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Interview   

Vektor : l’art et la science


David DiSanto - Vektor 2016C’est littéralement au saut du lit que nous avons joint David DiSanto, chanteur-guitariste et leader du groupe Vektor, pour nous parler de son nouvel album, le conceptuel Terminal Redux (en écoute intégrale depuis quelques heures). La veille, le musicien était allé faire une petite virée avec son épouse au Kung Fu Necktie, un petit club de Philadelphie où jouait le groupe de black metal Absu. « C’était génial ! » nous raconte-t-il. « Ceci dit, c’était un minuscule club bondé et tout le monde se fracassait les uns contre les autres, et il y avait de gros costauds qui nous tombaient dessus et nous écrasaient les pieds. » DiSanto pourtant semble tenir la forme à l’autre bout du fil, frais comme un gardon.

Le temps de préparer une petite tasse de café et le voilà fin prêt à passer la prochaine heure à échanger avec nous. Au programme, naturellement, on parle science et science-fiction, thèmes inséparables de Vektor, et de l’imposant défi qu’il s’est donné en concevant un album conceptuel poussé, dont le récit à de quoi rendre jaloux n’importe quel scénariste Hollywoodien, mêlant des thèmes divers sur fond de voyage interstellaire et de dystopie, avec une certaine profondeur philosophique. Ainsi Vektor continue de renouveler un genre, le thrash metal, qui s’enlise peut-être un peu trop dans un mouvement revival qui peine à séduire DiSanto qui, lui, indépendamment des considérations de style, recherche avant tout l’art original.

Vektor 2016

« La plupart de nos chansons sont pas mal philosophiques et métaphoriques. A mon avis, une bonne œuvre de science-fiction se doit de renvoyer à la société actuelle. »

Radio Metal : La musique de Vektor a toujours eu une sorte de ligne directrice pour ce qui est des thématiques. Penses-tu du coup qu’il était temps de développer ça dans un concept ?

David DiSanto (chant & guitare) : Ouais, ça fait un certain temps dans le groupe que nous nous disons que ce serait sympa de le faire. Après que nous ayons terminé Outer Isolation, j’ai commencé à avoir ces grandes idées à propos de quoi parlerait le concept, comme les histoires d’équilibre et de contrôle et ce genre de chose. Donc ouais, il était temps.

Certains des sujets principaux abordés par les albums précédents sont la science, l’astronomie, la science-fiction et les sociétés dystopiennes. Et tout ceci, on le retrouve dans Terminal Redux. Dirais-tu que cette histoire résume vos deux premiers albums ?

Il est clair que ce sont les mêmes genres de thèmes mais l’histoire elle-même est unique. Le seul lien qu’elle possède avec les albums précédents c’est qu’elle commence… En gros, dans la chanson éponyme d’Outer Isolation, il y a un astronaute solitaire et il n’est jamais vraiment expliqué pourquoi il est là, ce qu’il fait, ce qui lui arrive. Donc le concept part de cette chanson et explique ce que cet astronaute solitaire fait là-dehors et où il va. C’est ainsi que l’inspiration m’a frappé, sans doute parce que la fin de cette chanson est très ouverte. La plupart de nos autres chansons se concluent bien mieux que celle-ci.

Songeais-tu déjà à l’époque où tu as fait cette chanson à peut-être la développer dans un album conceptuel ? Car, en fait, elle se trouve à la fin de l’album, donc ça donne l’impression que le lien était prémédité…

Ouais mais je n’ai pas fait exprès. En réalité, la signification de cette chanson a changé pour moi, personnellement, depuis le moment où je l’ai écrite. Lorsque j’ai écrit « Outer Isolation », je me sentais un peu à l’écart du monde, renfermé ou quelque chose comme ça. Mais ensuite, à mesure que le concept prenait forme, la chanson a pris un tout autre sens. Je trouve ça génial lorsque, suivant où tu en es dans ta vie, le sens de certaines chansons diffère.

L’espace est partout chez Vektor, du visuel jusqu’aux thèmes et même les atmosphères de votre musique. D’où vient cette fascination pour l’espace, l’astrophysique, l’astronomie et plus généralement la science et la science-fiction ?

