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Interview    Le Son D'Histoire   

Une histoire française : Ganafoul


Il y a environ un an, un chroniqueur d’Europe 1 avait présenté Dagoba comme s’il n’y avait eu aucun autre groupe de hard rock ou de metal en France depuis Trust. Les connaissances des médias français en matière de metal sont ce qu’elles sont.

Mais si, à l’image de ce chroniqueur, mais dans la direction temporelle inverse, vous pensiez qu’avant la bande à Bernie Bonvoisin, dans l’Hexagone, c’était le no man’s land des décibels ; et qu’à part Johnny, Eddy , Dick et les autres pâlichonnes copies de divers modèles anglo-saxons, le rock français était l’égal des vins anglais, alors cette interview doit vite être mise en haut de votre liste de lecture si vous voulez être diplômé ès hard rock français.

C’était déjà dans le but de dépoussiérer et en partie réhabiliter le blason du hard rock seventies de France et de Navarre que l’Animal et Fox vous avaient offert il y a quelques mois une émission complète sur ce thème. Et pour enlever le plus de parts d’ombre possible au tableau de la scène française des années 70 qui envoie des watts, était invité Jack Bon, guitariste et chanteur de Ganafoul, groupe originaire de Givors, dans la région lyonnaise, et ayant eu leur part de succès à la fin des années 70.

Car, de Lille à Marseille, en passant par Paris et Lyon, des p’tits gars savaient se servir d’une guitare électrique et envoyer le jus : le groupe franco-marocains Les Variations (surnommés les « Led Zep français », non sans raison) ; ou Magma, un monument national du prog’ à l’influence internationale ; et sans oublier Trust qui débuta à la fin de cette période et dont la puissance se répercuta jusque de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce sont justement des noms comme Trust, mais aussi AC/DC, Téléphone, Jimmy Miller (producteur des Rolling Stones) ou Manu Katché, qu’on retrouve dans l’histoire de Ganafoul et de Jack Bon. Une histoire pleine de promesses, qui ne manquait qu’un coup de pouce du Destin pour devenir grande et dans laquelle bien des groupes et des musiciens d’aujourd’hui pourront encore y revoir la leur.

« Je ne dirai jamais : « je suis l’ex-guitariste de Ganafoul ». Je suis le guitariste de Ganafoul. Ce n’est peut-être pas grand-chose mais c’est un partie de ma vie autant humaine que musicale. »

Avant tout, Jack, tu as été le guitariste de Ganafoul, mais faut-il vraiment parler de Ganafoul au passé ?

Moi, je n’en parlerai jamais au passé. Je ne dirai jamais : « je suis l’ex-guitariste de Ganafoul ». Je suis le guitariste de Ganafoul. Ce n’est peut-être pas grand-chose mais c’est un partie de ma vie autant humaine que musicale. Comme John Lennon n’était pas un ex-Beatles… Pour moi, ça restait un Beatles.

Étais-tu au courant qu’une expo avait été organisée début février (2011) à la Médiathèque de Givors, dans la ville d’origine de Ganafoul, sur la scène musicale locale ?

Oui, j’y ai participé et j’y ai retrouvé des copains qu’on avait, qui continuent à jouer, et par exemple, j’ai retrouvé un ami avec qui j’avais commencé à jouer de la guitare quand j’étais au lycée. On devait avoir seize, dix-sept ans, on s’était repéré, il avait les cheveux un peu plus longs que les autres, il avait une guitare et voilà. Ça faisait trente ans – si c’est pas plus – que j’avais pas joué avec lui. C’était un bon moment à partager.

Il y avait une scène importante à Givors pour qu’on crée un tel événement ?

Il y avait deux groupes majeurs – surtout parce qu’ils avaient fait des disques – c’était Factory et Ganafoul. Et il y avait pas mal d’autres groupes qui répétaient pas mal à la MJC et un peu partout, et qui pratiquaient vraiment du rock à la AC/DC, d’abord influencés par des groupes comme Status Quo.

Beaucoup de racines blues…

Voilà. Et le boogie. Surtout Status Quo en live qui prenait une autre dimension que sur leurs premiers albums. Et quand AC/DC est arrivé, qui reprenait les mêmes racines, ce blues, ce boogie, mais qui le jouait avec un son vraiment plus agressif et une personnalité, une gouaille, ça a vraiment accroché les kids à l’époque.

On va repartir aux origines un peu. Ganafoul se forme en 1974. Toi, Jack Bon, tu arrives en 75. Très rapidement, le groupe se sépare, avec une partie qui va fonder Factory et tu restes avec le bassiste Jean-Yves Astier. Puis le batteur Yves Rothacher quitte Factory et revient en 76. Vous faites des premières parties pour le groupe de rock Little Bob Story. Little Bob (ndlr : vu aussi récemment à l’affiche du film « Le Havre » d’Aki Kaurismäki, en sélection officielle au festival de Cannes 2011) vous fait rencontrer le patron du label Crypto qui accroche et vous fait enregistrer votre premier album, Saturday Night, en 1977.

