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Live Report   

Van Halen sonne le Bell de Montréal


On en aura dit des choses sur Van Halen en 2011. On s’en sera même moqué avec tout le bazar qui (en fait, depuis fin 2010) a entouré ce retour de la famille Van Halen en compagnie de David Lee Roth. Un come-back pavé de faux pas comme l’annonce de l’annulation d’une tournée européenne qui elle-même n’avait pourtant pas été annoncée.

Et puis, ils sont vraiment revenus. Annonçant une tournée nord-américaine, mais aussi avec un nouvel album, A Different Kind Of Truth, qui, sans être révolutionnaire, faisait tout de même honneur au reste de la discographie du groupe et nous faisait plaisir en nous rapportant un David bien en voix et un Eddie qui en avait encore (à nouveau ?) au bout des doigts. Et qu’importe que ce soit ou non d’anciennes compos tirées d’un tiroir et dépoussiérées. On a pris l’avion, franchi un océan, pour faire amende honorable auprès des flamboyants Californiens. Direction la Belle Province, Montréal et le Centre Bell.

Artistes : Van HalenKool & The Gang
Date : 15 mars 2012
Lieu : Centre Bell
Ville : Montréal (Québec)

Le Centre Bell, foyer des Canadiens de Montréal, l’équipe de hockey, avec, à l’extérieur, ses statues de bronze des grandes figures qui ont porté son maillot, son Hall Of Fame à l’intérieur… Pas de doute, on est en Amérique, cette Amérique « larger than life ». Et la salle elle-même ? Vous y mettriez le Palais Omnisport de Bercy à l’intérieur qu’il ne s’y sentirait pas à l’étroit. Une fois dedans pas de fosse où on pourrait se bousculer, des rangs de chaises nous attendent sur le parterre de la salle, inutile de jouer des coudes (même si on se sentira parfois un peu à l’étroit), c’est pas l’esprit ici.

Pour beaucoup, Kool & The Gang en première partie de Van Halen, ça ressemblait à un gag. Qui a eu cette idée ? David Lee Roth en fait. Le bassiste Robert « Kool » Bell l’avait expliqué au site du journal The Morning Call : « David a dit quelque chose du genre : ‘Hey, je pense que ça va marcher parce que, dans les années 80, Van Halen était une sorte de groupe de rock festif et Kool & The Gang était le groupe de pop funk festif’. Il a dit que le public de Van Halen est à 60% féminin – et bien sûr, avec ‘Ladies Night’, on a écrit une chanson pour elles. Ça allait donc bien ensemble. »

Verdict ? A 19h30, le Gang débarque sur scène, au pas de danse, dix mecs cools en costume blanc qui débarquent pour réchauffer l’ambiance en démarrant sur l’un de leurs grands tubes, « Fresh ». Le premier d’une longue série puisque, plus qu’un enchaînement, c’est presque un maxi-medley de leurs tubes qui défilent les uns après les autres sans temps mort. « Tonight, you gonna see the light ». Et justement, on espère que nombreux sont ceux qui ont vu la lumière car ne pas accepter, au moins ce soir, de se laisser prendre par l’optimisme de cette musique serait comme refuser une part de joie au goûter d’anniversaire musical de la vie.

Et tant pis si vous ne vous êtes pas amusés, on a l’impression que les musiciens sont sur scène pour faire leur propre fête, entre eux, dans laquelle ils tenteraient de vous emporter par la force du groove et en vous charmant de leurs voix. Et ça marche, les femmes dansent dans les gradins (le « Ladies Night » a parfaitement rempli son rôle de ce côté-là), on voit même du metalleux balancer les bras en l’air (on en reparle à l’entracte). Mais c’est quoi ce pays où on s’éclate même pour une première partie ?!

Revenons sur scène où chacun des musiciens brille, de Shawn McQuiller, le chanteur principal qui y va aussi de son solo de guitare sur « Emergency », au trompettiste Larry Gittens qui nous fait une roue au milieu de ses autres prouesses. Chacun est aussi un excellent chanteur, le trombone comme les saxos. Il y a bien sûr Robert « Kool » Bell, à la basse, plutôt en retrait la plupart du temps qui nous aura fait admirer son doigté sur l’intro de « Jungle Boogie ». Et puis, tous dansant à l’unisson, nous filant des démangeaisons dans les pieds. Vraiment, une prestation de ce genre ne peut que vous mettre la banane pour le reste de la soirée. Enfin, dans la seconde moitié, de « Hollywood Swingin' » à « Celebration », ce ne fut qu’une montée en puissance – la puissance de la funk – qui se termine avec une salle debout parfaitement prête à célébrer ensuite la venue de Van Halen mais d’abord la perfomance du Kool !

