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Interview   

Venom Inc. : Demolition Man apporte la lumière


Venom Inc., voilà un « nouveau » groupe que ses membres eux-mêmes ne s’attendaient pas à voir surgir. « Nouveau », pas tant que ça, puisqu’il s’agit d’un trio constitué de Mantas, Abaddon et Tony Dolan alias Demolition Man, le noyau dur de Venom de 1988 à 1992, dont deux des trois membres fondateurs d’une des formations qui fut l’une des plus influentes pour le metal extrême. Et tout est parti d’un événement à caractère exceptionnel qui n’était pas voué à se répéter. Mais le trio a finalement pris les choses comme elles venaient, sans trop se poser de questions, franchissant les étapes à mesure que les portes s’ouvraient. Certes, ils ont dû essuyer des critiques, autant de la part de certains fans méfiants que de l’autre camp, le Venom de Cronos toujours en activité. Mais sa légitimité, Venom Inc. a fini par la gagner en restant eux-mêmes tout simplement, preuve en est ce premier album Avé.

Car s’il y a bien une chose qui caractérise Tony Dolan, avec qui nous nous sommes entretenus ci-après, c’est bien son capital sympathie – c’est même lui qui nous remerciera chaleureusement, lorsqu’une semaine plus tard, nous le recontactons pour lui poser quelques questions supplémentaires pour compléter l’entretien. Un homme passionné au point de partir dans de très longues tirades à chaque question, s’emportant parfois un peu, souvent faisant preuve d’une certaine sagesse voire de philosophie et délivrant une multitude d’anecdotes, car Dolan ne manque pas d’expérience et de vécu dans la musique, sans même parler de sa carrière d’acteur amorcée en 1995 avec son rôle dans Judge Dredd. Enfin si, en fait on en parle aussi, justement : de sa rencontre avec Sylvester Stallone jusqu’à ses jam avec Russell Crowe, Paul Bettany et Billy Boyd en plein tournage de Master And Commander: The Far Side Of The World.

Bref, beaucoup de sujets à aborder, un interlocuteur très bavard et intéressant, ça ne pouvait donner qu’un entretien extrêmement long mais qui, au moins, va au fond des choses et permet d’en apprendre beaucoup. Et encore : une seconde interview à caractère historique est également prévue dans les semaines/mois qui viennent.

« Un gars a menacé de me flinguer en Amérique sur une tournée et je l’ai invité au concert ! […] Plutôt que de se retrouver dans une situation à la Dimebag, c’était juste : ‘Viens ! On se voit et on en parle ! Le fait que tu sois aussi passionné, c’est bien ! La musique respire la passion mais tu n’as pas à en faire ressortir de la haine.' »

Venom Inc. a vu le jour lorsque Abaddon vous a rejoint toi et Mantas au festival Keep It True. Mantas et Abaddon ne s’étaient pas parlés en près de vingt ans. Comment es-tu parvenu à concrétiser cette reformation et la poursuivre ensuite en tant que Venom Inc. ?

C’était assez étrange parce que lorsque Oliver Weinsheimer m’a demandé : s’il programmait M:Pire Of Evil pour le Keep It True et qu’Abaddon était là, quelles seraient les chances que je puisse le faire monter sur scène et que nous puissions jouer quelques chansons de Venom ? Et tu sais, Venom a toujours été un crash de voiture sur le point de se produire [petits rires], donc je pensais que ce ne serait peut-être pas possible. Quoi qu’il en soit, il m’a imploré et a dit : « Ecoute, c’est juste pour deux milles fans, s’il te plaît, rien qu’un truc exceptionnel ! » Donc j’ai dit : « Ok, je demanderai. » Et il a dit : « Mais tu pourrais permettre que ça se fasse, je sais que tu le pourrais ! » Donc j’ai parlé à Mantas qui a simplement dit « non ! » point barre [petits rires]. Et ensuite j’ai parlé à Abaddon qui a dit « oui ». Donc je suis retourné vers Mantas et je lui ai expliqué, et je pense que sa réaction initiale venait du fait que nous travaillions très dur avec M:Pire Of Evil et qu’il ne voyait pas Abaddon comme étant le genre de batteur que nous pourrions utiliser dans le groupe. Mais j’ai dit : « Non, ce n’est pas pour que nous formions un groupe. C’est juste pour une surprise, une partie avec un invité, comme ça te chante, juste à jouer quelques classiques de Venom pour le public, rien que pour s’amuser. » Et donc une fois que j’ai expliqué ça, il a accepté. Et j’ai dit : « On doit jouer comme nous l’aurions fait à l’époque et non comme maintenant. On se laisse aller, on libère la bête en nous, on joue avec passion et on s’éclate, tout simplement. » Et c’est donc ce que nous avons fait ! Jeff [Jeffrey Dunn alias Mantas] et moi avons été en tournée, nous n’avons pas répété tous ensemble, nous avons juste choisi les chansons que nous voulions faire et ensuite nous avons tous pris l’avion et nous sommes rencontrés le jour-même où nous devions jouer. Donc c’était comme : « Hey, comment tu vas ? Tout va bien ? Oh, super. Ok, on y va ! » [Petits rires] Nous y sommes allés et c’était comme si le temps n’était pas passé ! Et ensuite, lorsque nous avons joué, nous avons joué en tant que M:Pire Of Evil et puis nous nous sommes arrêtés, nous avons changé de batteur et Abaddon est arrivé. Toute l’atmosphère a changé. Et à l’instant où nous avons commencé à jouer, il y avait un drôle de feeling, je ne sais pas ce que c’était, ça paraissait juste différent. Et lorsque nous sommes descendus de scène, nous étions un peu choqués par tout le truc.

Ensuite j’ai été sur internet, les gens ont commencé à me contacter, demandant de venir jouer ici et là, si nous tournions, et maintenant on fait ci, et maintenant on enregistre… C’était genre : « Attend, non, non ! On n’est pas vraiment un groupe ! On a juste fait ce truc pour s’amuser ! » Et ça n’a pas arrêté de déferler depuis lors. Nous ne nous sommes pas posé de question sur la chose ou sur nous, nous avons juste pensé : « Pourquoi pas ? Pourquoi on ne continuerait pas à s’amuser et voir ce qu’il se passe ? » Je suppose qu’au fond, nous pensions peut-être que nous tournerions dans le monde, mais nous ne pensions pas que nous irions en Chine, au Japon, en Amérique du Sud, partout, et maintenant nous allons sur notre quatrième tournée en Amérique, nous nous sommes dit que nous tournerions sans doute partout, les gens entendraient un paquet de chansons que nous aimions et ensuite ce serait tout. Mais ça n’a pas fonctionné comme ça. Les fans ont encouragé la chose depuis le début, et là ils nous ont également poussés à faire un album [petits rires]. Donc c’est un peu un choc pour nous ! Nous essayons encore de saisir ce qu’il se passe, mais nous ne nous posons pas de question, nous ne planifions rien. Nous faisons avec les choses comme elles viennent et c’est assez libérateur de pouvoir faire ça.

Pourquoi avoir choisi pour nom de groupe Venom Inc., avec le logo original, alors que le Venom actuel est toujours actif ? Je veux dire, n’avez-vous pas été inquiets au départ que ça puisse embrouiller les gens ou même créer un conflit avec Cronos ?

Oui, c’est une question légitime à poser, et j’étais inquiet. Car ils voulaient que nous fassions des t-shirt Venom à vendre au Keep It True et j’ai dit : « On ne fait pas des concerts de Venom, parce qu’on n’est pas Venom, car Venom est toujours actif. » Donc ils ont pris ça en considération : « Bon mais nous voulons avoir quelque chose avec vous. » Donc ils se sont dits qu’ils voulaient un pentagramme, donc j’ai mis un slogan à l’arrière « keep it true, keep it real », en ensuite Abaddon a dit : « Bon, je veux utiliser mon logo. » Car c’est lui qui a conçu le logo et il est partagé par tout le monde, donc personne n’a de droit exclusif dessus. J’ai pensé : « Ça va créer des problèmes. » Donc je suis parti essayer de réfléchir à une reformulation de l’intitulé et Mantas a trouvé Iron & Steel, la phrase de « Die Hard ». Donc j’ai dit : « Ok, on pourrait prendre ton logo mais on ne peut pas juste appeler ça Venom parce que ce serait fou. » Je ne voulais pas faire ça pour toutes les raisons que tu viens d’énoncer : la confusion, les conflits et tout. Donc nous réfléchissions au titre et j’ai dit : « Ecoutez, on n’est pas en train d’arrêter M:Pire Of Evil, Abaddon a son truc solo, Jeff fait son projet Dryll et parfois je travaille toujours en tant qu’Atomkraft… Ecoutez, en gros, nous incorporons tout sous cette bannière. » Et alors c’était tout trouvé ! J’ai pensé : « Incorporated ! » D’accord, pourquoi on n’appelle pas ça Venom Incorporated ? Ensuite nous pouvons dire Venom Incorporated – Iron & Steel. Du coup, on a le lien à Venom, tu peux utiliser ton logo mais c’est distinctement différent du logo retravaillé que l’autre groupe utilise, et ça dit Incorporated et ça dit Iron & Steel. » Donc nous sommes partis là-dessus, les designs de t-shirt sont revenus avec juste Venom Inc., et ils ont dit : « Bon, vous savez, Entombed A.D., Damage Inc., etc. donc nous l’avons abrégé. » Donc c’était genre : « D’accord… » Bon, ils avaient imprimé les t-shirt, donc nous sommes partis là-dessus, et voilà tout. Et ensuite l’agent a dit : « Lorsque vous faites des concerts, on veut que vous utilisiez ça et le logo. » Je pensais que ça pourrait poser problème, Mantas était un peu circonspect, Abaddon était catégorique, donc nous avons dit « bon, fait chier, d’accord, on reste sur Venom Inc. – Iron & Steel, ça sépare tout le truc. » Nous nous sommes assurés que toute la presse était au courant de qui nous étions et ce que c’était, et nous sommes partis là-dessus. Très peu de temps après, tout le monde a commencé à dégager le Iron & Steel et à nous appeler simplement Venom Incorporated, et ensuite c’était Venom Inc., et nous voilà maintenant.

