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Interview   

Uli Jon Roth : « Je n’ai jamais vraiment écouté de musique »


Cette seule phrase suffit à introduire le personnage d’Uli Jon Roth. Lui même l’avoue : « J’imagine que je suis un peu bizarre (rires) ». Mais lisez bien l’interview avant de le traiter d’hérétique. Le guitariste a un rapport à la musique peu commun et qui mérite que l’on s’y intéresse. En réalité, lorsque Uli Jon Roth écrit de la musique, il déroule le fil de sa pensée. Tout virtuose qu’il est, il met toujours la musicalité au premier plan. Un état d’esprit qu’il essaie de transmettre via son enseignement à la Sky Academy : « Je n’enseigne pas la guitare, j’enseigne la musique ».

Il est toujours passionnant de s’entretenir avec ce genre de personnage à la logique et aux idées totalement en marge mais néanmoins pertinentes. Les propos d’Ulrich Roth de son vrai nom à propos de la nourriture feront sans doute bondir l’unique Heavy Metal Cook. Tout comme n’importe quel être humain normalement constitué d’ailleurs. Et pourtant, cette logique se tient !

La présente interview nous a également permis d’aborder l’avenir – trouble selon lui – d’Uli en studio, son regard sur l’arrêt de la carrière des Scorpions, sans oublier son rapport aux… aéroports, selon lui symptômes d’une société qui va mal.

« Je n’ai pas le moindre projet studio en vue car mes albums sont toujours de grandes productions et à l’heure actuelle le business du disque n’est pas loin d’être anéanti. Ou du moins c’est le cas pour les gros albums. »

Radio Metal : Comment ça va ?

Uli Jon Roth : Ça va super bien. Pour l’instant, on a joué deux concerts en France et c’était génial. Il y avait un super public et nous avons vraiment passé un bon moment sur scène. J’aime toujours autant jouer en France.

Pour commencer, peux tu faire un point sur tes activités récentes et à venir ? A part ces quelques concerts, quels sont tes projets ?

Je me suis principalement occupé de la Sky Academy. Parfois la Sky Academy se résume à des concerts mais il est surtout question d’enseigner à des niveaux élevés de musique. Alors j’ai beaucoup composé pour ces enseignements, j’ai aussi écrit quelques partitions pour les solos de guitare Sky et préparé quelques cours pour ça aussi. Je suis également en train de planifier une tournée avec Michael Schenker et Leslie West aux USA qui aura lieu un peu plus tard dans l’année. À côté de ça, je suis en permanence pris par beaucoup de choses comme l’écriture musicale et je prends aussi beaucoup de temps pour penser.

Au sujet de l’école, quand et comment as-tu réalisé que tu voulais enseigner la guitare?

Je n’enseigne pas vraiment la guitare. J’enseigne la musique. Tu sais, nombreux sont les guitaristes qui ne savent pas qu’il est question de musique dans la guitare. C’est quelque chose qui m’a toujours intéressé personnellement. Je souhaitais trouver un sens plus profond derrière les notes plutôt que de simplement jouer. Je me suis très tôt penché sur cette question et je crois que certaines des réponses que j’ai pu trouver étaient très intéressantes, du moins elles l’étaient pour moi. Cela m’a vraiment aidé à progresser et à continuer à m’améliorer sur ce sujet. Ce sont les genres de choses que j’enseigne. Ça ne concerne pas que le jeu de guitare et ça ne concerne pas non plus que la musique, mais la vie elle-même. Lorsque tu es un musicien ou un artiste interprète, c’est aussi important d’avoir ton esprit à la bonne place que de bien jouer de ton instrument. Tu dois faire ça dans l’ordre pour trouver la bonne inspiration. Ce sont les choses que j’enseigne.

L’album Under A Dark Sky est sorti il y a trois ans. As-tu un nouveau projet studio en réserve?

Pour le moment je n’ai pas le moindre projet studio en vue car mes albums sont toujours de grandes productions et à l’heure actuelle le business du disque n’est pas loin d’être anéanti. Ou du moins, c’est le cas pour les gros albums. Alors j’ai écrit de la musique mais je ne suis pas en studio actuellement. Ça peut changer à n’importe quel moment mais je n’en sais strictement rien. Pour le moment je suis vraiment heureux de pouvoir simplement jouer sur scène et écrire de la musique, d’ailleurs je ne prévois pas directement de sortir une nouvelle production.

J’ai entendu dire qu’il y avait des compositions pour l’album Under A Dark Sky dont tu ne t’es pas servi. As-tu l’intention de les utiliser ?

