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Interview   

Vader : la raison dans la brutalité


A l’heure du confinement pour endiguer l’épidémie de Covid-19, où l’on est tous séparés les uns des autres et où l’esprit a parfois du mal à ne pas dérailler, Vader semble nous offrir la bande-son idéale pour la situation : Solitude In Madness. Loin d’avoir prédit ce qui allait arriver, Piotr Wiwczarek fustigeait par ce titre surtout une tendance moderne à la division et à la déconnexion, mettant notamment en cause l’irrespect de la jeune génération envers l’ancienne et, évidemment, internet. Ironiquement, la situation actuelle le force finalement à reconnaître – chose inimaginable pour lui il y a encore peu – l’utilité de ce dernier.

Musicalement, avec Solitude In Madness, Vader tape du poing sur la table. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu les Polonais aussi virulents et rapides, mais aussi plus pertinents que jamais malgré les près de trente ans qui nous séparent de The Ultimate Incantation, le premier album du groupe. A croire que le changement d’air et le fait d’avoir été faire un tour au Royaume-Uni auprès du producteur Scott Atkins leur ont fait le plus grand bien ! Le loquace frontman nous raconte tout ça ci-après.

« Nous ne pouvons qu’évoluer en tant que groupe brutal et intense. »

Radio Metal : Solitude In Madness est un album délibérément très rapide et agressif, et finalement assez différent du précédent, The Empire, qui contenait pas mal de parties et de chansons lentes. Tu as déclaré que cette orientation prise sur Solitude In Madness est « ce que Vader fait de mieux ». Pour toi, la vitesse et l’agressivité c’est le véritable ADN de Vader ?

Piotr Wiwczarek (chant & guitare) : La vitesse a toujours été un facteur très important dans la musique de Vader mais au cours des deux dernières décennies, nous avons un petit peu ralenti. Nous avons fait passer en douce des influences différentes venant de l’ensemble du metal. En particulier sur The Empire, on peut entendre tout le spectre du metal : il y a des parties rapides mais aussi des parties très lentes voire groovy, assez proches du heavy metal classique. Dans Vader, nous sommes des fans de heavy metal de façon générale, donc nous incluons tous les styles mais bien sûr, la vitesse a toujours été la composante principale, surtout à nos débuts. C’était l’une des marques de fabrique du groupe sur nos premiers albums, jusqu’à ce que sorte Revelation, sur lequel nous avons changé notre style et ralenti un petit peu. Pour les nouveaux fans de Vader qui nous ont rejoints ces dernières années, il est clair que cet album leur paraîtra très rapide et intense. Ça change si on compare à ce que nous avons sorti durant les vingt dernières années. En revanche, pour ceux qui nous suivent depuis le début, c’est plus un retour aux sources, à l’époque où la vitesse était la priorité et où Vader se concentrait sur la brutalité. A mon avis, ce sera intéressant autant pour les plus jeunes fans de Vader que pour les plus vieux.

Penses-tu que vous vous soyez trop éloignés de « ce que Vader fait de mieux » à un moment donné ou bien dirais-tu que ça a été nécessaire que vous ralentissiez et que vous vous diversifiez ?

Je pense qu’il était nécessaire de revenir à ce type de musique, parce que c’est ce que nous adorons et c’est le style que nous jouons le mieux ; ça fait du bien de jouer ça sur scène. Nous ne cherchons pas à progresser dans une autre direction. Au fil des années, il y a eu suffisamment de groupes qui ont joué de la musique totalement différente, tout en étant toujours considérés comme du metal. Nous nous concentrons sur les fans qui aiment que le metal soit brutal et intense. C’est probablement pourquoi on a trouvé que le nom « death metal » décrivait le mieux la musique créée par Vader. Je n’ai jamais trop prêté attention aux étiquettes. La dénomination du style de metal que nous jouons a changé au fil des années. On nous a qualifiés de groupe de thrash metal et de black metal. Mais le death metal est ce qui a été utilisé le plus longtemps pour nous décrire. Ça reste du heavy metal, mais plus extrême. C’est la direction que nous prenons depuis que nous avons fondé Vader. Notre brutalité s’est développée et nous ne pouvons qu’évoluer en tant que groupe brutal et intense.

Si on remonte dans le passé, Litany était l’album le plus intense que Vader ait enregistré. C’était le dernier album de la première époque de Vader et il était très rapide. La vitesse était hyper-importante à cette époque ; nous essayions de jouer de plus en plus vite. Litany était le dernier album sur lequel nous nous sommes focalisés uniquement sur la vitesse. Ensuite, est apparu Revelations et la première chanson de cet album, « Epitaph (For Humanity) », était révolutionnaire pour Vader parce que nous l’avons commencée avec un riff lent. Et la dernière chanson était la chanson la plus lente que nous ayons jamais faite. Nous n’avions jamais composé de chanson super lente et heavy comme celle-ci. Pour tous les fans qui nous connaissaient depuis les quatre premiers albums, c’était une révolution. Litany reste l’un des albums préférés des fans. Durant les vingt ans qui ont suivi cet album, nous avons essayé de jouer un autre style de metal. Même si tous les albums étaient brutaux, c’était un peu différent. Nous avons essayé d’apporter un peu plus de diversité et plein de fans apprécient ça, mais là, il était temps de revenir à nos racines. J’ai de nouveau faim de chansons comme « Black To The Blind » ou « Litany ». Voilà pourquoi la vitesse domine autant sur Solitude In Madness. J’avais besoin de jouer des riffs et chansons très rapides et courts. C’est un besoin naturel de vitesse [petits rires].

Comment es-tu parvenu à conserver la même colère et agressivité pendant trente ans ? Est-ce que la source de cette rage est la même ?

