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Chronique   

Vampire – Rex


Les Suédois de Vampire n’ont pas perdu de temps : signés sur Century Media après une seule demo, ils ont déjà sorti deux albums remarqués sur le label allemand, l’éponyme Vampire en 2014 et With Primeval Force en 2017, ainsi qu’une poignée d’EP et de splits. De quoi en faire les hérauts d’un death thrashisant délibérément vintage et volontiers ésotérique à la suite de leurs compatriotes de Repugnant, par exemple, et du Tribulation de The Horror : Vampire a beau être de Göteborg, la capitale du melodeath, c’est plutôt du côté de Stockholm qu’il puise ses influences, d’Entombed à Dissection. De quoi aussi s’assurer des soutiens de renom, notamment celui de Fenriz, jamais le dernier à s’enthousiasmer pour les jeunes groupes qui rendent hommage aux grandes heures du metal pré-Darkthrone. Avec ses pochettes délicieusement désuètes et ses pseudonymes à l’avenant (il suffit de mentionner les frères Abysmal Condor et Sepulchral Condor, respectivement à la batterie et à la guitare), impossible de s’y tromper : le quintet célèbre, dixit son guitariste Black String, « les voies désolées de la vie et la gloire passée du metal ». Bref, Rex, le troisième album du groupe, est annoncé à coups de promesses d’énergie incandescente et de cavalcades de guitares, et mieux encore : il les tient.

En effet, après un court instrumental d’ouverture, « Prelusion », qui semble sorti tout droit de The Somberlain (tout comme les arpèges de guitare acoustique qui refermeront l’album une quarantaine de minutes plus tard), la chanson éponyme monte immédiatement en pression à grand renfort de hennissements de cheval comme un lointain écho de Blood Fire Death, de « Ugh ! » à la Tom Warrior et de duos de guitares NWOBHM, le tout mené pied au plancher. Le décor est planté, épique, sombre et enflammé, et ne changera guère durant le reste de l’album, mis en valeur par une production qui fait la part belle aux guitares, à la fois claire et aussi rugueuse que le genre l’exige (on regrette juste que la basse de Command soit parfois un peu noyée dans la masse).

Le quintet déborde de hargne et d’énergie, et si ses recettes sont éprouvées, elles sont délivrées avec une conviction et une maestria assez irrésistibles, de ses riffs les plus thrash – sur « Rekviem » et « Melek-Taus », par exemple – à ses ambiances les plus occultes, parfois presque gothiques, notamment sur « Moloch » et « Anima ». Cette dernière est peut-être la chanson la plus atypique de l’album avec son ouverture syncopée et palpitante, très organique, puis ses orgues discrets. Entre les hurlements à la Slayer ou à la Mercyful Fate et les touches de guitare mélodiques à la Dissection, l’album est saturé d’allusions à ses illustres prédécesseurs, et c’est ce qui fait son charme : écrit et joué par des fans d’une époque fantasmée (les musiciens sont nés dans les années 80 ; comme les groupes de synthwave qui prolifèrent en ce moment, ce n’est donc pas la nostalgie mais l’hommage qui les motive), il est truffé de clins d’œil comme autant de signes de connivence avec son public qui a à n’en pas douter les mêmes références que lui.

Mais le groupe ne se contente pas de ressusciter le tournant des années 80-90. Comme ses compatriotes de Tribulation ou d’In Solitude, il emprunte au black metal plus tardif (Dissection donc mais aussi Watain – la voix de Hand Of Doom rappelle d’ailleurs souvent celle d’Erik Danielsson) son supplément d’âme : des concepts métaphysico-spirituels parfois abscons et une mélancolie existentielle parfois poignante. Et s’il s’arrête avant les expérimentations gothiques des deux groupes, il en partage l’esprit, et va chercher à la fin du XIXe siècle de quoi étoffer ses paroles. Là où Tribulation se nourrit de la féminité capiteuse et morbide de l’art nouveau, Vampire emprunte son amour de la décrépitude au romantisme tardif d’Emily Dickinson et Robert Graves, prouvant comme leurs camarades à corpse paint que de 1890 à 1990, « les queues de siècle se ressemblent », pour citer un auteur cher à ces musiciens. Album revival doté de la conviction, de l’énergie et du talent nécessaires pour en faire plus qu’une énième redite, Rex est aussi une manière de revitaliser les classiques en posant sur eux un regard résolument moderne.

Lyric vidéo de la chanson « Serafim » :

Clip vidéo de la chanson « Rex » :

Lyric vidéo de la chanson « Melek-Taus » :

Album Rex, sorti le 19 juin 2020 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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