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Live Report   

Ultra Vomit en live : Objectif (thunes) atteint


Ce n’est plus à prouver : le metal sait se moquer de lui-même. Et c’est parce qu’il en est convaincu que le public de La Laiterie s’est rassemblé ce vendredi soir pour une soirée de franche rigolade en compagnie d’Ultra Vomit, sans conteste le groupe le plus délirant de la scène metal française. Et accompagnés des potes de Tagada Jones, on peut dire que les Nantais sont bien entourés.

Ils l’avaient annoncé : leur nouvel album ne verrait pas le jour avant la fin du monde. Et pourtant, les voilà en tournée après la sortie de leur dernier disque, Panzer Surprise, rendu disponible gratuitement sur YouTube – un beau geste qui a sans doute contribué au succès de cette tournée. Un régal de dérision que l’on avait hâte de retrouver en live, accompagné de la désormais légendaire bonne humeur du groupe. Car Ultra Vomit est au metal ce que le one-man-show est au théâtre Shakespearien, et le public Strasbourgeois n’a pas besoin qu’on le lui prouve ; il est déjà conquis par l’humour de ce groupe unique en son genre. Difficile d’écrire cet article sans un sourire en coin au souvenir de cette soirée…

Artistes : Ultra Vomit – Tagada Jones – V90
Date : 26 janvier
Salle : Laiterie
Ville : Strasbourg [67]

Tagada Jones

Premier constat : si “déconne“ est le mot d’ordre de la soirée, le planning n’a visiblement pas reçu le mémo. L’organisation est réglée comme du papier à musique et la soirée commence à 19H sonnantes avec V90, groupe local de reprises punk rock. Le public qui – on le sait – a souvent tendance à bouder la première partie, y jetant parfois un regard distrait dans l’attente du groupe qu’il est venu applaudir, est déjà au rendez-vous dès les premiers morceaux. Comment ne pas être plongé immédiatement dans l’ambiance lorsque la soirée commence par des reprises rock de Haddaway (« What Is Love »), Lou Bega (« Mambo No. 5 »), Vengaboys (« Boom Boom Boom Boom ») ou des Spice Girls (« Wannabe ») ? Malgré une performance scénique sans grande originalité, le groupe sait captiver son public et faire monter la sauce. Que demander de plus d’une première partie ? Une petite demi-heure plus tard et c’est déjà l’heure pour les locaux de libérer la scène, au plus grand regret du public qui attendait d’autres chansons pop énergisées par le rock festif de V90. Mais l’organisation est implacable et le planning respecté à la lettre. Entracte.

Retour une heure plus tard pour la seconde partie de la première partie : les partenaires de tournée d’Ultra Vomit, les potes de voyage, Tagada Jones. C’est aussi l’occasion de remiser la dérision au placard un instant, car le punk-hardcore de ce groupe engagé se veut dénonciateur et glaçant, comme le laisse clairement entendre le titre de leur dernier album, La Peste Et Le Choléra. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les membres du groupe n’ont pas l’air particulièrement enthousiasmés par le climat politique actuel… « Le Monde Tourne À l’Envers », « Cargo », « Pas De Futur », « Envers Et Contre Tous »… Les chansons de Tagada Jones s’enchaînent alors que dans la fosse, les premiers pogos secouent la foule. Le public est furieusement réceptif à la musique rageuse des Jones ; les reprises décalées de V90 paraissent bien loin.

Tagada Jones

On était venus pour se marrer mais là, alors que commencent « Vendredi 13 » et « Je Suis Démocratie » (en la mémoire des victimes du Bataclan et de Charlie Hebdo, respectivement), on en a gros. On sue, on s’agite, on percute ses voisins dans l’allégresse… Tagada Jones sait électriser le public, lui parle sans ambages, et ça lui plaît. Un esprit révolutionnaire s’empare de nous, et pour un peu, on se croirait transporté dans la rue, debout sur des barricades. Une sorte d’hypnose collective qu’une compilation de discours politiques passée en introduction de la setlist a sans doute favorisée. Une heure plus tard, nous voilà vidés, et après une petite séquence émotion à l’occasion de l’anniversaire du guitariste, c’est l’heure de dire au revoir à ce groupe qui tourne depuis plus de vingt ans avec un discours que l’actualité n’a jamais démenti. On le fera sur un « Mort Aux Cons » très approprié, comme une dernière consigne avant de se quitter. Tagada, tagada, voilà les daltons qui s’en vont, laissant la scène libre pour la suite ; il lui faudra cependant une bonne heure pour s’installer. Entracte, donc.