Voilà. On a donc dû enregistrer au mois d’août, enregistrer et mixer en neuf jours. Fin août, l’album était là et on est parti avec Little Bob en tournée dans toute la France pendant un mois, très peu de jours « off », et moi, j’ai beaucoup appris en voyant les concerts que donnait Little Bob avec son groupe de pub rock survitaminé. Et Bob m’a donné des conseils à l’époque, que j’ai suivis parce que je trouvais encore à l’époque que Ganafoul s’était pas mal, mais les premiers jours de la tournée on n’arrivait pas à emmener l’affaire, on n’arrivait pas à éclater les gens. Et j’dis à Bob : « c’est quoi le problème ? On est pas si mauvais que ça ? » Et il me dit : « vous n’allez pas assez vers les gens » alors que Bob allaient toujours haranguer les types aux premiers rangs, allait toujours chercher encore plus loin, amener les gens à eux pour qu’il se passe quelque chose.

Ce qui n’était pas forcément facile pour toi qui est à la fois le guitariste et le chanteur du groupe, donc bloqué derrière le pied de micro…

Et justement, Jean-Yves, le bassiste, était un très bon performer. Il mettait vraiment l’ambiance, il savait accrocher par sa personnalité le public pour qu’il soit avec nous, pour qu’on soit vraiment ensemble.

Déjà, avant tout ça, il était prévu que vous fassiez la première partie de Status Quo à Lyon le 6 février 1977 mais c’est annulé…

Je pense même qu’on a été, avec le petit matériel qu’on avait dans notre petite camionnette, là-bas et on a appris que la première partie avait été annulée.

Vous y êtes allé et ils vous ont dit : « non, on n’a plus besoin de vous » ?

Oui, ça, c’est les mystères du show-business. Faut pas trop chercher à comprendre.

Alors, tu n’es pas que le chanteur et le guitariste, tu es aussi le compositeur principal. Tu es crédité sur tous les morceaux à l’époque, au moins quasiment tous quand ce ne sont pas des reprises. Quand on écoute le style, on se dit que Ganafoul évolue dans les mêmes eaux que ZZ Top ou AC/DC. Ces groupes sont-ils des influences ou est-ce simplement leurs influences qui sont aussi les vôtres ?

Moi, j’ai craqué sur les premiers albums de ZZ Top. Parmi mes grandes idoles il y avait aussi Johnny Winter avec notamment l’album Johnny Winter And. C’est une bombe ce truc-là. Un énergie, une électricité là-dedans. Et les autres musiciens étaient aussi branchés là-dessus, branchés sur tout ce qu’il y avait avant : les Rolling Stones, les Who, le british blues et des groupes comme Free, Led Zep’ qui ont un peu inventé le hard rock. Mais moi, c’est vrai que j’ai surtout adoré le boogie, avec aussi des Taste, Rory Gallagher… Pour un guitariste, c’est vraiment intéressant.

Ganafoul en 1977 ( de gauche à droite : Jean-Yves Astier, Yves Rothacher et Jack Bon)

Le 24 septembre 1977, vous êtes à Belfort, à la Maison du Peuple, pour un concert organisé par le label Crypto. Un concert enregistré qui donnera votre premier album live, Route 77, où vous jouez aussi une reprise de Chuck Berry au moment des rappels, ‘Maybeline’. Aussi une influence Chuck Berry…

Tout à fait. Si on aimait les Rolling Stones, on était obligé d’aimer Chuck Berry qui était rejoué par les Stones et d’autres groupes anglais de l’époque. Les disques arrivaient souvent par les bases militaires en Allemagne et étaient revendus aux initiés de ce style de musique. Tous les musiciens anglais étaient nourris aux mêmes sources : au blues de Chicago, au rock’n’roll noir, plus tous les rock’n’rolleurs blancs. Ils avaient aussi été initiés par le mouvement de skiffle. Le skiffle, c’est des gens comme Lennon et Jagger qui ont tous commencé dans ces groupes de skiffle. C’est-à-dire : il suffit d’avoir une guitare sèche, un tambourin, un pipeau, et je sais pas quoi, et chanter des chansons du folklore afro-américain comme cette musique qu’on entend chez Leadbelly, on appelle ça des songsters, c’est des gars qui avaient un répertoire qui collectait toute la musique afro-américaine qui n’était pas forcément en forme de blues. C’était des chansons pour boire, des chansons pour travailler, des trucs dérivés de l’Irlande, les gigues et tout ça. C’est ça qui a lancé les débuts du rock’n’roll. Et en Angleterre aussi.

On arrive en 1978 et Ganafoul, après un seul album, est classé septième groupe français dans le référendum annuel des lecteurs du magazine Best, la bible du rock de l’époque. Est-ce que tu te souviens qui était devant ?

Je ne me rappelle pas. Il devait y avoir en premier Téléphone qui était aussi arrivé en 77 et qui avait tout de suite trouvé un grand public. Un excellent groupe qui avait des choses à dire et qui correspondait vraiment aux adolescents de l’époque.

Il y avait de la « concurrence » donc. La scène française était riche en 78 pour qu’on mette au moins sept groupes dans ce classement ? (rire)

Oui, il y avait de la concurrence mais c’était ça aussi qui était stimulant parce qu’on croisait les groupes dont on avait entendu parler et on se retrouvait dans les mêmes spectacles. Et c’était à qui faisait le truc le plus fort.

Le 29 juillet 78 vous êtes au festival New Wave French Connection au Théâtre Antique de Fourvière à Lyon (NDLR : un film a été réalisé sur ce concert, réalisé par Gilbert Namiand , intitulé « New Wave French Connection » introuvable dans le commerce mais consultable au centre Georges Pompidou à Paris) avec des groupes comme Starshooter (qui sont aussi de la région), Bijou, Téléphone, Little Bob – qui est un peu partout dans l’histoire de Ganafoul…

Et même encore aujourd’hui, je croise souvent Bob, je fais le bœuf avec lui de temps en temps. Il est tellement sincère et passionné.

