ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

En Tournée Avec   

Une journée avec Opeth



Photos reportage : Virginie
Photos live report : Lost

Les premiers fans

Paris est un pays. A l’heure du débat sur l’identité nationale, les Parisiens ne se revendiquent pas français, mais bien parisiens. C’est aux alentours de midi que j’arrive au Bataclan. Il fait gris, le temps est maussade et une dizaine de personnes attendent déjà l’ouverture des portes. La plupart d’entre eux sont parisiens mais certains viennent de la Picardie, de Lille, de Nancy ; il y en a même qui arrivent tout droit de Grèce ou encore d’Espagne.
De l’extérieur, le Bataclan est fade et sans envergure. Mais quand je rentre enfin dans la salle, à 15h30, je me rends compte que derrière cette petite entrée se cache une salle théâtrale, avec des gradins tout autour et des fauteuils rouges de cinéma en velours. La salle se prépare. Je vagabonde doucement pour humer l’atmosphère de travail qui s’en dégage. J’aperçois ici et là des gens qui s’agitent sur des échelles et poussent des cartons. D’autres brassent du vent et ne savent pas où aller. Pendant ce temps-là, le groupe monte sur scène pour faire des « pré-balances » avant les balances officielles. Chacun se concentre sur son instrument, joue quelques arpèges ou tape quelques toms.

Les sacs à dos lumineux

Le merchandising prend forme, les cadeaux des meet & greets « réfléchissent » (cf. photo), les éclairages gigotent, le bar se ravitaille. Le monstre prend forme et se lève. Une table trône près du bar. Dessus, des bouteilles de coca, des bouteilles d’eau, des jus de fruist, et une petite phrase au marqueur noir sur une feuille A4: « For the band only !». Je me demande alors où sont passés les garrots, les aiguilles à usage unique et les bouteilles d’alcool. Quand je tente d’approcher les backstages, on m’explique que ce n’est pas le moment de faire ma première apparition, que chaque membre est occupé et que les interviews s’enchaînent avec une ponctualité militaire. 17h30 sonne, c’est à moi. Nous nous dirigeons sur la scène chercher le claviériste qui s’échauffe les phalanges. Il n’y a pas de salle disponible pour notre échange et nous nous retrouvons alors, sous les feux des projecteurs, sur la scène, à nu devant les yeux des fans venus pour assister au meet & great, assis au balcon depuis dix minutes. Après quelques échanges cordiaux, le claviériste, bras croisés et au sourire timide, se laisse guider. Son anglais est fluide et agréable.

Per Wiberg

A l’occasion du vingtième anniversaire du groupe, Opeth donne 6 concerts exceptionnels dans quelques villes sélectionnées. Mais apparemment, cela n’était pas prévu, les protagonistes n’avaient pas envisagé de partir en tournée : ils pensaient tout simplement trinquer dans un bar du coin ou quelque chose dans ce goût là. Il semblerait en tout cas que Per soit enchanté par la tournure qu’ont pris les événements.
Plus généralement, Per ne regrette rien et ne souhaite rien changer sur la manière dont se sont déroulées les deux dernières décennies. Il y a bien quelques regrets minimes, mais ce ne sont que des « détails » (il insiste sur ce terme). Quant à son rôle au sein du groupe, il semblerait qu’il ait été recruté justement pour ses sons rétro qui rappellent les années soixante-dix. « S’ils avaient cherché un claviériste axé sur la scène metal symphonique, je n’aurais pas postulé. » Ces sonorités sont à mettre dans le cadre d’une volonté du groupe de se démarquer des autres groupes de death metal. Les sons et groupes vintage constituent un grosse influence chez Opeth, au moins autant que le black et le death. Ce son est donc selon Per une des caractéristiques identitaires du groupe. C’est d’ailleurs également une composante majeure de l’autre groupe dans lequel il officie, les Spiritual Beggars. Donnant dans un autre style, Spiritual Beggars met les claviers beaucoup plus en avant (alors qu’ils ne constituent que des arrangements chez Opeth), mais dans le son, ces derniers restent également très vintage.
A la question de savoir s’il aurait aimé vivre dans une autre décennie, la réponse est claire et sans équivoque : non. « Je ne fais pas partie de ces gens qui auraient aimé vivre à une autre époque. Aujourd’hui, on peut profiter de toute la musique formidable des années 60 et 70, ainsi que de ce qui a été fait dans les années 80 et 90. Je suis de la bonne décennie !»
center]
[/center]

