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Chronique   

Ulver – Flowers Of Evil


Bergtatt (1995) paraît tellement loin. Le premier opus d’Ulver, amorce de la trilogie dite « black metal » du groupe, est presque devenu un souvenir confus. Ulver est l’une de ces rares formations qui ont su se maintenir malgré des changements de direction radicaux, le principal opéré en 1998 avec Themes From William’s Blake’s The Marriage Of Heaven And Hell. Ulver introduisait des éléments électroniques et indus dans sa musique en prenant une forme expérimentale, quitte à délaisser complètement l’univers folk sombre et black metal qui régnait auparavant. Depuis Ulver existe justement pour l’exploration totale, du trip-hop à la musique psychédélique. The Assassination Of Julius Caesar (2017) avait décontenancé autant qu’il a enchanté en s’assumant pleinement comme un album de pop élégante à l’influence des années 80, avant qu’Ulver ne fasse à nouveau des siennes via Drone Activity (2019) et ses quatre titres atmosphériques excédant les quinze minutes. Flowers Of Evil ne va peut-être pas nous prendre de court cette fois-ci. Ulver se repose sur les acquis de The Assassination Of Julius Caesar, comme s’il souhaitait continuer sa narration en modifiant à peine son discours.

Flowers Of Evil cherche à résoudre en partie le mystère Ulver. Sa sortie s’accompagne d’un livre intitulé Wolves Evolve : The Ulver Story censé éclairer l’évolution musicale du groupe et les aspirations de ses membres. Flowers Of Evil puise à nouveau son inspiration en Italie à travers la vision de Vicino Orsini à Bomarzo, celle d’une civilisation déclinante envahie par les bêtes et les démons. Il faut l’appréhender ainsi : Ulver a quitté un univers teinté de corruption pour parvenir à de nouveaux espaces davantage gangrénés au sein de Flowers Of Evil. Ulver cherche à accentuer les caractéristiques pop développées sur TAOJC et réemploie à dessein Michael Rendall (The Orb) et le bassiste de Killing Joke Martin « Youth » Glover (U2, Depeche Mode, Erasure…) pour se charger du mix. « One Last Dance » (avec Christian Fennesz aux guitares et à la programmation) reprend là où TAOJC nous avait laissés. Il se veut l’avatar d’une pop mélancolique forgée par des nappes de synthétiseurs parfois funestes et un beat ininterrompu, parfois proche de la synthwave. Kristoffer Rygg contient sa voix pour satisfaire les besoins de la musique ; une retenue qui convient à un univers plein de nuances qui ne supporte pas les effusions trop grandes. « Russian Doll » brille par ses arrangements de synthé, ses ponctuations de piano, ses basses groovy et les effets de chœurs et de timbre haut perché distillés avec parcimonie.

Lorsque Flowers Of Evil entend creuser davantage les pistes de TAOJC, il ne ment pas. « Machine Guns And Peacock Feathers » regorge d’accroches entêtantes en profitant d’un vocabulaire pop, presque disco : voix féminines, rythmiques dansantes et sonorités de synthétiseur issues des eighties. Kristoffer Rygg est un adepte de la transformation, parfaitement à même de moduler sa voix pour remonter quarante ans en arrière. « Apocalypse 1993 » (qui relate les évènements tragiques du siège de Waco) va jusqu’à adopter des rythmiques familières de la dance en mode « relax ». Au-delà des manipulations de registres, c’est surtout la capacité d’Ulver à multiplier les atmosphères en conservant toute sa cohérence qui interpelle. La disco-pop mélancolique de « Machine Guns And Peacock Feathers » et le groove insouciant de « Nostalgia » coexistent parfaitement avec un titre électro plus grave tel qu’« Hour Of The Wolf » ou les allures solennelles d’« A Thousand Cuts ». Ulver est définitivement une bête protéiforme qu’on n’imagine pas domestiquer un jour.

Flowers Of Evil dépeint la chute d’une civilisation avec la même délicatesse et la même gravité qu’Orsini. Il ne faut pas se laisser tromper par ses mélodies agréables et ses rythmiques accommodantes. Tout comme TAOJC avant lui, Flowers Of Evil est tragique en tous points. Il s’en dégage un sentiment de déclin irrémédiable auquel on assiste lentement sans pouvoir agir. La beauté et la fausse légèreté de Flowers Of Evil ne font qu’accroître sa véritable portée : il fait froid dans le dos.

Chanson « Nostalgia » :

Clip vidéo de la chanson « Russian Doll » :

Chanson « Little Boy » :

Album Flowers Of Evil, sorti le 28 août 2020 via House Of Mythology. Disponible à l’achat ici



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  • Tiens, je ne pensais pas voir popper une chronique pour celui-là si tard. ^^
    Pour ma part, j’étais pas super confiant quand je prenais les titres au compte-goutte quand ils étaient dévoilés, mais quand je me suis passé l’album entier, ça m’a fait chelou, comme si je comprenais enfin ce qu’ils avaient voulu faire. Maintenant j’adhère tout à fait.

    [Reply]

    Spaceman

    On profite de l’accalmie de décembre pour faire un peu de rattrapage, et je tenais personnellement à ce qu’on propose une chronique de cet album, car je le trouve très classe !

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