C’est un intérêt personnel que j’ai. En fait, depuis que je suis gamin, mon père me montrait plein de films dingues de science-fiction et d’horreur, des films que la plupart des parents ne laisseraient pas leurs enfants regarder [rires]. Mais ouais, pour moi, la nature et la science ont toujours été un hobby. J’ai grandi près d’un lac lorsque j’étais gamin et j’allais toujours attraper des tortues, des serpents et ce genre de choses. Ensuite, en grandissant, je ne sais pas, j’ai toujours conservé cette passion pour la science et ce genre de choses. J’ai vécu dans le Colorado pendant une courte période de temps lorsque j’étais adolescent et le ciel nocturne y est incroyable, tu peux par exemple voir toutes la bande de la Voie Lactée, tu peux voir la galaxie d’Andromède à l’œil nu, c’est un ciel tellement clair et je n’ai jamais vu autant d’étoiles. Je pense que le fait d’avoir vécu là-bas a éveillé ma curiosité et ma passion pour l’astronomie. Le simple fait de voir toutes ces étoiles est réellement remarquable et inspirant.

As-tu un télescope ?

Ouais, j’avais un télescope ! Mais plus maintenant parce que tu ne peux pas vraiment voir les étoiles à Philadelphie [petits rires].

Quelles sont tes références dans le domaine de la science-fiction ?

Pour ma part, ce sont surtout des films. Je ne lis pas tellement de livres de fiction. Mes plus grosses influences sont, tu sais, les classiques, comme les films de Mad Max, les films de Star Wars, Blade Runner, THX 1138… Certains films plus récents comme Moon. Moon est vraiment un bon film.

As-tu d’ailleurs été voir le dernier Star Wars ?

Oui ! Je l’ai trouvé excellent ! Il était clairement très similaire au premier Star Wars mais je l’ai aimé, je l’ai trouvé cool.

Et y a-t-il eu des films qui ont été particulièrement inspirants pour cet album ?

Non. Ce qui se passe lorsque j’écris un album, c’est que j’essaie de me détacher de la plupart des… Désolé, c’est un peu difficile à expliquer. En gros, je créé un vide et je n’ai aucune influence extérieure. Par exemple, je n’écoute pas beaucoup de groupes différents. Si quelque chose venait à m’inspirer, ce serait plutôt en regardant des documentaires scientifiques ou ce genre de choses. Je suppose que l’inspiration pour ce concept s’est faite lentement et peut-être même de façon subconsciente. Lorsque j’avais seize ans, j’ai écouté l’album Hemispheres de Rush et là-dedans, ils disent : « We shall call you Cyrgnus, the God of balance you shall be » (« Nous te nommerons Cygnus, le Dieu de l’équilibre tu seras », NDT). Et ceci a toujours résonné dans ma tête pendant… J’ai trente ans aujourd’hui, donc ça fait pas mal de temps. Mais il y a environ cinq ans, j’ai commencé à faire des petites recherches sur Cygnus, genre les mythes et légendes et tout ça, et c’est vraiment ce qui a fait étinceler l’inspiration pour cet album.

Vektor 2016

« Une grande part de ma vie est passée dans cet album. Ecrire un album conceptuel est super difficile et je ne pense pas que je voudrais retenter l’expérience un jour [rires]. »

Comment as-tu construit toute l’intrigue et le scénario ? Parce que c’est une histoire assez complexe…

Je ne sais pas. Je ne peux pas vraiment l’expliquer [petits rires]. Tout était dans ma tête. J’avais les grandes lignes de l’histoire dans ma tête. Je savais depuis longtemps ce qui allait se passer [dans l’histoire], depuis peut-être quatre ou cinq ans maintenant. C’est juste que ça a pris longtemps à écrire la musique et concrètement mettre mes pensées en musique. Ceci dit, je n’ai même pas écrit les paroles avant peut-être quelques mois seulement avant que nous enregistrions le chant. C’était juste une idée qui s’était installée dans mon esprit pendant tout ce temps. Ce que je fais, c’est que je sais de quoi parleront les chansons lorsque je compose mais, pour une raison ou une autre, j’écris toujours les paroles en dernier. C’est simplement comme ça que j’aime procéder.

D’ailleurs, parfois la musique semble effectivement coller à l’histoire. Par exemple, la première moitié de la chanson « Charging The Void » est sombre et tortueuse, conférant un sentiment de folie et de colère, mais ensuite elle devient plus lumineuse, positive et grandiose avec les mélodies et les chœurs de la seconde moitié. C’était donc fait exprès pour suivre les sentiments du protagoniste ?

