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Interview   

Venturia : l’opinion des autres compte


« Nous ne faisons notre musique que pour nous mêmes, nous nous foutons du regard des gens ». Cette phrase a été prononcée par, au bas mot, 80% des artistes et pas seulement des artistes de rock. Mais combien parmi eux le pensent véritablement ? Où se situe le compromis entre la personnalité d’un artiste et la dépendance aux goûts du public ou à un effet de mode ?

C’est à ces questions que nous avons tenté de répondre avec le toujours très sympathique Charly Sahona pour qui, la réponse se situe quelque part entre les deux. Car en effet, pour lui, l’art est un partage, une communion. On ne peut pas non plus totalement ignorer l’opinion du public, sinon on ne ferait de l’art que pour soi, sans aucune intention de l’exposer de quelque manière.

Charly nous parle donc du nouvel album de Venturia, de sa conception dans le contexte du départ du batteur et de la décision de faire une musique plus directe, digeste et plus scénique, rebondissant par la même occasion sur les propos de Devin Townsend dans ces mêmes colonnes : « J’aime l’idée de travailler avec des gens qui ont le potentiel de faire tout ce qu’ils veulent mais choisissent de ne pas le faire. »

« Nous n’avons pas changé Venturia, c’est comme une recette : il y a tous les ingrédients qu’il y avait dans les albums précédents seulement la répartition, le pourcentage entre les aliments a un peu varié. »

Radio Metal : Tu dois être soulagé que cet album de Venturia soit enfin sorti étant donné tous les soucis que vous avez eu entre le mixage et le mastering mais aussi le changement de line-up ; ça a pris du temps.

Charly Sahona (guitare) : Ce sont des histoires qui arrivent dans beaucoup de groupes mais il est vrai que cela a fait un peu traîner les choses.

Votre batteur est parti en 2010 soit, il semblerait, au moment où vous étiez censés passer à la phase finale de l’enregistrement. Cette situation vous a quand même mis dans une mauvaise posture…

Oui, c’est vrai. Les titres étaient déjà écrits. Vers les mois de septembre et octobre 2010, nous devions aller en Suisse, comme on avait l’habitude de faire pour enregistrer l’album, et c’est à ce moment là que Diego nous a dit qu’il ne le sentait plus, qu’artistiquement ça ne le faisait plus et qu’il ne se sentait plus impliqué. Au début, il nous a dit que c’était pour des histoires artistiques, ce qui était curieux puisqu’on a toujours bossé ensemble. Mais c’est comme dans les couples, quand le cœur n’y est plus, il ne faut pas insister et donc c’est ce qu’il s’est passé. En réalité, la raison principale, c’est que Diego avait un autre groupe en Suisse avec lequel il était de plus en plus impliqué et avec lequel il commençait à tourner. C’est son choix, on le respecte, mais, effectivement, cela nous a fait retarder l’enregistrement de l’album et naturellement sa sortie. C’est pour cela qu’il y a eu autant de temps entre le deuxième et le troisième album. Je pense finalement que c’est un mal pour un bien parce que nous sommes maintenant avec Fred qui est aussi de Montpellier comme nous donc on est tous maintenant cent pour cent français et ça simplifie les choses.

Vous n’avez donc pas dit à Diego qu’il aurait éventuellement pu rester avec vous pour enregistrer les morceaux et ne pas retarder les choses ?

Dans l’absolu c’est ce que j’aurais voulu car c’est avec lui que l’on a toujours bossé depuis des années. Au début du groupe, quand je suis arrivé avec mes compos, c’est la première personne que j’ai rencontré et avec qui j’avais une super complicité. Cependant, j’avais également envie de faire avancer les choses et je n’avais pas envie d’essayer de le re-convaincre. Je pense que si le cœur n’y est pas, ça ne le fait pas. J’ai donc préféré lui dire que l’on acceptait son choix et que l’on tournait la page. Ceci dit, on s’entend toujours très bien. J’ai regretté sur le moment parce que cela fait toujours un choc mais heureusement ça s’est bien arrangé.

Vous avez dû ressentir de la frustration lorsque vous avez été obligé de retarder la sortie de ces morceaux qui étaient prêts depuis longtemps, surtout que vous avez dû attendre deux ans.

Oui, il y a eu beaucoup de frustration parce que quand on compose quelque chose on a vite envie de l’immortaliser sur CD pour ensuite passer à autre chose, faire des concerts, etc. Cela nous a effectivement retardé de deux ans car il a fallu tout retravailler avec les autres. L’enregistrement en lui-même a été rapide mais on a pris un peu notre temps, notamment en travaillant les arrangements et ensuite en apportant le master à la maison de disques qui, elle aussi, doit prendre du temps par rapport à son planning de sorties. Ainsi, toutes ces choses ont fait que la sortie de l’album a été retardée. C’est vrai que cela est frustrant mais, en parallèle, j’ai aussi commencé à composer de nouvelles choses.