Encore une fois, nous n’avons pas particulièrement choisi, ça a été choisi pour nous, d’une certaine façon, et nous avons juste dit « bon, d’accord, c’est comme ça. » Je pense que nous avons réussi à séparer les deux éléments, et ce que nous faisons et ce qu’ils font est distinctivement différent. Oui, il y a des chansons classiques là-dedans mais si Mantas et Abaddon veulent jouer ces chansons qu’ils ont écrites, s’ils veulent les inclure dans le set et si les fans veulent les entendre… Et en gros, ma priorité ce sont les fans, parce que pour moi, ce n’est pas une question de conflit individuel, c’est une question de musique, au bout du compte, et la diplomatie c’est une chose mais tu ne veux pas qu’une personne dicte ce que tu veux écouter ou qui tu veux voir ou peu importe. Et donc ce côté des choses ne m’intéresse pas, donc s’ils veulent se disputer entre eux pour le reste de l’éternité, ils peuvent [petits rires], mais tout ce que je veux faire c’est amener le groupe partout où nous pourrions aller. Donc les gens qui n’ont jamais eu l’occasion de voir le groupe à l’époque peuvent le voir et entendre ces supers chansons. D’accord, ma voix est associée à certaines d’entre elles et ma voix n’est pas associée avec les autres, mais je me suis rendu compte que si des gens qui sont vraiment passionnés par Venom veulent vois tous ces gars, alors ils peuvent. S’ils ne peuvent pas tous les voir en même temps sur la même scène ensemble, ils peuvent certainement les voir en chair et en os, les rencontrer, leur raconter leurs histoires, leur faire signer leurs albums, et pas seulement par l’un d’entre eux mais par tous, et c’est ce qui m’importe. Et c’est pourquoi j’ai dit : « Nous n’allons pas faire que des festivals, nous n’allons pas faire quatre ou cinq concerts à l’année comme l’autre groupe. Si nous n’avons pas de pyrotechnique, si nous n’avons pas de backdrop, je n’en ai rien à foutre ! » Tu sais, lorsque les gens sont assis chez eux et mettent leur casque, ils n’écoutent pas des spectacles pyrotechniques et ils ne regardent pas des backdrops, ils s’impliquent juste dans la musique ! Donc j’ai dit : « Si nous jouons juste avec passion, avec intention et conviction, et que nous donnons tout ce que nous sommes en tant que musiciens sur scène, espérons que la musique sera le principal et transcendera la diplomatie, les piques, les disputes internes ou n’importe connerie de ce genre. » Et c’est ce qui s’est passé ! Et c’est pourquoi nous sommes encore en train de le faire, parce que ça a été encouragé par les fans, complètement ! Et c’est merveilleux ! Et tu peux toujours aller voir l’autre groupe, tu peux toujours entendre le gars qui a chanté « Black Metal » chanter « Black Metal » si ça te dit, et tu peux voir le gars qui l’a composé le jouer et tu peux voir le batteur qui était… Abaddon est toujours Abaddon ! Je trouve ça merveilleux. Et si je dois être frappé avec un bâton parce que je suis sur scène en train de faire ça alors [petits rires], eh bien, qu’il en soit ainsi ! Pour moi, ce qui importe ce sont les fans qui veulent le voir et pas les fans qui ne veulent pas le voir.

« Ils disaient à propos d’aller en Scandinavie : ‘Oh, on a essayé de tourner dans les pays scandinaves mais ce n’était pas bien, personne ne s’est pointé aux concerts !’ Personne ne s’est pointé ? Genre, tu as environ cent personnes : c’est une raison pour ne pas y aller ? […] S’il y a ne serait-ce qu’un fan ce n’est pas une perte de temps, certainement pas ! »

D’ailleurs j’ai lu qu’ « initialement il y a eu des commentaires véhéments contre » vous et que « plein d’attaques sont venues de ‘l’autre’ camp mais aussi de certains fans qui pensaient que [vous faisiez] ça pour l’argent ou que [vous] attaqui[ez] leur icône. » Avez-vous ressenti une pression pour prouver votre légitimité face à ces critiques ?

Non. Je veux dire que je réponds sur les réseaux sociaux parfois si je trouve que les gens se permettent d’être irrespectueux, parce qu’être respectueux est important. J’essaie d’être autant respectueux que possible envers tout le monde, indépendamment de ce que sont mes sentiments personnels. Je pense que les fans n’ont pas besoin d’entendre ça constamment. Disons, peut-être que Phil, Eddie et Lemmy ne s’entendaient pas, peut-être qu’ils se détestaient, peut-être… Disons qu’on ne connaissait pas les histoires mais au bout du compte, lorsqu’ils donnaient un concert, je m’éclatais sur ce qu’ils faisaient ! Donc je ne savais pas que Lemmy avait telle ou telle opinion ou qu’il était plus faible que je ne le pensais, peu importe. Je veux que ce soit magique parce que c’est notre évasion de la vie de tous les jours. Le divertissement, l’art, la lecture, un bon film ou de la super musique, c’est notre échappatoire, c’est notre fantasme où nous pouvons nous lâcher, donc c’est devenu important. Donc lorsque les gens critiquent la musique ou critiquent la prestation ou quoi, eh bien, ça fait partie du jeu. Certaines personnes aiment le café, d’autres le thé, je prends sur moi, ça a toujours été comme ça et ça ne changera pas. Cependant, lorsque qu’ils entrent sur un terrain personnel, lorsque ça touche à quelque chose de personnel, c’est genre : « Non, non, non, tu n’as pas le droit de faire ça. Tu ne connais pas les détails et si tu veux rentrer dans les détails, alors tu dois te préparer à entendre les vérités qui y a là-dedans. » Et juste parce qu’ils veulent deviner les vérités et ne pas les entendre parce que ça ne colle pas avec ce qu’ils pensaient… Eh bien, c’est ça la vie, c’est la dure réalité ! Nous avons tous des fantasmes, et je ne veux pas briser le fantasme de qui que ce soit, mais je ne vais pas non plus me laisser moi ou mes amis se faire démonter par quelqu’un qui a peur de perdre quelque chose.

Un gars a menacé de me flinguer en Amérique sur une tournée et je l’ai invité au concert ! J’ai dit que je paierais pour son billet, il peut venir, rencontrer le groupe et voir le concert, je paierais même pour son taxi, car il ne pouvait pas se le payer ! Plutôt que de se retrouver dans une situation à la Dimebag, c’était juste : « Viens ! On se voit et on en parle ! Le fait que tu sois aussi passionné, c’est bien ! La musique respire la passion mais tu n’as pas à en faire ressortir de la haine. Si tu n’aimes pas, éteins, ne regarde pas, n’écoute pas, ne suit pas si ça te rend autant malade ! » Il faut donc aller au fond des choses qui expliquent pourquoi les gens réagissent comme ça et c’est parce qu’ils sont passionnés et ne veulent pas gâcher l’autre chose qu’ils aiment. Mais je ne vois pas ça et ne l’ai jamais vu comme le fait de gâcher, je vois plutôt ça comme une possibilité d’avoir plus de cette chose qui est bonne. J’aime un monde avec un Venom ! J’aime un monde avec un Sex Pistols ! J’aime le côté anarchiste. D’accord, l’impact maintenant avec les genres et ce qui existe est peut-être moindre qu’en 1980 lorsque c’était là pour choquer le système, mais c’est super, tout ça fait partie du truc ! Ce sont les fans qui importent et s’il y a un fan là-dehors qui veut voir et entendre ce que nous faisons, alors lui ou elle devrait pouvoir le faire ! S’il ne peut pas pour des raisons pratiques, d’accord, mais s’il ne peut pas simplement parce que quelqu’un d’autre n’aime pas, eh bien, tu n’as pas le choix… Si tu ne peux pas boire du café parce que tu n’aimes pas le café, ce n’est pas un problème, ne bois pas de café, mais tu n’as pas le droit de dire à quelqu’un d’autre de ne pas boire du café parce que toi-même tu n’aimes pas ! Je trouve ce genre de chose vraiment dingue ! [Petits rires] Donc je me battrais contre ça. Après, si nous allons à un concert et que tous les fans disent « allez-vous faire foutre, on déteste, » bon, pour commencer il n’y aurait déjà même pas de concert. Donc lorsque nous allons quelque part et qu’il n’y a personne parce que personne n’est intéressé, alors d’accord, nous arrêterons. Mais lorsque nous allons quelque part et qu’il y a plein de fans qui adorent et veulent juste écouter la musique et passer un bon moment, alors pourquoi ne devrions-nous pas le faire ?

Evidemment, dans l’autre camp, il n’aime pas ça parce qu’il avait peur qu’il y ait une compétition et donc il voulait le dénoncer, donc c’était à cause de, je ne sais pas, la jalousie ou une aversion pour les deux autres gars ou moi ou peu importe, donc il s’est trop focalisé là-dessus et, évidemment, il a eu dix ans pour dire aux fans qu’il avait tout inventé, pendant que les deux autres rongeaient leur frein, disant « ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai, » et au final ça a amené à ce qu’il se passe aujourd’hui. Mais encore une fois, ce n’était pas une décision qui a été prise pour faire quoi que ce soit à l’autre incarnation du groupe, pour défier qui que ce soit, pour séparer tout le monde en deux camps pour prendre position, rien de ce genre. Alors que nous faisions tout un tas d’enregistrements, alors que nous étions légitimement Venom, et qu’il s’est échappé pour faire son truc solo, il a ensuite décidé que sans lui ce n’était pas Venom, donc il a enterré tous les enregistrements, il s’est mis en quatre pour s’assurer qu’il n’y ait aucune mention de moi dans les biographies sur lesquelles il est impliqué, que la maison de disques qui possède les enregistrements originaux ne sorte strictement rien sur lequel je figure, bla bla bla bla. Tu sais, je n’ai pas fait la même chose. Je dirais volontiers que lors des séances de dédicaces où tout le monde apportait toute sa discographie de Venom, avec rien où je figure, et les autres gars les signaient, moi je faisais quand même des photos s’ils en voulaient, et quoi qu’il en soit je signerais tout ce qu’ils veulent que je signe et je leur parlerais. Ça ne me fait pas de peine, parce que je veux qu’ils célèbrent le groupe ! Un groupe de mes amis et un groupe que j’aimais vraiment. Et c’est pourquoi je suis ici, et j’ai l’opportunité d’en faire partie, et j’apprécie d’en faire partie, et j’aime faire ce que nous faisons aujourd’hui.

Donc pour ma part, je suppose que j’essaie juste d’adopter toute la chose et les gens n’ont pas à faire de choix. C’est comme, si tu vas dans un magasin de crème glacée et ils n’ont qu’un parfum, tu es obligé de prendre ça si tu veux une crème glacée, mais si tu vas dans un magasin de crème glacée et qu’il y a des dizaines de parfums, tu peux choisir ce que tu veux ! Tu choisis ce que tu aimes ! Tu n’es pas là à dire : « Quelle est celle que je déteste ? Je vais prendre celle-là ! » Tu peux choisir autre chose ! Donc, dans ma façon de penser, plus c’est mieux, et si tu veux tout voir, tu peux tout voir, et si tu veux voir un petit peu, tu peux voir un petit peu, et si tu veux tout écouter, tu peux, et si tu veux en écouter une partie ou rien du tout, tu as toujours cette possibilité. Je trouve que c’est sain !

En fait, Venom Inc., c’est deux tiers du Venom originel qui a créé les classiques Welcome To Hell et Black Metal, alors que le Venom actuel, ce n’est que Cronos. Du coup, dirais-tu que Venom Inc. est en fait plus Venom que le Venom d’aujourd’hui ?