Et ce festival s’est fait devant 5800 spectateurs. C’est l’un de vos plus grands concerts à l’époque ?

Il y avait une sacrée ambiance. Ça chauffait. Tout le monde était bien rond et largué…

Certains groupes se sont faits bombardés de canettes…

Il y a des groupes qui ont été submergé de canettes. Dur pour eux. Et nous, on est passé dans la soirée vers 22h30, au moment où l’ambiance était bien chaude.

Et puis en 1978, à la fin de l’année, Yves Rothacher, le batteur, quitte le groupe et est remplacé par Bernard Antoine qui a joué un temps à la place de Jacky Bitton chez les Variations.

Yves avait des gros problèmes et il a quitté le groupe du jour au lendemain. Il n’y avait plus rien de rationnel, il avait trop de problèmes. Et deux semaines avant, il y a Bernard Antoine qui s’était installé dans le même quartier que Jean-Yves. Évidemment, ils se sont branchés et le jour où on était descendu à Givors chercher Rothach’, il a craqué, il voulait plus venir. Donc, on a appelé Bernard Antoine pour qu’il vienne le remplacer mais sans rien répéter, en écoutant des cassettes dans la voiture. On descendait à une fête du P.C. Mais on n’a pas joué trop longtemps car il y a eu une baston générale mais je ne pense pas que c’était dû au rock’n’roll de Ganafoul (rire). La semaine d’après, on est parti pour quatre, cinq dates en Bretagne et Bernard a appris le répertoire encore en écoutant les cassettes dans la voiture.

On arrive à la fin de l’année 1978 et arrive l’enregistrement de l’album Full Speed Ahead qui est probablement votre meilleur album.

Certainement, c’est un bon album. Surtout que la première fois qu’on est entré en studio, c’était avec Saturday Night. La deuxième fois, on commençait à voir l’intérêt de ce travail en studio donc on a essayé d’avoir un meilleur son et puis je pense qu’on avait de bonnes chansons aussi.

Ganafoul interprétant deux morceaux de l’album Full Speed Ahead, « King Size Killer » et « Full Speed Ahead », à Chorus en 1978, émission présentée par Antoine De Caunes.

Cet album comporte d’ailleurs une excellent reprise de Slim Harpo, « I’m A King Bee » (une chanson rendue particulièrement célèbre par les Rolling Stones), avec le sublime jeu de basse de Jean-Yves. Vous en avez fait une version particulièrement musclée, quasi méconnaissable…

Ça fait partie du jeu qui est pratiqué dans le blues et dans le jazz. Les groupes reprennent des standards mais le but c’est de le reprendre à sa façon, en respectant la chanson, l’histoire qu’elle raconte, on peut en faire un truc à nous. C’est pour ça qu’on peut modifier les tonalités, modifier les rythmes, on peut aussi modifier les accords si on veut. L’important, c’est qu’il y ait un texte qui raconte une histoire et ça reste « I’m A King Bee ».

Je sais que tu donnes maintenant des conférences-concerts sur le blues où tu proposes une exploration des racines du blues jusque dans les années 20 ou 30…

En fait, j’ai appris à jouer de la guitare en écoutant les disques de mon grand-frère : les Rolling Stones, les Kinks, tout ça. On s’est aperçu qu’au début aucun titre n’était signé des Stones, c’était toutes des reprises de blues électriques ou de rock’n’roll. Alors, quand t’es nourri à ça, tu cherches les noms des compositeurs mais aussi les originaux. Mais en fait les originaux viennent toujours d’artistes qu’il y a eu avant. Et c’est une évolution dans les styles. Et donc, dans le blues, on peut remonter jusque dans les années 1920 ; c’est l’enregistrement du premier blues.

Et quel est selon toi le premier blues aussi loin que tu sois arrivé, un morceau en particulier ?

On peut remonter jusqu’au Mississippi, le berceau du blues, là où il a la couleur la plus africaine, dans la transe, dans le rythme. Souvent, c’est joué sur un accord et le type délire dessus. Mais avant ça, il y avait d’autres éléments folkloriques, de musiques, qui apparaissent avant le blues, qui apparaît vers la fin du XIXe siècle. Avant, il y a les negro spirituals, les chants de travail, la musique que les esclaves jouaient sur les plantations à base de banjo et de violon. Ils commencent à raconter leur histoire à travers leurs héros. Par exemple, « John Henry », c’est un classique du folklore afro-américain. Il se bat contre une machine pour creuser un tunnel avant celle-ci.

Des fables ?

Oui, c’est ça. Ce sont des fables. Comme dans la tradition orale. Comme ce qu’il se passait avec les griots africains, sauf que les griots africains contaient les exploits de rois et des dieux alors que le bluesman racontait l’histoire de sa communauté. Mais ça passe d’une oreille à une autre.

Donc, selon toi, il n’y a pas de titre originel enregistré ?

Peut-être un morceau comme « Cat Fish Blues » qui a d’ailleurs été repris par Hendrix, qui est vraiment un morceau du Delta. C’est vraiment le morceau-type de ce style de musique. C’est toujours sur un accord, il n’y a pas spécialement ces « blue notes ». Ça tire plus sur l’africain. C’est très rythmique.

Du coup, aujourd’hui, tu te définis sans doute plus comme un bluesman ?