Je ne suis plus la même personne, donc la colère peut être assez similaire mais il est clair que nous sommes des musiciens et des hommes plus expérimentés. Mon growl est bien mieux maîtrisé aujourd’hui. Il y a toujours plein de choses qui se produisent dans ce monde de dingue, donc ça me donne envie de crier plus fort. C’est de là que vient la colère, c’est l’inspiration principale qui me pousse à écrire des chansons. C’est juste que je parle avec ce langage particulier qu’on appelle le metal extrême. C’est pour cette raison que je ressens de la colère, et je transforme ça en notes, en musique et en mots. C’est ainsi que je m’exprime. Probablement qu’un de nos plus grands succès est qu’après toutes ces années, après presque quatre décennies, nous parvenons à avoir de nouvelles générations de fans qui apprécient encore la musique que Vader crée. Ça veut dire que la musique est universelle. C’est généralement assez brutal, mais ce n’est pas créé spécifiquement pour un type de personne.

« Je parle avec ce langage particulier qu’on appelle le metal extrême. Je ressens de la colère, et je transforme ça en notes, en musique et en mots. C’est ainsi que je m’exprime. »

Certaines chansons, telles que « Stigma Of Divinity », sont impressionnantes tellement elles vont vite : qu’est-ce que ça implique techniquement parlant de jouer à une telle vitesse ?

Tu devrais en parler à James [Stewart] ! [Rires]. C’est le moteur et c’est lui qui établit la vitesse dans l’album. C’est un très bon batteur et il a énormément progressé depuis qu’il a rejoint Vader il y a presque neuf ans. Comment pourrait-on ne pas utiliser un tel talent et un tel potentiel sur un album ? Il se sentait plutôt bien, le studio où nous avons enregistré lui était familier. C’était l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé d’aller au Grindstone Studio, car je savais qu’il connaissait Scott [Atkins, le producteur] et le studio, je savais qu’il allait bien mieux s’y sentir, qu’il n’aurait aucun stress et qu’il pourrait utiliser toute son énergie là-bas. J’avais raison et c’était une bonne décision, parce que l’enregistrement de la batterie, c’est la partie la plus importante.

Après trente-sept ans de carrière, as-tu encore besoin de t’entraîner à la vitesse sur la guitare ?

Pas tellement, en fait. Nous avons joué énormément de chansons et fait énormément de tournées, nous jouons et nous entraînons suffisamment sur nos instruments pour maintenir notre niveau. Généralement, nous ne passons pas beaucoup de temps à la maison entre les tournées, donc quand nous rentrons chez nous, nous n’aimons pas toucher nos instruments. Nous n’avons pas envie de tomber dans une routine où nous ne faisons que jouer pour jouer. Ne pas voir son instrument pendant un certain temps permet de toujours apprécier d’en jouer et d’avoir envie de s’y remettre. Nous sommes des musiciens professionnels, donc nous nous concentrons à cent pour cent sur la musique. Si nous ne faisons pas des concerts, nous enregistrons ou nous répétons en vue des enregistrements. C’est suffisant. Nous essayons d’éviter d’être des musiciens routiniers et nous nous réservons du temps pour faire des choses complètement différentes.

Enfin, vu que c’est un batteur, je pense que James doit continuer de travailler parce que c’est physique. Il doit continuer à jammer et jouer pour être prêt à jouer des blast beats tous les soirs. Spider s’entraîne probablement. Il est professeur de guitare dans une école de rock/metal. Soit il enseigne sur internet, soit il rencontre ses étudiants. En ce moment, il ne donne que des cours en ligne à cause de la situation [avec le coronavirus]. Mais j’ai passé énormément d’années avec ma guitare, je me suis concentré sur mon jeu durant les vingt premières années. Depuis, je n’ai pas envie de dire que je sais tout des guitares, je n’en ai pas besoin, mais j’en sais suffisamment pour jouer et me faire plaisir avec la musique. Aujourd’hui, je [n’ai pas] l’ambition d’être un shredder et de passer des heures à m’entraîner pour jouer plus vite. Tout le temps que je passe sur ma guitare est suffisant pour rester « bien huilé ». Quand j’ai l’occasion de jammer avec Spider, je trouve toujours quelque chose de nouveau, ce qu’il faut pour progresser un petit peu, même à mon âge. J’essaye de trouver un truc intéressant, un nouveau riff ou une nouvelle technique que je peux mettre à profit sur l’album suivant.

D’un autre côté, même si ces chansons sont très concises, elles contiennent des variations (« Incineration Of The Gods », « Sanctification Denied », « Emptiness », etc.). J’imagine que le risque en prenant une telle direction est de se retrouver avec un album unidimensionnel et lassant. Etait-ce le défi, le fait de créer des chansons agressives, rapides et compactes mais qui conservent de la dynamique ?

En tant que compositeur, je me contente de créer de la musique, de m’exprimer. Il n’y a rien qui soit totalement planifié. De nombreux thèmes et idées sont assez spontanés, ils nous viennent juste avant voire même durant les sessions studio. C’est d’ailleurs ce que j’aime dans le fait de travailler en studio. Je peux encore changer des choses même une fois que c’est terminé, car on a une meilleure vision des chansons une fois qu’on peut les entendre. Il ne s’agit pas de se rapprocher de la perfection, ce n’est pas à nous de dire si c’est parfait ou pas, c’est aux fans de le dire. Mais quand même, cette manière de créer et faire progresser la musique en studio est très sympa. Ce n’est peut-être pas ma partie préférée dans le fait d’être musicien dans un groupe de metal, la scène reste mon environnement de prédilection. Mais pour avoir de nouvelles chansons à jouer en concert, il faut d’abord que nous prévoyions d’aller en studio pour les enregistrer.