Ouais, ça c’est fait exprès. Je sais ce que la chanson est censé faire mais je ne connais pas les mots spécifiquement avant de vraiment commencer à écrire les paroles. Mais pour ce qui est du sentiment renvoyé par la chanson et de son but, c’est prévu dès le départ lorsque je commence à la composer.

Quels symboles doit-on voir derrière les éléments qui constituent cette histoire ?

La plus grosse chose, vraiment, avec Cygnus (le nom de l’empire galactique dans l’histoire, NDLR), c’est que c’est un cygne au sens mythologique qui s’assoie au sommet de l’arbre stellaire. L’arbre stellaire, c’est la bande de la Voie Lactée et dans d’anciens temps, les gens pensaient que c’était une sorte de rivière d’âmes et que le cygne qui la surplombe était le maître de ces âmes. Pour moi, le fait de l’appeler Cygnus et tout ça, ça renvoie à notre place, à notre but dans l’univers ou notre but perçu comme un besoin de contrôler tous les aspects qui entourent notre vie. Et le concept de l’album plonge dans la morale et l’éthique derrière la façon dont nous faisons les choses.

Qualifierais-tu cet album de philosophique ?

Ouais, je le qualifierais ainsi ! [Rires] La plupart de nos chansons sont pas mal philosophiques et métaphoriques. A mon avis, une bonne œuvre de science-fiction se doit de renvoyer à la société actuelle.

Est-ce qu’il pourrait également y avoir un parallèle avec la religion, avec ce protagoniste qui revient presque comme un messie avec le pouvoir de rajeunissement ?

Si les gens veulent le penser, ils le peuvent mais [petits rires] je ne dirais pas ça. Etant un grand et ferme athée, je ne veux mettre aucune forme de Dieu dans notre musique, quelle qu’elle soit. Je méprise la religion [petits rires]. J’ai le sentiment que n’importe quelle personne éduquée devrait pouvoir voir à travers les conneries de n’importe quelle religion et je trouve ahurissant qu’il y ait encore de nos jours des gens qui suivent une religion. Mon sentiment est qu’on aurait dû en avoir fini avec ça aujourd’hui. Et la peur que la religion créée est vraiment ce que je n’aime pas. L’extrémisme et la peur, tout ça c’est pour rien, c’est tellement stupide. Ca fait faire aux gens les choses les plus idiotes qui soient.

Ce protagoniste finit par prendre le contrôle des forces de Cygnus mais se rend compte que le pouvoir n’est qu’une illusion. Est-ce la morale de l’histoire ?

La morale est un peu plus profonde que ça mais c’est… Je ne veux pas le dévoiler [rires]. Je veux que les gens trouvent par eux-mêmes. J’ai le sentiment d’avoir dévoilé une grande part de l’album avec toutes ces interviews mais je n’ai toujours pas dévoilé la fin. Donc je laisse ça aux auditeurs. Mais pour ce qui est du pouvoir qui est une illusion, c’est vraiment dans la condition humaine que de croire que nous pouvons contrôler tout notre entourage. Nous façonnons le monde à notre guise de plein de façon et contrôler la vie ne serait qu’un aspect supplémentaire de ça.

Les chansons « Charging The Void » et « Recharging The Void » semblent relier le début et la fin de l’histoire. Quel est le lien entre ces deux chansons et parties de l’histoire ?

En gros… [Soupir] Mais ça révélerait le concept ! [Rires] Il retourne au même endroit où il trouve la molécule qui offre la vie. C’est tout ce que je veux dire à ce sujet [rires].

Black Future et Outer Isolation contenaient tous les deux des chansons issues de vos trois premières démos. Terminal Redux est donc le premier album avec uniquement des nouvelles chansons. Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