Je me définis avant tout comme quelqu’un qui aime jouer de la guitare et j’aime autant jouer de la guitare acoustique que de la guitare électrique. Mais c’est vrai que, acoustique ou électrique, c’est toujours à base de blues. Même avec le groupe qu’on a maintenant, l’Electric Duo, où c’est guitare, batterie, et des samples aussi derrière, la plupart du temps, ça reste une pulsation et un climat bluesy, même si l’ampli est à fond.

Jack Bon en 1978

Mais dans les années 70, te sentais-tu déjà bluesman ou tu étais quand même un pur rockeur chevelu ?

Tu me dis ça parce que j’ai plus de cheveux ? (rire)

Non, c’est juste que tu ne ressembles plus aux portraits de toi dans les années 70. Il n’y a plus la tignasse de l’époque et il y a le galure breton à la place.

C’est à dire qu’à l’époque les jeunes avaient le look qu’on disait « du zonard », des types qui vivaient dans les quartiers populaires. Et le look, c’était le truc à la Status Quo : les cheveux longs, les jeans, les baskets.

Donc, t’étais simplement un jeune zonard dans les années 70…

Voilà, j’étais un jeune zonard.

Avant d’écouter « Full Speed Ahead », tu as fait une remarque, tu nous as dit : « tiens, il va y avoir du texte intellectuel, là. » Raconte nous un peu de quoi parlent les paroles de Ganafoul ?

Tu sais, je suis pas anglo-saxon, j’ai réussi à apprendre pas mal de choses en anglais, pas en allant au lycée mais en entendant les chansons des Rolling Stones, ce qui me permet d’avoir une discussion correcte avec un type du peuple, anglais. Il y a pas mal de mots dans ces chansons, c’est le parler populaire. Après j’ai toujours essayé de faire des chansons à moi, des passages d’accords… Mais l’inspiration qu’on peut avoir quand on a 18, 19, 20 ans, quand on est un p’tit peu un chien fou, c’est un peu limité, quoi.

C’est les filles, j’imagine… La bagnole…

Voilà. Il y a peut-être des textes plus intéressants que d’autres mais tout tourne autour… C’est l’envie de s’amuser, l’envie d’aller plus loin que ce qu’on nous propose dans la société.

Que l’horizon des cités, l’usine au bout du chemin…

Voilà, c’est bien ce qui a fait que les groupes de cette époque ont fait bouger un truc. Les jeunes étaient en pleine période Giscard et ils en avaient marre. Et il fallait faire quelque chose. Et la musique de cette génération, c’était le rock. Chaque génération a sa musique, à un moment donné et qui fait bouger les ados.

Comme un vecteur de changement social ? D’où les paroles, la mentalité « full speed ahead », on veut vivre jusqu’au bout ?

Voilà, c’était ça. C’était pas très intellectuel mais c’était le propos.

Et c’était donc ce que les gens avaient envie d’entendre. D’où les très bonnes ventes de Full Speed Ahead qui dès le départ, la première année: plus de 15 000 albums vendus en 1978, sans promo. Jusqu’à 25 000 en 79. Alors qu’il y a des groupes internationaux aujourd’hui qui, quand ils en vendent 5000, c’est la folie.

Nous, à l’époque, on se rendait pas du tout compte de ce que ça voulait dire, quelle est l’échelle dans ces ventes. On voyait Téléphone, son premier album : 50 000. Ça, on voyait déjà que c’était plus que nous. Après, qu’est-ce que c’est qu’un disque d’or ? C’est un million. Je crois que Full Speed Ahead a fait 30 000 et on nous a dit que dans le marché de l’époque, il y avait très peu de disques qui se vendaient à 20 000 exemplaires ; même d’artistes internationaux. Il y avait beaucoup de trucs, ça faisait 2000, les disques de jazz, de blues surtout, c’était vraiment réservé aux connaisseurs… Eh bien, mille, c’était déjà bien. C’était une bonne vente. Ce qui a fait que Pathé-Marconi s’est intéressé à nous. Quand il se passe quelque chose, ils se sentent intéressés.

Il y avait une vraie scène lyonnaise qui se formait à l’époque, c’était ça qu’on appelait la New Wave French Connection, cette scène rock française, lyonnaise qui commençait à se faire remarquer : Factory et Ganafoul en l’occurrence.

Alors, Lyon, capitale du rock, ou Givors, capitale du rock… C’est aussi des choses pour faire vendre des journaux. C’est des slogans. C’est vrai qu’il se passait beaucoup de choses. Il y avait des concerts avec les artistes étrangers, il y avait toujours possibilité de mettre des artistes lyonnais en première partie. C’est quelque chose qu’il y avait avant mais plus trop maintenant ; c’est souvent le groupe de la même maison de disque aujourd’hui, ce qui se comprend commercialement parlant.

Full Speed Ahead commence à bien se vendre dès sa sortie et vous attaquez très bien l’année 1979. On revient à ce fameux classement du magazine Best où, cette année, vous êtes troisième groupe français derrière Téléphone et Ange, donc à deux places derrière le groupe de rock français le plus vendeur du moment. Et vous êtes aussi classés quatrième espoir de l’année avec, en premier, seulement trois places devant vous : Van Halen ! Mais alors, qu’est-ce qu’il s’est passé à l’époque ? Il fallait conquérir le monde !