Non. Ce que je n’ai pas utilisé serait pour une suite. Au début je pensais que je pourrais faire un double album mais j’ai fini par changer d’avis. En revanche j’ai déjà écrit et enregistré beaucoup de musique pour le prochain album. Pour l’instant mon esprit est ailleurs et je n’ai pas envie d’être en studio tout de suite. Ce que je fais avec la Sky Academy est plus important pour moi en ce moment car j’écris également un livre sur la Sky Academy et c’est une lourde tâche, ça demande beaucoup de temps.

Sais-tu quand ce livre sortira ?

Non, je n’en suis pas sûr et je préfère ne pas arrêter de date. J’ai déjà écrit environ 500 pages mais je ne veux pas aborder la question de la parution avant d’avoir trouvé la date idéale. Cependant, je ne pense pas que ça sera pour cette année car c’est un gros projet et ça prend du temps.

« Lorsque, pour la première fois j’ai entendu le Requiem de Mozart, je crois que c’était en 1983, j’ai été incapable de le réécouter pendant un an ou deux car c’était trop intense pour moi. […] Une fois que tu as ton propre langage et ta propre voix je ne crois pas que ça soit encore nécessaire de s’inspirer des autres. »

En 2010, tu parlais des difficultés qu’il existait à essayer d’associer le son d’une guitare électrique moderne avec un orchestre. Par conséquent, que penses-tu de ce que des groupes comme Metallica, Deep Purple ou Kiss ont réalisé avec un orchestre ? Ou encore plus récemment avec des groupes qui associent hard rock et metal avec un orchestre en studio ?

Je n’ai pas encore entendu la plupart de ces réalisations. Je n’écoute pas vraiment ce genre de musique parce que je n’aime pas tellement… Du moins, je préfère avoir une approche différente lorsqu’il s’agit de travailler avec un orchestre. Je trouve que la majorité des groupes utilise les orchestres d’une manière exagérée, comme s’il était question d’un accompagnement aux claviers. Ils ne composent pas réellement pour l’orchestre, ils se contentent de jouer leurs chansons avec l’orchestre. Pour moi, ça n’est pas intéressant. Je préfère écrire de la musique pour l’orchestre avec le groupe. Je pense que c’est une approche plus profonde.

Dans une interview, cette même année, tu avais aussi déclaré que tu n’écoutais pas tellement de musique et que tu préférais la jouer…

Oui. C’est exactement ce que je fais. Je n’ai jamais vraiment écouté beaucoup de musique. J’adore la musique mais je n’ai pas besoin de passer tout mon temps à l’entendre. Alors je préfère explorer de nouvelles musiques et pour moi c’est suffisant. J’ai trouvé ma voie et je parcours la route que je souhaite explorer. Pour moi c’est assez et c’est ma destinée. Lorsque j’étais plus jeune, j’écoutais certains artistes et j’ai beaucoup appris à partir de ça, mais je n’en ai plus vraiment besoin parce que je sais ce que je veux.

Alors tu ne fais que jouer. C’est aux autres d’écouter ?

Eh bien, c’est génial d’écouter de la musique mais je n’ai pas besoin d’en écouter des tonnes. Ce n’est pas une question de quantité mais de qualité. Je me souviens lorsque, pour la première, fois j’ai entendu le Requiem de Mozart, je crois que c’était en 1983, j’ai été incapable de le réécouter pendant un an ou deux car c’était trop intense pour moi et j’en étais sous le choc tellement ce morceau était excellent. L’écouter une fois était suffisant. Je l’ai gardé à l’esprit et souvent il me suffit d’écouter quelque chose une fois pour que je m’en souvienne. C’est ce qui se passe avec la majorité des genres musicaux. J’imagine que je suis un peu bizarre (rires).

Est-ce quelque chose que les gens devraient faire pour créer une musique unique, sans l’influence de la musique existante ?

Non. Ce que je veux dire c’est que tout le monde apprend de ce qu’il y a à l’extérieur. C’est normal. Au début nous apprenons tous en copiant les autres. Nous parlons de la même manière que nos parents et c’est la même chose avec la musique. Une fois que tu as ton propre langage et ta propre voix je ne crois pas que ça soit encore nécessaire de s’inspirer des autres. Je ne puise plus vraiment mon inspiration de ça. Mon inspiration vient d’autres choses.

De quel genre de choses?

J’aime beaucoup penser, tout simplement. Et les idées affluent.

« Nous vivons dans un monde contrôlé par la peur, la peur est un véritable business pour de nombreuses entreprises ainsi les aéroports sont un symptôme de cette culture de la peur »

Comme tu l’as déjà fait précédemment, je suppose que tu vas faire quelques apparitions en tant qu’invité sur la tournée d’adieux des Scorpions ?

