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Éditorial    Nouvelles Du Front   

Van Halen doit-il vraiment se justifier?


Eddie Van Halen a participé sur deux titres du nouvel album du rappeur américain LL Cool J. Rien d’aberrant à première vue quand on connaît le passé du guitariste californien et celui du rappeur, qui n’a rien d’un jeune premier. Pourtant, c’est bien des explications que Van Halen se sent obligé de donner pour justifier cette collaboration, notamment auprès des médias américains. Le guitariste est même invité par CNN à s’expliquer sur le sujet.

Il faut dire que la connivence entre les deux styles que représentent ces deux artistes a vécu. Au-delà de cette collaboration somme toute anodine, c’est le problème de la cohabitation des deux mouvements qui se pose. La collaboration rap-metal a difficilement survécu à la fin des années 90 et au début des années 2000 ; avec pour conséquence un vrai désamour du public, voire des médias pour la fusion ou le seul rapprochement de ces deux styles. Et si l’alliance musicale est un faux problème – un groupe comme Rage Against The Machine prouve à quel point les deux peuvent cohabiter et conserver le respect du pubic – alors le clivage interviendrait plutôt à un niveau d’ordre psychologique, voire sociologique.

Van Halen avait déjà depuis longtemps fait profiter son art du solo et du riff à d’autres styles. En 1982, Quincy Jones l’invite à venir faire bien plus que de la figuration sur un titre majeur de l’album le plus vendu de tous les temps : Thriller de Michael Jackson. Le titre s’appelle « Beat It » et est un succès mondial presque inégalé. Le solo de Van Halen reste dans les mémoires et est encore l’un des plus repris par des guitaristes débutants ou confirmés.

Néanmoins, le six-cordiste ne tentera pas à nouveau l’aventure hors du rock (même si Thriller était tout de même un album à la coloration très rock). D’ailleurs Van Halen n’est pas le seul membre de la famille Rock à aller s’amuser aujourd’hui avec LL Cool J : Travis Barker de Blink 182 est aussi de la partie sur le (modeste) titre « We’re The Greatest ». Alors aujourd’hui les journalistes lui demandent de s’expliquer. Mais qu’êtes vous donc allé faire dans cette galère ? Réponse de l’intéressé dans une interview à Guitar World : « La pensée que je puisse jouer de la guitare sur du hip-hop était définitivement hors de propos. » Mais pourquoi ? Le rap est un style chanté, certes, mais qui se base sur des sons on ne peut plus traditionnels, qui sont re-séquencés, souvent, mais qui peuvent très bien être pris tels quels. Le rap inclut un rythme, une ligne de basse et des accompagnements. Soit, basiquement, la même constitution qu’un groupe de rock ou metal. Et on a déjà vu à quel point on pouvait aisément mêler des morceaux de ces styles (par d’ingénieux mash-up bien inspirés, par exemple). Quelle est donc la difficulté à ce que s’immiscent les grands guitaristes dans les groupes de rap et les grands chanteurs de rap dans les groupes de metal ?

En France, par exemple, l’expérience a été tentée. Lors de la tournée de Joey Starr (NTM) en solo en 2006/2007, le chanteur de rap français le plus médiatisé fait venir les musiciens d’Enhancer, un groupe très représentatif du néo metal français, pour un show hip-hop très musclé. Et la mayonnaise prend sans problème. Pourquoi ? Car le potentiel metal de Joey Starr est évident, grâce à sa voix bien grave et son potentiel de puissance vocal, et la musique des ex-Enhancer colle comme un gant aux phrasés du chanteur.


Pourtant, une fois de plus, l’expérience n’est que peu ou pas renouvelée. Pas étonnant qu’Eddie Van Halen soit aujourd’hui dans une démarche de justification ; les barrières entre les styles restent tellement hautes, que seuls quelques fous les franchissent. Comme Van Halen: «J’étais intrigué, et j’ai donné mon accord pour le rencontrer (LL Cool J, ndlr.) et écouter ce qu’il avait. J’ai été inspiré non seulement par les chansons que j’ai entendues, mais par son enthousiasme » Si le guitariste avait participé à un album des ZZ Top ou d’Aerosmith, par exemple, aurait-il eu à se justifier de telle manière ? D’autant plus que LL Cool J, n’est pas un jeune premier. Son premier album date de 1985, et à l’approche de la cinquantaine, il n’est finalement pas si éloigné que cela de la génération du guitariste.