On avait bien compris qu’il fallait qu’on s’exporte pour faire passer notre truc. Mais pour s’exporter, il faut la passerelle pour arriver sur d’autres pays. Et la passerelle, on avait cru la trouver en faisant produire notre album par Jimmy Miller qui était quand même le producteur des Stones sur Let It Bleed. Et il était venu nous voir en concert et il était OK. Il avait vu qu’on était un « bon p’tit groupe de danse ». Mais il n’y avait pas assez d’argent pour lui payer sa production. Nous, on était sur un label, Crypto, avec Jean-Claude Pognant, qui était aussi le manager de Ange, qui avait monté ça et qui se débattait en tant que label indépendant contre les majors. Et arrive un moment, au niveau de la promotion, où le décalage est trop important et on ne peut pas… Ça nous aurait fait une super promotion de nous faire produire par Jimmy Miller mais il n’y avait pas l’argent.

En tout cas, vous vous étiez rendu compte à l’époque qu’il était temps de franchir une nouvelle étape…

On avait bien compris qu’il fallait aller ailleurs mais on n’a pas eu l’opportunité, on n’a pas trouvé la passerelle pour nous amener ailleurs. Mais je crois que c’est typiquement français de gêner ses créateurs. A l’exportation, il y a des pays comme la Belgique qui sont minuscules mais il y a nombre d’artistes dans tous les domaines qui sortent de là-bas, qui partent à la conquête du monde, parce que c’est un autre esprit.

Alors, en 1979, Ganafoul, ton groupe… Ton groupe, parce que c’est quand même bien toi qui l’a fait vivre, par tes compositions principalement…

Attention, le groupe, on était trois, c’était vraiment une équipe. Le batteur et le bassiste avaient beaucoup plus d’expérience que moi. Rothach’, le batteur avait déjà joué dans plein de trucs, il avait déjà compris plein de choses. Et Jean-Yves, le bassiste, avait notamment été bassiste dans l’orchestre d’une salle mythique à Lyon, le Palais d’Hiver, où passaient autant Piaf, que Brel, que les Beatles ou les Rolling Stones – tout passait là-bas, c’était une salle de deux mille personnes. Jean-Yves jouait donc là-dedans et il avait donc beaucoup d’expérience. Je pense que moi j’avais pas mal d’imagination, d’envie, de passion, mais qu’eux deux ont su bien driver l’affaire, cette énergie-là.

Alors, en 1979 arrive l’un des grands moments de l’histoire de Ganafoul. Le 27 août 79, vous êtes devant 5000 spectateurs, à Aix-Les-Bains, en première partie d’AC/DC.

Je crois que les producteurs de ce concert, quand ils se sont adressés à la mairie, les gens de la mairie ont demandé : « mais ça va pas faire trop de bruits ? ».

Oui, il y avait à ce moment-là une « campagne anti-bruit » à Aix-Les-Bains.

Voilà, c’est une ville thermale. Et le producteur avait dit : « non, non, non ». Et dès que ça a commencé à jouer, le téléphone diplomatique a dû sonner sans arrêt. Et dans la presse qui a suivi, c’était une honte…

Et à l’époque ça jouait à combien en plus ? 130, 140 décibels en concert ? Ils jouaient en plein air en plus.

Ha, bin, je crois qu’ils devaient pas s’embêter avec les décibels, eux.

Mais ça a bien marché. Vous avez eu un bon papier dans la presse.

Il semble que ça ait bien marché mais moi je me rappelle pas du tout de ce jour-là. (rire) J’devais être sur un p’tit nuage. J’pense qu’on a bien joué, oui. Les techniciens d’AC/DC nous ont aidé, et plus le concert se déroulait, et mieux on s’entendait, mieux le son était…

Je crois que les techniciens d’AC/DC, au moins, vous ont applaudi à votre sortie de scène….

Oui, peut-être bien. Mais ce jour-là, je crois bien que j’ai plané du début jusqu’à la fin. Mais je me souviens très bien qu’on buvait des bières avec Bon Scott et qu’on racontait des conneries. C’était un bon moment ça.

Alors, quelques temps après ce fameux concert avec AC/DC, vous partez pour enregistrer votre troisième album, Side 3, en septembre 1979, au Château d’Hérouville – là où on enregistrer des gens comme Rainbow, Magma, David Bowie, Iggy Pop, Hawkwind, T-Rex, les Bee Gees y ont même enregistré « Saturday Night Fever » ! Vous sentiez que vous preniez de l’importance à ce moment-là, au moins pour la maison de disque, pour qu’on vous emmène dans un studio aussi fameux ?

Oui, on sentait qu’on avait de l’importance. Il fallait qu’on fasse un bon disque. Mais en même temps, on était quand même pris dans des difficultés. On tournait, il n’y avait pas de problème. Mais déjà à l’époque, quand vous tourniez, on avait une sono, des éclairages, tout ça coûte beaucoup d’argent… Et le fait qu’on ne puisse pas s’exporter parce qu’on n’avait pas les combines… On sentait qu’on aimait toujours la musique qu’on faisait mais que ça devenait de plus en plus dur de voir la phase supérieure devenir inaccessible parce que le marché s’était basé sur des groupes qui chantaient en français ; et même Little Bob qui était le pionnier de ce mouvement-là, qui a continué à tourner et il tourne toujours, encore, mais lui, il chante en anglais et les difficultés ont augmenté d’année en année.

D’ailleurs Side 3 sort en décembre 79. Puis dans le classement Best de 1980, vous y êtes encore mais vous commencez à reculer, vous repartez à la septième place…

Ha, ça fout les jetons !

Oui, ça fout les jetons les années 80. Sale année 1980, Bon Scott meurt et Ganafoul baisse dans le classement Best…

Je garde un très mauvais souvenir des années 80.