Ceci étant dit, il y a des chansons que j’ai changées et que je me suis forcé à inclure dans cet album. Si nous avions suivi le plan initial, l’album aurait été totalement cohérent en matière de vitesse et de brutalité. « Emptiness » était déjà sortie sur Thy Messenger et, au départ, je voulais la laisser pour cet EP. Cette chanson est une des chutes des sessions de The Empire. Nous avions plein d’idées et de riffs que nous avons conservés pour plus tard. C’est pourquoi ce riff est si différent des autres, parce qu’il vient du cycle précédent. Et c’est aussi pourquoi j’ai finalement décidé d’inclure cette chanson, au moins pour la face B, afin de donner à l’auditeur l’occasion de respirer et d’avoir un autre feeling dans l’album.

« J’ai commencé à chanter dans Vader parce que j’étais obligé, car nous n’avions personne d’autre pour chanter. Au début, je n’aimais pas chanter, mais après que nous ayons enregistré deux ou trois albums, c’est devenu naturel, donc j’ai décidé de rester le vocaliste du groupe. Mais ça m’a pris des années avant de vouloir me pousser à être meilleur. »

Il s’est passé la même chose pour « Dancing In The Slaughterhouse ». Elle a d’abord été enregistrée pour un album hommage au célèbre groupe polonais local de metal rock Acid Drinkers. Nous étions sur le point d’entrer en studio, donc nous avons donné notre accord pour nous joindre à nos amis et enregistrer une reprise pour cet album hommage. Une fois que nous l’avions enregistrée, nous avons trouvé qu’elle sonnait vraiment bien et différent, car selon moi, ça sonnait plus dans la veine du vieux thrash metal des années 80. Nous l’avons donc mise sur l’album pour la même raison que nous avons mis « Emptiness » : pour avoir un peu de variété. Le cas de « Sanctification Denied » était un petit peu différent. C’est une chanson de Spider et il voulait être dans la veine du vieux Vader et ramener le feeling des premiers albums. Sur tout l’album, il n’y a qu’une seule chanson qui était prévue pour être plus lente, il s’agit de la dernière, « Bones ». Ce sera le troisième single qui sortira juste avant la sortie de l’album. Le plan au départ était que ce soit la seule chanson lente de l’album, mais j’ai fait quelques changements durant l’enregistrement.

La biographie promotionnelle explique que les sessions de compositions ont été « faciles et fluides », précisant que « ça n’a pas toujours été le cas chez Vader ». Que veulent-ils dire ?

Qu’il y avait moins de créativité dans le passé. Je ne parle pas des batteurs parce qu’ils coopèrent toujours durant le processus de composition. Ils créent la colonne vertébrale des chansons. Mais dans le passé, pour ce qui est des compositions, Mauser était probablement la première personne ayant rejoint Vader qui a apporté des idées et des chansons, et ensuite Spider est arrivé. Généralement, les bassistes ne prenaient même pas part aux enregistrements. Novy a enregistré des chansons classiques pour l’album des vingt-cinq ans, mais seulement une partie d’entre elles, et je ne suis pas sûr qu’un autre bassiste ait joué sur un album de Vader. Evidemment, Spider travaille ses parties de guitare en studio, mais cette fois j’ai aussi fait la basse sur ses chansons – Spider a écrit deux chansons sur cet album. Avant, quand nous enregistrions au Hertz Studio, c’est lui qui jouait la basse sur ses chansons.

Justement, ça faisait depuis Impressions In Blood que vous alliez au Hertz Studio, mais après quinze ans et cinq albums, vous avez désormais décidé de changer et d’aller au Grindstone Studio en Angleterre avec le producteur Scott Atkins. J’imagine que ça a été un gros changement pour vous : qu’est-ce qui vous a poussés à bousculer vos habitudes cette fois ?

Il était temps de changer d’atmosphère et de donner un nouvel esprit à Vader. J’adore travailler au Hertz Studio et collaborer avec les frères Wiesławski, nous avons créé un paquet d’albums qui sonnaient vraiment bien, mais après avoir enregistré pendant quinze ans dans ce studio, les albums sonnaient trop similaires. La seule façon d’avoir un autre regard sur Vader et le son du groupe était de changer de studio et de producteur. Nous avions plusieurs options mais nous avons décidé d’enregistrer au Grindstone Studio avec Scott Atkins. L’une des raisons est celle que j’ai mentionnée par rapport à James, je voulais qu’il soit le plus à l’aise possible pour travailler.

C’était aussi légèrement symbolique pour moi, parce qu’après toutes ces années, nous revenions en Angleterre là où nous avons enregistré le premier album de Vader. C’était agréable et le studio ressemblait pas mal aux Rhythm Studios où nous avons enregistré le premier album. Mais il y avait une énorme différence cette fois : nous sommes désormais des musiciens très expérimentés. Alors qu’à l’époque, nous étions des amateurs qui avaient peur d’aller en studio et n’arrivaient pas à communiquer correctement. Nous avons aussi emmené notre propre matériel cette fois. Pour le premier album, nous ne savions pas ce que nous allions avoir… Ils nous avaient donné des guitares qui n’étaient pas terribles et nous avions utilisé les amplificateurs qui étaient disponibles au studio, donc le son n’était pas du tout celui que nous recherchions, mais c’était le mieux que nous pouvions créer à l’époque. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile d’arriver à un résultat. Les décennies d’expérience aident beaucoup [rires], il n’y a plus de peur, rien que du plaisir, mais nous avons toujours la même hargne, comme on peut l’entendre sur l’album !

« Le premier album a été enregistré au tout début de Vader, j’étais encore un très jeune homme qui ne connaissait pas grand-chose de la vie, donc il s’agissait littéralement de crier, hurler, et de haine. »

Es-tu nostalgique de cette époque où tu as été enregistrer le premier album en Angleterre ?