Tu sais, je laisse les autres décider de tout ça. Cronos et son groupe, ça fait désormais quelques albums qu’ils sortent et le premier a eu de bonnes critiques et le second en a eu de meilleures encore, et je pense qu’à ce stade ils se sentaient assez sûrs d’eux, et malheureusement, leur guitariste, en attaquant notre groupe, a qualifié Jeff de pâle imitation et a ensuite dit « il porte même des lunettes sur scène comme un genre de commerçant. » Et ensuite il a fait une interview, dans une vidéo en ligne, où il portait des lunettes, donc, genre, ok, je ne comprends pas bien, ces mecs critiquent mais ne s’écoutent pas parler ! Je pense que ça a beaucoup affecté Jeff et les fans qu’il ait dit ça parce que c’est une preuve d’irrespect envers ces premiers albums. Je ne monte pas sur scène à essayer d’être autre chose que moi-même. Je n’en ai pas besoin. Je ne vois pas les choses ainsi. Donc si les gens aiment, c’est super, s’ils n’aiment pas, c’est bien aussi, tu l’acceptes. Mais je ne veux pas entrer dans ces « ci et ça, etc. » Mais s’ils veulent parler de légitimité, la seule personne qu’ils peuvent attaquer chez nous, c’est moi. Cependant, j’ai été dans le groupe et j’ai fait des albums avec le groupe, donc tu peux m’attaquer uniquement pour le fait de jouer les chansons des premiers albums, mais tout le monde veut les entendre ! Donc si nous jouons en tournée et que les gens veulent entendre ces chansons, pourquoi ne pourrions-nous pas les faire ? Elles ont été écrites par eux trois, majoritairement pas Mantas, si tu lui demandais, et il veut jouer ces chansons, ce sont de bonnes chansons, alors pourquoi pas ? Les fans veulent les entendre, il veut les jouer, nous devrions les jouer.

« Je suis luciférien, je vais vers la lumière, j’aime éclairer les gens, ne pas leur retirer la lumière, ne pas subjuguer leur vie, ne pas les mettre en contradiction avec le monde, mais essayer d’éclairer un petit peu, exposer des choses que peut-être, parfois, on ne voit pas parce qu’on est inondé de savoir à géométrie variable. »

Je suppose que le groupe de Conrad [Conrad Lant alias Cronos] est un peu un genre de groupe solo mais il utilise le nom de Venom, et pourquoi pas ? Ça fait dix ans qu’il le fait parce que nous étions occupés sur d’autres choses. Il l’a utilisé un peu par défaut mais il l’utilisait, et pas de soucis. Mais dire que nous sommes illégitimes n’est pas vrai, évidemment. Il y avait trois personnes impliquées dans ces albums et deux d’entre eux sont dans Venom Inc. [petits rires], donc à toi de tirer tes propres conclusions. Ce n’est pas à moi de rentrer dans ce genre de joutes verbales. Tu sais tout ça va de soi, vraiment. Ça ne veut pas dire que ces trois personnes qui font ces albums ensemble ne sont pas bonnes ou que tous leurs albums ne sont pas bons. Je ne dis pas du tout ça. S’ils peuvent le faire, alors ils ont raison de le faire. Je pense qu’ils ne devraient pas se soucier de nous, ni de dire constamment de mauvaises choses à notre égard. Ils devraient se focaliser sur leurs fans et eux-mêmes. Ils devraient jouer autant de concerts que possible et faire autant de musique que possible. Parce qu’au bout du compte, c’est tout ce qui intéresse les fans, vraiment. Donc ils devraient détourner leur attention de nous parce que c’est ce que nous faisons. Je suis déterminé à ne pas me focaliser sur ce qu’ils font, quoi que ça puisse être, et à me focaliser sur ce que nous faisons. Et les distinctions sont assez évidentes entre nos deux groupes. Il n’est pas nécessaire d’en faire une guerre ou une compétition. Si c’est ce qu’ils veulent, alors je suis toujours partant pour la guerre et les gars s’en fichent, mais ce n’est pas nécessaire. Moins de conflits et plus de divertissement.

D’un autre côté, avec le succès que vous récoltez en tant que Venom Inc., ne crois-tu pas que ça peut mettre la pression sur l’autre Venom pour être à la hauteur ?

Tu sais, ce que je me suis dit, à un niveau personnel, en voyant plein de choses, en entendant plein d’histoires et rien qu’en observant, c’est qu’il y avait moins de passion et ça devenait un peu paresseux. Et depuis que nous sommes là, ça les a un peu plus motivés, surtout Conrad, peut-être pas les autres gars qui se faisaient peut-être déjà plaisir, mais certainement Conrad. Peut-être que c’est un peu de la peur, peut-être que c’est… Je ne sais pas ce que c’est mais ça le motive un peu plus. Et si ça signifie que le niveau de sa prestation, le niveau de ce qu’il envoie, la quantité de concerts et la quantité de musique augmentent, alors c’est bien. C’est forcément bien, n’est-ce pas ? Parce que je pense qu’au bout du compte, on doit donner le meilleur possible pour les fans. Pas juste en parler. C’est très facile de dire en interview : « Oh ouais, ceci, cela. » Et c’est très facile sur une vidéo YouTube de dire plein de conneries et c’est très facile de raconter n’importe quoi à l’écrit, et ne pas assurer derrière. Il faut assurer. Il faut croire en ce qu’on dit.

Donc si ça signifie qu’ils passent à la vitesse supérieure pour assurer, alors génial ! Parce que les seules personnes qui en profiteront sont les fans et au final, c’est pour ça qu’ils sont là. Ils méritent le meilleur que tu puisses leur offrir ! Donc offre-leur le meilleur de toi-même ! Offre-leur une tournée complète ! Va dans ces endroits où tu ne vas pas. Tu sais, j’ai lu quelque chose un jour dans une interview comme quoi ils ont récemment fait un passage en Suède, ils disaient à propos d’aller en Scandinavie : « Oh, on a essayé de tourner dans les pays scandinaves mais ce n’était pas bien, personne ne s’est pointé aux concerts ! » Personne ne s’est pointé ? Genre, tu as environ cent personnes : c’est une raison pour ne pas y aller ? Parce que seulement cent personnes sont venues ? Si tu fais six ou sept concerts, ça fait sept-cent voire mille personnes, et ces fans ne peuvent pas te voir parce que tu estimes que c’est une perte de temps ?! Ce n’est pas une perte de temps ! S’il y a ne serait-ce qu’un fan ce n’est pas une perte de temps, certainement pas ! Tu sais, ce fan, ce sont les mêmes personnes qui ont acheté tous tes albums et t’ont soutenu depuis le début ! Donc ils vont au travail, ils gagnent de l’argent, ils rentrent chez eux et décident avec un peu d’argent en plus qu’ils vont acheter ton album, tes t-shirts, porter tes couleurs et te soutenir, mais toi tu penses que c’est une perte de temps d’aller donner un concert parce qu’il n’y aura que lui et quelques-uns de ses potes. Je ne vois pas les choses comme ça.

Peut-être que je suis trop underground, peut-être que je fais ça depuis trop longtemps dans l’underground, mais je vois un concert comme un concert. Cinquante personnes, cinq-mille personnes, cinquante-mille personnes, un concert est un concert. Et nous jouons exactement pareil indépendamment de où nous sommes ou comment nous sommes. Ils nous débinent parce que nous faisons des tournées dans des clubs. Nous avons aussi fait des scènes de festivals et nous faisons des tournées dans des clubs ! Nous jouons simplement en live parce que les fans veulent voir ça ! Et c’est, genre, « je ne vais pas aller à Tampico au Mexique, ou je ne vais pas aller à Montréal, je ne vais pas aller au Costa Rica, je ne vais pas aller à Puerto Rico parce qu’ils vont nous mettre dans un club, ils ne vont pas nous mettre sur une énorme scène et payer pour toute notre pyrotechnie, et payer pour un énorme backdrop, et payer pour tout un mur de backline, et payer pour que vingt personnes voyagent lorsqu’en fait on n’est que cinq… »

Nous ne sommes que trois dans ce groupe et lorsque les gens disent « combien de personnes voyagent ? », je réponds trois ! [Petits rires] Je demande « nous voulons ce backline » et ils disent « bon, on peut vous obtenir ceci et cela », je dis « d’accord, on fera avec ça alors. » Nous avons fait des concerts où nous n’avions pas de backdrop. Une fois, lorsque nous donnions un concert, quelqu’un m’a demandé : « Vous n’avez pas de backdrop ? » Et j’ai dit : « Exact. Tu aurais voulu que nous en ayons un ? » Il m’a dit : « Ben, normalement les gens ont un backdrop. » J’ai dit : « D’accord, tu ne sais pas qui nous sommes ? » Et il a dit : « Ben si, tout le monde sait qui vous êtes. » J’ai dit : « Donc putain mais pourquoi tu voulais que je mette un backdrop avec notre nom dessus ? Tu sais déjà qui je suis ! » J’ai dit : « Tu sais ce dont nous avons besoin ? On a besoin de moi, de toi, des lumières et un ampli allumé. » C’est tout ce dont nous avons besoin. C’est tout ce dont nous n’avons jamais eu besoin ! Le reste, c’est de l’enjolivement, et c’est super de voir un gros spectacle comme Rammstein ou Kiss, c’est génial, c’est divertissant aussi ! Mais dans un club, tu n’as besoin que du groupe, de la musique et des fans, rien de plus ! Pendant que nous jouons, si quelqu’un est focalisé sur notre backdrop, c’est que nous ne faisons pas du très bon boulot ! C’est tout. Ce qui est important, c’est l’énergie que tu reçois du public et celle que tu lui donnes. Tu ne peux pas avoir l’un sans l’autre. Et un public qui va voir ton spectacle ne veut pas juste rester là à te fixer du regard, ça ce sont les gens qui partent et disent « ouais, c’était correct, mais… » Ils veulent s’impliquer ! Ils veulent avoir l’impression d’en faire partie !

« Le Vatican est l’une des entreprises les plus riches sur la planète. Il est clair qu’ils pourraient faire plus, au lieu de rester assis sur des sièges en or, à quoi ça sert ? »

Toi, Mantas et Abaddon avez sorti trois albums ensemble en tant que Venom : Prime Evil, Temples Of Ice et The Waste Lands. Mais vous jouez aussi une majorité de chansons qui date d’avant ton implication dans Venom. Du coup, comment approchez-vous vos setlists ?

Lorsque nous avons commencé, j’ai dit que de façon à ce que les gens ne pensent pas que nous essayons de tirer profit de quoi que ce soit, que nous n’essayons pas d’être faux ou autre, nous devons nous focaliser sur la musique. Et je ne veux pas commencer à Prime Evil, je veux épouser toute la richesse, toutes les chansons qui ont été écrites pour le groupe. Les deux premiers albums ont été à 99 pour cent composés par Mantas et joués par eux trois, mais c’est un fait qu’ils voulaient jouer les chansons qu’ils ont écrit aussi. Et il y a tout un catalogue de chansons tellement supers ! Et j’ai dit que si nous revenons en arrière, nous revenons jusqu’au tout premier single, « In League With Satan », et nous adoptons tout le catalogue de Venom. L’idée était d’essayer de voyager à travers ce catalogue. Mais si tu commences à jouer les premiers albums et que tu commences à un endroit donné, ça prend presque deux ans à faire le tour du monde ! Et ensuite tu essaies de rajouter de nouvelles chansons.