C’était bien ! Parce que je pouvais enfin prendre un nouveau départ sans avoir le sentiment de me raccrocher à quoi que ce soit du passé. Ça fait du bien mais c’était aussi un énorme défi [petits rires] d’écrire cet album. C’est un très gros album. Ca a pris beaucoup de temps. Le fait d’avoir un boulot à plein temps, être occupé avec la vie normale et ensuite écrire cet album, c’était tellement… énorme ! [Rires] La partie la plus difficile était… J’ai eu tellement d’idées pour l’album et il y a probablement quelque chose comme une centaine de versions de chaque chanson. C’était juste un long processus de travail. Ca a pris beaucoup de temps et une grande part de ma vie est passée dans cet album. Ecrire un album conceptuel est super difficile et je ne pense pas que je voudrais retenter l’expérience un jour [rires]. Mais effectivement, c’était libérateur de ne pas avoir quelque bagage que ce soit du passé. Il n’y a qu’une chanson que nous n’avons pas réenregistrée et c’est « Moonbase » de Demolition mais nous ne ferons pas cette chanson. Nous en avons terminé avec les vieilles chansons [petits rires]. A partir de maintenant nous nous contenterons d’avancer.

Vektor - Terminal Redux

« Lorsque j’écris les chansons, j’essaie un peu d’oublier toutes les idées préconçues liées aux genres, surtout sur ce que doit être le thrash, car autrement c’est très limitant. »

Pourquoi n’avez-vous jamais réenregistré cette chanson ?

A l’époque, je la trouvait bien comme elle était et puis, en vieillissant, je n’aimais plus tellement cette chanson, donc [rires]… Je sais qu’il y a plein de gens qui l’aiment vraiment mais, tu sais, ils peuvent l’écouter sur Demolition s’ils veulent l’entendre.

Etant le premier album avec uniquement de la matière neuve, penses-tu qu’il représente mieux le groupe aujourd’hui ?

Ouais, c’est notre évolution qui se poursuit. Notre son va toujours de l’avant et continu à étendre les frontières du… thrash metal, je suppose, mais aussi simplement de notre propre style de metal. Lorsque j’écris les chansons, j’essaie un peu d’oublier toutes les idées préconçues liées aux genres, surtout sur ce que doit être le thrash, car autrement c’est très limitant. Je pense que cet album montre une évolution dans le groupe, allant plus loin dans des directions que nous avons déjà un peu prises par le passé.

Comment as-tu eu l’idée de faire appel à des chanteuses de soul ? C’est assez peu commun dans le metal…

Encore un fois, je ne peux pas vraiment répondre… Peut-être, de façon subconsciente, je… Par exemple, j’écoutais, et j’écoute toujours, des groupes comme Pink Floyd, la Motown et ce genre de trucs, et c’est sympa. J’ai pensé à ajouter les choristes après avoir écrit « Charging The Void », peut-être quelques mois après, ça m’est juste venu comme ça en tête. J’ai eu l’idée du « oh eh, oh eh, oh eh » et c’est parti de là. A Philadelphie, il y a un paquet de petits festivals locaux où il y a des groupes funk et de soul et ce genre de choses. J’ai assisté à l’un d’entre eux. Je travaillais dans un magasin de guitare et nous avons monté un stand dans l’un de ces festivals, et j’ai entendu Naeemah [Z. Maddox] faire ces incroyables chœurs. Donc après qu’elle ait fini de chanter, je suis allé la voir, j’ai pris son contact, je lui ai dit ce que nous essayions de faire avec ça et elle était complètement partante. Voilà à peu près comment c’est arrivé. Peut-être que le fait d’avoir déménagé à Philadelphie a eu une influence là-dessus aussi. Peut-être que je n’aurais pas pensé à faire ça si nous vivions encore en Arizona. Je trouve que ça renforce le côté épique et exaltant de ces parties. Il y a plus de vie dans le chant soul. Je voulais juste y insuffler de la vie et une âme, quelque chose qui capturerait l’essence de ces parties.

Et as-tu une relation particulière à la musique soul ?

[Réfléchit] Non [rires]. En fait, j’aime plein de musiques différentes… Là où je me rapprocherais le plus de ça, ce serait avec de vieux classiques de la Motown. Mais ce n’est pas comme si c’était une influence principale ou quoi que ce soit [petits rires].

Tu fais aussi pour la première fois du chant clair sur « Collapse » et « Recharging The Void ». As-tu ressenti le besoin d’élargir ton expression vocale ?

J’ai toujours été complexé par rapport à mon chant normal et, personnellement, je ne voulais vraiment faire aucun chant clair [rires]. Mais après avoir écrit ces chansons, je savais qu’il fallait que ce soit en chant clair pour coller aux parties. Initialement, j’avais prévu d’essayer de faire un genre de chant black metal rauque monotone mais pour vraiment communiquer le sens et terminer l’histoire, il a fallu que je prenne sur moi et fasse le chant clair [petits rires]. Mais ouais, c’était probablement l’un des moments les plus éprouvants pour mes nerfs, le fait de faire le chant clair, car je ne suis pas à l’aise à faire ça.

