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Interview   

VACARM WEBZINE : ENTRETIEN AVEC ERWAN LE NAGARD


Radio Metal : Peux-tu nous prĂ©senter l’histoire de votre webzine ?

Erwan Le Nagard
: J’ai créé Vacarm.net au dĂ©but de l’annĂ©e 2005 avant d’ĂŞtre rejoins par certains des membres actuels […] L’objectif Ă©tait de partager une passion, celle de la musique. Avec la constitution d’une vĂ©ritable Ă©quipe de rĂ©daction, nous avons changĂ© Ă  plusieurs reprises de version du site en amĂ©liorant Ă  la fois son ergonomie, la participation accordĂ©e au lecteur ou encore la ligne Ă©ditoriale. Probablement parce que nous Ă©tions sincères dans nos Ă©crits, le site s’est vite Ă©toffĂ© et nous avons accumulĂ© de nombreux contacts professionnels. Ceci nous a permis de mener des actions concrètes, bien au-delĂ  des mots. Nous avons sorti une compilation, organisĂ© des concerts, soutenu des artistes, créé une association, etc.

Au dĂ©part Vacarm se consacrait uniquement Ă  la musique mĂ©tal, pourquoi avoir choisi d’ouvrir votre champ d’action ?

En rĂ©alitĂ©, nous n’Ă©tions pas uniquement consacrĂ©s Ă  la musique metal. Je suis vraiment passionnĂ© par tous les styles de musique et la ligne originelle du site concernait les musiques actuelles, c’est-Ă -dire tous les styles de musiques qui vont du jazz Ă  l’Ă©lectro en passant par le mĂ©tal extreme ou le hip hop. On excepte simplement la musique classique et la variĂ©tĂ©. Cependant, tu as raison sur un point : nous parlions bien plus de mĂ©tal Ă  la base. Cela est dĂ» au fait qu’il y a trois ans, nous Ă©tions quatre rĂ©dacteurs dont le style de prĂ©dilection Ă©tait le mĂ©tal, aujourd’hui, nous sommes une quinzaine de rĂ©dacteurs avec des goĂ»ts plus Ă©clectiques.

L’approche de Vacarm est très diversifiĂ©e puisque vous allez du mĂ©tal au rock en passant par l’Ă©lectro. Peut-on dire que Vacarm est un webzine portĂ© avant tout sur la culture alternative ?

Complètement. Si nous avions les moyens humains et temporels de faire cela, notre ligne Ă©ditoriale serait probablement encore plus large. Nous nous attarderions sur le cinĂ©ma, la littĂ©rature, les arts plastiques et bien d’autres choses. Bref tout ce qui peut toucher Ă  une vision du monde qui nous est chère. Nous chroniquons parfois des livres ou des films, mais ça reste malheureusement trop marginal. La culture alternative fait partie intĂ©grante de chacun des membres de la rĂ©daction. On se retrouve en cela, on se complète et on partage une vision du monde aussi bien entre nous qu’avec nos lecteurs.

Est-ce qu’avec cette dĂ©marche d’ouverture, vous sentez pour autant une certaine unitĂ© chez votre public ?

C’est un point sensible. Il nous arrive de recevoir des e-mails mal intentionnĂ©s ou des remarques assez blessantes de la part de certains de nos lecteurs qui vont Ă  l’encontre de nos idĂ©aux, de nos valeurs et du discours que nous tenons. Cependant, ce ne sont probablement pas des lecteurs fidèles…La rĂ©ception de remarques contraires Ă  ce que l’on veut partager nous motive Ă  aller toujours plus loin. On relance les dĂ©bats et on mène des actions qui vont dans le sens de notre discours d’ouverture d’esprit. C’est comme ça qu’est nĂ© la compilation « Split the Pit ». Le but Ă©tait de rĂ©unir deux scènes antagonistes, le punk et le mĂ©tal, en associant Vacarm.net Ă  Punkfiction.com qui sont deux sites qui ont des lignes Ă©ditoriales très diffĂ©rentes mais qui se ressemblent sur le fond. Split The Pit, c’est une compilation de 23 groupes sortie en 2006 qui s’est suivie de plusieurs concerts. Vacarm.net s’est associĂ© Ă  Punkfiction.com pour produire ce bel objet qui s’est Ă©coulĂ© Ă  plus de 1500 exemplaires. Vacarm.net a sĂ©lectionnĂ© 11 groupes rock, metal et dub. Punkfiction a choisi 12 groupes punk, hardcore et ska. On retrouve notamment Guerilla Poubelle, P.O.Box, Kobayes, Riktus, Kandjar, 64 Dollar Question, etc. Bref, beaucoup d’artistes indĂ©pendants, parfois avec assez peu d’expĂ©rience et non signataires de la SACEM. Les objectifs de cette compilation Ă©taient multiples : d’une part, aider des groupes qui nous tiennent Ă  c?ur, associer deux scène antagonistes sous forme d’un split CD, lĂ©gitimer notre action auprès d’un public plus large, offrir Ă  nos lecteurs un objet dĂ©rivĂ© de leurs sites prĂ©fĂ©rĂ©s.