Je pense que ça sera pour l’année prochaine.

Donc rien n’est encore planifié pour le moment ?

Pas pour l’instant mais je pense que ça sera probablement pour l’année prochaine.

Bien que tu ne fasses plus partie de ce groupe depuis un long moment, comment te sens tu par rapport à la fin de la carrière des Scorpions ?

Je ne sais pas, je ne me suis pas vraiment posé la question (rires). C’est la vie. Ils ont produit tellement d’albums et ils ont eu tellement de succès, c’est à eux de décider. S’ils trouvent que c’est le bon moment pour s’arrêter, moi ça me convient. Je n’ai pas la moindre influence sur ça.

Pourtant tu dois bien ressentir quelque chose…

Non. Lorsque j’étais dans le groupe, c’était un autre groupe. Je suis toujours ami avec eux, mais c’est leur décision. Pour moi ça ne me choque pas car je savais à l’avance que ce moment allait arriver.

Certains membres des Scorpions n’ont pas prévu d’arrêter leur carrière une fois le groupe terminé. Par exemple, Matthias Jabs nous a confié qu’il souhaiterait vraiment continuer à faire de la musique. Alors serait-il possible que tu prennes part à un projet studio avec un ou plusieurs membres du groupe?

Oui ça serait tout à fait possible.

J’ai lu dans une interview que tu adorais voyager mais que tu détestais les aéroports. Pourquoi ça ?

Ce n’est pas que je déteste les aéroports mais je n’aime pas tout ce truc autour de la sécurité car je crois qu’ils en font trop et c’est ridicule. Ce que je veux dire, c’est que nous vivons dans un monde contrôlé par la peur, la peur est un véritable business pour de nombreuses entreprises, ainsi les aéroports sont un symptôme de cette culture de la peur. Mais je suis différent et je ne veux pas être contrôlé par la peur. Je veux vivre ma vie autrement et je n’ai pas non plus peur de saisir les occasions. Je ne pense pas que ça soit une bonne idée d’être aussi soucieux de la sécurité car tu finis par arrêter de vivre. De ce point de vue là, tu perds beaucoup plus que tu ne gagnes.

« Quand je mange, je n’arrive pas aussi bien à me concentrer sur les conversations, alors j’essaye de manger aussi vite que possible pour pouvoir me concentrer sur la discussion ce qui est pour moi bien plus intéressant. »

C’est drôle que tu dises ça car c’est exactement ce qu’a déclaré Joe Bonamassa il y a quelques jours…

Vraiment ?

Oui. Il a dit dans une interview qu’il était dans un aéroport il y a quelques jours et qu’il était vraiment furieux de la manière dont s’était comporté le personnel de sécurité avec lui. Peut-être devriez-vous écrire ensemble un album-concept sur le sujet…

Non, ça n’est pas un bon sujet. Je préférerais choisir un sujet plus intéressant (rires).

La dernière question concerne Rudolf Schenker. Nous l’avons rencontré l’an dernier et avons remarqué qu’il mangeait extrêmement vite ! As-tu remarqué ça toi aussi?

Il est comme moi, dans ce domaine nous sommes comme des frères mais je ne sais pas d’où ça vient. Je crois que Rudolf est quelqu’un de très fort mentalement et parfois il est impatient. Alors, terminer un repas est comme un job qu’il a besoin d’accomplir (rires). Pour moi c’est pareil, la nourriture est comme du carburant. Je préfère avoir un carburant de qualité plutôt que du poison, mais en même temps je mange aussi rapidement que Rudolf. Je crois que ça n’est pas très bon pour la santé mais je ne peux pas m’en empêcher (rires)!

Ça ne t’intéresse pas d’aller dans un bon restaurant et de prendre un repas sympa qui peut durer plus d’une heure ou deux ?

Non, ça c’est différent ! C’est une occasion sociale et c’est agréable. Mais pour moi la nourriture, c’est juste de la nourriture. Quand je mange, je n’arrive pas aussi bien à me concentrer sur les conversations, alors j’essaie de manger aussi vite que possible pour pouvoir me concentrer sur la discussion, ce qui est pour moi bien plus intéressant. Je pense que Rudolf réagit exactement de la même manière. C’est l’une des questions les plus drôles que l’on m’ait jamais posé !

Interview réalisée par phoner le 8 mars 2011

Retranscription : Izzy’

Traduction : Isa

Site internet Uli Jon Roth : www.ulijonroth.com



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