Et sans même parler d’un classement dans un magazine, Side 3 se vend moins bien que Full Speed Ahead…

Et puis tout est un phénomène… Je voudrais pas dire « de mode » mais de mouvement, les choses vont très vite. Ce qui peut concerner un certain public une année, deux ans ou trois ans après… On peut dire que les premiers rockers français, les yéyés, Johnny et tout ça, ça a été le premier mouvement. Puis ça a été à la fin des années 60, début 70, Ange et Variations. Et donc, nous, on a été la troisième génération de rockers français.

Mais vous étiez vraiment coincé dans une petite parcelle, coincés entre cette deuxième génération et une autre génération, celle des punks, une époque où le rock se durcit de plus en plus. A ce moment, les punks viennent mettre un peu le merdier dans tout l’univers rock. Et le metal – qui existait déjà dès le début des années 70 mais c’était pas mal laissé aller à faire des choses plus prog’ – à la fin des années 70 et au début des années 80, avec des groupes comme Judas Priest ou Van Halen, commence à reprendre un peu du poil de la bête. Alors, entre le punk et le metal, est-ce que Ganafoul s’est senti un peu coincé ?

Il suffit d’écouter un disque de Judas Priest. Par exemple le son qu’il y a dans British Steel, qui est sorti à peu près en même temps que Side 3… Mais là-dedans, il y a une production ! Et un son ! Nous, ce qu’on faisait restait quand même… C’est pas du pub rock à la Dr. Feelgood mais ça reste très attaché aux racines blues et rock’n’roll. Même si c’était bien speedé, ça reste dans cette veine-là. Et c’est pas un super marché pour la vente.

Quand vous avez un contrat et que ce contrat arrive à la fin, et s’il faut faire un disque – parce qu’il faut refaire un disque tous les ans – eh bien, pour nous, c’était ou français, ou rien. Donc, on l’a fait, on s’est mis dedans, mais voilà…

Alors, à la fin des années 70, en 79, on est à un tournant de l’histoire, car, on voit ça principalement avec Trust, on va commencer à parler de hard rock en français. Pour Ganafoul, en 1980, à l’été 80, c’est le moment de retourner en studio. Retour à Hérouville pour l’enregistrement de l’album T’as Bien Failli Crever.

Quel beau titre ! (rires)

Un album déjà particulier puisqu’il est entièrement en français, pour la première fois, après trois albums plus un live. Et en plus vous passez à une formation à quatre avec un deuxième guitariste : Jean-Michel Bachtarzi. Alors, est-ce que c’est le succès de Téléphone et de Trust qui vous a motivé à faire ce saut ?

Eh bien, on peut dire que nous avons subi, malgré nous, quelques pressions…

Les producteurs vous ont demandé que vous le fassiez en français ?

Eh bien, c’était ou en français, ou tu faisais plus rien, quoi.

D’où la gaieté du titre de l’album…

Je sais pas, c’est moi qui ai dû sortir cette connerie là. Des fois, j’me lâche, je devrais pas. J’entends des types qui me disent : « ce disque, il est super, il y a des bonnes chansons. » Ils ont bien aimé. Ça, c’est une histoire de période ; tu peux tomber là-dessus, ça te plaît un moment, c’est l’été et tu es amoureux, j’sais pas quoi… Je l’ai réécouté de temps en temps et… Une chose qui est vraie c’est que chaque fois qu’on a fait des disques, et chaque fois que j’en ai fait après, qu’il soit bien ou pas bien – le problème n’est pas trop là – ce qu’il faut c’est qu’il soit fait avec la sincérité et l’énergie. Ce disque, on a été obligés de le faire en français, mais on y a mis notre cœur. Alors, après, le résultat, il est plus ou il est moins… Au tout début du groupe, quand on était cinq, Jean-Yves était le chanteur, on chantait en français. Puis on est passé à la formule du power trio, là, c’est moi qui ai pris le chant et c’était en anglais. Quand on nous a fait comprendre… Bon, je passerai sur les détails, les trucs de maisons de disques, ce sont des trucs qui n’ont vraiment aucune importance mais qui sont chiants. Quand vous avez un contrat et que ce contrat arrive à la fin, et s’il faut faire un disque – parce qu’il faut refaire un disque tous les ans – eh bien, pour nous, c’était ou français, ou rien. Donc, on l’a fait, on s’est mis dedans, mais voilà…

Du coup, je voudrais connaître ton avis sur le chant en anglais dans le rock. Est-ce que c’est obligatoire ? Une espèce de règle non écrite ?

Non, les gens font bien ce qu’ils veulent. Il y a des groupes au Japon… J’ai vu un groupe, au Japon, qui fait du style Dr. Feelgood speedé qui chantait en japonais. Moi, je trouve ça très bien. Non. On n’est plus du temps d’Elvis Presley. Le temps a passé avec tous les moyens de communication qu’il y a… De Londres au plus petit village d’Afghanistan où un type peut vouloir jouer du blues en afghan… Maintenant, c’est mondial. Après, à mon avis, c’est une histoire de son. Moi, quand j’étais gamin, mon frère écoutait Bob Dylan, je ne comprenais absolument pas ce que racontait Bob Dylan mais l’ambiance qui se dégageait de ses chansons, le son de sa voix m’emportait quelque part ailleurs. La sonorité de la langue va bien avec le truc, et celui qui la fait chanter, ça peut être très évocateur.

Mais pour toi, est-ce qu’il est plus facile d’écrire en français qu’en anglais ?