Alors certes, le temps des collaborations rap-metal est loin. Un manque d’ouverture d’esprit des inspirateurs et du public des deux styles est-il à l’origine de cette rencontre manquée ? Sûrement, en partie. Mais le hip-hop, comme le Metal, a une forte connotation d’appartenance sociologique. Aux États-Unis comme en France, c’est avant tout une musique de quartiers, issue de la culture Black et du métissage avec les cultures issues de l’immigration. Pour résumer, une musique que font les oubliés de ces quartiers pour mieux s’en sortir. La communauté metal quant à elle développe d’autres règles : une musique complexe, l’imagerie sombre, la violence du chant, l’opposition à la religion, à toute forme d’autorité en général, etc. Si l’on met de côté le facteur musical qui, en soi, on l’a vu, n’est pas un problème, on peut s’interroger sur la manière dont les publics hip-hop et metal peuvent se mélanger. Ne fréquentant pas les mêmes lieux, ayant des codes vestimentaires et moraux différents, il est difficile de les unir sur les mêmes thèmes (quoique le mouvement hip-hop est aussi, dans ses fondements et dans nombre de ses branches actuelles, un mouvement de contestation). Proposer l’univers metal à des fanas de hip-hop français est un risque qu’aucun artiste, producteur ou tourneur sain d’esprit n’est prêt à prendre. Tout comme le mouvement inverse. Car il sera toujours possible de mettre un solo de Van Halen sur un morceau de rap, ou de faire un featuring d’un rappeur sur un morceau de metal. Mais installer une tendance fusionnelle à long terme semble tout de même, aujourd’hui, hors de portée.

Cependant, au final, on s’aperçoit que les musiciens et chanteurs plus âgés n’ont cure de ces frontières et s’accoquinent plus facilement avec les ressortissants de l’autre bord musical. Détachés d’un tel conditionnement psychologique et sociologique, trop grand pour ces barrières, ils ne s’y empêtrent pas et sont plus prompts à se faire plaisir dans un autre style. Joey Starr ou Van Halen n’ont plus rien à prouver auprès du public quant à leur notoriété. En revanche, les plus jeunes porte-drapeaux des styles ont tellement à revendiquer sur la singularité de leur mouvement, dans le hip-hop comme dans le metal, qu’ils auraient moins tendance à sortir des clous.

Mais la qualité des productions rap-metal ou rap-rock a aussi sa part de responsabilité. « Walk This Way » de Run DMC et Aerosmith est bien loin de nous dans le temps. Les tentatives plus récentes, par exemple, de Limp Bizkit avec les nombreux rappeurs américains tels que Xzibit, Method Man ou Red Man n’ont pas ou peu séduit les publics metal et rap, car elles manquaient cruellement de diversité. Fred Durst a essayé une recette qui a fonctionné une fois et l’a retentée sur tous les albums suivants, l’effet de surprise en moins. Le public metal l’a donc quelque peu vilipendé pour cela, tandis que le public hip-hop a montré une indifférence totale. Il suffit de voir comment la dernière collaboration du groupe avec le rappeur Lil Wayne a été accueillie par la communauté metal pour se rendre compte que l’alliance des deux mondes ne se porte pas mieux aujourd’hui.

Alors Van Halen se justifie. Car les publics des deux bords ne sont pas habitués à voir quelqu’un franchir le Rubicon. Si l’argument financier va être avancé par les détracteurs de sa participation à l’album de LL Cool J, quel sera l’accueil du côté du public hip-hop ? Une ignorance totale ou une envie d’aller découvrir ce que le guitariste a pu faire d’autre dans sa carrière ? Dos à dos, les deux publics s’ignorent, font comme si l’autre n’existait pas. Il y aura sûrement toujours des tentatives de crossover à chaque nouvelle génération, mais celles-ci risquent bien de mourir dans l’œuf, à cause de ce facteur sociologique qui prend définitivement le dessus. La communauté metal, orpheline d’un nouvel album de Rage Against The Machine, l’un des seuls groupes finalement à qui il est le moins reproché de voguer entre les deux mondes, est finalement bien trop éloignée dans sa constitution sociologique et les raisons qui la poussent à s’unir de la communauté hip-hop pour se lier à elle dans de nouvelles grandes aventures. Et ce n’est ni Van-Halen, ni LL Cool J qui ne changeront cela.



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  • Ouhlà, ce genre d’articles a dû récolter son lot de trolls sur Fb… Le prochain No Comment va être nourri !

    En tout cas, de justification on s’en fout, le morceau est bon, c’est l’essentiel, non ?

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  • Bozo Le Clown dit :

    Le guitariste d’un groupe qui ne produit plus rien de bon qui collabore sur ce genre de truc (désolé, je n’arriverai jamais à accoler « musique » avec rap) c’est très cohérent.

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  • VAN HALEN aurait dû demander la permission ? A qui ? Pourquoi ?

    Il n’avait pas à se justifier à mon sens. Tout artiste est libre de collaborer avec qu’il souhaite.
    La démarche commerciale est souvent avancée.
    La démarche peut-être aussi artistique. Bien que ce genre de collaboration n’est pas nouveau.