Oui, mais j’étais quand même assez stressé. J’étais certain que je n’allais pas être capable d’expliquer tout ce que je voulais parce que mon anglais était loin d’être correct à l’époque. Somme toute, nous sommes parvenus à faire l’album mais il y avait un manque de matériel et de coopération. Le budget avait été réduit suite à la première tentative d’enregistrement aux Sunlight Studios, dont le résultat n’était pas satisfaisant ; la maison de disque et nous-mêmes avons décidé de tout refaire en Angleterre. Nous avons tout fait en une semaine, plus ou moins, donc c’était très différent ! Et puis nous avons attendu dix ans avant d’enregistrer notre premier album, toutes les chansons étaient relativement prêtes depuis des années quand nous sommes entrés en studio. C’était quand même marrant, c’était juste différent. Nous étions des gamins qui ne connaissaient pas les règles du business, nous voulions juste jouer vite et crier.

Au final, comment était votre expérience au Grindstone Studio, à travailler avec Scott Atkins ?

Scott est un bon producteur, il n’a pas cherché à changer le style du groupe. Il voulait simplement faire ressortir le meilleur de notre style. Il a écouté presque toute notre discographie bien avant que nous ne venions au studio, donc il savait à quoi il avait affaire, il connaissait Vader. Il a juste apporté une nouvelle vie à notre musique, tout sonne plus tranchant et comme il faut. Ce n’est pas trop compressé, donc on peut entendre la hargne et la puissance. C’est très dur quand on joue aussi vite et de manière aussi agressive sur les instruments de les maintenir séparés, mais il a essayé et je trouve qu’il a réussi.

Les sessions en soi étaient assez similaires à celles que nous avons connues pour le dernier album que nous avons enregistré. Nous avons commencé avec la batterie, qui a pris une semaine, et à la fin Spider et moi avons mixé le travail réalisé. Je ne faisais pas qu’une seule chose durant la journée, vu que je joue de la guitare et que je chante – je commençais par exemple avec la guitare et je faisais du chant à la fin de la journée, ou vice versa. Tout dépend de l’humeur du moment, si je me sens prêt, si je me sens bien, si je préfère travailler sur le chant, la guitare ou la basse. Ça permet de varier les plaisirs. Ça économise ma voix aussi, parce si je me concentrais uniquement sur ma voix pendant deux ou trois jours, ce serait impossible de crier tout le temps, surtout sur cette session où je me suis focalisé sur l’enregistrement du chant comme jamais auparavant.

Car l’enregistrement du chant était différent cette fois. Jamais je n’avais autant prêté attention à l’enregistrement du chant. Quand j’enregistrais le chant avant, en général, je passais une heure à enregistrer une ou deux chansons et c’était tout. La première ou la seconde prise était généralement la bonne. C’est pourquoi je n’ai jamais trop prêté attention à l’enregistrement des voix, je savais que ce serait facile. Cette fois-ci, cependant, Scott m’a énormément motivé et m’a poussé à me pencher mieux sur le chant. J’ai commencé à chanter dans Vader parce que j’étais obligé, car nous n’avions personne d’autre pour chanter. Au début, je n’aimais pas chanter, mais après que nous ayons enregistré deux ou trois albums, c’est devenu naturel, donc j’ai décidé de rester le vocaliste du groupe. Mais ça m’a pris des années avant de vouloir me pousser à être meilleur, pas seulement en tant que guitariste, mais aussi en tant que vocaliste. Scott m’a expliqué que j’avais un plus grand potentiel si je ne faisais pas que crier tout le temps au même niveau, donc j’ai essayé de faire des petits changements. Nous avons passé bien plus de temps à façonner les voix et les cris, de sorte que les voix sonnent légèrement différentes sur chaque chanson, et on peut l’entendre – ça participe à ce que l’album sonne globalement plus intéressant. Pour moi, c’était un défi de trouver différents types de cris. Il m’a non seulement motivé en tant que guitariste mais aussi en tant que chanteur. Je me suis aussi concentré sur la prononciation. J’ai profité du fait que nous enregistrions en Angleterre avec un producteur anglais pour coopérer avec lui et faire du mieux que je pouvais.

Il y a eu aussi un problème. Toute la session de production a pris environ quatre semaines en tout. Nous avons commencé début mai mais le master était prêt à être envoyé à Nuclear Blast fin août. Nous avons fait quatre ou cinq réunions parce que quand nous avons commencé à enregistrer, la session a été retardée. Nous avons fait des répétitions pour la tournée parce que des concerts avaient été calés un an auparavant et nous ne voulions pas les annuler. Pour que ça puisse se faire, nous avons divisé la session d’enregistrement en plusieurs parties. Techniquement, c’était un peu problématique parce qu’il fallait que je fasse sans arrêt des allers-retours entre l’Angleterre et la Pologne. Et puis j’ai envie de me concentrer sur une chose à la fois. Quand je suis en studio, j’aime me concentrer sur l’enregistrement et pas sur les concerts. Quand je suis en tournée, je me focalise sur les fans pour qui je joue. Si je dois faire les deux, j’ai du mal. Enfin, comme je l’ai mentionné plus tôt, j’ai suffisamment d’expérience en tant que musicien, c’est juste que c’était techniquement plus compliqué pour moi. Les voyages étaient le principal problème. Ceci dit, aujourd’hui, se rendre en Angleterre ne prend pas énormément de temps, donc ça aurait pu être pire, et nous avons réussi à nous en sortir !

« Je vois beaucoup trop d’irrespect dans le monde aujourd’hui et évidemment, je n’aime pas ça. C’est la raison pour laquelle je joue du metal et je crie fort [petits rires], c’est de là que vient la colère. »

Non seulement Scott Atkins était le producteur, mais il faisait également partie de l’équipe de composition : quel a été son apport de ce point de vue ?