J’vous le dis tout de suite : je ne suis pas un poète. Je marche vraiment au feeling. De toute façon, il faut un sujet ; si t’as pas de sujet, c’est qu’un alignement de mots. Si t’as un sujet et qu’il est bon, tu peux écrire une bonne chanson. Moi, je parle anglais mais je ne parle pas non plus couramment anglais, donc j’utilise souvent des mots qui ont des couleurs ou qui ont du rythme, même si je dois parfois y faire corriger par des amis anglophones.

Alors, je me demandais si tu gagnes encore de l’argent avec Ganafoul, si tu touches encore des droits d’auteurs ?

De notre petite SACEM ? Oui. Mais comment les repartit-elle ? Il semblerait qu’à chaque fois qu’un bar, qu’une petite salle veuille organiser un concert, n’importe où, avec internet la SACEM est au courant et ils passent et ils prennent leur petit pourcentage. Ça se passe comme ça. Il semblerait que la SACEM s’enrichit mais tout ces lieux où il pourrait se développer des événements, il ne peuvent plus à force de payer. Quand un p’tit lieu veut faire venir un groupe, il ne gagne pas d’argent. La musique, au niveau de la scène, est en train de mourir, en France, j’en reste persuadé. Ou vous êtes tout, ou vous êtes rien. Les jeunes musiciens doivent faire leur preuve en jouant dans des p’tits lieux, il y a de moins en moins de petits lieux pour jouer. Il y a eu toutes ces histoires de lois sur le bruit. On trouve toujours quelque chose. Tout est taxé. La musique ne peut pas exister, on va vers un désert culturel. A la fin des années 70, vous formiez une association, vous faisiez des concerts un peu où vous vouliez. Tous les groupes tournaient dans des associations comme ça. Et il se passait vraiment plein de choses. Mais maintenant, ça, c’est pas possible parce que vous levez l’oreille et vous vous prenez trois taxes dans les dents. Il y avait beaucoup plus de libertés avant à ce niveau-là.

Pour en revenir à T’as Bien Failli Crever, le dernier album de Ganafoul, il met du temps à sortir car il ne sort pas avant mai 1981…

Oui, il y a eu tout un tas de problèmes. Je veux pas rentrer dans les détails, ça serait chiant. Mais… on est pas sûr que le disque va sortir, on refait des prises à droite, à gauche, on améliore des choses… Finalement, les bandes sont achetées par tel producteur ; et on arrive à sortir le disque. Et entre-temps, il n’y a plus le truc.

Et puis le titre de l’album n’est pas gai, les paroles ne sont pas gaies ; elles parlent de trahison, etc. Vous sentiez la fin de l’aventure ?

Pour moi, oui. On essayait de sortir la tête haute en mettant dans la musique notre énergie.

Et en plus, le reste de l’équipe commence à jeter l’éponge. Jean-Yves a été le premier à partir avant même la sortie de l’album. Puis Bernard.

Après, une fois que la magie est partie entre les gens, c’est même plus la peine d’essayer de brancher sa guitare et de taper sur une caisse claire. La musique, ça fonctionne à partir du moment où les gens sont ensemble, forment une équipe et ont un bon feeling ensemble. A partir du moment où il n’y a plus ça, vous avez beau aligner des accords, ou faire des tierces belotées, ou des j’sais pas quoi, c’est plus de la musique.

Donc Ganafoul s’éteint officiellement en 82 après avoir tenté de continuer quelques concerts. Mais après commence l’aventure Jack Bon. Qu’as-tu fait pendant les années 80 ?

Dans un premier temps, j’ai fait un 45 tours pour CBS avec une reprise d’Édith Piaf, ‘Non, Je Ne Regrette Rien’, avec Manu Katché à la batterie et des musiciens de studio qui jouait avec Eddy Mitchell. C’était d’ailleurs le manager de Trust qui m’avait trouvé le plan, Bobby Bruno. A l’époque on faisait enregistrer beaucoup de 45 tours à des artistes et il suffisait qu’un seul marche et ça permettait de rentabiliser tous les trucs. Et je suis tombé quand le duo Peter & Sloane a fait son tube, « Besoin de rien ». Ils m’ont miné ces deux-là ! Et tous les autres trucs qu’ils ont produit à ce moment-là, ils les ont foutu à la poubelle, et moi je suis sorti du circuit. Après impossible d’obtenir un nouveau contrat de disque. Il faut toujours apporter des projets, évidemment en français, et il fallait apporté un truc accrocheur, variété… Mais, moi, j’étais pas fait pour ça, donc j’ai préféré monter des groupes à droite, à gauche. On a fait un groupe, ça s’appelait Jack Bon et les Jets, on a fait pas mal de trucs comme les Tremplins de Bourges…

Où vous avez eu un petit succès. Et puis les années 90 arrivent. Ça va mieux, là, ou toujours pas ?

Ce qu’il y a, c’est que quand tu aimes chanter, quand tu aimes jouer de la guitare, tu continues à le faire, même si tu es obligé de prendre d’autres voies pour trouver ton argent, pour vivre ou survivre, tu continues à jouer, à te produire, à faire des trucs comme ça. Moi, j’ai toujours fait ça : un p’tit disque par ci, un p’tit disque par là. Jusqu’au moment où j’ai fait un truc qui s’appelait Mixed Blues, un album de blues mais avec tous les styles de blues que j’avais pu abordé. Ça a bien marché, ça m’a balancé un peu sur le circuit des festivals. J’ai fait après un autre truc avec que de la guitare acoustique, ça m’a re-balancé. Je viens de refaire ça avec le Duo. Il faut avoir des projets, arriver à les mener à bien et continuer comme ça. Parce que t’as envie.