Setlist de Kool & The Gang :

Fresh
Tonight
Emergency
Misled
Too Hot
Hollywood Swingin’
Jungle Boogie
Ladies’ Night
Get Down On It
Celebration

Entracte, c’est peu dire qu’il fait déjà chaud dans le Bell. Sur scène, on démonte l’installation du Gang pour dévoiler le matériel de la tête d’affiche déjà sur scène, au fond très simple : outre la batterie d’Alex au haut des marches d’un podium anthracite, on ne voit de part et d’autre qu’une haie d’amplis marqués des initiales EVH. On va se dégourdir les jambes, on va serrer la main au bassiste d’Ex Deo, Dano Apekian, à l’immense barbiche, bracelets de cuir noués aux poignets qu’on avait bien vu danser avec bonheur au premier rang pendant le set des légendes de la funk. Petit passage par les commodités du lieu pour ne pas ressentir un surplus de liquide pendant le concert. On apprécie la pub pour le Viagra au-dessus des urinoirs (sympa de nous parler impuissance à cet endroit et en ce moment…). On retourne à sa place, on attend encore quelques minutes, les percus retentissent et on se dit que les techniciens sont en train de faire les dernières vérif’ sur la batterie… Mais non ! Le show a démarré sans prévenir ! Envoyez les lights, Alex a sonné la charge !

Eddie Van Halen s’installe à droite de la scène, son fils Wolfgang à l’opposé, et David Lee Roth arrive, en une glissade, au centre de tout ça. L’écran géant (dont Kool & The Gang avait pu profiter pour son propre show), qui fait toute la largeur de la scène (vous ne ferez jamais entrer ce machin entier dans une salle européenne), s’éclaire derrière eux. « Unchained » ouvre le set, parfait pour annoncer le déchaînement qui va suivre. Vous auriez préféré un démarrage plus chronologique ? Avec un titre du premier album ? Ne vous en faites pas, « Runnin’ With The Devil » déboule à toute vitesse juste derrière. Mais bien sûr, on n’est pas là pour énumérer tous les titres de la setlist, on veut savoir si le groupe va nous en mettre plein la figure, plein les yeux, plein les oreilles.

Il y a quelques mois, au comble de l’exaspération concernant leur retour ou non, nous avions tiré la conclusion qu’en cas de véritable come-back, Van Halen aurait tout intérêt à se montrer grandiose, brillant, fulgurant même. Pas de place pour la demi-performance, car alors la critique serait sévère. On ne va pas vous faire lambiner concernant la teneur du bilan, être sévère serait une preuve d’hypocrisie tant Van Halen nous en a filé pour notre grade.

David Lee Roth (Van Halen), showman parmi les showmen (photo : Tim Snow)

A commencer par David Lee Roth, showman parmi les showmen dont on oubliera très vite ses allures de gigolo sur le tard. Il est en mouvement constant. On lui couperait les jambes qu’il continuerait à bondir, à gesticuler. Il y a bien sûr toutes ses danses façon cabaret. Mais aussi ses passes d’arts martiaux. Tout particulièrement pendant « Everybody Wants Some » – avant laquelle il nous avait relaté, avec humour, sa trépidante vie sexuelle dans les années 80 alors que maintenant personne ne voudrait de sa sex-tape – pendant laquelle il aura fait tournoyer en expert une barre métallique comme dans un film de kung-fu.

Pur entertainer, vrai clown, pendant « Somebody Get Me A Doctor » il part ausculter Wolfgang puis Eddie, se servant de son micro comme d’un stéthoscope. Encore avec son micro plus tard, avant « Hot For Teacher », où, vêtu d’une gabardine bleue, il s’approche des premiers rangs (mais aussi de la caméra en même temps, afin que toute la salle en profite sur l’écran géant) et il nous propose, sacré vicieux, un bonbon qu’il cacherait sous son manteau, qu’il ouvre brusquement pour nous dévoiler un micro, symbole phallique s’il en est.

