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Le Son D'Histoire   

Un vaisseau fantôme nommé Heavy Metal


L’Animal n’est pas qu’une créature ayant un jour émergé des marais de la Dombes, pas si lointains de la base de corsaires que sont les studios de Radio Metal. L’Animal est aussi une créature errant dans les caves, dans les salles d’archives profondes, dans les enfers des bibliothèques et dans les catacombes où règnent en maîtres chthoniens d’obscures mélomanes.

Que ne lui prit-il pas l’idée, une fois, de franchir cette porte que tout archéologue en quête de mystères metalliens finit toujours par pousser. Au-dessus de cette porte on peut lire : « Origines du Heavy Metal ». Et l’Animal marcha sans crainte dans ces couloirs qui sentent la bière, le retour d’acide et le riff poussiéreux. Le périple fut relativement court mais combien il fut surpris quand, au bout de sa quête, par-delà ces corridors où résonnent d’épaisses lignes de basse, il trouva une mer souterraine, houleuse, sauvage. Et quel spectacle ce fut que de contempler, jaillissant de ces vagues furieuses et indomptables, ce macabre navire et sa squelettique figure de proue. Sur son bastingage on peut lire son nom de baptême : Kingdom Come et son capitaine est Sir Lord Baltimore.

Et l’Animal est remonté de ces souterrains étranges, les Origines lui avaient été révélées. Il se tint sur la place publique et commença à prêcher ; la sagesse des Seventies parlait par sa bouche :

« Frères et soeurs, je ne viens pas vous convertir mais vous ne serez entiers sans connaître la Vérité. Ce mot, « metal », que vous prononcez sans trop savoir d’où il vient, je vais vous l’apprendre, a été accolé pour la toute première fois à ce groupe : Sir Lord Baltimore. Nulle mélodie zeppelinienne n’en eut le privilège auparavant, jamais riff sabbathien ne sembla appartenir à cette mouvance avant d’être comparé au premier album de Sir Lord Baltimore. »

Sir Lord Baltimore était un power trio originaire de Brooklyn qui, en répondant un beau jour de 1970 à une annonce, a changé par ses compositions le visage de la musique rock. Leur premier album est passé entre les mains d’Eddie Kramer, responsable du mixage des albums de Jimi Hendrix aux studios Electric Lady fondés par le célèbre guitariste gaucher. Les membres de Pink Floyd, passant par là, furent impressionnés par la puissance de ces trois jeunes New-yorkais menés par John Garner dont le rôle de batteur ET chanteur est un cas suffisamment rare pour mériter d’être souligné.


Leurs compositions, sur cet album, semblent toutes réalisées dans l’urgence, tel le morceau « Kingdom Come » dans lequel on ressent une harmonie sur le fil du rasoir, prête à être sacrifiée à la puissance, une puissance qui viendrait vous fouailler les entrailles comme un coup de machette dans le bide. Cette puissance ne passe alors pas inaperçue. En février 1971, le groupe fait la première partie de Black Sabbath au Fillmore East de New York. En mai de la même année, dans le magazine Creem qui ne manque jamais une occasion d’inventer de nouveaux genres en cette époque frénétique, Mike Saunders, dans sa chronique sur le premier album du power trio lâche une expression censée mettre sous le même drapeau des groupes comme Led Zeppelin, Black Sabbath, MC5 ou Johnny Winter, une expression qui ne disparaitra jamais : « Heavy Metal ».

Et l’Animal prêchait encore : « …puis j’ai vu ce navire perdre face aux flots cannibales, dévoré par une consommation effrénée de drogues et plombé par des ventes trop faibles pour être encore soutenu par une maison de disque lasse de tout cela. Sir Lord Baltimore n’a offert au monde que deux albums (si l’on excepte un retour discret et auto-produit en 2006) devenus de véritables pépites pour les collectionneurs et les amoureux du riff lourd émanant des Seventies et qui mériteraient de figurer en bonne place dans la discothèque de tout amateur de stoner. »

Ainsi parla l’Animal avant de s’enfoncer à nouveau dans quelque souterrain où résonnerait encore les harmonies d’un autre groupe que l’Histoire aurait laissé de côté.



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