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Chronique   

Venom – Storm The Gates


Intangible. C’est ce qui peut définir le mieux la musique de Venom. Les Anglais, considérés comme l’un des groupes qui a mené à l’émergence du black metal, officient depuis presque quarante ans et n’ont pas réellement levé le pied. Coexistant désormais avec le Venom Inc. de Tony Dolan et Mantas, Venom souhaite toujours étoffer sa discographie déjà pléthorique avec un quinzième album intitulé Storm The Gates. C’est le troisième opus studio réalisé par le trio Cronos, La Rage et Dante. Storm The Gates avait pour vocation « d’élever le niveau » pour reprendre les dires du frontman Cronos. En termes d’intensité, peut-être…

Storm The Gates est un album hors du temps, proche d’être obsolète. Évidemment, le statut de groupe culte et sa pérennité au sein d’une scène difficile à conquérir sont des éléments incontestables. Peuvent-ils pour autant, au nom d’une tradition musicale et d’un esprit soi-disant puriste, justifier une production aussi crasseuse ? Certes, cette dernière a indéniablement un cachet qui ravira les fans de Venom, à n’en pas douter. Mais que ce soit le grain écorché de la distorsion des guitares, le chant caverneux, les résonances sourdes de la grosse caisse, le frappé anémique de la caisse claire ainsi que la brillance et les harmoniques des cymbales omniprésentes, Storm The Gates n’a rien d’une production léchée, y compris selon les standards des derniers albums de Venom. Old-school, oui. Authentique, oui. Agréable et entraînante ? Tout dépend si l’on adhère au parti-pris. Le point fort réside dans le travail sur les leads et les soli, à l’instar de « Bring Out Your Dead », et le riffing heavy-thrash de chansons telles que « Dark Night (Of The Soul) », voire un brin NWOBHM (« Immortal » qui use de quelques ficelles à la Iron Maiden). L’exécution de ces arrangements se voit malheureusement gâchée par les choix d’identité sonore qui aboutissent parfois à une bouillie dont on peine à extraire ce qui importe, à l’image de la fin de « 100 Miles To Hell » qui, malgré ses solos harmonisés bien sentis, prend des airs de répétition de garage et laisse une impression d’inconstance dans le tempo. Le grain de Venom peut avoir ses vertus, surtout lorsqu’il ne cherche pas à s’aventurer dans des structures complexes. La simplicité rentre-dedans de « Beaten To A Pulp », et son sinistre ralentissement central, ou la lourdeur quasi doom de « Destroyer », notamment avec ses passages batterie-voix épurés, siéent davantage à l’arsenal sonore choisi par le groupe.

Ces errances de production viennent en outre ternir la prestation vocale de Cronos à quelques endroits. Ce dernier reste fidèle aux inimitables rugissements qu’on lui connait, mais se montre sous un triste visage lors de l’outro de « I Dark Lord » où le frontman oscille entre l’interprétation manquée et le manque d’énergie, ainsi enfoui dans le mix avec ses effets de reverb. Il arrive pourtant à faire vivre des titres en apparence inaudibles, tel que « Suffering Dictates ». Le timbre de Cronos trouve sa place à merveille dans le chaos sonore qui l’entoure, usant tantôt d’un effet salissant, tantôt d’un grain moins renfrogné et plus perçant. « Over My Dead Body » a ce côté hargneux et poisseux à la fois qui, d’une manière étrange, fonctionne. C’est peut-être l’élément le plus insolite de ce Storm The Gates. En fonction du registre abordé et de la complexité des compositions, la production live sert ou dessert la musique. Le son de basse et des arpèges de guitare claire, accompagné de voix fantomatiques, sur le pont d’ « Over My Dead Body » parvient à installer une véritable atmosphère, qui se fait littéralement briser par une distorsion à la crudité extrême et une batterie vouée à s’illustrer dans la catégorie capharnaüm.

Venom est hargneux, il n’a rien perdu de sa fougue, que ce soit lors de passages punk-thrash (« Suffering Dictates », l’impitoyable « The Mighty Have Fallen », la locomotive infernale « We The Loud » qui doit beaucoup à Motörhead) ou plus heavy et alambiqués (« Bring Out Your Dead », « I Dark Lord »). Il faut néanmoins appréhender la production brute, pratiquement du registre d’une prestation live mal captée, faisant écho à certains égards aux débuts mal dégrossis mais pourtant légendaires du combo (c’était surement le but visé). Certains monteront au créneau parce que c’est Venom et qu’on ne remet pas en cause un succès qui ne doit rien à personne, d’autres regretteront qu’autant d’intensité et de savoir-faire ne soient pas présentés comme il se doit aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, Venom fait ce qu’il veut. Il a toujours l’inspiration, même si au fond on le sent vieillir, lentement.

Chanson « Bring Out Your Dead » :

Album Storm The Gates, sortie le 14 décembre 2018 via Spinefarm Records. Disponible à l’achat ici



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  • Troisième écoutes et je dois dire tout simplement que si vous n’aimez pas Venom vous détesterez cet album
    J’imagine par avance la reaction du public en live sur un titre comme Dark Night (Of The Soul)
    The one and only Venom (c’est pas moi qui le dit c’est ecrit en stickers sur le cd ) \m/

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  • Real Venom !!!!!! que le demolition man rentre chez lui ,Abbadon c’est déjà fait !!!!

    AMEN 666

    [Reply]

    Pat

    D’un coté , Venom Inc. : 2 membres du Classic line-up dont le guitariste au son si reconnaissable et le batteur a qui appartient le nom accompagnés par Tony Dolan qui n’a pas à pâlir de son job dans le combo et qui a su éviter le piège du copier/coller.
    De l’autre Cronos et le groupe au patronyme officiel mais entouré de musiciens certes très pros mais quelque peu génériques.
    Pour moi , Venom Inc. à ma préférence tout en appréciant aussi Venom.
    Au fait, Abaddon prend deux « d » et non deux « b » , le gars n’a rien à voir avec la pop suédoise des 70’s.

    Killjoy

    la voix de Venom c’est Cronos.
    L’argument qui consiste a dire qu’il y’a deux membres d’origine dans Venom inc et seulement un seul membre d’origine dans Venom ne tient plus ,il fait encore parti du groupe Abaddon .. Abbadon ?…..ils ne le savent pas eux-mêmes!

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