Sur « Ice Cream Man », il est presque à l’opposé de cela mais toujours fascinant. Seul sur la scène, avec sa guitare acoustique, il grattouille indolemment quelques accords en nous parlant de ses chiens de berger avec justement des images diffusées sur l’écran géant où on le voit, lui, David, dresser ses chiens. Et cette scène rupestre ne jure pas du tout avec le reste du show, n’a pas l’air si décalée. Car même s’il doit faire ça sur chaque date de cette tournée, on dirait qu’il nous en parle pour la première fois, comme s’il nous faisait une confidence sur une des facettes de sa vie, plaisantant sur le rameutage de cheerleaders avec ses chiens. Et puis enfin, la chanson démarre telle qu’on la connaît ; David Lee Roth récupère sa casquette de crooner et ce petit air de blues fait disparaître le noir et blanc des images diffusées depuis le début au profit d’images en couleur.

Ce qu’on pouvait voir sur l’écran géant quand David Lee Roth nous parlait de ses chiens.

En bref, Van Halen n’aurait pas pu revenir sans David Lee Roth. Il en fait tellement sur scène. Même si parfois il se permet de faire partir son chant dans une autre direction que ce que le reste du groupe joue, il n’a jamais de mal à rattraper la ligne principale de la chanson. Et son jeu de scène est incroyablement riche ! On pourrait encore en parler, vous dire qu’il joue avec sa guitare comme avec une batte de base-ball, nous mimant même le trajet de la balle imaginaire qu’il aurait frappé, et bien d’autres choses. Sachez au moins, encore, que malgré les brouilles qu’il a pu y avoir entre les Van Halen et Roth par le passé, on a quand même vu Eddie sourire plus d’une fois aux facéties du chanteur et on ne nous fera pas dire ou croire que ce n’était qu’un sourire de façade.

On pourrait presque s’arrêter là car vous avez sans doute compris à quel point ce fut un très bon concert. Mais on ne peut pas se contenter de ne parler que de Roth, le groupe s’appelle quand même Van Halen et trois autres gars sont là, sur scène, qui portent ce nom. Justement, le plus jeune d’entre eux, celui qui doit prouver au monde qu’il n’est pas que le fils à papa et qu’il a mérité l’ancien poste de Michael Anthony : Wolfgang. On s’en était déjà aperçu sur album, le p’tit gars a de qui tenir et il a certainement un talent indéniable pour chatouiller les cordes. Mais pas que. Déjà quand on l’entend faire les backing-vocals, on sent qu’il apporte, avec sa voix légèrement plus aiguë que celle de Roth, un petit quelque chose à ce niveau. Wolfie fait aussi en sorte d’exister sur scène et, même si aucun n’aura autant bougé que le chanteur, il aura pris soin d’être toujours en mouvement, jamais à la même place, montant fréquemment sur l’estrade, se plaçant à côté ou derrière la batterie. Il est peut-être un peu trop tôt pour l’affirmer, mais il a très probablement les moyens de se faire un prénom le jour où son oncle et son père devront raccrocher.

David Lee Roth et Eddie Van Halen : le plaisir d’être de retour sur scène. (photo : Tim Snow)

Mais parlons-en maintenant de ces aînés. Mais pas trop d’Alex, en fait, qui derrière sa batterie, déjà surélevée, mais aussi plus haute que lui, nous a été entièrement caché. Et avec les gars qu’il y avaient sur le devant de la scène, on a eu du mal à vraiment faire attention à ce qui se trouvait au fond. Mais justement, le plus souvent, quand on ne fait pas trop attention au batteur, c’est qu’il fait, à n’en pas douter, les choses bien. Heureusement qu’il y aura tout de même eu le sacro-saint solo de batterie, calé entre « Pretty Woman » et « You Really Got Me », pour qu’il soit mis en avant. Et ce fut de manière originale. Alors que généralement, dans ces instants, le batteur doit se démener pour prouver sa musicalité sur son instrument et sans le moindre accompagnement (le principe même du solo, quoi), Alex était accompagné d’une bande, un petit air de samba, sur lequel il a brodé pendant pendant quelques minutes des rythmiques latines et jazz. Une belle démonstration de son talent.