Le dernier disque de Ganafoul : Crossroads enregistré en live en 1998.

On en vient à la fin des années 90 où on vous demande de vous reformer pour monter sur scène avec Ganafoul. Ça s’est passé les 26 et 27 avril 1998, le temps de deux concerts au Transbordeur de Lyon, ce qui donnera naissance à un dernier album live, dernier disque de Ganafoul, Crossroads sorti en 1999. Alors, comment ces retrouvailles se sont-elles faites ? Qui a voulu vous réunir comme ça ?

Je crois que c’est Jean-Yves Astier, le bassiste, qui avait été contacté par un label qui s’appelait Bluesy Mine, c’est en fait une plate-forme de vente de CD par correspondance, ils sont basés dans l’est. Ils ont un gros catalogue de musique progressive et tout ça, et ça part au Japon, un peu partout. On a passé le deal. Donc, moi, je suis allé voir le Transbordeur, ils m’ont passé la salle. On avait un tout petit budget pour faire des affiches. On a monté le truc avec des potes, on a amené du matos, on a enregistré, on a fait le disque, ce label l’a pressé et l’a distribué. Ça faisait peut-être dix ou quinze ans qu’on s’était pas vu et qu’on n’avait pas joué et on a donc passé une semaine à répéter. On a fait un premier concert le dimanche après-midi, pour des invités, voir comment ça allait, et le lendemain, le lundi, c’était le concert public. On a passé une bonne soirée. Tous les titres, c’est un peu le best-of du groupe. Le feeling était là, c’était bon. Mais ça n’a duré qu’un instant qui est capté sur le CD.

Mais alors, entre temps, qu’étaient devenus Jean-Yves et Bernard ?

Jean-Yves Astier est parti dans le sud-ouest, il a commencé une carrière de bluesman à la guitare, il a fait plusieurs albums sous son nom Jean-Yves Astier Série Limitée. Et Bernard Antoine est parti, lui, dans l’est, pour travailler et jouer avec des groupes là-bas, dans le coin.

Et Yves Rothacher ?

Yves Rothacher est toujours dans la région. Il travaille pour Euro News car, après Ganafoul, il est devenu ingénieur du son, un mal qu’il a contracté quand on a enregistré à Angers. Il est devenu très copain avec le type du studio et il est devenu ingénieur du son. Mais il joue toujours de la batterie dans un groupe avec Édouard Gonzales qui est un guitar-hero de Givors, qui était un membre de Ganafoul. Donc, tout le monde continue à jouer.

L’année dernière, dans une interview, à une question sur une nouvelle reformation de Ganafoul, tu as répondu que la nostalgie, ce n’est pas ton truc. Alors, ce n’est toujours pas ton truc ?

Non, pas de nostalgie. Et je pense qu’on a pris des chemins tellement différents, et il est difficile de se retrouver comme ça du jour au lendemain, de retrouver la complicité. On pourrait rejouer les morceaux – on sait jouer un mi, un la – mais est-ce que ça a vraiment de l’intérêt de refaire ça ?

Il y a déjà les bons souvenirs…

Tout à fait. Je n’ai que des bons souvenirs. Ganafoul, c’est mon école musicale. Les autres membres étaient plus vieux que moi, ils avaient beaucoup plus d’expérience, j’ai beaucoup appris avec eux. J’ai appris la scène, la psychologie des gens à force de les observer, j’ai appris plein de choses qui me servent maintenant dans ce que je fais.


Et maintenant, Jack, qu’est-ce que tu fais, toi ?

Eh bien, en ce moment, je vadrouille entre la guitare acoustique et la guitare électrique. A la guitare électrique, c’est dans un duo qui s’appelle Electric Duo. On a sorti un disque avec ça, qu’on peut écouter sur Deezer. On mélange du blues avec des samples, des basses des fois techno, on fait ce genre de truc. Et le côté acoustique nourri par ma passion pour connaître l’histoire des Afro-américains, et d’où vient le blues, et comment il a évolué. Et donc, j’ai monté des conférences où je conte l’histoire du blues, que j’illustre avec des titres quand je parle d’un style ou d’un artiste. Et je vais dans la France entière. Et je peux donner ce genre de spectacle dans les médiathèques à un public plutôt adulte, j’ai pu le faire aux malades dans un hôpital, pour des mal-voyants, pour des enfants. Ça se passe généralement toujours bien car le blues, c’est une musique qui va droit au cœur quand elle est faite de façon sincère et qui peut toucher un peu toutes les générations. Et le blues, c’est un peu la base de tout ce qu’on peut entendre aujourd’hui. Au niveau de la musique américaine, le blues, c’est le son noir de la musique américaine. Dans le reggae, les Jamaïcains, écoutaient de la soul music qui était déjà un dérivé du blues mélangé avec le gospel. Et dans le rap, les battles, ce sont des échanges verbaux qui existaient déjà dans la culture afro-américaine, du temps du blues. Tout ça évolue avec les gens qui vivent à la campagne ou dans les villes, l’atmosphère n’est pas la même. Le blues, c’est plus que trois accords, c’est un esprit, la sincérité et l’énergie.

Interview réalisée le 28 février 2011 en face à face au cours de l’émission Are You Experienced.

Site internet de Jack Bon : www.jackbon.com



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