Tu dis que tu ne voulais faire aucun chant clair au départ. Qu’est-ce que tu as contre le chant clair ?

Je trouve que ça peut vite devenir tarte si tu le fais mal. C’est pour ça que je n’aime pas beaucoup le power metal, parce que le chant me parait tellement débile et ridicule. Je ne sais pas. Il faut juste que ce soit fait d’une certaine manière. Il y a plein de groupes de black metal qui ont quelques parties en chant clair et j’aime ce genre de style. Et j’aime pas mal de classic rock et autres trucs avec du chant clair. C’est juste que je ne savais pas si je pouvais y arriver sans que ça fasse nunuche ou peu importe. J’ai fait de mon mieux pour pas que ça fasse nunuche et je pense avoir fait un boulot correct [petits rires].

Ça a été un challenge pour toi ?

Non, ce n’était pas… En fait, une fois que j’ai commencé à le faire, ce n’était pas vraiment… Je me suis un peu surpris moi-même, je suppose. Ce n’était pas aussi difficile que je pensais que ce serait [rires]. C’était juste différent et nouveau.

Mais tu n’as pas pris de cours de chant ?

Non. La majeure partie de mon entraînement au chant se passe dans ma voiture [rires]. Je m’entraîne sur n’importe quoi, comme Kill’Em All de Metallica qui est un de mes albums favoris sur lesquels chanter ou Total Devastation de Destruction. Ceux-ci sont probablement mes grands albums par-dessus lesquels chanter mais peu importe ce qui passe, je chante dessus !

Penses-tu que le chant clair soit quelque chose que tu développeras à l’avenir ?

Je ne sais pas. Je ne pense pas que ça deviendra une part importante ou peut-être même que nous ne le ferons plus sur les albums futur, tout dépend où l’inspiration me portera. Je ne sais simplement pas. Là tout de suite, je ne prévois pas d’utiliser le chant clair en tant que technique principale et si j’en fais un peu, ce sera probablement similaire à la façon dont je l’ai fait sur cet album, mais peut-être pas, je ne sais pas.

« Collapse » est en plus la première ballade de Vektor. Peux-tu m’en dire plus sur cette chanson ?

Cette chanson a commencé en tant que… J’ai écrit la première mélodie de guitare au tout début et ça semblait être une partie vraiment triste [petits rires]. La chanson n’a pas arrêté de grandir encore et encore et je savais que je voulais qu’elle soit vers la fin de l’album. Elle exprime vraiment… Bon, le titre le dit mais tout s’effondre, la civilisation et tout ce que le protagoniste a construit. Je voulais capturer cet état d’esprit.

Vektor 2016

« J’aime la musique en tant que forme d’art et pour moi, l’art le plus intéressant, c’est l’art original. C’est pourquoi je préfère les groupes des années 80 aux nouveaux groupes. »

N’as-tu pas peur de voir certains des fans les plus conservateurs mépriser votre évolution parce que maintenant vous avez du chant clair et une ballade dans votre album ?

Oh, ça n’a pas d’importance. Il y aura toujours des gens qui voudront dire de la merde et balancer leur fiel [rires]. C’est comme lorsque nous avons sorti « Ultimate Artificer », tu sais, c’est un titre classique de Vektor et il y avait des gens sur internet qui se disaient en colère parce que nous ne poussions pas notre son plus loin et ce genre de choses. Donc ça n’a pas d’importance ce que tu fais. Si nous n’avions jamais fait de chant clair, des gens se plaindraient pour dire : « Oh, ils ne tentent rien de nouveau. » Et lorsque nous faisons du chant clair… En majorité, tous à qui nous l’avons fait entendre ont vraiment, vraiment aimé. Mais je suis certain qu’il y aura des gens qui seront bizarres et fâchés contre ça pour une raison ou une autre [rires]. Peu importe ce que tu fais en tant que groupe, il y aura toujours des gens qui n’aimeront pas quelque chose.

Quelles ont été tes références en termes d’album conceptuel ?