Mais, en fait, nous avons eu « Blackened Are The Priest », « Carnivorous », nous avons « Parasite » qui est prévu, nous avons joué « Prime Evil », nous avons même fait « Skool Daze », nous avons « Temples Of Ice » qui est prévu, nous avons fait « Black Legions » de The Waste Lands, nous avons aussi fait « Rip Ride » d’At War With Satan, nous avons « Genocide » qui est prévu, j’essaie de pousser deux chansons de Possessed là-dedans et, évidemment, nous avions les chansons des deux premiers albums parce qu’elles impliquent les rappels, tout le monde veut entendre « Countess Bathory », « Black Metal », « Witching Hour »… Et c’est la splendeur du groupe : il y a tant de chansons que les gens veulent entendre ! Je veux dire, je mets « Warhead » parmi les singles, évidemment « Die Hard », « Bloodlust », « In League With Satan », bien sûr, « Live Like An Angel », j’essaie d’intégrer « Manitou » parce que je trouve que les singles faisaient autant partie de Venom, nous avons fait Tear Your Soul Apart, l’EP lorsque j’étais dans le groupe entre Prime Evil et Temples Of Ice, nous avons deux chanson de ça, « Civilised » et « The Ark », que nous prévoyons de mettre dans le set. Donc pour moi, tout est centré sur les chansons.

Les gens ont fait l’erreur de penser que nous nous focaliserions sur la période à succès, les deux premiers albums, mais ce n’était tout simplement pas vrai. Nous voyagions à travers toutes les chansons autant que nous le pouvions. Et si nous avions un set d’une heure et demie, nous avions la liberté d’intégrer toutes ces super chansons que nous aimons entendre. Si nous jouons un concert de festival, nous n’avons que quarante minutes, alors c’en est presque arrivé au cas où nous montions sur scène et si nous ne jouions pas telle chanson que tout le monde voulait entendre, ils se plaignaient, donc nous remettions la chanson, mais en enlevant une autre et alors ils se plaignaient que nous la retirions ! Ils veulent que nous continuons à ajouter des chansons, et ne rien retirer du set ! C’est impossible de jouer un paquet de chansons de Welcome To Hell, un paquet de chansons de Black Metal, un paquet de chansons d’At War With Satan, ensuite mettre tous les singles, ensuite mettre des trucs de Prime Evil et Temples Of Ice… Wow, c’est genre un set de trois ou quatre jours ! [Rires] Donc nous essayons de lentement ajouter des chansons au set, que nous pouvons inter-changer.

Donc c’était un peu l’idée mais ce qui était important est que ce soit authentique. Je pensais : « Si nous pouvons jouer les chansons du premier album et que le public ne se soucie pas du backdrop ou de la pyrotechnique ou de qui est sur scène à le faire, et qu’ils rentrent tout simplement dans la musique, alors c’est l’objectif. » Ne pas juste monter sur la scène d’un festival et faire « bon, je suis là » et c’est suffisant. Ce n’est pas suffisant. La musique est jouée avec passion, le public se l’approprie avec passion et ça devrait être exécuté avec passion. Lorsque ces deux choses se produisent en synergie dans un club où il y a trois ou quatre cent personnes, et nous jouons et c’est si intense que tout le monde pète un câble, c’est là où ça devient réel, et c’est pour ça que je voulais le faire et c’est ça qui nous rend légitime. Si nous pouvons faire ça, alors nous pouvons faire tout ce que nous avons besoin de faire, et ensuite nous pouvons choisir tous les morceaux que nous voulons.

Le fait que le groupe soit né sur scène a-t-il influencé votre approche de la composition et de cet album ?

Absolument ! Tu sais, tu es la première personne qui a mis direct dans le mille. C’est exactement ce qui s’est passé : nous sommes nés sur scène en faisant ce truc de Venom Inc. et c’est pour ça que j’ai poussé plus loin pour que nous tournions, à faire plus de dates que les deux autres n’en ont jamais fait. Je veux dire que Jeff et moi avons fait beaucoup de dates avec M:Pire Of Evil mais pour Abaddon, c’était un peu une nouveauté aussi. La première tournée faisait environ trente dates et ce n’était pas facile mais il y est arrivé, il l’a fait, et nous avons découvert que c’est ce que nous sommes ! Donc le fait d’enregistrer un album, nous ne l’avions pas prévu, ça nous a été réclamé par les fans et par le management qui a dit : « Faites des démos. » Et c’était genre : « Non, non, non, je ne veux pas entrer dans toute la putain de politique des maisons de disques et des albums, des critiques et tout ça. Continuons juste à faire ce que nous faisons. Nous nous amusons, tout comme les fans. » Mais c’était genre : « Non, ils veulent quelque chose, nous voulons quelque chose, donnez-nous quelques démos. » Ce qui était important était de faire ressortir qui nous étions sur album, c’est-à-dire cette passion. En fait, le premier single « Dein Fleisch », qui a été choisi par le management et le label, ça n’aurait pas été notre choix, mais ils étaient là : « Non, nous voulons sortir celle-là parce que c’est différent. » J’y ai réfléchi et j’ai pensé : « D’accord, bon… » Nous avions un édit de quatre minutes sans solo, donc j’ai été filmé un clip pour ça à Rome. Et je me suis dit : « D’accord, voyons ce qui va se passer lorsqu’on le sortira parce que ça fera polémique par rapport à ce que les gens s’attendent à ce que nous fassions, parce que nous les avons agressés sous forme de concerts et donc ils ont l’habitude de cette approche et de ce son old school. » Et la réaction envers cette chanson était stupéfiante ! A quel point les gens soit saisissaient totalement et l’adoraient ou la détestaient totalement et ne la comprenaient pas, et plein de gens étaient choqués parce qu’ils ne s’attendaient pas à ça.

« Certaines personnes trouvaient que [l’imagerie sataniste] c’était du cirque, et j’imagine que c’était un peu ça, et d’autres personnes se chiaient dessus et pensaient que c’était vrai. Mais ça avait un tel impact que ça a libéré les plus jeunes pour penser ‘merde, moi aussi je peux le faire ! Je peux m’affirmer.' »

Ça aurait été facile de balancer un morceau old school qui sort un peu du lot. Mais je voulais faire comme une déclaration, faire une expérimentation sociale, rien que pour voir si les gens assimilaient ce qui se passait, et [montrer] que nous étions légitimes, que nous n’étions pas juste là à essayer de compter les billets et autre. En fait, les deux premières années, nous n’avions pas de contrat de merchandising, nous n’avions pas de contrat de maison de disques, nous nous faisions juste suffisamment d’argent pour continuer à tourner, donc nous n’étions pas là à essayer de tirer profit de quoi que ce soit. Et même le nom, ce n’était pas pour essayer de vendre du merch en utilisant le nom et le logo, c’était un truc entre Abaddon et son artwork, Mantas et ses chansons, et c’était genre « d’accord, si c’est comme ça que tu le sens, alors qui suis-je pour aller contre ça ? Ce sont de super chansons, c’est un super logo, et les gens vous associent aussi à ce truc. » Donc je trouvais que c’était légitime, mais nous devions nous légitimer au niveau du son et ça, encore une fois, sur l’album, il fallait que ce soit authentique. Il fallait que ce soit nous. Lorsque Mantas a composé toute la musique… Car nous étions partis en tournée, donc nous composions un peu, pas en vue d’un album, mais juste avant Noël Jon Zazula a dit « donnez-moi des démos » mais j’ai essayé de m’y opposer, et il a insisté, donc nous avons dit « d’accord, d’accord », donc nous avons fait quelques trucs et nous lui avons envoyé. Il a adoré et a dit : « Ok, à quel label devrait-on donner ça ? » Et j’étais là : « Non, je ne veux pas rentrer dans ce… » Au final, j’ai dit : « Bon, il faut que ce soit Nuclear Blast parce que j’ai un lien avec les gens là-bas et j’adore le label, ils sont passionnés. » Donc je leur ai fait passer la musique et ils ont dit : « Génial ! Faites un album ! » J’ai dit : « Merde ! Maintenant on va faire un album ?! Ok, ok… »

Et à mi-chemin dans la composition de la musique, Mantas m’a appelé et a dit : « Est-ce que je fais ce qu’il faut ? Est-ce que je vais dans la bonne direction ? » Et j’ai dit : « Je ne comprends pas ta question. » Et il a dit : « Ben, la musique ! » J’ai dit : « J’adore ! » Et il a dit : « Ouais, mais est-ce que c’est nous ? » Et j’ai dit : « Ecoute, tu es Mantas. Tu étais Mantas, tu es Mantas et tu seras toujours Mantas ! Tu as une manière de jouer et tu as une manière de composer. » Il essayait de m’impliquer dans la musique et j’étais là : « Ecoute, j’aime ce que tu m’envoies et je peux me concentrer sur l’artwork et la programmation vidéo, etc. Donc tant que tu m’envoies des trucs et que ça fonctionne, pourquoi devrait-on changer ? C’est ton identité ! » Et c’était l’identité [de Venom Inc.]. « Tu n’as plus à te poser de questions sur qui tu es, tu n’as plus rien à prouver, tu n’as pas à être autre chose que toi-même. » Tout comme Abaddon, tout comme moi. Nous le faisons parce que les fans veulent l’entendre et ils veulent nous entendre être nous-même. Donc j’ai dit : « Tu n’as pas à te poser de questions mais l’erreur que tu ferais est si tu essayais de revenir dans le passé et recréer un autre Black Metal ou un autre Welcome To Hell. Tu ne pourras pas faire ça ! Tu finirais avec un Metal Black qui n’est pas Black Metal ou avec un Hell qui n’est pas Welcome To Hell ! Ce sont des albums qui ont peut-être leurs propres qualités mais tu ne peux pas t’auto-plagier. Il faut être authentique. Donc ce que tu composes, si ça fonctionne, ça fonctionne, et c’est ce que nous sortirons et nous le ferons fièrement, et avec un peu de chance les gens aimeront. » Et j’ai dit : « Tu sais, c’est toujours un risque, il se peut qu’ils aiment, il se peut qu’ils détestent, mais au moins c’est nous et c’est tout ce que nous pouvons faire. »

L’artwork dépeint Satan, l’album démarre sur « Avé Satana » et il contient de nombreuses références à l’enfer, le mal et l’anti-religion, ce qui s’inscrit dans la tradition de Venom. Mais qu’est-ce que Satan pour toi ? Qu’est-ce qu’il représente ?