Il a apporté des idées pour les chansons, peut-être pas exactement en termes de composition, mais il nous a clairement motivés à faire des changements dans les riffs. Il mentionnait quelque chose et nous faisions le changement ou pas. Parfois nous changions des choses, parfois nous ne changions rien. Dans l’ensemble, c’est bien de savoir que notre producteur, quelqu’un avec qui on travaille, est concentré sur l’album. Il suit l’avancement et coopère, il est dans le studio et fait partie de l’équipe créative. C’est pourquoi j’ai adoré travailler avec Scott et j’ai clairement envie de retourner enregistrer là-bas. Il y a tant de choses que nous pouvons faire ensemble. Nous n’avons pas eu assez de temps pour faire plus durant cette session mais je lui ai dit, quand nous étions sur le point de quitter le studio et partir en tournée, que j’étais prêt à revenir. J’ai déjà quelques nouvelles idées que nous allons sortir dans le futur. Nous avons passé un excellent moment et Scott est une personne très motivante, ce qui est très important quand on enregistre en studio.

Du point de vue des textes, à en croire la biographie promotionnelle, il s’agit là d’un album plutôt existentiel. Es-tu d’accord avec ça ?

Dire que c’est existentiel est une interprétation et c’est bien. Le premier album a été enregistré au tout début de Vader, j’étais encore un très jeune homme qui ne connaissait pas grand-chose de la vie, donc il s’agissait littéralement de crier, hurler, et de haine. Une fois que nous avons commencé à voyager et connaître un peu mieux le monde, j’étais un homme plus expérimenté, donc j’avais bien plus à dire. Je peux encore ressentir de la colère, et le fait de voir de mauvaises choses autour de moi me donne envie de crier, mais je peux le contrôler. Ces chansons restent des histoires, nous avons le même style depuis le début, mais il y a des histoires plus profondes maintenant derrière les chansons. Ce ne sont pas juste des récits avec des significations symboliques, il y a des choses plus profondes derrière. Chaque album pour lequel j’ai écrit des textes renvoie à des histoires réelles, mais j’utilise un style particulier où je ne raconte pas les choses directement, on peut les interpréter à notre façon. Nous avons conservé ce style sur cet album, mais tout comme la musique, c’est légèrement différent maintenant parce que je suis plus vieux. J’ai quatre ans de plus qu’au moment de l’album précédent, et au cours des quatre dernières années, j’ai vu plein de choses qui m’ont donné envie de crier, donc je l’ai fait.

Evidemment, je parle de mes chansons, mais comme sur les précédents albums, certains amis ont également écrit des textes. Sur cet album, Harry Maat a écrit plusieurs chansons pour nous. C’est un Hollandais que j’ai rencontré sur la première tournée que nous avons faite en 1993 aux Pays-Bas. Il faisait un magazine consacré à Morbid Angel. Il n’était pas rédacteur, il était plus le gérant du magazine. J’ai même un de ses magazines à la maison, car je m’intéressais beaucoup à Morbid Angel à l’époque. Le magazine comprenait des interviews, des photos de concert exclusives, des articles sur la discographie, etc. C’était très intéressant pour les fans. Des années plus tard, nous nous sommes de nouveau rencontrés et il m’a montré des textes qu’il avait écrits. Il y en a certains que j’ai aimés et utilisés, et nous avons continué à travailler ensemble. Il a vécu pendant un temps en Pologne. Donc c’est un de mes amis proches, nous continuons à coopérer.

Au tout début, sur le premier album, nous avions aussi des chansons écrites par Paweł Wasilewski, qu’on appelle Adrian. Il a écrit des chansons sur les trois premiers albums qui sont pas mal du tout. Malheureusement, il s’est suicidé, il ne supportait plus le monde. C’était triste parce qu’il était talentueux. Il était juste un peu perdu. Déjà à l’époque, il ne comprenait pas ce monde. Paweł Frelik a également été une personne très importante. La première chanson qu’il a écrite pour Vader était « Silent Empire » sur De Profindis. Aujourd’hui, il enseigne l’anglais à un niveau académique. Il est très expérimenté et sera un consultant sur l’édition anglaise de la biographie sur laquelle nous travaillons et qui s’appelle Total War. Łukasz Szurmiński est dans des trucs politiques maintenant. C’était mon voisin quand je vivais à Olsztyn il y a vingt ans. Il était bien plus dans le black metal et nous échangions nos expériences et ce que nous aimions. Tous ces gars sont mes amis et ils ont mis un peu de leur talent et de leur vie dans l’histoire de Vader et sa discographie. Ils collent au style de Vader, ils ont adapté leurs textes à la musique que nous créons, tout en gardant leur style d’écriture. C’est pourquoi il n’y a pas une grosse différence entre le style des années 90 et le style des derniers albums que nous avons enregistré.

« Je connais plein de jeunes gens qui sont très respectueux, mais si je regarde les tendances, surtout dans le hip-hop… C’est pourquoi je ne peux pas accepter ce style de musique, parce qu’il véhicule tellement de haine, il est tellement agressif envers les personnes plus âgées, et je ne sais pas pourquoi ! C’est absolument horrible et je ne comprends pas. »

Tu as apparemment réfléchi à certains des thèmes abordés dans cet album à la lumière de ton expérience en tant que père. Qu’est-ce que ton expérience de père te dit-elle ?

