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Chronique   

Urfaust – Empty Space Meditation


Urfaust - Empty Space MeditationEmpty Space Meditation (qu’on pourrait librement traduire par « méditation sur le vide ») : le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Urfaust annonce la couleur d’entrée de jeu avec le titre de son dernier album, sorti fin octobre chez Ván Records. Cela ne doit pas surprendre de la part du duo formé de VRDRBR à la batterie et de IX à la guitare et au chant. En effet, en treize ans d’activité, quatre albums et d’innombrables splits, EP, etc., les Hollandais n’ont cessé d’explorer le vide, armés seulement de maximes nietzschéennes et de moyens volontairement dépouillés (production lo-fi, rythmiques lancinantes et répétitives, allemand approximatif voire paroles inexistantes), créant au passage une forme de black metal unique, fidèle à la formule canonique des premiers Burzum – black mélancolique d’un côté, ambient angoissé de l’autre – certes, mais complètement renouvelée par le nihilisme clochardesque et les vocalises opératiques et possédées de IX. Sombre, étrange et loin des poncifs du genre, le groupe s’est imposé au fil des années comme un incontournable de ses marges.

Contrairement à ce que pouvait laisser penser le titre de l’album, avec Empty Space Meditation, Urfaust ne poursuit pas dans la direction d’Apparitions, son dernier EP, majoritairement composé de titres ambient un peu New Age, mais retourne à ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire des riffs hypnotiques sur un tempo ralenti caractéristique. Ainsi les aficionados du groupe seront en terrain connu dès la première écoute, et les curieux y trouveront un bon résumé de la carrière du duo jusqu’à maintenant, la production léchée à des kilomètres du son brouillon de Geist Ist Teufel et l’impressionnante pochette peinte par Thorny Thoughts en plus. En effet, passé un « Meditatum I » en forme d’introduction, seule incursion ambient du disque, et un « Meditatum II » trépidant au blast beat plutôt rare chez les Hollandais, le disque est rempli d’échos aux opus précédents du groupe : il y a un peu de « Ragnaroek Mystiker » dans « Meditatum III » et de « Der Halbtoten Dichters Schein-Existenz » dans « Meditatum V » par exemple. Pas étonnant de la part d’un groupe qui, quitte à frôler parfois l’écueil de l’autoparodie, a érigé la stase en principe esthétique. Dès 2011, IX déclarait en effet : « La progression, ce n’est pas très important, Urfaust est un état constant et ce sera toujours le cas. Notre musique n’a aucun but, si ce n’est celui de rester l’esprit vacant. » Méditer sur le vide, donc : la boucle est bouclée, et le retour éternel.

La dimension rituelle d’Urfaust a toujours eu une part importante dans l’esthétique du groupe, que ce soit dans les titres qu’il choisit ou dans sa manière d’appréhender à la fois l’élaboration de sa musique (Empty Space Meditation a été enregistré à huis clos dans un ancien bunker près d’un cimetière !) et ses performances live, toujours derrière un autel, entre vapeurs d’alcool et volutes d’encens. Avec ce dernier album, elle prend une nouvelle ampleur, à la fois de part la répétitivité hypnotique des titres, mais surtout avec un dernier morceau orientalisant très réussi où le groupe renoue avec ses expérimentations étranges et plonge l’auditeur dans une torpeur contemplative sur fond de sitar narcotique.

Ainsi, à rebours autant du côté blockbuster de groupes comme Behemoth ou Watain que de la technicité et du raffinement de Deathspell Omega et leurs suiveurs, Urfaust s’attaque à la noirceur avec un dépouillement presque minimaliste – d’ailleurs le groupe se réclame plus volontiers de Giya Kancheli ou d’Arvo Pärt que d’autres groupes de metal –, réussissant mieux que personne à générer un maximum d’effet avec une grande économie de moyen. Bref, les clochards célestes poursuivent leur errance, et même si Empty Space Meditation n’atteint pas les sommets que le duo a pu gravir précédemment dans sa carrière – on peut regretter les morceaux déchirants et habités d’un Der Freiwillige Bettler par exemple –, ils délivrent avec ce dernier album une nouvelle offrande sur l’autel du nihilisme qui saura réjouir les amateurs du genre.

L’album en écoute intégrale :

Album Empty Space Meditation, sorti le 28 octobre 2016 via Ván Records. Disponible à l’achat ici.



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