Tu sais le côté satanique a plein de significations différentes suivant ce que tel ou tel individu te dépeindra ou même t’expliquera, parce que c’est comme la religion : qui est Dieu ? Chacun a son avis sur la question, et évidemment il y a des rassemblements congréganistes qui essayent de t’enseigner et te prêcher ce qu’est Dieu. Mais au bout du compte, c’est l’interprétation de chacun. Mais sur l’illustration, le Satan, c’est plus Lucifer, l’ange déchu… J’ai toujours eu un problème, parce que j’ai été élevé en catholique et, tu sais, Gabriel a été jeté sur Terre depuis le paradis pour l’éternité parce qu’il posait des questions, et pourtant on lui a assigné pour mission de veiller sur les Hommes et leur offrir la connaissance, « donc voilà ce que tu dois faire, tu dois veiller sur eux que j’ai créé et tu dois leur offrir la connaissance, les guider. » Et pourtant ce sont les mêmes gens qui sont nés d’Adam et Eve qui ont apparemment mangé sur l’Arbre de la Connaissance, et c’était mal ! Donc ils ont été punis pour ça, mais maintenant tu dis à quelqu’un de veiller sur eux et leur offrir la connaissance ! J’étais là : « D’accord, je ne comprends pas très bien ça. » Mais si c’était sa mission et que maintenant il a été envoyé sur Terre pour veiller sur nous, eh bien, c’est une attention directe, n’est-ce pas ? Ce n’est pas le parent qui travaille éternellement loin, que tu ne vois jamais. C’est l’aidant, la nounou, le chaperon, c’est la personne avec qui tu es en relation, car c’est la personne à qui tu poses les questions, c’est la personne qui te guide, te montre la lumière, te donne l’information dont tu as besoin afin d’avoir les outils pour faire face au reste de ta vie. Voilà pourquoi je suis luciférien et je vais vers la lumière, j’aime éclairer les gens (Lucifer signifie « Porteur de lumière » en latin et est symbole de connaissance, NDLR), ne pas leur retirer la lumière, ne pas subjuguer leur vie, ne pas les mettre en contradiction avec le monde, mais essayer d’éclairer un petit peu, exposer des choses que peut-être, parfois, on ne voit pas parce qu’on est inondé de savoir à géométrie variable, les gouvernements nous mentent et on nous dit des choses qu’on est censé accepter. Bien sûr, tout le monde s’interroge sur les choses maintenant parce que [prenant une voix béate] pour l’amour de Dieu, on a Google, ou pour l’amour de Lucifer, on a la source de lumière, qui est tous ces ordinateurs et le réseau mondial, donc on peut rechercher des choses, et on peut voir des choses se produire, donc on ne peut pas aussi facilement être dirigé. Mais encore une fois, c’est une question de prendre les bonnes décisions pour soi.

L’illustration de la pochette, l’idée est qu’il y a un paysage aride, les buissons sont tous brûlés, il n’y a pas de verdure, Adam et Eve sont là, les deux moutons représentent les Hommes, l’un d’entre eux a une orbite déchiré parce qu’à l’intérieur il y a un loup, les vieux temples sont là et il y a Lucifer qui passivement, silencieusement, doucement, dans toute sa puissance, dans toute sa gloire marche vers nous. Le ciel est sombre, est-ce qu’il nous apporte la fin ou est-ce qu’il nous explique que la fin est proche ? Il a son sac rempli de serpents et il joue de sa flûte, mais il est très calme. C’est un personnage très puissant mais il n’arrive pas avec… Tu sais, ce n’est pas une illustration où il y a plein de bombes qui explosent et de radiations partout, et des têtes coupées, des mains coupées, des enfants qui sont… il n’y a rien de tout ça ! Et peut-être que le thème, l’idée est celle d’une Terre tachée de sang. Nous sommes silencieusement en train de nous détruire, mais pour quoi ? Au final, nous sommes sur un tout petit bout de rocher et nous y sommes tous ensemble, nous sommes une seule chose vivante. D’accord, nous sommes divisés par les langues ou les ethnies, peu importe, mais nous faisons tous partie de la race humaine, nous sommes une seule chose sur cette planète. Il est certain que nous pouvons trouver un équilibre d’une façon ou d’une autre. Mais l’idée de la pochette est de te pousser à réfléchir : est-ce qu’il vient pour apporter la fin ou est-ce qu’il vient pour exposer la fin ? Est-ce qu’il expose le début de la fin ? Est-ce qu’il expose notre histoire sur Terre ?

Je pense qu’avec des chansons comme « War », ça se passe d’explication, il y a la guerre de partout mais c’est aussi dans notre esprit et dans notre vie, ce n’est plus à l’autre bout du monde, ce n’est pas intouchable, quelque chose que tu lis dans un journal. Dès que tu vas sur internet, tu peux la voir dans des voisinages à travers le monde ! Donc je suppose que c’est juste la question : où sommes-nous ? N’écoute pas le prédicateur (« Preacher Man », NDT), il va s’immiscer dans ta tête, mais quel est son but ultime ? Le Vatican est l’une des entreprises les plus riches sur la planète. Il est clair qu’ils pourraient faire plus, au lieu de rester assis sur des sièges en or, à quoi ça sert ?

« Le crucifix symbolise peut-être le bien mais j’ai vu des satanistes qui sont plus en phase avec la doctrine chrétienne que certains chrétiens ! Donc la religion n’est pas exclusive, c’est ce que tu choisis d’être. »

Est-ce que cette imagerie satanique a encore la même importance ou signification pour toi, Mantas et Abaddon qu’il y a 25 ans, maintenant qu’elle a été éculée et épuisée par tant de groupes ?

Je pense que c’est différent. Lorsqu’ils ont choisi d’utiliser ça, c’était pour choquer. Le fait d’être extrêmes en dénonçant l’église, être vilains, baiser des vierges, cracher sur des prêtres, boire du vomi et tout ça, c’était pour avoir un impact, pour trouver un angle qui ferait connaître le groupe auprès des gens, et ça marchait ! Il n’y avait aucune croyance dans tout le côté rituel ou foi. C’était pour utiliser comme un gimmick, si tu veux, exactement comme Gene Simmons est le vampire et Paul Stanley le séducteur. Ace Frehley était l’homme de l’espace mais il n’était pas vraiment un homme de l’espace, il ne l’a jamais été. Mais c’était pour le spectacle et donc ça, couplé à la gravité de la musique et du son, le côté sombre, ça fonctionnait. Certaines personnes trouvaient que c’était du cirque, et j’imagine que c’était un peu ça, et d’autres personnes se chiaient dessus et pensaient que c’était vrai. Mais ça avait un tel impact que ça a libéré les plus jeunes pour penser « merde, moi aussi je peux le faire ! Je peux m’affirmer, » comme ont pu le faire Elvis, les Sex Pistols ou les Beatles, ça a ouvert la voie pour que d’autres puissent suivre. Tu sais, j’étais un punk et la chose que j’ai retenu du punk est que ça n’avait pas d’importance si tu pouvais chanter ou jouer particulièrement bien, car tu pouvais t’exprimer. Ça disait que tu pouvais t’exprimer et tu n’es pas obligé de le faire de manière conventionnelle. Tu n’es pas obligé d’être Boney M ou ABBA, tu peut être les Sex Pistols ou les Angelic Upstarts, tu peux crier, hurler, et parler de saloperies qui te foutent en rogne, tu peux être la « White Riot » des Clash, tu peux être l’ « Alternative Ulster » de SLF (Stiff Little Fingers)… Ça me parlait. C’était genre : « Putain, moi aussi je peux m’exprimer ! » Et toutes les générations veulent ça.

Et par rapport à la scène metal extrême, il y avait d’autres groupes que Venom, il y avait Bathory et Quorthon, Hellhammer et Tom Warrior, tous ces gens étaient dans leurs propres mondes qui bouillonnaient, insatisfaits de ce qui se passait autour d’eux à l’époque. Et Venom est parvenu à perforer un gros trou à travers le mur du conformisme grâce à l’indépendance et tout le monde pouvait le traverser et suivre. C’était un peu une révolution, et chaque évolution a sa propre révolution, et ça s’est un peu calmé dans les années 90 avec la pop britannique et le grunge, et tout est devenu un peu commercial, et qu’est-ce qui s’est passé ? Boom ! Pantera et boom ! Le black metal en tant que genre. Ça a à nouveau explosé. Ça fera toujours ça. Ça se calmera toujours un petit peu pour ensuite à nouveau exploser.

Mais je pense que mon point de vue là-dessus aujourd’hui, le côté sombre, est plus réel, et je sais que c’est pareil pour Mantas et Abaddon. Les gens voient l’obscurité, le côté satanique si tu veux, comme un symbole pour le mauvais côté de l’humanité. Le crucifix est censé être le bon côté, ce qui n’est pas le cas, évidemment. Le crucifix symbolise peut-être le bien mais j’ai vu des satanistes qui sont plus en phase avec la doctrine chrétienne que certains chrétiens ! Donc la religion n’est pas exclusive, c’est ce que tu choisis d’être. Et comme je l’explique dans « Dein Fleisch », il y a une petite perversion en chacun de nous, il y a un peu d’obscurité et parfois ça ressort, et parfois pas. Mais ça dépend de toi, ça dépend si tu actionnes l’interrupteur. Et ça peut venir de quelque chose qui t’arrives ou d’une situation familiale ou parce que tu es mentalement instable, mais ce qui rend quelqu’un normal… Tu sais, à Manchester, nous avons vécu une situation où, à un concert d’Ariana Grande, un jeune mec, qui a échappé à la Lybie de Kadhafi avec sa famille pour aller en Angleterre, il avait un bon boulot, toute sa famille avait survécu, ils allaient tous bien, il vivait relativement heureux, il a fait ses études, il avait quelque part où vivre et tout allait bien, s’est sanglé des bombes, s’est rendu au concert, s’est tué et a fait exploser plein de gamins. En dehors de la salle, il y avait un gars qui vivait dans la rue, sa mère était morte, il n’avait rien, il mendiait de l’argent pour se payer des cafés, il dormait dans la rue, il a accouru et a aidé à sauver les gens ! Et ça m’a fait réfléchir : il y a le blanc, le bon, et le noir, le sombre. Quelqu’un qui avait tout, apparemment, décide qu’il allait devenir une chose aussi odieuse. Un autre gars qui n’a rien décide qu’il allait aider ces gens. C’est ce que je trouve intrigant. Donc il y a plus de malveillance dans l’homme et plus de bon dans l’homme que nous nous soucions de l’admettre. Lemmy disait toujours : « Il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de Satan, c’est moi qui l’ai fait. Quoi que j’ai fait, bon ou mauvais, c’était moi. J’en prends la responsabilité. » Et je crois que c’est tout. Je pense que, pour ma part, tout le truc maintenant avec le satanisme, c’est juste une question d’assumer la responsabilité de qui on est. Tu peux être bon ou tu peux être mauvais mais quoi que tu choisisses, c’est toi et personne d’autre, et tu dois en assumer la responsabilité.

L’album se termine sur la chanson « Black N’ Roll ». Penses-tu qu’on a dépossédé Venom du terme « black metal », et que le black n’ roll est le nouveau terme pour le remplacer et définir votre musique ?

Non. En fait, Black Metal, le titre, était utilisé pour décrire ce que Venom pensait faire comme musique, parce qu’à l’époque, même Bon Jovi était classé comme du heavy metal ici en Angleterre et ils étaient là : « Attends, merde, on n’est pas heavy metal si Bon Jovi est heavy metal ! » Donc on leur demandait : « Bon alors vous êtes quoi ? » « Black metal ! » Et boom ! Voilà l’album et voilà la chanson. Donc c’était utilisé pour les décrire. Bien sûr, maintenant le litige est que les gens diraient : « Venom, ce n’est pas du black metal ! » Eh bien, non, pas dans le sens du genre, évidemment que non. Le genre doit plus son influence à Bathory. Le titre de Venom, bien sûr, aussi, mais c’est plus symphonique dans la veine de la direction que prenait Bathory. Il y a donc vraiment cette distinction. L’un est un genre et c’est l’intitulé d’un type de musique, et l’autre une description de ce qu’était le son de Venom.

