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Chronique   

Vandenberg – 2020


Le groupe Vandenberg n’avait pas proposé de nouvelle musique depuis 1985 et l’album Alibi. Le groupe s’est en effet dissous quand Adrian Vandenberg a rejoint Whitesnake en 1987. Après une dernière collaboration avec David Coverdale sur l’album Restless Heart en 1997, le musicien a troqué sa guitare pour un pinceau et s’est consacré à la peinture. Ceux qui étaient désireux de profiter des prouesses du guitariste ont dû attendre 2013 et le projet Moonkings, fortement influencé par le blues et le classic rock, avant qu’il ne décide cette année de revenir à une musique plus hargneuse et nerveuse. Il s’agissait pour cela de former un line-up inédit digne d’évoluer sous le nom iconique de Vandenberg. De fait, seul le réemploi du nom Vandenberg rattache le projet à sa première incarnation des années 80. Adrian a sollicité le chanteur Ronnie Romero (décidément en vogue chez les gros calibres du hard rock : Ritchie Blackmore, Leo Leoni, Michael Schenker…), le bassiste Randy Van Der Elsen et le batteur Koen Herfst pour constituer un tout nouveau groupe. En somme, Vandenberg veut faire du vieux avec du neuf avec un album intitulé 2020, tout un symbole.

La revisite du classique « Burning Heart » avait pour fonction de présenter le nouveau line-up et de dévoiler le dépoussiérage sonore du rock de Vandenberg. De quoi apprécier l’alchimie entre l’écriture d’Adrian et les lignes de chant de Ronnie Romero, plus mordantes et passionnées que celles de Bert Heerink, le chanteur originel. Si l’exercice a pu déstabiliser certains fans de la première heure, la réussite a été telle que « Burning Heart » figure sur 2020 alors qu’il ne devait constituer qu’une introduction à la nouvelle formation Vandenberg. Les premières secondes de 2020 laissent constater l’adéquation entre les dires d’Adrian et sa musique : les guitares de « Shadows Of The Night » sont tranchantes et endiablées. Le titre amène inévitablement à dresser des parallèles avec Whitesnake mais aussi Deep Purple et Rainbow (le riff principal donne l’impression d’avoir directement été emprunté à Ritchie Blackmore), et ravira les amateurs de hard rock à l’ancienne. Le timbre aigu et le phrasé élancé de Ronnie Romero semblent sortis tout droit de l’époque faste du genre, le chanteur ayant été biberonné aux mimiques vocales de Ronnie James Dio et David Coverdale (particulièrement flagrant sur le refrain au binaire appuyé de « Shout » et sur l’intro de « Shitstorm »). « Freight Train » ne lève pas le pied et permet d’apprécier le sens du groove d’Adrian qui se veut émule de Malcolm Young, tandis que Ronnie met en pratique l’expérience acquise avec CoreLeoni au moyen d’une ligne de refrain terriblement entraînante. Le goût pour les articulations rythmiques chiadées se perçoit davantage sur « Hell And High Water », titre qui se démarque par l’aisance de Ronnie Romero à produire des lignes de chant plus audacieuses. Il y a là encore une parenté évidente avec Rainbow, et en particulier le classique « Stargazer », qui semble par moments carrément tourner à l’hommage. Si l’efficacité du riffing de Vandenberg n’est plus vraiment à démontrer, on peut se réjouir de sa volonté d’embrasser complètement ses origines jusqu’à proposer des arpèges de power-ballade, évitant soigneusement de tomber dans le kitsch, à l’instar de « Let It Rain » ou du trompeur « Skyfall », véritable denrée rare aujourd’hui.

Vandenberg ne réussit peut-être pas exactement à « ancrer sa musique » dans notre époque comme le voulait Adrian, si ce n’est par une production impeccable et puissante. Mais c’est justement parce que l’opus 2020 est hors du temps qu’il mérite de l’attention. L’album a un cachet old-school inestimable, sans jamais être forcé, car le guitariste a réellement parcouru les années 80 à l’inverse de nombreux groupes s’évertuant à revivre des années qu’ils fantasment. Le crunch de la guitare, les accents de voix et la rondeur de la basse sont des éléments d’un autre âge, ils donnent tout son charme à un titre tel que « Shitstorm », mais il faut le talent de songwriting d’Adrian et l’interprétation de Ronnie Romero pour vraiment le faire vivre et lui donner toute son énergie. Notons que la musique de Vandenberg est tout aussi efficace lorsqu’elle privilégie les rythmiques plus lentes : le riffing mid-tempo de « Skyfall » fonctionne autant, si ce n’est plus, que les escapades fougueuses de « Light Up The Sky » (et son riff à la « Bad Boys » de Whitesnake…).

Vandenberg a beau intituler sa nouvelle œuvre 2020, il est une porte vers le passé. Sans pour autant se montrer passéiste. Car le Vandenberg de 2020 est bien différent de celui de 1982, affranchi de l’étiquette sonore « eighties » et foncièrement plus hard, en puisant dans la carrière ultérieure d’Adrian Vandenberg et grâce au duo détonnant qu’il forme avec Ronnie Romero. On comprend aisément que le guitariste ne désirait relancer Vandenberg qu’à condition d’avoir un chanteur exceptionnel pour ne pas avoir l’air d’un dinosaure apathique : c’est une réussite. Les deux musiciens ont certes du mal à dissimuler les renvois à leurs expériences et influences passées, mais l’entreprise est d’une telle sincérité et légitimité que l’ensemble fonctionne, remarquablement.

Lyric vidéo de la chanson « Freight Train » :

Chanson « Shadows Of The Night » :

Chanson « Burning Heart – 2020 » :

Album 2020, sortie le 29 mai 2020 via Mascot Records. Disponible à l’achat ici



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  • La dernière collaboration d’ Adrian Vandenberg avec Whitesnake est en fait le live acoustique « Starkers in Tokyo » sorti en septembre 97.Très bon album.

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    Spaceman

    En effet, mais c’est la même année et ça fait partie du même cycle que Restless Heart 🙂

    Pat

    Exact, c’est la même séquence , le projet s’étant réalise suite à une invitation des studios japonais d’EMI. Restless Heart contient aussi quelques pépites ! 🙂

  • Oliver Twisted dit :

    Ce chanteur à un timbre très proche de celui au regretté Steeve Lee !! C’est bluffant, on comprend pourquoi Leo Leoni l’a choisi…

    [Reply]

    Spaceman

    Exact ! Dommage qu’il ait quitté CoreLeoni… Mais apparemment il aurait voulu pour la suite faire de la compo originale et arrêter les reprises de Gotthard.

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