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Chronique   

Urfaust – Teufelsgeist


Les Néerlandais d’Urfaust ne font jamais languir leurs fans très longtemps : pour le moins prolifiques, en un peu plus de quinze ans de carrière, ils ont sorti six albums, trois lives, et une flopée d’EP, de single et de splits. Avec son mélange – souvent imbibé – de black et d’ambiant, le duo, composé de VRDRBR à la batterie (sobre, répétitive) et de IX au reste (hululements grandiloquents et possédés, guitare, synthés), n’a pas volé son statut culte tant il est singulier et clivant, à la fois très traditionnel dans son minimalisme lo-fi et ses ambiances sombres et tourmentées, et à mille lieues de l’esthétique habituelle dans le black (corpse paint, tremolo picking, etc.). Pour son sixième album, Teufelsgeist, on s’attend à un retour aux sources après les incursions orientalo-méditatives de ses derniers opus. Ce titre semble familier, et pour cause : le premier album du groupe était intitulé Geist ist Teufel. Esprit, diable et retour à la case départ : tout ce qui fait le groupe est là, possession, obscurité et errances d’âme en peine. Seules les vapeurs d’alcool pourraient sembler manquer à l’appel, mais ce serait sans compter sur la créativité du duo : Teufelsgeist se présente comme la version sonore d’une soirée de beuverie en solitaire – tout un programme…

Et comme une soirée de beuverie justement, Teufelsgeist démarre de manière particulièrement euphorique. Synthés enivrants, montée épique, délires opératiques de IX et folie des grandeurs, l’alcool monte à la tête : « Offerschaal der Astrologische Mengvormen » a quelque chose de la bacchanale, mais aussi du retour en fanfare de l’Urfaust des débuts ; « II » de Geist ist Teufel en moins caverneux et en plus isolé. Mais passé cette longue ouverture exaltée, l’ambiance retombe immédiatement : le doom funèbre de « Bloedsacrament voor de Geestenzieners » a l’alcool triste. Les premiers hurlements d’angoisse se font entendre et sous les nombreuses couches de synthés, des sonorités aiguës et presque imperceptibles s’insinuent dans les oreilles comme des remords. La décente aux enfers a commencé : l’instrumental et relativement bref « Van Alcoholische Verbittering naar Religieuze Cult » semble apporter un répit, un moment de flottement narcotique et ouaté, mais en réalité, on perd pied, et avec « De Filosofie van een Gedesillusioneerde », on plonge pour de bon. Le vent se lève et une ligne de basse (qui rappelle, hommage ou mémoire involontaire, « The Forest » de The Cure) mène l’auditeur par le bout du nez pour le perdre dans les méandres d’une ébriété peuplée de voix fantomatiques. Avec « Het Godverlaten Leprosarium », on touche le fond : le glas résonne, et on passe les dernières minutes de l’album dans les tourments. Plus de batterie ou de rythme auquel se raccrocher, on est abandonné à des vocalises hallucinatoires et des effets éreintants – jusqu’au coma éthylique.

Bref, s’il y a bien un groupe qui peut proposer un album avec une bouteille de gin sans que cela fasse gimmick, c’est bien Urfaust, dont l’entière discographie est un hommage à l’ivresse et à la clochardise, et pour lequel Teufelsgeist constitue donc une forme d’aboutissement. Le groupe est au sommet de son art : plus de guitare, certes, mais ce sixième opus évite les écueils que le duo n’a pas toujours esquivés par le passé (longueurs, répétitions, auto-parodie). Servi par sa brièveté, une production claire et aérée et par la maîtrise des deux musiciens, Teufelsgeist propose l’ivresse comme spirale infernale et épiphanie existentielle, moins beuverie dionysiaque qu’exploration des abysses. Imbuvables pour certains, occultes, obsédés par les états de conscience modifiés qui l’inspirent et qu’ils cherchent à susciter, les Néerlandais offrent avec cet album l’une de leurs meilleures productions et le compagnon parfait de cette fin d’année chaotique. Vous allez passer les fêtes seul ou vous n’avez supporté les confinements successifs que parce que vous vous êtes mis à boire en solitaire dans votre salon ? Pas de panique : Urfaust est là pour vous permettre de transcender vos moments de déprime pathétiques en expérience spirituelle et transformatrice…

L’album en écoute intégrale :

Album Teufelsgeist, sorti le 27 novembre 2020 via Ván Records. Disponible à l’achat ici



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