Mais je pense que « Black N’ Roll » est venu et… Oui, ils ont utilisé black metal comme leur truc mais je pense que plus nous vieillissons, plus nous épousons la musique qui a influencé ceci. Tout est basé sur le rock n’ roll et le blues, ce genre de musique non-commerciale qu’une partie du grand public classait comme étant l’œuvre du diable [petits rires], et évidemment ce n’est pas le cas. Mais c’est libérateur pour les jeunes gens qui voyaient également ça comme étant étrange et bizarre parce qu’ils aimaient écouter des trucs bizarres. Mais nous, nous avons toujours le sentiment qu’il y a un lien avec le blues et le rock n’ roll, certainement pour ma part et pour Mantas. Et nous avions cette chanson, il a dit « oh, tu vas adorer » parce qu’elle avait un côté un peu à la Motörhead et il y a mis plein de choses différentes dedans, et dès que je l’ai entendue, j’ai pensé « putain mais c’est génial ! » parce que je suis un énorme fan de Motörhead. Et tu sais, Lemmy est parti et je voulais, je suppose, d’une certaine façon, lui rendre un petit hommage avec le jeu. Nous nous sommes amusés avec cette chanson. Je suis arrivé au refrain et, simplement, « black n’ roll » est sorti. Je ne sais pas d’où c’est venu…

« Lemmy disait toujours : ‘Il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de Satan, c’est moi qui l’ai fait. Quoi que j’ai fait, bon ou mauvais, c’était moi. J’en prends la responsabilité.’ […] Tu peux être bon ou tu peux être mauvais mais quoi que tu choisisses, c’est toi et personne d’autre, et tu dois en assumer la responsabilité. »

Nous travaillons de deux manières. Mantas est très organisé. Par exemple, il va au lit, il plie ses chaussettes, plie son t-shirt, plie son pantalon et les posera soigneusement, alors que moi je balance tout par terre [rires]. Et nous travaillons un peu comme ça lorsque nous travaillons ensemble sur la musique. Il va avoir un ordre avec tout ce qu’il fera et moi je n’en ai aucun ; je commence ici et je finis là. Et normalement, avec les paroles, je laisse la musique me dire ce qu’elle veut raconter, car je vois tout le temps la musique sous forme d’images. Donc dès que j’entends un morceau de musique, je vois une scène, je vois un tableau, je vois un paysage ou je vois quelque chose se produire. La musique me parle constamment. Ça m’a parfois aidé à écrire des paroles. Je n’aime pas qu’il y ait trop d’idées en même temps et j’aime quand ça me parle, et que ça me donne les mots. C’est exactement ce qui s’est passé là-dessus. Je ne savais pas comment le refrain allait être et à la minute où il l’a joué, j’ai écrit « black n’ roll », et c’était tout ! Mais ce n’est pas vraiment pour remplacer le mot « black metal » ou la chanson « Black Metal » ou autre, c’est juste pour s’amuser. Si le rock n’ roll est censé être l’œuvre du diable, alors c’est du black n’ roll. Je chante ce vers à propos de Jimi Hendrix qui groove dans ses chaussures en daim bleues sombres, et maintenant on revoit ça et on peut penser « oh, peut-être que c’était lui le diable », tu vois, avec son déhanché, ou peu importe ce qu’il faisait. Donc c’est le diable dans le rock n’ roll.

Tu as mentionné plusieurs fois Lemmy, et je sais qu’il a été une influence importante pour toi en tant que bassiste et frontman. Mais j’ai aussi lu que « Geddy Lee, Billy Sheehan et une flopée de jazzmen [t’ont] permis de voir l’approche de la basse de façon totalement différente. » Peux-tu nous en parler, dans la mesure où ces influences semblent être bien loin de ce que les gens connaissent habituellement de toi ?

Ouais, j’en suis arrivé à faire de la basse par accident. J’ai essayé de jouer un peu de guitare mais la guitare de ma sœur était vieille, elle n’avait que trois cordes [petits rires], donc je ne faisais que jouer de simples notes. Et ensuite, un ami à moi avait une guitare et j’ai essayé de m’y mettre mais encore une fois, je jouais des accords rock tout simples, genre à deux cordes. Ensuite nous avons fait quelques concerts, et là encore je me concentrais sur un jeu sur deux cordes. Ensuite le bassiste ne pouvait plus donner de concert, donc je me suis dit « bon, je peux m’en occuper car je peux jouer sur les deux premières cordes » et j’ai fini par jouer le reste. Lorsque j’ai vu et entendu Motörhead en 78, j’étais là : « C’est bon, c’est ce que je veux faire, quel que soit ce son. » Je me suis procuré une Rickenbacker, j’ai appris chaque chose que je pouvais que Lemmy jouait, tout ! Et une fois que j’y suis arrivé, j’ai pensé : « Qu’est-ce que je fais maintenant ? » Et alors un ami à moi qui était à fond dans Rush m’a joué « 2112 » et je n’arrivais pas à comprendre, c’était une Rickenbacker mais ça sonnait incroyable ! Qu’est-ce qu’il faisait ? Donc, du coup, j’ai appris tout « 2112 » ! Et j’étais là : « Oh mon Dieu ! On peut faire tout ça avec ça ! »

Et quelques temps après, un autre gars que nous connaissions et qui nous enregistrait à la fin des années 70, début 80, il jouait dans plein de types de groupes nomades et toutes sortes de musiques, et il m’a un jour dit : « Il faut que tu écoutes du jazz. » Et j’étais là : « Quoi ? Du jazz ? D’accord… » Et j’avais en tête du jazz traditionnel avec des cuivres et des gars portant des vestes rayées rouge et blanches [petits rires], et il a dit : « Non, non, non, du bon jazz ! » Et il m’a fait écouter un paquet de trucs et j’écoutais la contrebasse pensant : « Putain mais c’est quoi ça ? C’est une basse ? » Et il était là : « Ouais ! » Et moi : « Oh mon Dieu, comment est-ce qu’il obtient ce son ? C’est ça une contrebasse ? » Et ensuite il m’a amené à Newcastle et m’a montré l’instrument. J’étais là : « Oh mon Dieu ! Comment est-ce qu’on joue là-dessus ? Il n’y a pas de frettes ! » Donc j’ai commencé à apprécier écouter ces rythmes et comment ils jouaient et pinçaient les cordes. Et ça m’a amené à tout le reste.

Dans les années 80, la première fois que j’ai vu Steve Vai avec Franck Zappa, j’étais là : « Quoi ? Ce gamin est à un tout autre niveau ! » Et puis David Lee Roth débarque et il a Billy Sheehan , qui est le pendant de Steve Vai à la basse, j’étais sur le cul ! A partir de ce jour, j’étais : « Oh mon Dieu ! Billy Sheehan ! » Et Flea, Mark King de Level 42 avec le truc en slap ! Et ça m’a poussé à m’intéresser à tout ce qui est RnB, la soul et le disco avec tout ce qui est slappé, et la façon dont ils faisaient bouger tous ces rythmes. Je pensais : « Bon sang, il existe tout un monde dont j’ignorais l’existence ! » Avant, je croyais qu’il n’y avait que des rythmes basiques notes à note.

Mais je suppose qu’au bout du compte, aujourd’hui j’essaie de me servir des walking notes et de rendre ça excitant avec l’instrument, et nous ne sommes que trois, donc j’essaye d’embellir ce que Mantas fait mais je dois aussi me soucier de l’aspect rythmique lorsqu’il joue ses petits trucs. Donc il faut trouver une combinaison pour que ça fonctionne ensemble, mais il est certain que j’utilise mon côté Lemmy lorsque je joue ces rythmes parce que c’était un musicien rythmique vraiment génial, avec les allers retours, la façon dont il bougeait son poignet et jouait de son instrument avec ce son, c’était superbe. Mais lorsque tu recherches la fluidité, tu regardes du côté de Billy Sheehan, et lorsque tu recherches la complexité, tu regardes du côté de Geddy Lee… Je trouve qu’il y a tout un monde… Je vois la basse comme si c’était sans fin. C’est un éternel amusement, il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir et c’est un plaisir d’utiliser cet instrument de toutes les manières possibles.

J’avais une énorme collection de basses, mais maintenant je la réduit à quelques-unes et je viens d’obtenir un contrat d’endossement avec Bo-El, ils me font des instruments incroyables – bon, ce sont ceux du commerce mais ils me les envoient. Encore une fois, c’est comme découvrir un nouvel instrument, c’est presque comme si tu découvrais un tout nouveau toi [petits rires] et une autre façon de jouer, même si les chansons que tu joues sont les mêmes qu’avant. C’est une grande aventure ! J’ai de la chance parce que j’ai l’occasion de monter sur scène et jouer de supers chansons d’un super groupe, et j’espère que nous jouerons nos nouveaux morceaux et que les gens aimeront, mais j’ai l’opportunité de jouer de la basse et chanter en même temps. Je veux dire que certains font l’un ou l’autre, mais moi je fais les deux ! Pendant des années j’allais voir mes groupes et stars préférés faire ça. Donc pouvoir ne serait-ce qu’être sur scène pour le faire est un honneur absolu. Je me fais plaisir lorsque je suis sur scène, et je me fais plaisir lorsque je joue assis chez moi, mais être sur scène, pouvoir jouer et être à fond, c’est merveilleux !

« Mantas est très organisé. Par exemple, il va au lit, il plie ses chaussettes, plie son t-shirt, plie son pantalon et les posera soigneusement, alors que moi je balance tout par terre [rires]. Et nous travaillons un peu comme ça lorsque nous travaillons ensemble sur la musique. »

Après avoir quitté Venom, tu as eu une carrière d’acteur. Comment cette expérience de comédien t’a affecté en tant que chanteur ? Je veux dire qu’une chanson comme « Dein Fleisch » a un côté très « acteur » dans ta prestation.

Ouais, je pense qu’il y a une corrélation. Lorsque nous avons démarré M:Pire Of Evil, un bon ami nous manageait pendant un moment, il s’appelait Tommy Merriello, un brésilen vraiment charmant, et il a vécu en Allemagne puis au Portugal pendant un temps. Lorsque nous avons fait les premiers enregistrements, il les a entendus et il a dit qu’il adorait les trucs de M:Pire Of Evil, je crois que c’était « The 8th Gate » ou quelque chose comme ça qu’il avait entendu, et il a dit : « Ce qui est différent est qu’il y a plus de caractère dans ta voix. » Et j’ai dit : « Oh super. Tu sais, lorsque tu vieillis, je suppose que ta voix change… » Et il a dit : « Non, non, non, c’est la façon dont tu chantes les chansons ! » Et j’ai dit : « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Tu sais, j’ai une tessiture plutôt correcte, je ne fais pas de falsetto mais je peux façonner ma voix en conséquence, et il a dit : « Eh bien, tu vois, lorsque je t’entendais chanter dans les chansons avant, tu avais une voix mais parfois c’était difficile de se connecter aux paroles parce que c’était presque comme si on nous les dictait, plutôt que le fait de nous les raconter. » Et j’ai pensé : « C’est intéressant… » Donc je suis parti et j’y ai réfléchi. Il se trouve que j’adore AC/DC avec Bon Scott et j’écoutais une chanson de TNT, et j’ai compris pourquoi j’adorais Bon Scott. C’était parce que lorsqu’il chantait les chansons, c’était presque comme si tu te rendais compte qu’il avait vraiment vécu ces choses qu’il chantait, il parlait directement avec l’expérience, c’était ce qu’il ressentait sur ces sujets. Donc ça apportait un sens plus profond aux chansons parce que tu avais le sentiment d’entendre quelqu’un qui vivait ces choses. Ensuite, ça m’a fait réécouter les vieux Motörhead que j’adorais, et l’expressivité de Lemmy là-dedans, peut-être qu’il finissait avec un style de phrasé particulier qu’il répétait, mais à la base, il chantait avec conviction, encore une fois, comme dans « White Line Fever » ou « On Parole », tout ça venait d’une expérience vécue. Et je me suis dit : « C’est ça la connexion ! C’est ce que je ne faisais pas. Je ne me connectais pas à la musique. Je présentais la musique mais il faut que je m’y connecte davantage. »