Mes enfants se sont bien mieux adaptés que moi au monde moderne, donc c’est eux, en fait, qui m’aident ! J’ai été élevé par mes grands-parents qui m’ont enseigné des choses qui ne correspondent pas vraiment au monde moderne dans lequel on vit. Je vois beaucoup trop d’irrespect dans le monde aujourd’hui et évidemment, je n’aime pas ça. C’est la raison pour laquelle je joue du metal et crie fort [petits rires], c’est de là que vient la colère. Je peux en parler, je peux essayer de parler de mes sentiments, mais je ne peux pas changer le monde. Mon monde, celui de mon époque, était un petit peu différent et a été oublié. Le monde moderne, avec ses nouvelles technologies et sa nouvelle mentalité, est tout simplement différent. La Pologne d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le pays dans lequel j’ai grandi. Je ne peux que m’adapter et essayer de comprendre, mais évidemment, je ne comprends rien parce que c’est trop différent, mais au moins, j’essaye de m’adapter aux situations et si vraiment il y a quelque chose que je n’accepte pas, je m’en écarte. J’ai essayé autant que possible de transmettre mon éducation à mes enfants, mais ils suivent leur propre chemin dans le monde moderne. Ce ne serait pas bien, ni intelligent, si j’essayais de les pousser vers le monde d’où je viens.

Tu as déclaré que « la nouvelle génération ne respecte pas l’ancienne ». Or, le discours qu’on entend aujourd’hui chez la nouvelle génération est que l’ancienne génération ne les a pas respectés eux et leur futur. Le dialogue n’est-il pas rompu entre l’ancienne et la nouvelle génération ?

Il y a toujours eu une forme d’incompréhension et de conflit entre les nouvelles et anciennes générations. C’est aussi vieux que l’humanité. C’était comme ça déjà à mon époque, quand j’étais à l’école, entre les années 70 et 80, mais il y avait quand même un peu de compréhension et de respect pour l’ancienne génération. Même s’il y avait des conflits, il n’y avait pas autant de haine qu’aujourd’hui ; c’étaient juste des incompréhensions. Les personnes plus âgées n’arrivaient pas à nous comprendre, mais c’était juste sur des détails, ils se demandaient pourquoi nous avions les cheveux longs, par exemple. Alors qu’aujourd’hui, ça a atteint un tout autre niveau, c’est presque une guerre, il y a énormément de haine, pas juste de l’incompréhension. C’est quelque chose que je ne peux pas comprendre. Il se peut qu’on ne comprenne pas nos parents et surtout nos grands-parents, mais il faut quand même les respecter en tant que personnes. Ils ont dû vivre des époques bien pires que nous. Je ne peux pas généraliser parce que je connais plein de jeunes gens qui sont très respectueux, mais si je regarde les tendances, surtout dans le hip-hop… C’est pourquoi je ne peux pas accepter ce style de musique, parce qu’il véhicule tellement de haine, il est tellement agressif envers les personnes plus âgées, et je ne sais pas pourquoi ! C’est absolument horrible et je ne comprends pas. On devrait être contents de vivre à notre époque, on n’a pas besoin de se bagarrer, mais aujourd’hui on dirait que nombre de jeunes hommes et jeunes femmes veulent se bagarrer. Ils n’ont pas de problème, alors ils essayent de créer des problèmes.

Qu’aimerais-tu dire aux jeunes gens – on peut penser par exemple à Greta Thunberg et ses adeptes – qui disent que ta génération a gâché l’avenir de leur génération ?

Je ne suis pas un prédicateur ou un professeur, même si je suis censé être prof de biologie [petits rires]. Je ne veux pas expliquer des choses sur ce monde parce que je viens d’une ancienne époque, donc il se peut que je ne comprenne pas tout de ce qui se passe aujourd’hui. Le respect est un comportement naturel. Si tu es capable de respecter autrui, tu peux aussi mieux te respecter et t’accepter toi-même. Ça nous aiderait clairement à vivre ensemble, ça apporterait plus de joie. C’est mon avis, mais c’est impossible d’expliquer ça à quelqu’un qui parle une autre langue, philosophiquement parlant. Ce sont des générations différentes. Les jeunes ne veulent rien comprendre d’autre. Au moins, nous, nous voulions comprendre quelque chose, alors que nombre de jeunes gens aujourd’hui n’essayent même pas. Mais encore une fois, tous ne sont pas comme ça. Je continue de rencontrer des jeunes gens qui m’impressionnent. Peut-être que certains d’entre eux avaient de bonnes grands-mères et de bons grands-pères qui leur ont expliqué quelque chose issu de leur passé et ils essayent d’en retenir quelque chose, je ne sais pas, mais ça me donne de l’espoir, me disant que la cette nouvelle génération n’est pas totalement condamnée.

« Aujourd’hui on dirait que nombre de jeunes hommes et jeunes femmes veulent se bagarrer. Ils n’ont pas de problème, alors ils essayent de créer des problèmes. »

L’une des questions posées par cet album, c’est : « La technologie est-elle plus nuisible que nous l’avions imaginé ? » Quelle est ta réponse à cette question et quelle est ta relation personnelle à la technologie ?

La technologie fait partie du monde. C’est exactement ce dont je parlais avant, on doit s’adapter et l’utiliser, c’est un outil. Nombre des personnes qui me connaissent savent que j’ai toujours été un ennemi de l’usage excessif de la technologie. Internet vole notre vie dans le vrai monde, surtout celle des jeunes gens. Au lieu de toucher la terre et de respirer l’air, ils découvrent le monde à travers Google Maps et internet. Ce n’est absolument pas la même chose. C’est comme regarder Vader sur YouTube au lieu de venir nous voir en concert. Mais actuellement, nous sommes dans une situation globale tellement étrange que ça me fait penser tout autrement ; je comprends la situation. Aujourd’hui je soutiens la technologie, internet et les réseaux sociaux parce que dans cette situation très particulière, on doit rester isolés à cause de la pandémie et internet nous offre la chance de rester connectés au monde entier, à nos amis et à nos familles. On continue à travailler et à faire des choses au lieu d’être complètement isolés et apeurés. Ça aide énormément.