Justement quels sont les lecteurs de Vacarm ? Quelle est la moyenne d’âge de votre public ? Avez-vous des informations prĂ©cises sur celui-ci ?

Oui, nous avons des informations sur nos lecteurs. Ils sont plus de 5000 Ă  nous lire chaque jour. Ils ont majoritairement entre 15 et 25 ans mais on retrouve aussi beaucoup de professionnels de la musique, souvent un peu plus âgĂ©s, qui cherchent Ă  se tenir au courant de l’actualitĂ© du secteur ou qui effectuent leurs revues de presse.

Au moment de sa crĂ©ation, Vacarm avait-il pour 1er objectif d’ĂŞtre une forme de rĂ©ponse aux mĂ©dias traditionnels (radio, tv) qui ont tendance Ă  faire passer les modes avant la qualitĂ© musicale ?

L’objectif premier Ă©tait de partager une passion, de « faire bouger les choses », d’aider des formations qui nous tenaient Ă  c?ur. Il n’y avait pas de contestation de l’ordre mĂ©diatique Ă©tabli, mais nous souhaitions plutĂ´t utiliser un nouvel outil pour apporter un soutien, mĂŞme minime et indirect, aux groupes que nous Ă©coutions dans notre sphère privĂ©e.



Erwan : « Il nous arrive de recevoir des e-mails mal intentionnĂ©s ou des remarques assez blessantes de la part de certains de nos lecteurs qui vont Ă  l’encontre de nos idĂ©aux, de nos valeurs et du discours que nous tenons. Cependant, ce ne sont probablement pas des lecteurs fidèles…La rĂ©ception de remarques contraires Ă  ce que l’on veut partager nous motive Ă  aller toujours plus loin. »
Justement, le matraquage des mêmes clips à la tv et des mêmes chansons à la radio ne montre t-il pas que les médias traditionnels ont perdu en qualité ?

Il faut comprendre que les mĂ©dias « traditionnels » sont l’objet d’une triple crise : leurs audiences baissent, leurs recettes publicitaires aussi et l’Ă©mergence de nouveaux moyens de communication les menace. Il n’y a pas de perte de qualitĂ© chez ces mĂ©dias, mais plutĂ´t une transformation de leurs contenus et de leurs stratĂ©gies. Malheureusement, ça ne va pas dans le sens de la culture alternative Ă  cause de la rĂ©duction des playlists, de la disparition de mĂ©dias aux publics de niches comme Rocksound, etc.

Pour toi, Internet reprĂ©sente t-il l’un des seuls espaces mĂ©diatiques de libertĂ© ?

La libertĂ© sur Internet est illusoire. Internet n’est pas un mĂ©dia dĂ©mocratique. Tout comme la presse Ă©crite, on assiste Ă  des phĂ©nomènes de concentration des groupes mĂ©diatiques. Si vous pensez qu’un artiste peut rentrer sur marchĂ© du disque uniquement grâce Ă  Internet et sans intermĂ©diaire, alors vous avez 99% de chances de vous tromper. Les maisons de disques ont leurs mĂ©dias attitrĂ©s, Myspace signe des deals avec les majors, mĂŞme SFR propose de diffuser des concerts sur Internet pour faire la promotion de ses tĂ©lĂ©phones… CrĂ©er un webzine ou un blog, l’entretenir, intĂ©resser une audience assez importante pour s’assurer un statut lĂ©gitime, c’est un travail de longue haleine. Internet est un mĂ©dia qui permet la participation mais ce n’est pas une dĂ©mocratie. Certes, les barrières Ă  l’entrĂ©e sont plus minces mais elles existent toujours, elles ont changĂ©es. Vacarm a mis presque 3 ans pour dĂ©coller et multiplier son audience. Son statut n’est toujours pas stable, on a des tonnes de choses Ă  amĂ©liorer sur le site et dans notre organisation. Plus simplement encore, on est des Ă©tudiants, on a du temps actuellement pour faire vivre notre communautĂ©, mais qu’en sera-t-il dans deux ans quand la majoritĂ© d’entre nous aura un travail ? Des initiatives comme la notre prouvent qu’il est possible d’assurer un soutien aux artistes Ă©mergents et de faire encore du dĂ©veloppement d’artiste. Cependant, il ne faut pas croire que cela est Ă  la portĂ©e de chacun. Cela demande plus que des moyens techniques et matĂ©riel, cela fait appel Ă  des convictions.