Donc oui, je pense que ça fait partie du jeu d’acteur, le fait d’utiliser ta voix et ton émotion pour se connecter aux gens. Donc lorsque j’ai abordé cet album, c’est exactement ce que j’ai fait. Donc même si certaines phrases, disons dans « Forged In Hell », peuvent paraître kitsch, elles sont dites avec un sentiment de réalité. Lorsque je chante le vers à propos de cette odeur que tu sens quand les explosifs ont pété pendant un spectacle, je pouvais le sentir ! Et je pense que si je peux le chanter et le sentir, si je peux le chanter et le voir, si je veux le chanter et le ressentir, alors tout le monde pourra le ressentir, parce que ça paraîtra vrai. Donc ouais, je suppose que le jeu d’acteur m’a beaucoup aidé pour ne pas être timide et me connecter à ce que disais, et faire en sorte que ça paraisse réel. Je veux dire qu’une prestation est une prestation mais je ne veux pas que les gens pensent que ma façon de l’interpréter c’est du flan, mais je me vois vraiment comme un schizophrène. J’ai deux personnes en moi. J’ai le bon moi et j’ai le pas bon moi, et le pas bon moi est le gars qu’on appelle le Demolition Man, et le bon moi est Tony Dolan. Tony a des règles, il respecte ces règles et essaye d’être compréhensif, et le Demolition Man est sympa mais il n’a aucune règle. Donc si je prends mon expressivité et que je le laisse s’en servir, alors ça devient encore plus puissant.

Je suppose que, bien que ce soit une prestation, ça m’a libéré… Ce qui explique pourquoi les concerts de rock sont aussi fantastiques parce que les gens peuvent se libérer, tu peux te percer ton putain de gland, tu peux te foutre une épingle dans le nez, teindre tes cheveux de toutes les couleurs et porter les vêtements les plus bizarres qui soient, et si tu vas dans le Lidl d’à côté ou aider ta grand-mère avec ses courses ou l’emmener à son bingo ou autre, tout le monde va dire : « Putain mais c’est quoi ça ? Qu’est-ce qu’il fait ? » Mais si tu vas au Wacken ou au Hellfest, personne n’en a rien à foutre ! Ils sont là pour être aussi libre que toi, et c’est libérateur, et pour moi, c’est probablement pareil. Je peux dire des choses avec conviction sur scène et les gens les acceptent, et je peux être qui je veux. Donc ça laisse de la place pour un personnage comme le Demolition Man qui n’a aucune règle. Je ne suis pas en train de dire que je suis un showman génial, ce que je dis est que quand tu as de grands showmans qui te font dire « wow, tu es Jim Morrison ! », des gens qui étaient des esprits libres sur scène et faisaient ce qu’ils voulaient, c’est là que c’est véritablement libérateur. Tu sais, Lemmy était une personne très gentille et attentionnée envers ses fans, très serviable et il essayait de ne pas dire de mauvaises choses sur les gens, mais il pouvait aussi être badass, avec sa boisson et sa façon rock n’ roll de voir les choses. Et tout dépend comment tu vois ça : est-ce que tu le vois comme étant un peu agressif ou bien tu le vois simplement comme quelqu’un qui est honnête par rapport à ce qu’il est ? Et je pense que c’est ça la différence.

Tu as joué dans plusieurs films, dont Judge Dredd en 1995. Peux-tu nous parler de cette expérience en tant qu’acteur ?

Encore une fois, je vis ma vie à mesure qu’elle défile. Je travaillais pour la Royal Shakespeare Company, j’ai eu l’opportunité de monter sur scène lorsque nous étions en Inde pour les aider, en gros, et ils m’ont proposé de jouer La Comédie Des Erreurs, rien que pour quelques représentations, ce que j’ai fait. Et ensuite, lorsque nous avons terminé la tournée et que nous sommes retournés en Angleterre, le directeur m’a appelé et m’a demandé si je voulais le refaire au Young Vic Theatre de Londres, pour leur rendre service. Donc j’ai dit « d’accord mais si je le fais, tu dois m’apprendre à jouer comme il faut ». Donc il a dit « ok, c’est d’accord. » Donc j’ai fait le spectacle et ensuite j’ai fait des ateliers avec lui pendant environ un mois. Et après ça, j’ai dit : « Ok, je fais quoi maintenant ? » Et il a dit : « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Et j’ai dit : « Eh ben, qu’est-ce que je fais si je veux faire un autre boulot en tant qu’acteur ? » Et il a dit : « Eh bien, tu n’en obtiendras pas parce que tu n’es pas convenablement qualifié et tu n’as pas d’agent. » J’ai dit : « Bon, j’ai besoin d’un agent. » Il a dit : « Ce n’est pas facile d’en obtenir un. » Quoi qu’il en soit, je suis parti en recherche d’un agent et j’ai fini par en trouver deux. Et ensuite ils ont dit : « Qu’est-ce que tu aimerais faire ? » J’ai dit : « Je ne sais pas, un film ou un truc comme ça ? » Ils ont dit : « Tu ne peux pas faire un film comme ça, tu sais ! » Et j’ai dit : « D’accord, dans ce cas, vois s’il y a quelque chose qui se passe. » Et en moins de deux semaines, ils m’ont envoyé à une audition pour Judge Dredd et j’ai eu le rôle ! [Petits rires] Et ensuite j’ai fait un peu de télévision, et ensuite du théâtre, et ensuite un film avec Russell Crowe (Master And Commander: The Far Side Of The World, NDLR), j’ai travaillé pour HBO, j’ai fait une pièce à la radio où j’ai joué Docteur Watson pour la Fox en Californie, et j’ai fait tout un tas de trucs, des publicités, des voix-offs, tout ce que tu veux. Mais tout ça simplement parce que je me suis dit « ouais, pourquoi pas, je vais essayer ça. »

Je ne suis pas en train de dire que je suis brillant dans tout, et j’ai de la chance, mais je ne fais que saisir des opportunités, et je pense que la vie te présente des opportunités et tu dois être suffisamment courageux pour les saisir et relever le défi. Comme je le dis à mes étudiants, c’est très facile de dire non parce que tu as peur mais tu devrais dire oui, tu devrais accepter les opportunités, relever le défi. Parfois tu te diras que c’est trop et que tu aurais tu dire non, mais alors tu auras l’occasion de dire « je suis désolé, je pense que c’est trop et je ne peux pas le faire. » Mais si tu dis non parce que tu en as peur, tu ne pourrais jamais dire oui une fois que tu as déjà dit non. Personne ne te reprend si tu dis « oh désolé, en fait je voulais dire oui. » C’est genre, « non, désolé, c’est trop tard, on est passé à autre chose. » Donc si tu dis oui, stimule toi ! Vois ce que tu peux faire ! Tu pourrais te surprendre toi-même. Si tu échoues, tu échoues, et si tu ne peux pas, tu ne peux pas. Il n’y a pas de honte à ça. Mais tout le monde respectera le fait que tu as donné tout ce que tu avais pour y arriver, mais si tu en as peur et tu dis juste non, tu pourrais ne jamais plus retrouver cette opportunité. Donc ayant ce genre de point de vue, ça m’a mené à de supers boulots d’acteur, donc je dois être reconnaissant pour ça.

« Je me vois vraiment comme un schizophrène. J’ai deux personnes en moi. J’ai le bon moi et j’ai le pas bon moi, et le pas bon moi est le gars qu’on appelle le Demolition Man, et le bon moi est Tony Dolan. Tony a des règles, il respecte ces règles et essaye d’être compréhensif, et le Demolition Man est sympa mais il n’a aucune règle. »

As-tu parlé à Sylvester Stallone ?

Ouais, nous avons parlé de Roberto Durán qui l’a entraîné pour un des Rocky, je suis un peu un boxeur moi-même et donc c’était super, et je lui ai posé des questions sur ses motos – je sais qu’il adore les motos – et celles qu’il a utilisées dans Rocky… Il était vraiment super ! C’était juste un mec normal qui parlait de choses. Et d’ailleurs, d’une certaine façon, tu te dis : « Oh mon dieu, je ne comprends pas pourquoi ce mec est une telle star hollywoodienne ! » Et ensuite, tout d’un coup, ils disent « action », tu regardes l’écran de playback et tu te dis : « Oh putain, regarde, c’est Sylvester Stallone ! » Donc je ne sais pas, il y a une sorte de magie qui prend effet, et ça mérite du respect.

N’est-ce pas amusant que deux ans plus tôt Stallone ait joué dans un film qui s’appelait Demolition Man ?

Absolument, ouais ! [Petits rires] Et ils ont utilisé la chanson de Sting « Demolition Man » dedans, et Sting, c’est assez drôle, il vient de la même ville que moi, Wallsend, et sa mère et son père vivaient au coin de ma rue, et son père avait une entreprise de livraison de lait, et son frère qui ressemble à Sting livrait le lait à ma grand-mère. Je ne suis pas en train de dire que j’ai influencé sa chanson « Demolition Man » mais… Et voilà, il y a eu un film, Demolition Man. On ne m’a pas mis dedans, donc j’ai trouvé que c’était un peu une insulte mais ce n’est pas grave, le titre était là, donc je m’en attribue les mérites, pourquoi pas ? [Petits rires]

D’ailleurs d’où vient ton surnom au départ ?

Nous donnions un concert à l’époque avec mon guitariste originel Steve White [dans Atomkraft] et à cette époque, tout le monde faisait un solo, donc le batteur faisait un solo, le bassiste faisait un solo, le guitariste faisait un solo, et là c’était mon tour de faire un solo. Il y avait quelques gars qui ne semblaient pas très intéressés, donc j’ai décidé que j’allais leur jouer le solo. J’ai couru à travers la salle et sauté sur cette table, et pendant que je sautais, j’ai tiré et fait tomber toutes mes enceintes, tous mes amplis et ce n’était que des amplis à lampe, et tout a explosé et les plombs ont sauté. C’était un gros bordel et tout le monde a commencé à courir dans tous les sens. Pendant que nous essayons de tout remettre debout et voir ce qui était cassé, tout le monde riait, il y avait des acclamations et mon guitariste est allé au microphone, m’a présenté et a dit : « Mesdames et Messieurs, le Demolition Man ! » Et voilà. C’est resté. Tout le monde a dit « ouais, il casse des trucs. Les gens, les choses, il casse. » [Rires]

Je suis en train de regarder ton image Skype (une image façon affiche de film, avec lui en peignoir, de dos, regardant une ville détruite par une catastrophe, avec la mention « Swimming time is over – The Demolition Man – Starring Tony Dolan) : c’est quoi ?