Dans cette situation spécifique, c’est très utile et on devrait être reconnaissants d’avoir ça. Imagine les gens qui ont vécu une pandémie au début du XXe siècle, quand la grippe espagnole a frappé le monde. Enormément de gens sont morts, ils n’avaient aucune idée qu’une telle technologie pouvait exister et ils n’avaient aucune connexion : pas de téléphone portable, pas d’internet, pas de télévision. C’était probablement l’une des raisons pour lesquelles tant de gens sont morts à travers le monde. Aujourd’hui, on devrait suivre les règles, on devrait rester disciplinés et confinés, parce qu’on le peut. Ça ne veut pas dire qu’on doit se sentir comme en prison. Internet nous connecte quand même. C’est bien plus facile de rester confiné et d’affronter cette pandémie. Mais crois-moi, si nous avions parlé il y a un an, jamais je n’aurais pensé qu’un jour je dirais que je suis content qu’internet existe, que c’est très utile et que ça pourrait littéralement nous sauver la vie [rires].

J’imagine que vous auriez pu inverser le titre de l’album : Madness In Solitude (la folie dans la solitude, NdT).

Oui, mais c’est une coïncidence. Certaines personnes m’ont demandé si j’avais su ce qui allait arriver. Crois-moi, je n’en savais rien. C’est ce dont je parlais, avec le style artistique de Vader : ça laisse énormément de place à l’interprétation et on peut toujours lire entre les lignes quelque chose qui colle parfaitement à la situation. Même la pochette pourrait être interprétée par rapport à la situation pandémique, à un virus qui est absolument hors de contrôle.

En parlant de la pochette, vous avez fait le choix d’une illustration très old school, en refaisant appel à Wes Benscoter qui avait déjà créé l’illustration de votre second album De Profundis en 1995. A quel point est-ce une déclaration ?

De Profundis était le premier album pour lequel Wes Benscoter a travaillé sur l’illustration. Il m’a dit des années plus tard que cette illustration reste une des préférées de ses fans. Il a réalisé un tas de très bonnes illustrations d’albums pour plein de groupes par le passé. Je suis très content qu’après toutes ces années j’aie pu le retrouver sur internet – voilà une autre raison pour laquelle c’est bien d’avoir internet ! J’étais plus qu’heureux quand il a accepté de créer l’artwork pour le prochain album de Vader, Solitude In Madness. Je ne lui ai donné aucun détail sur ce que je voulais. Je lui ai juste donné la musique, les paroles, un titre, mais ce qu’on voit sur l’illustration est le fruit de son imagination. C’est différent, même pour lui, parce qu’elle a effectivement un côté plus old school. Si on compare, l’illustration de Thy Messenger, qui a également été réalisée par Wes Benscoter, avait un style plus proche de De Profundis, c’était un peu plus moderne.

D’ailleurs, vous prévoyez de ressortir De Profundis…

Oui, c’est l’un des albums préférés des fans, à l’instar de Litany ou de The Ultimate Incantation. De Profundis n’est jamais sorti en vinyle, donc c’était la raison principale qui nous a poussés à vouloir le ressortir. De même, l’an dernier, je suis allé sur eBay et tout un tas de boutiques en ligne, et même la version CD de De Profundis est vendue à des prix délirants. Il était donc temps que nous le ressortions, surtout après avoir mis la main sur l’illustration originale de Wes Benscoter et avoir trouvé l’artiste qui avait réalisé la session photos à l’époque. Nous sommes prêts pour confectionner une très belle réédition de De Profundis vingt-cinq ans plus tard, pour la toute première fois en vinyle et aussi une édition très spéciale en CD. Ça sera enfin réédité par Nuclear Blast fin 2020. C’est un bon complément au nouvel album qui sortira en mai. 2020 n’est peut-être pas la meilleure année pour faire des concerts mais c’est une super année pour proposer quelque chose aux fans, avec un nouvel album et une réédition d’un album légendaire de Vader qui n’était jamais sorti en vinyle.

« Crois-moi, si nous avions parlé il y a un an, jamais je n’aurais pensé qu’un jour je dirais que je suis content qu’internet existe, que c’est très utile et que ça pourrait littéralement nous sauver la vie [rires]. »

Entre The Empire et ce nouvel album, vous avez sorti Dark Age, une reconstitution de votre premier album The Ultimate Incantation. Comment l’idée vous est venue de faire ça ?

C’est quelque chose que je ne voulais pas faire, mais j’ai été obligé de le faire. D’abord, nous voulions obtenir une licence normale pour rééditer l’album avec une session additionnelle aux Sunlight Studios, qui était la toute première session d’enregistrement de Vader. Comme je l’ai expliqué plus tôt, nous n’étions pas satisfaits du son parce que nous n’avons pas pu enregistrer avec une batterie normale sur cette session, Doc [Krzysztof Raczkowski] a dû jouer sur des pads électroniques qui généraient des samples. Ça n’avait rien à voir avec les nouveaux kits de batterie électronique, le son n’était pas très bon et il ne pouvait pas jouer suffisamment vite ou de manière suffisamment brutale sur ce kit de batterie. Nous avons donc demandé s’il était possible de refaire l’enregistrement et nous l’avons réenregistré en Angleterre.