    Je vous renvoie à la bande originale de JUDGEMENT NIGHT pour les étroits d’esprit.

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  • Le métal ça vas avec le rap, la musique classique, folklorique, techno, ect…
    Bref le métal c’est comme la bière ça vas avec tout.

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    Pok

    Biere café c’est pas bon :S

    BrocasHelm

    Pok, ça sent l’expérience ça XD

  • Bien sur qu’il doit se justifier, manquerait plus qu’on soit assimiler à ces délinquants qui prônent la violence….
    Je l’avoue je connais pas celui là, mais bon, vous croyez réellement que ceux qui jugent le metal, parle de cas par cas ?
    Bientôt on va se retrouver, avec des rappeurs en concerts, bonjour la baston.

    [Reply]

    Behlian

    R en mode No Comment. Et sinon les frontières entre le Metal et d’autres styles a déjà été franchie electro, musique classique jazz… alors pourquoi pas. Ce qui compte avant tout c’est la qualité, après le reste on s’en bat les reins.

    Elsassgromit

    R est la preuve que les clichés concernant le rap ont la vie dure chez les metaleux. C’est drôle parce que côté rap il y a exactement le style de cliché « ouais c’est des mec qui incitent à la haine » mais sur les metaleux. Au final les uns comme les autres feraient mieux d’éteindre la télé et de s’intéresser à leur scène locale parce que justement la France regorge d’excellent groupes hip hop fusion qui ne répondent pas du tout aux clichés mtvesque et que de nombreux metaleux adoreraient si ils en connaissaient l’existence. Morale : va faire les concerts de hip hop à 5 euros de ta ville et tu verra si il y a autant de racailles que ça aux concerts de rap.

    R

    sauf que je n’habite pas en ville et heureusement pour eux…. claquer 5€ pour de la merde non merci, autant prendre un chien si t’aimes les aboiements.
    Ne te donne pas la peine de répondre, je ferme l’onglet 😀

    Rififi

    A mon avis ton commentaire est de la provocation volontaire.

    « Bien sur qu’il doit se justifier, manquerait plus qu’on soit assimiler à ces délinquants qui prônent la violence….
    Je l’avoue je connais pas celui là, mais bon, vous croyez réellement que ceux qui jugent le metal, parle de cas par cas ? »

    Tu ne le connais pas, mais tu as quand même ton avis sur sa musique que tu n’as pas écouté.

    C’est ça que j’aime dans la liberté d’expression. Tout le monde en bénéficie, même l’idiot du village.

    Je ne connais pas la carrière de LL COOL J en long et large, il est vrai qu’il a fait pas mal de guimauve (chansons de lover avec des groupes ou chanteuse solo de R n’ B : Total, Boyz II Men, Amerie…).
    On lui a souvent reproché son côté « commercial ». Canibus par exemple. LL COOL J l’a ruiné par son flow et son habilité, c’est un vieux de la vieille.
    Et puis il y a violence et violence. Beaucoup de fiction dans les paroles des groupes de rap. C’est pas le genre de LL, aussi loin que je me souvienne.

    Pok

    Pour en rajouter une couche sur le « Bientôt on va se retrouver, avec des rappeurs en concerts, bonjour la baston », sache, R, que ddDans les 90 ‘s Anthrax et Sepultura ont tourné avec Public Enemy, Aerosmith avec Run DMC et Ice Cube ou MethodMan & Redman ont participé au Family Values. Il n’y a pas eu de baston ni d’émeutes.

    Je renvoi également à l’EP de Sepultura « Revolusongs », pour le coté On se mélange pas.
    En fait, j’ai du temps à perdre donc je te conseille de jeter une oreille à:
    HEDpe – 311 – Bad Brains – Biohazard -Body Count – Dirty District -Dog Eat Dog – Downset – Faith No More – Fishbone – Guano Apes – Incubus (notament SCIENCE) – Infectious Grooves – Living Colour – Lofofora -No One Is Innocent – Oneyed Jack – Primus – Red Hot Chili Peppers – Senser – Suicidal Tendencies – Urban Dance Squad

  • van halen a pas a se justifier de participer avec un rappeur connu pour plusieurs titres tant que la musique est bonne avec de très bon solo et que ça ne soit pas trop commerciale pourquoi pas !!!! Aerosmith et run dmc a bien marché a l époque !!!! pourquoi pas eux ?

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  • « Et on a dêjà vu a quel point on pouvait mêlER des morceaux »
    Sinon très bon article!

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  • le groupe Body Count me semble à même de rassembler ce public rap et métal, même si on ne peut pas parler de collaboration à proprement parler non?

    [Reply]

    Pok

    Et Cypress Hill aussi ? Collaboration avec pas mal de noms bien connu (Slash, Fear Factory, Deftones, Sonic Youth, Pearl Jam….).

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