Je n’en ai pas beaucoup… Je ne sais pas. Les gens n’arrêtent pas de me demander ça et je ne connais pas tant d’albums conceptuels que ça. Mon album conceptuel préféré et l’un de mes albums préféré de tous les temps est Prometheus – The Discipline Of Fire & Demise d’Emperor. C’est vraiment un super album conceptuel. Autrement, je ne sais pas. Je pense que la plupart des albums que j’écoute ne sont pas conceptuels. C’est juste que ça semblait être un truc cool à faire [petits rires].

Tu as une façon assez extrême de chanter. N’as-tu pas peur que ça complique les choses pour les gens qui voudraient suivre l’histoire en écoutant la musique, sans avoir à lire les paroles ?

Ouais. Ceci dit, à la fois… Je ne sais pas, peut-être. C’est rugueux mais j’essaie aussi de prononcer correctement les mots et tout [petits rires]. Peut-être que ça forcera les gens à acheter l’album et lire les paroles. Pour moi, c’est ça toute l’expérience : j’ai toujours aimé avoir un album physique entre mes mains, regarder l’artwork et lire les paroles. J’ai dû beaucoup faire ça avec des groupes comme Sepultura, je ne comprenais rien de ce qu’ils disaient [petits rires] mais une fois que j’ai lu les paroles, ça a rendu toute l’expérience encore meilleure. J’espère simplement que les gens seront suffisamment intrigués par le sens des chansons et liront les paroles, s’ils peuvent les comprendre.

Musicalement, les chansons sont une fois de plus très complexes. Comment ces structures sont-elles élaborées ?

Très lentement [rires]. Comme je l’ai dit plus tôt, j’avais des centaines de versions de chaque chanson et j’ai fini par me débarrasser et jeter énormément de riffs et parties. Mais ce n’est qu’une question de soustraire pour mieux additionner… [Petits rires] La chanson est constamment en train d’être révisée jusqu’à ce que nous l’enregistrions, vraiment.

Es-tu en fait le seul compositeur dans le groupe ?

Effectivement. Je suppose que j’aurais dû dire « la chanson est constamment en train d’être révisée avant que je ne la montre eux autres gars. » [Rires] C’est vraiment ça. Mais ouais, j’écris toutes les chansons et la musique. Je leur donne la structure des chansons et tous les riffs, et ensuite Blake [Anderson] met ses propres parties de batterie là-dessus et en majeure partie, Frank [Chin] écrit ses lignes de basse, à moins que j’aie quelque chose de très spécifique que je veux voir apparaître. Erik [Nelson] écrit ses propres solos de guitare.

N’est-ce pas un peu frustrant pour les autres de ne pas être impliqué dans la composition ?

[Réfléchit] En fait, non ! [Rires] Parce qu’ils aiment vraiment ce que j’écris. Ils ont essayé d’écrire des trucs par le passé et simplement ça ne… Ce n’est pas Vektor, tu vois. Il n’y a pas le son Vektor. Ils sont très contents de simplement écrire leurs propres parties par-dessus ce que j’écris. Tu sais, en fait, ils étaient tous des fans du groupes avant de le rejoindre.

Plus spécifiquement, peux-tu nous parler de ton approche en ce qui concerne les riffs de guitares et le son ?

Nous avons un son très brut, avec simplement la distorsion normale de l’ampli, sans pédale de distorsion. J’utilise un Mesa Boggie Triple Rectifier, Erik utilise une tête EVH 5150 et il n’y a aucune pédale branchée dans ces amplis. C’est juste un bon vieux son de guitare tout ce qu’il y a de plus normal ! [Petits rires] Nous sur-accordons en Fa standard, ce qui donne un plus à notre son, ça le rend davantage unique. Ça sonne très différent de beaucoup d’autres groupes parce que nous accordons un demi-ton plus haut au lieu de sous-accorder. En fait, le principal, ce sont les riffs, tu vois ! Je trouve qu’une chose qui manque dans pas mal de musiques de nos jours, ce sont les bons riffs. C’est pour ça que tous les groupes de thrash des années 80 étaient si bons. C’est comme « Raining Blood », ça c’est un sacré riff de tueur ! J’aime davantage écrire des riffs que des accords et ce genre de choses, même s’il y a pas mal d’accords de dingue dans nos chansons. J’ai tendance à écrire les chansons autour de riffs, si ça a du sens.