Ultra Vomit

Comment décrire Ultra Vomit ? On pourrait dresser la longue liste de leurs influences, mais si elles étaient tournées vers un grindcore humoristique à leurs débuts, elles se sont largement diversifiées avec le temps, jusqu’à aboutir à Panzer Surprise, leur album le plus récent, qui les triture et les mélange avec l’humour incisif et un peu régressif qu’on leur connait. Ultra Vomit, c’est le pastiche plutôt que la parodie, l’influence plutôt que la reprise. Car si chacun des morceaux présents sur Panzer Surprise est bien une référence à un groupe de metal, les chansons n’en restent pas, bien souvent, des compositions originales bourrées d’un talent musical que les paroles et les visuels décalés du groupe nous ferait presque oublier. Les Nantais ont du niveau, et si un jour le Calembour Metal devenait un genre reconnu, on se souviendrait d’eux comme de son père fondateur. Encore une fois, l’horaire est respecté à la lettre ; on en oublierait presque le côté amateur crasse revendiqué du groupe. À 22H30, les lumières s’éteignent, et l’intro inspirée du générique des Looney-Tunes débute. C’est ensuite sur le thème de Fort Boyard que les quatre membres du groupe font leur entrée sous les applaudissements du public, qui n’est décidément pas venu ce soir par hasard.

« Darry Cawl Chamber » et « Les Bonnes Manières » ouvrent le bal, et signalent aux amateurs de pogos qu’il est temps de s’y mettre, ce qu’ils s’empressent de faire. Aparté prononciation : On dit « Ultra Vomite », comme le prononcerait la Reine Elisabeth. Un bon moyen de repérer les chanceux qui ont déjà vu les Nantais en concert, et les autres, les malheureux, les laissés pour compte qui doivent se contenter d’un Panzer Surprise sur YouTube certes excellent, mais sans les vannes d’Emmanuel « Manard » Colombier, le batteur – lequel aura droit à sa « Minute Manard » mais ne se gênera pas pour lancer au jugé jeux de mots et blagues potaches tout au long de la soirée, souvent rejoint par Fabien « Flockos » Le Floch, le guitariste soliste. Blagues dont sera souvent la victime Matthieu Bausson, le cinquième (sixième ?) bassiste du groupe, souvent épinglé sur son âge. Voilà donc l’intégralité du groupe présentée.

Ultra Vomit

(Panzer) Surprise de début de concert : « Un Chien Géant », titre hommage à Tagada Jones dont le chanteur a tôt fait de rejoindre le line-up d’Ultra Vomit le temps d’une chanson. Chansons qui d’ailleurs s’enchaînent très vite : la plupart des productions d’Ultra Vomit étant très courtes, ils auront le temps d’en jouer un nombre effarant tout au long de la soirée, malgré leurs nombreux intermèdes humoristiques. « E-Tron », « Mechanical Chiwawa », « Montains Of Math », « Calojira », « Takoyaki »… Lorsque commence l’indispensable « Jack Chirac » (avec portrait de l’ancien président projeté sur le drapeau des USA en prime), on aura déjà eu droit à une bonne sélection de titres de leurs trois albums. Et si Panzer Surprise est évidemment très représenté, M. Patate et surtout Objectif : Thunes sont toujours bien présents. Les classiques, évidemment sont là : « Boulangerie Pâtisserie » et « Je Collectionne Des Canards (Vivants) » sont de la partie, personne n’en doutait ; sur ce dernier, le groupe sera même accompagné d’Andreas, la moitié du binôme Andreas Et Nicolas qu’on avait pu apercevoir derrière le stand de merchandising, en guest-star et en slip. Chose rare, on pourra remarquer en balayant la salle du regard qu’un nombre surprenant d’enfants a accompagné leurs parents, leurs frères et leurs sœurs au concert ; certains d’entre eux feront même une apparition sur scène. Un côté familial que les habitués des concerts de metal n’ont pas forcément l’habitude de voir…

Avec Ultra Vomit, l’animation de scène est une seconde nature, et si la fosse était sceptique, elle a sans doute vite changé d’avis lorsque Nicolas « Fetus » Patra pris sur lui de répondre à une des plus tenaces questions de notre temps : Entre le pipi et le caca, qui gagne ? La salle fut divisée, littéralement : à gauche le caca, à droite le pipi. C’est gras, c’est bête, mais c’est exactement le genre d’humour qu’on attendait du groupe. Car le talent d’Ultra Vomit, c’est avant tout ce décalage constant entre une performance musicale solide et un humour potache assumé. C’est d’ailleurs « Évier Métal » qui viendra clôturer la setlist, véritable hymne au calembour douteux, non sans qu’on soit passés par l’excellent « Kammthaar », pastiche très réussi du style industriel germanique de Rammstein ; aux costumes et au clip ne manquaient que les effets pyrotechniques. Et c’est enfin sur une sélection de sosies que se terminera la soirée. Sélectionnant parmi le public leur doppelgängers et échangeant leurs places avec eux, le groupe dit au revoir à ses fans en se mêlant à eux pour une dernière photo. Objectif (thunes) atteint : La Laiterie a ri et le public Strasbourgeois guettera sans doute avidement la prochaine apparition d’Ultra Vomit sur les terres Alsaciennes. D’ici-là, les Nantais auront sans aucun doute l’occasion de creuser encore un peu plus leur trou dans le paysage musical Français.

Report : Antoine Latour
Photos : Joel Ricard Photographie (Festival de NoelLimoges 2017)



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