Enfin, oui, il y a le guitar-hero dans toute sa splendeur : monsieur Eddie Van Halen. Alors qu’il y a moins de dix ans, certains n’auraient pas trop parié sur son avenir, notamment à la fin de la dernière période Hagar, quand ses problèmes d’alcool ont fortement terni sa gloire, aujourd’hui, cette période est bien loin derrière. Eddie a encore de la dynamite dans les doigts et lui et sa plus vieille compagne ont fait des étincelles. A aucun moment nous n’aurions pu lui reprocher d’être à côté de ses pompes, d’en faire trop ou pas assez, il était juste, il était le Eddie Van Halen au talent incroyable qu’on a aimé dès le premier album. Même dans les passages un peu plus calmes du concert (en presque deux heures de show et avec une bonne vingtaine de titres, ça ne peut pas être une folle grimpée en permanence), Eddie savait toujours avec ses solos rendre unique chaque chanson.

Il y avait aussi cette complicité avec son fils qui faisait plaisir à voir, notamment quand ils faisaient ensemble les chœurs sur le même micro, dans un tête-à-tête père-fils, chacun souriant. Mais, par dessus tout, il y a ce moment, qu’on attend tous : « Eruption ». Comment dire ? Mon cœur s’emballe rien que d’y repenser. Pendant les quelques minutes (combien ? je ne sais pas) de ce solo emblématique, on se prend la tête à deux mains, la mâchoire tombante, et on n’ose y croire. Il commence tranquillement, assis sur les marches du podium et il fait courir ses doigts sur les cordes, les tire, les frappe, avec une aisance, une nonchalance… Et on voit tout ça de près grâce aux écrans géants, et en couleur. Tout ce qu’il fait, ce que d’autres feraient probablement en jouant comme des forcenés sur leurs pédales de distorsions, lui, ne le fait que du bout des doigts. Il se lève, va régler différemment ses pédales et continue. On croit reconnaître le « Cathedral » de Diver Down (1982) au milieu de tout ça, tandis qu’il joue en même temps sur les potentiomètres…

Mais pourquoi tout expliquer ? C’est à vivre. On pourrait encore y passer un temps fou mais pourquoi vous ennuyer plus longtemps avec des détails : il est clair qu’on en a pris plein la tronche du début à la fin. Le groupe n’a même pas marqué de pause pour jouer le jeu des rappels (on quitte la scène, on se fait désirer, on joue deux morceaux, au revoir). En fait, pendant « Every Wants Some », soit après seulement six morceaux, le groupe s’était amusé à s’arrêter net : silence, on calme les jeux de lumières, et le public est devenu fou, hurlant, en demandant encore. Par conséquent, tout le reste du concert a pu être vécu comme une suite de rappels, encore et encore. Et pour finir, on fait tout sauter, « Jump », explosion de confettis. Le groupe nous salue. Ils ont eu le sourire toute la soirée, nous, nous avons des souvenirs pour longtemps.

En partant, dans la voiture, on branche la radio et on en parle déjà sur les ondes, on ré-entend ces chansons qui nous ont fait remuer comme des électrons, on entend les premiers témoignages à l’antenne : ouais, on n’était pas les seuls à avoir eu notre dose, une sacré dose. On en aura dit des choses sur Van Halen en 2011. Mais en 2012, on ne pourra pas dire qu’ils n’auront pas marqué l’année.

Setlist de Van Halen :

Unchained
Runnin’ With the Devil
She’s The Woman
Romeo Delight
Tattoo
Everybody Wants Some!!
Somebody Get Me A Doctor
China Town
Hear About It Later
Oh, Pretty Woman
You Really Got Me
The Trouble with Never
Dance The Night Away
I’ll Wait
Hot For Teacher
Women In Love
Outta Love Again
Beautiful Girls
Ice Cream Man
(John Brim cover)
Panama
Eruption
Ain’t Talkin’ ‘Bout Love
Jump

Merci au photographe Tim Snow et à l’organisateur de spectacles Evenko pour les photos illustrant ce reportage.



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  • raskholnikov dit :

    Vous n’avez pas pu faire quelques petites vidéo à up sur youtube, daily ? 😀
    Bande de radins, de pingres , de pinces, d’avares, de mangeurs de coquillettes sans beurre ni fromage, etc.

    [Reply]

  • Très bon live-report. On aurait aimé être avec vous pour le vivre. Ne reste plus qu’à espérer qu’ils viennent en Europe et notamment en France.

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  • Cf. les deux photos : j’ignorais que Klaus Kinski chantait dans un groupe de hard.

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  • Chers amis, une minuscule coquille, due certaines à l’intense fatigue de l’équipe ô combien dévouée: à la dernière ligne de l’intro « Province » et pas « Porvince »

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