Comment t’es venue l’idée de sur-accorder ta guitare d’un demi-ton ?

La raison est assez marrante. Je ne possédais pas d’accordeur lorsque j’ai commencé à écrire nos chansons au début des années 2000. Lorsque j’ai enregistré la première démo, Nucleus, j’ai monté l’accordage avant d’enregistrer parce que les chansons ne sonnaient pas correctement à mes oreilles, et je me suis rendu compte que j’accordais naturellement ma guitare un demi-ton plus haut. Après ça, toutes les chansons semblaient sonner correctement. J’aime le côté plus ferme du son que l’on obtient en accordant un peu plus haut. Et j’avais aussi le sentiment que ça collait mieux avec ma voix. Donc ouais, c’était un heureux accident [rires].

Vektor 2016

« Nous ne faisons pas de la pop, nous ne sommes pas grand public, et donc j’ai l’impression que quiconque nous apprécie a été infecté par notre souche de metal [rires]. Nous sommes la musique qui vous dévore le cerveau ! »

En fait, même si dans le fond Vektor est un groupe de thrash metal, votre style est très original et mélange plein d’éléments, provenant du black metal jusqu’au rock progressif. Du coup, comment le style de Vektor a-t-il été façonné ? Un peu plus tôt, tu disais notamment que tu ne te laissais pas influencé ou inspiré par d’autres groupes…

Bon, il est clair que j’ai des influences provenant d’autres groupes. Lorsque j’ai fondé Vektor, initialement, je voulais juste que ce soit un mélange de Destruction et Voivod mais ensuite, j’ai commencé y ajouter toutes mes autres influences. Ça revient vraiment à balancer un paquet de trucs dans un mixeur et voir ce qui fonctionne. Je pense que ce n’est pas un problème d’avoir des influences mais plein de groupes ne font que directement plagier d’autres groupes et nous ne sommes pas comme ça.

Ce style vous distingue de tous les autres groupes de revival thrash qui ont tendance à renvoyer vers le style des groupes des années 80 plutôt que d’apporter quelque chose de neuf, comme vous le faites. Est-ce important pour vous de pousser le style vers de nouveaux territoires et ne pas simplement répéter d’anciennes gloires ?

Pour ma part, il n’y a pas vraiment de réflexion qui entre en jeu là-dedans. Tout le but de Vektor est d’écrire de la musique que j’ai envie d’entendre. Je n’essaie pas vraiment de faire quoi que ce soit d’autre que d’écrire des chansons et de la musique que j’aimerais écouter.

C’est marrant comme votre musique semble autant avoir l’énergie juvénile et spontanée des groupes de revival thrash, comme Lost Society ou Municiapl Waste, que le côté plus mature et intellectuel de groupes de death metal techniques, tels qu’Atheist ou le Death des dernières années. Te sens-tu proche de ces deux aspects en apparence opposés ?

Ouais. En fait, j’adore Death, Cynic et Atheist. Par contre, je n’aime pas beaucoup de groupes dans le mouvement revival thrash. Ils sont trop basiques. Ils ne m’émeuvent pas [petits rires]. Pour ma part, lorsque j’écris de la musique, je veux qu’elle puisse être un petit peu technique mais il existe des groupes qui poussent la technique bien trop loin, donc j’essaie de maintenir un équilibre entre la technique et le fait de m’assurer que ça envoie et que ce soit divertissant à écouter.

Tu dis souvent que tes groupes de thrash metal préférés sont les vieux groupes. Pourquoi ?

Simplement parce qu’ils écrivaient de meilleures chansons ! Ils sont plus originaux, je trouve. Même parmi le thrash allemand, comme Destruction, Kreator, Sodom, Assassin, tous ces groupes sonnent différemment ! Et ils étaient originaux, même s’ils étaient plus ou moins classés comme étant similaires. Et le thrash de la Bay Area, comme Vio-lence, Exodus, Forbidden, ils étaient tous originaux également. Ils avaient tous leur propre son. Alors que maintenant, une bonne partie des groupes de revival thrash ne font que mélanger le thrash allemand et celui de la Bay Area et on dirait qu’il n’y a aucun but ; dans l’ensemble, il n’y a aucune forme d’art dans le nouveau thrash. Il y a quelques bons groupes qui se sont fait connaître assez récemment, comme Antichrist qui a sorti Forbidden World, ça c’était un très bon album de nouveau thrash. Mais ouais, j’aime la musique en tant que forme d’art et pour moi, l’art le plus intéressant, c’est l’art original. C’est pourquoi je préfère les groupes des années 80 aux nouveaux groupes.