Mais des années plus tard, nous avons voulu ressortir cet album et Earache Records n’a tout simplement pas voulu coopérer. Nous avons proposé de payer le double du prix pour obtenir la licence mais ils ont refusé et ont commencé à nous prévenir qu’ils allaient nous attaquer en justice si nous essayions de faire quelque chose. J’ai essayé d’expliquer que ce n’était plus la Pologne des années 80, que nous respectons les lois et que nous n’allions pas produire de version bootleg de l’album, et que c’est pour cette raison que nous voulions payer une licence pour notre propre album. Ils n’ont même pas voulu écouter. Et ce n’est pas tout ! Nous voulions commander deux cents vinyles et CD pour les fans à l’occasion des vingt-cinq ans de ce premier album, mais ce n’était même pas possible de faire ça. J’étais très remonté. Je savais que nous ne pouvions pas utiliser l’illustration, le titre et ces enregistrements, mais nous pouvions réenregistrer toutes les chansons et prendre une autre illustration faite par le même artiste. Il n’a d’ailleurs pas été nécessaire de réenregistrer les chansons que nous avions déjà faites pour l’album XXV, à l’occasion des vingt-cinq ans du groupe, surtout dans la mesure où les pistes ont été enregistrées au Herz Studio. Nous les avons juste remixées pour la nouvelle version de l’album et nous avons réenregistré les chansons restantes.

Nous avons donc fait appel à Dan Seagrave pour créer l’illustration. Au départ, c’était censé être celle prévue pour la version suédoise de The Ultimate Incantation, mais nous avons fini par la garder comme illustration officielle. Nous avons également changé le titre en Dark Age. C’était censé être le titre de la version originale mais je l’ai changé au profit de The Ultimate Incantation juste avant le pressage de l’album. Ce nom est venu d’un prospectus qu’avait réalisé mon ami Paweł Frelik. J’ai adoré cette phrase « The Ultimate Incantation », donc nous avons fini par l’utiliser pour notre premier album. Mais à l’origine, le titre était censé être Dark Age, qui correspond à la chanson d’ouverture. Au final, nous avons sorti quelque chose pour les fans. C’était la seule option que nous avions pour ce vingt-cinquième anniversaire, qui était très important pour nous. Personnellement, je ne voulais pas faire ça, j’aurais aimé utiliser la version originale, mais nous avons fini par créer quelque chose de rafraîchissant et d’un peu moderne.

Tu as mentionné tout à l’heure la chanson « Dancing In The Slaughterhouse » du groupe polonais de thrash Acid Drinkers, mais vous avez également sorti en 2015 un album de reprises de chansons de groupes polonais. Vader et Behemoth sont un peu les têtes de gondole de la scène metal polonaise aujourd’hui, mais voulez-vous montrer que l’histoire et l’héritage du metal polonais ne s’arrêtent pas là ?

Il y avait plus de groupes, mais peu ont survécu. Il y a cinq ans, nous avons effectivement sorti Future Of The Past II, que nous avons baptisé Hell In The East et c’était une idée différente du premier album que nous avons sorti en 1996. Le premier Future Of The Past comprenait des groupes qui ont été des inspirations pour Vader, ainsi que pour de nombreux groupes de metal extrême et de fans en Pologne, avec des reprises de Kreator, Possessed, Slayer, etc. Ces groupes étaient des symboles d’extrémité et d’intensité pour nous à l’époque. Mais la seconde partie était quelque chose auquel nous avons réfléchi pendant des années et l’idée de ce que ça allait devenir a changé au fil des années. Finalement, nous avons décidé de braquer un peu plus les projecteurs sur notre propre scène underground polonaise et de ressortir certains vieux groupes qui ont été très importants à la fin des années 80 et au début des années 90. Mais je voulais surtout mettre en lumière les groupes qui n’avaient jamais réellement sorti d’album officiel et qui ont disparu. Par chance, après que nous ayons sorti cette compilation, certains de ces vieux groupes sont revenus ! Ils se sont reformés et ont même enregistré quelques albums. C’est une bonne chose. C’est bien d’être un déclencheur et une motivation pour certains vieux amis pour qu’ils s’y remettent, même si ce n’est que pour s’amuser.

Interview réalisée par téléphone le 10 avril 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Vader : www.vader.pl.

Acheter l’album Solitude In Madness.



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  • « si je regarde les tendances, surtout dans le hip-hop… C’est pourquoi je ne peux pas accepter ce style de musique, parce qu’il véhicule tellement de haine, il est tellement agressif envers les personnes plus âgées, et je ne sais pas pourquoi ! »
    Alors que le death metal, c’est paix et amour. Il a sacrément divagué sur ce passage. Je n’ai pas compris pourquoi RM l’a poussé sur cette voie. Qu’est-ce que vous avez essayé de lui faire dire avec Greta Thunberg au juste ?…

    [Reply]

    Spaceman

    On essaye de lui faire dire rien du tout. Peter a comme discours que la « jeune génération » ne respecte pas l’ « ancienne génération ». Or, une certaine frange de la « jeune génération » reproche aujourd’hui beaucoup de choses à l’ « ancienne génération », dont un manque de respect de son avenir, et Greta Thunberg est simplement cité comme symbole aujourd’hui de ce discours. La question était donc de le confronter à cette idée. Ça semblait pertinent, mais peut-être que ça ne l’était pas, au lecteur de juger. Toujours est-il que ça révèle et étaye sa pensée, ce qui ne me semblait pas inintéressant de faire.

    vod

    Ouais je suis assez d’accord avec toi, il nous a fait un sacré hors piste le père piotr, le passage sur le hip-hop et la nouvelle génération qui respecte plus l’ancienne, ça envoie du méga lourd !

    Dypso

    Les paroles dans le rap, c’est le squelette de la musique, il n’y a rien sans ça ou presque. Le death metal, qui lis ou écoute les paroles (quand elles sont audibles?)? sans compter tous les groupes de death qui ont des sujets qui ne tombent pas du tout dans le clishesque. Donc je dirais que c’est pas vraiment pareil (je suis en partie d’accord avec vous quand même). Mais bon, on a l’impression, spécial le type.

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