L’offre de Vacarm est très riche avec des chroniques, des live reports, des photos ou encore des interviews de groupes souvent très diffĂ©rents. Au dĂ©part, cette idĂ©e de rĂ©union des mĂ©dias en 1 seul, Ă©tait-elle prĂ©sente dans ton esprit ou elle s’est imposĂ©e d’elle-mĂŞme au fur et Ă  mesure pour enrichir le site ?

Nous aimerions que cette offre soit encore plus riche. Lorsque nous avons sorti notre dernière version du site, nous ne voulions mĂŞme plus avoir recours au traditionnel triptyque chroniques / live report / interviews. On n’a pas rĂ©ussi Ă  se dĂ©gager de cela mais on a quand mĂŞme rĂ©ussi Ă  intĂ©grer de nouveaux contenus comme les reportages photos, les reportages vidĂ©o ou encore les billets d’humeur. On a aussi choisi de limiter le nombre de news pour les enrichir avec des photos, des vidĂ©os et de l’information plus travaillĂ©e, mieux sĂ©lectionnĂ©e, etc. Je pense qu’on va tendre de plus en plus vers cette formule comprenant des contenus originaux. On en a marre de lire les mĂŞmes choses sur tous les sites de musique…

Un site internet, comme tous les médias, doit constamment se renouveler. Avez-vous de nouvelles idées de développement ?

Oh oui ! On a des tonnes d’idĂ©es mais malheureusement, assez peu de moyens pour les mettre en place. Nous sommes tous Ă©tudiants au sein de la rĂ©daction. Certains d’entre nous ont des emplois du temps très serrĂ©s et il est parfois difficile de se coordonner. Une nouvelle version du site est prĂ©vue dans les prochains mois si tout se passe bien. Un nouveau design, des nouvelles fonctionnalitĂ©s, des nouveaux contenus, bref … pas mal de choses. En plus de cela, on prĂ©voit d’organiser quelques concerts et peut-ĂŞtre de sortir une compilation.

Dans le futur, peut-on imaginer Vacarm organiser un festival de musique ou d’autres formes d’Ă©vĂ©nements ?

Tout est possible. C’est clair qu’on chercher Ă  organiser des choses « spectaculaires ». Cependant, je ne pense pas que ça prendra la forme d’un festival de musique. On serait plutĂ´t du genre Ă  crĂ©er un label et Ă  produire des disques…

Pour terminer, un petit mot sur le métal. Que penses-tu de la scène actuelle ? Quels sont les groupes qui te font vibrer ?

Le mĂ©tal a toujours Ă©tĂ© un style sous-estimĂ© en Europe malgrĂ© les fortes audiences qu’il peut attirer. Je pense que c’est un style qui se porte bien, surtout Outre-Atlantique, oĂą la culture alternative est plus prĂ©gnante. De nombreuses initiatives sont menĂ©es en France pour dĂ©velopper les musiques Ă©mergentes et je reste assez confiant pour ce style malgrĂ© le contexte socioĂ©conomique en crise. Concernant les groupes qui me font vibrer, je vais parler Ă  titre personnel, car chaque membre de l’Ă©quipe rĂ©dactionnelle de Vacarm citerait des groupes diffĂ©rents. Je suis un grand fan de The Mars Volta, Mastodon, QOTSA et John Frusciante. Dans les groupes « Ă  dĂ©couvrir », je cite toujours Riktus, un groupe lorrain qui mĂ©rite vraiment qu’on prĂŞte attention Ă  son metalcore très fin. Si je peux vous conseiller des groupes autres que metal, je citerais principalement des artistes quĂ©bĂ©cois tels que Karkwa, Vulgaires Machins, Xavier Caféïne, We Are Wolves ou Bonjour Brumaire. J’adore aussi un petit groupe normand qui s’appelle 64 Dollar Question. Dans les prochaines sorties, et pas seulement pour les fans de ce collectif, je vous invite Ă  vous procurer le Best Of Live de la Team Nowhere qui sortira le 19 mai. C’est vraiment un très bel objet avec un livret 44 pages rempli de photos qui surprendra mĂŞme les plus rĂ©ticents….

Merci Ă  toi Erwan.

Merci Ă  Radio Metal !

Entretien réalisé en Juin 2008 par email
Site Internet Vacarm : www.vacarm.net



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