Oh, nous avons été en Russie avec M:Pire Of Evil et l’un des promoteurs qui organisait un des concerts a une université pour jeunes athlètes. Donc c’est genre le maire de la ville et il a cette université, et il nous a invité à y aller et nous a fait visiter tout le campus. Ensuite nous avons été dans la zone des piscines et il a dit : « Ça vous dit de nager un peu ? » Et j’avais bu un peu de vodka, donc j’ai dit « ouais, super ! » Donc j’ai sauté dans la piscine avec tous mes habits, j’ai nagé jusqu’à l’autre bout, je suis revenu, je suis sorti de l’eau, et pendant que je sortais, il a dit : « Je voulais dire sans les habits ! » J’étais là : « Oh merde… Désolé, je suis un peu beurré. » [Rires] Il m’a apporté tout un tas de vêtements secs et m’a fait sécher mes affaires, et j’étais là debout dos à tout le monde dans la piscine avec mon peignoir, et quelqu’un a pris une photo et m’a fait ce montage. C’était plutôt sympa.

J’ai appris que tu avais jammé avec Russell Crowe sur le tournage de Master And Commander. Comment ça s’est produit ?

Je travaillais pour Queen, le groupe, sur une comédie musicale. Comme je te disais, j’ai travaillé pour la Royal Shakespeare Company en tant que technicien, et ils m’avaient trouvé un boulot sur la nouvelle comédie musicale de Queen, We Will Rock You, en tant que technicien. Et donc, j’ai commencé à faire ce boulot et j’avais un agent à l’époque qui m’a appelé seulement quelques semaines après avoir démarré pour me dire que j’avais une audition pour un film. Donc j’ai été à l’audition et j’ai rencontré le réalisateur, qui s’appelait Peter Weir, et j’ai découvert qu’il avait réalisé The Truman Show, Gallipoli, Pique-Nique à Hanging Rock, etc. Je me suis dit : « Oh putain, ouais, c’est un sacré réalisateur ! » Et ensuite j’ai découvert que c’était pour la 20th Century Fox, qu’ils allaient filmer à Hollywood, qu’il y avait de grandes stars de cinéma, donc évidemment je me suis dit qu’ils n’allaient jamais me filer le rôle ! [Rires] Mais j’ai pensé que, bon, c’était une aventure, au moins j’aurais été. Et ensuite, deux semaines avant que nous étions censés débuter la comédie musicale de Queen et qu’ils me présentent un contrat, j’ai reçu un coup de téléphone de mon agent qui disait : « Ok, ils te veulent dans le film. » Il y avait Russell Crowe, Paul Bettany, qui est maintenant dans tous les films de Marvel et tout, il a joué la voix J.A.R.V.I.S. dans Iron Man… « Donc ils veulent que tu sois Mr. Lamb. Donc tu vas passer cinq mois à Baja en Californie et à Hollywood pour faire le film. Donc j’étais là : « Bordel de merde ! »

J’y ai été et je l’ai fait, et tout s’est bien passé, tout le monde était sympa. Russell et moi nous sommes un peu liés d’amitié parce qu’il n’est pas le genre de gars typique d’Hollywood. Donc nous nous sommes bien entendus et, bien sûr, il avait un groupe, 30 Odd Foots Of Grunts, avec qui il jouait de la musique, il joue de la guitare et il chante. Et nous étions là depuis quelques semaines et il a envoyé un gars me voir dans ma suite et a dit : « Quel équipement tu veux ? » Et j’ai dit : « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Il a dit : « Eh ben Russell sait que tu es musicien et que tu es dans un groupe, et il aime jouer de la musique, donc il suggère d’acheter du matériel à Los Angeles pour que vous puissiez jammer si tu veux. » Donc je lui ai donné une liste d’équipements qu’il serait sans doute bien d’avoir et il a tout loué. Il a loué une remorque, nous l’avons mise dans un studio, on nous a tous donné des clés et à l’intérieur, il y avait un frigo avec tout type d’alcool [petits rires], un grand canapé, nous avions un kit complet de batterie, nous avions un système de sonorisation, nous avions des amplis, des enceintes, des basses… tout ce que tu veux ! Et c’est ce que nous avons fait : si nous avions terminé de filmer, Billy Boyd – qui était l’un des hobbits dans le Seigneur Des Anneaux -, Paul Bettany, Bryan Dick, plein d’acteurs y compris Russell débarquaient là-dedans et nous jouions de la putain de musique toute la nuit.

« J’ai été à quelques fêtes avec des gens très célèbres et c’était cool mais j’ai réalisé qu’il y avait un système en place à Hollywood, et tu dois juste accepter ce système, et malheureusement, je n’ai pas ce genre de tempérament et je suis un peu trop honnête, or tu ne peux pas être comme ça à Hollywood. »

Nous jouions toutes sortes de choses. Pas de Venom. Nous n’avons pas joué de Venom, il pensait que ça allait un peu trop loin [petits rires], mais c’est parce que Russell se voit un peu comme un Johnny Cash australien [petits rires] – ou néozélandais, vu qu’il vient de là-bas à l’origine. C’était vraiment marrant ! Il enregistrait un album solo à l’époque, dans son appartement-terrasse à Baja il avait un studio complet et un ingénieur ; je n’ai pas été jusqu’à enregistrer avec lui, quelques-uns des gars l’on fait mais pas moi. Mais c’était vraiment l’éclate ! Et Paul Bettany, ce qui est génial avec lui est que lui et son frère, qui est mort maintenant, ils faisaient des spectacles dans les rues de Londres avant, donc Paul a une super voix et il pouvait chanter toutes les chansons ! Tu pouvais choisir une chanson et il la jouait et la chantait. Nous avons joué du Johnny Cash, Hank Williams, Fleetwood Mac, AC/DC, j’ai même pu glisser “Rock N’ Roll Outlaw” de Rose Tattoo [petits rires], en fait, tout ce dont nous avions envie et qui nous venait en tête. En gros, si quelqu’un venait et disait « jouons ça ! », nous le jouions et si nous ne savions pas le jouer, nous regardions comment le faire. Nous n’avions aucune règle. Je crois que le morceau le plus heavy que nous ayons fait était « Ace Of Spades » que je leur ai fait jouer [petits rires] et lorsque nous l’avons fini, Russell, ou peut-être était-ce Paul, a dit : « On n’est pas obligé de refaire ça, hein ? » [Rires] Nous faisions n’importe quoi, nous nous exprimions sur nos instruments. Nous avons tous joué à tour de rôle à la batterie, au clavier, à la basse ou à la guitare, nous faisions tout ce que nous voulions. C’était très cool ! Donc lorsque nous finissions de filmer, parfois si les gens voulaient partir, ils partaient, et d’autres fois, si on n’avait pas besoin de moi ce jour-là pendant quelques heures, j’y allais, j’ouvrais et quelqu’un entendait la musique, alors il entrait et nous commencions à jouer. C’était absolument génial ! J’ai de très bons souvenirs de tout le monde et c’était très spécial.

N’avez-vous enregistré aucun de ces jams ?

Non. Parce qu’en fait, c’est l’autre chose. C’est très difficile d’être… Tu sais, les gens disaient : « Pourquoi est-ce que tu as arrêté le métier d’acteur ? Est-ce parce que tu as échoué ou quelque chose comme ça ? » Mais non, en fait j’étais même encouragé à aller avec William Morris, qui est l’un des plus grands agents là-bas, et ils étaient intéressés. Et il y avait une série policière qui arrivait et ils… Mais j’ai dû y réfléchir. La musique est ma première passion. J’adore la comédie, vraiment, mais pour être un acteur à Hollywood, il faut être un certain type de personne, et je ne suis pas vraiment ce type de personne [petits rires]. J’ai été à quelques fêtes avec des gens très célèbres et c’était cool mais j’ai réalisé qu’il y avait un système en place à Hollywood, et tu dois juste accepter ce système, et malheureusement, je n’ai pas ce genre de tempérament et je suis un peu trop honnête, or tu ne peux pas être comme ça à Hollywood, tu dois être… pas forcément malléable parce que j’ai des amis qui sont acteurs et qui travaillent à Hollywood, et ce sont des acteurs brillants et ils s’en sortent très bien, donc ils ne sont pas en plastique, mais je veux dire qu’il y a un côté Disneyland. C’est là, tu peux le voir, ça paraît extraordinaire mais ce n’est pas réel. Et lorsque les gens veulent réussir à Hollywood, ils ont tendance à faire des choses qu’ils ne feraient pas normalement dans d’autres boulots, mais ils sont tellement motivés par les gains financiers que tu peux avoir et la célébrité qui vient avec qu’ils font des choses qu’ils ne veulent pas faire.

Et tu sais, je pense que Russell a eu du mal et quelques autres amis, comme un acteur irlandais que je ne mentionnerais pas, ont eu pas mal de problèmes, parce qu’ils n’ont pas joué le jeu. Ils n’ont pas joué le jeu comme ils le devaient. Et tu es seulement récompensé quand tu joues le jeu. Donc ça revient un peu à se trahir soi-même. Tu as parlé avant de la prestation dans les chansons, et la comédie c’est… Ce que j’ai découvert à Hollywood est que tu dois jouer la comédie 24 heures sur 24, et pas seulement lorsque tu tournes un film. Tu dois te rendre à ces buffets, faire comme si tout le monde était merveilleux et tout ce qu’ils te racontent est vrai et génial, et puis lorsque tu retournes chez toi, tu peux dire « quelle bande de cons ! » [Petits rires]. Mais il faut vraiment le vouloir très fort au point de sacrifier des parts de toi-même pour l’obtenir. Et ça, au bout du compte, ça se termine avec des Robin Williams et des Tony Scott, malheureusement, qui semblaient brillants et tout avoir, et qui ont permis à tout ce harcèlement et cette manipulation de s’exercer sur eux, et ensuite ils sautent d’un pont ou se pendent, ils finissent par abandonner, parce qu’ils étaient malheureux, parce que d’une certaine façon ils ont dû perde des bouts d’eux-mêmes afin de gagner ce qu’ils avaient. Mais ça ne fait que montrer pourquoi on devrait toujours se donner des défis, on devrait toujours croire en soi, on devrait toujours viser sa propre lune, toujours rester fidèle à soi-même. Parfois ça peut vouloir dire que tu es une légende, comme Lemmy, et tu en as le statut mais pas les récompenses financières, mais au bout du compte, tu sors comme tu es arrivé : en tant que toi, à cent pour cent toi, personne d’autre. Et comme Lemmy, ces histoires survivent, comme quoi il était lui-même, bon ou mauvais, et il n’a jamais transigé là-dessus, et voilà.

Donc c’est quelque chose d’étrange, et je pense que Russell, particulièrement à l’époque, lorsque tu es une grande star, tu dois faire attention, donc bien que nous aurions pu jammer et balancer ça sur internet, peut-être que ça n’aurait pas été bon pour son image à l’époque ou ce que le studio [lui demandait], parce que tu n’as pas le droit de faire tout ce que tu veux. Ils t’imposent des clauses pour la moindre chose et ils ne sont pas contents si tu ne respectes pas leurs règles. Donc malheureusement, nous n’avions pas le droit d’enregistrer quoi que ce soit, donc nous nous contentions de nous amuser avec ça.

Interview réalisée par téléphone les 20 et 26 juillet 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Venom Inc. : www.venom-inc.com.

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