpèges de guitare et notes de piano sont une véritable plus-value) et sa qualité de songwriting, extrêmement fluide.

Rad Wings Of Destiny est un album moins « grave » que son prédécesseur. Il y a quelques exceptions à l’instar de la ballade « Kill The Pain » qui profite d’un refrain aux distorsions plus enlevées qui soutiennent le timbre mélancolique de Whitfield Crane. À nouveau, c’est la simplicité que dégage Ugly Kid Joe qui fait sa force. Le groupe en reste judicieusement aux fondamentaux parfaitement maîtrisés et « Kill The Pain » ne jure pas aux côtés de la reprise de The Kinks, « Lola », au vocabulaire musical pourtant bien antérieur et qui n’est pas sans légèrement rappeler le célèbre « Cats In The Cradle » repris d’Harry Chaplin trente ans plus tôt. « Dead Friends Play » incarne le côté plus facétieux d’Ugly Kid Joe, une sorte de rock à l’anglaise au riffing martelé et aux leads sautillants, et en revient dans ses paroles aux hommages portés aux grandes figures du rock. « Up In The City » embrasse la même énergie, incarnée par les phrasés volontairement « adolescents » à la guitare. Un jeu faussement maladroit qui colle parfaitement à la légèreté feinte du titre. Sans transitions, Ugly Kid Joe livre ensuite un titre pleinement inspiré de la folk/country américaine – « Drinkin’ And Divin’ » – en profitant de l’expérience de joueur de banjo de Jeff Curan. D’une certaine manière, les titres les plus évocateurs de ce Rad Wings Of Destiny sont les progressions acoustiques. Ugly Kid Joe parvient à une certaine élégance et inspire la nostalgie naturellement. « Failure » est d’ailleurs l’un des titres de l’album qui renvoient le plus au vieux catalogue d’Ugly Kid Joe, avec son côté sale gosse aux légers accents d’AC/DC et de Motörhead, et son accalmie centrale à la « Neighbor ». Rad Wings Of Destiny se conclut par l’énergie acoustique de « Long Road », effectivement la bande originale parfaite pour tout road-trip qui se respecte.

Ugly Kid Joe conserve ses multiples approches du rock, toutefois dominées par une volonté de revenir aux racines. Paradoxalement, il brille davantage lorsque les parallèles sont moins évidents et qu’il laisse parler sa polyvalence et sa culture musicale plutôt que sa maîtrise des codes d’antan. Émuler AC/DC peut faire sourire les éternels nostalgiques, qui se tourneront dans tous les cas… vers AC/DC justement. Ugly Kid Joe est plus éloquent lorsqu’il amalgame les styles et Rad Wings Of Destiny a du mérite à se montrer plus sensible. Quoi qu’il en soit, Ugly Kid Joe n’a certes plus la folie de ses débuts, mais il n’a pas perdu son cachet et ce dernier opus a le mérite de laisser entrevoir de nouvelles pistes qui sont gage de longévité pour le groupe, s’il daigne les emprunter plus franchement.

Clip vidéo de la chanson « Failure » :

Clip vidéo de la chanson « Long Road » :

Clip vidéo de la chanson « Kill The Pain » :

Clip vidéo de la chanson « That Ain’t Livin' » :

Album Rad Wings Of Destiny, sortie le 21 octobre 2022 via Metalville Records. Disponible à l’achat ici



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  • riquetmetalrock dit :

    on n’est loin de america’s least wanted .aie aie

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  • Dans l’ensemble très déçu de ce disque, auquel je préférais le côté plus sombre et travaillé de leur dernier album. Même si individuellement on ne peut pas dire que les morceaux sont des purges (il y a même quelques bons moments à l’instar de « Kill The Pain »), « Rad Wings Of Destiny » fait dans son ensemble clairement mou du genou.

    [Reply]

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