Opeth dans les loges

Peu de temps après, le meet & greet démarre. Les gens qui ont le plaisir d’être assis sur les fauteuils en velours ont chacun payé 150 euros pour avoir le plaisir d’assister aux balances, rencontrer le groupe et se faire offrir des goodies en tout genre : sac réfléchissant, nouvelle version de Blackwater Park, pass VIP pailleté etc. Quand le groupe monte sur scène, quelques timides applaudissements rugissent. Mickael fait un signe. Nul ne se lève, nul ne crie, tous sont empreints à une discrétion évidente et à un respect clérical. Certes, le groupe a quelque peu triché, de premières balances ayant eu lieu plus tôt. Ainsi le son est clair, en place dès les premiers accords. Chacun se concentre et s’impose un masque rigide de recueillement. Ce sont quelques fragments de certains de leurs morceaux les plus connus qui sont repris afin de construire le son qui sera le leur ce soir. Un homme trapu monte alors sur scène et s’approche de chacun pour discuter. Il semble leur donner des conseils avisés et écoutés.
Les fans, au nombre de 70, sont invités par groupes de 25 à descendre les escaliers et à rejoindre le groupe qui les attend silencieusement autour du merchandising. Pas d’improvisation ce soir, pas de dentelles ni de fleurs, tout doit filer droit et personne ne doit franchir la ligne blanche. On m’invite gentiment à me retirer, à me fondre dans les murs, à m’anéantir si possible car oui, ce qui se passe là ne me regarde pas. Les instructions sont données en anglais, à l’abri de mes oreilles mais mes yeux n’en loupent pas une miette. Les groupes de laine se succèdent béatement. Chacun quémande sa photo et se sent désarmé, dépouillé quand on lui demande de se presser vers la sortie. Dix minutes se sont déjà écoulées. Chaque groupe est semblable à son précédent, si bien que, pendant le passage du quatrième groupe, je sors recueillir quelques impressions. Un grand gaillard nordique me sourit gentiment. Il est ravi, me montre son sac imprimé du beau logo d’Opeth contenant la dernière édition de Blackwater Park qu’il a fraîchement fait dédicacer deux fois. On ne sait jamais.

Martin Mendez (basse)

Quand je rentre dans la salle, à une demi-heure de l’ouverture des portes, le groupe s’est éclipsé dans les loges. Je marche en direction des escaliers en colimaçon qui mènent au backstage. Ils sont sombres, les murs de plâtre gris sont vétustes. Au premier étage, Martin, le bassiste est assis, il fume une cigarette, les yeux dans le vague, face au manager. Je me présente au manager et quand il me pose une question, je peine à le comprendre : son accent écossais est à couper au couteau et son antipathie agaçante. Je passe mon chemin et approche de la loge de repos. Il me présente au groupe qui, de fait, n’était pas au courant de mon travail. Per, synthétiseur, a les pieds sur la table et les bras croisés derrière la tête, il se repose. Je leur demande comment ils se sentent avant un concert de cette envergure. Ils me répondent qu’ils ont faim, terriblement faim ! Je sens que je dérange et redescend donc dans la salle pour les laisser se concentrer. Les membres d’Opeth sont souriants, concentrés et quelque peu empreints d’un froid typiquement suédois.

C’est parti pour Blackwater Park, en intégralité et sans temps morts

La salle est plongée dans le noir, le concert commence, il est 19h/ 19h30. Le son est fort mais clair. C’est tout l’album Blackwater Park qui est joué pour cette première partie de show. Nul mot ne s’échappe de la bouche de Mickael, nulle expression ne transparaît. Dans ce premier acte, seule la musique est mise en avant. Quelques secondes séparent et espacent les chansons, mais l’album s’enchaîne de manière très fluide. « Retour dans 15 minutes » nous annonce le groupe à la fin de Blackwater Park.

« Ce n’était pas trop bizarre de ne pas nous entendre ? »

20 minutes plus tard, la chaleur est montée d’un cran. La condensation ruisselle sur les murs, c’en est presque intenable. «Forest Of October» sonne la seconde partie : « Alors, ce n’était pas trop bizarre de ne pas nous entendre entre les chansons ? Rien que de la musique…». A l’annonce de la seconde chanson, «Advent», Mickael demande à l’assitance : « Vous avez un groupe de death metal mélodique? Tout le monde en a un. Ma mère en a un ». «April Ethereal» se dévoile, «The Moor» naît pour le plus grand bonheur de tous quand soudain, une lettre est lancée sur scène. Mickael la ramasse et la lit : « Pour mon Dieu, une bête de sexe… Merci, je lirai ça plus tard accompagné d’une bière ». Le frontman présente «Wreath» en disant « pour certains c’est du bruit, pour nous c’est du sexe ». Puis viennent «Hope Leaves» et «Reverie/Harlequin Forest». Et c’est «The Lotus Eater» qui clot ce concert fantastique à la playlist surprenante.

Une setlist surprenante

Les gens vagabondent près du merchandising que déjà les bras lourds s’activent à démonter la scène. Les fans sont très vite priés de se dépêcher pour que la ruche aille encore plus vite.
Ca y est, je suis dehors. La goujaterie est de mise. Un homme de la sécurité se félicite même d’avoir jeté une fille en dehors d’un concert il y a deux semaines, la précipitant, la pauvre, contre un bus. De cette manière j’en suis sûre, la poésie de Opeth a pris fin.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Tool @ Hellfest
    Slider
  • 1/3