Et penses-tu que tu ramènes de l’originalité dans le thrash avec Vektor ?

Ouais, je le crois… Je l’espère ! [Rires]

Un nom qui revient systématiquement en parlant de Vektor, c’est le groupe canadien Voivod. Quelle est ta relation à ce groupe ?

C’est un de mes groupes préférés depuis que j’ai seize ans. Ça a toujours été une énorme influence mais, à la fois, je n’ai jamais eu l’impression de les plagier. Nous venons d’ailleurs de faire une tournée avec eux. Ils nous ont demandé de partir sur les routes avec eux. C’était une expérience incroyable. C’était cool de jouer tous les soirs avec mes idoles musicales, et ce sont tous de super types. Il n’y a pas un autre groupe au monde qui sonne comme Voivod. Pour moi, c’est ça le truc le plus génial à propos de Voivod : il est unique en son genre !

Tu as expliqué le nom du groupe en renvoyant à la définition biologique du terme « vecteur », en disant que vous étiez les porteurs d’une musique malade. Qu’est-ce que ça signifie ?

Que nous sommes différents. Nous ne faisons pas de la pop, nous ne sommes pas grand public, et donc j’ai l’impression que quiconque nous apprécie a été infecté par notre souche de metal [rires]. Nous sommes la musique qui vous dévore le cerveau !

Tu as mentionné le fait que vous ayez déménagé d’Arizona pour aller à Philadelphie. Est-ce que tout le groupe a déménagé ?

Ouais. L’Arizona, c’est une grande étendue suburbaine et c’était vraiment ennuyeux et il faisait super chaud au milieu de ce désert. Nous avions beaucoup tourné sur la côté ouest et nous voulions accroître notre communauté de fans sur la côte est, et Philadelphie est la ville parfaite : en plein milieu d’un paquet d’autres grandes villes comme New York et Baltimore. C’est donc un bon endroit où se baser pour lancer de petites tournées les week-ends et ce genre de choses pour commencer à avoir plus de fans sur la côte est. En plus, c’est une ville où on s’éclate et nous y avions déjà quelques amis, donc ça a pas mal facilité le déménagement.

Mais n’est-ce pas trop différent de l’Arizona ?

Oh, ouais mais c’est ce que nous voulions [rires].

N’aviez-vous aucun attachement personnel avec l’Arizona ?

Pas moi, non. En fait, je suis né dans le New Jersey et j’ai bougé un peu partout dans tous les états quand j’étais gamin, simplement parce que mon père était dans le bâtiment et allait là où le boulot se trouvait. Donc j’ai vécu dans plusieurs endroits en grandissant et j’ai seulement été en Arizona pendant une dizaine d’années, de dix-neuf à vingt-neuf ans, donc je n’ai pas vraiment d’attachement personnel avec l’Arizona. Pour ce qui est des autres gars, Frank et Blake, ça ne leur manque pas, même s’ils y ont grandi. Erik y a grandi aussi et ça lui manque vraiment par contre.

Terminal Redux a un gros potentiel pour devenir un film. As-tu déjà songé à vendre le scénario à Hollywood ? [Petits rires]

Ouais, tu connais quelqu’un ? [Petits rires]

Non…

[Rires] Mince ! En fait, j’y ai aussi pensé. Je trouvais que ça ferait un super film. Donc tiens-moi au courant si jamais tu as des contacts à Hollywood !

En fait, si on regarde les films qui sont faits aujourd’hui, ce sont surtout des reboots, des remakes, des suites, des préquelles, etc. pour des films existants…

Exact. Il n’y a pas beaucoup de nouvelles idées qui sortent. C’est pourquoi je vais aller voir le nouveau film de [Keegan-Michael] Key et [Jordan] Peele parce qu’il a l’air excellent et c’est une histoire originale [rires].

Interview réalisée par téléphone le 30 avril 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

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  • Thrashmaniac dit :

    Pas mal cette interview ! J’aime beaucoup la personnalité de David Disanto. Ce groupe commence à ce faire une sacrée réputation, et en continuant comme ça Vektor aura surement un très bel avenir !

    [Reply]

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