La suite est-elle déjà prête ?

En réalité, j’ai composé pour mon deuxième album solo. Je n’ai pas voulu commencer à travailler pour le quatrième album de Venturia avant la sortie de Dawn Of A New Era parce que j’aime bien voir comment le nouvel album va être accueilli. En revanche, on avait une idée de direction pour le quatrième et, effectivement, même si cela ne fait que quelques semaines que le dernier album est sorti, nous avons déjà commencé à travailler pour le quatrième. Nous avons les idées directrices et sommes également en train de préparer les concerts à venir.

« Je pense que c’est hypocrite de s’en foutre totalement. On fait certes de la musique pour nous mais cela reste une communion, nous partageons la musique. […] Quelqu’un qui s’en foutrait ne sortirait pas de musique sur disque, ne la jouerait pas sur scène et resterait dans sa chambre juste pour se faire plaisir. »

Est-ce-que les titres qui devaient initialement être enregistrés en 2010 et qui sont sortis fin 2012 ont changé entre le départ de Diego et l’arrivée de Fred ?

Oui, un peu. On avait pour habitude avec Diego de se voir pour les arrangements et pour l’ensemble, mais là, curieusement, il n’était jamais disponible. J’ai donc avancé beaucoup de choses et notamment toutes les démos. Tout était prêt mais je comptais faire les arrangements avec lui. Là où les choses ont changé c’est qu’avec le nouveau line-up, nous nous sommes retrouvés tous les trois – la section rythmique, basse, batterie, guitare – et on a arrangé certains titres. Il est certain qu’avant et pendant les enregistrements, il y a toujours de nouvelles choses qui se passent du fait que, soudainement, quelqu’un va avoir une idée. On voulait également que cet album soit plus brut que les précédents. Pendant le pré-mix de l’album, je me suis rendu compte que ça manquait cruellement de synthé et je trouvais que tous les titres avaient à peu près la même couleur. Par conséquent, il peut aussi y avoir des changements pendant le processus d’enregistrement mais surtout au niveau des arrangements ou alors des paroles, c’est-à-dire des choses qui peuvent s’arranger facilement. Entre 2010 et 2012, et même quelques jours avant le mastering, il y a eu des petites choses que l’on a arrangé ou changé. Les modifications se sont faites au niveau des guitares additionnelles et des synthés car une fois que les instruments principaux sont enregistrés, on ne peut plus les changer, surtout quand ils ont été faits en studio. Quand les choses sont virtuelles et que l’on peut les faire chez nous, c’est plus facile. Je reconnais cependant que les choses changent en permanence entre le processus d’écriture et le mix.

Dans d’autres interviews tu disais que Fred, votre nouveau batteur, était un ami de longue date de Thomas et que tu étais vraiment très satisfait de la manière dont les deux jouaient ensemble. La symbiose de groupe est essentielle mais encore plus entre le batteur et le bassiste pour que cela sonne mieux rythmiquement…

La relation basse-batterie est amusante, c’est comme des jumeaux, ils sont indissociables. Ils sont toujours très proches. Dans toutes les formations que j’ai pu voir c’est assez hallucinant, le couple basse-batterie est très important, donc, ce qui est très bien dans notre cas, c’est que Thomas et Fred sont potes depuis des années. Je me demande s’ils ne se sont pas rencontrés à l’âge de dix-huit ou dix-neuf ans. Du fait qu’ils soient liés humainement et musicalement, ça le fait vraiment. Je les connaissais également alors je me suis greffé à eux et ils se sont greffés à mes compos. On a tout réarrangé ensemble et c’est vrai que le facteur humain, s’il se passe bien avec des musiciens qui sont pro, ça se ressent sur scène, ça se ressent dans l’énergie générale et cela s’entend sur le disque. Il y a une très belle cohésion entre tout le monde. Pour moi, le facteur humain est pour toutes ces raisons super important.

Tu disais précédemment que tu voulais attendre avant de composer de nouvelles choses afin de voir comment cet album allait être reçu. Ce troisième album est assez particulier car il va beaucoup plus à l’essentiel que les précédents. As-tu une appréhension par rapport à l’accueil du public ?

Toujours. Et je pense que chaque artiste est comme ça. Je suis toujours dans la réflexion, dans le mental, je me pose beaucoup de questions mais en même temps nous faisons les choses. On sait que c’est une musique qui nous plaît et c’est la première des choses à laquelle il faut faire attention. Il faut que l’on soit tous d’accord sur la direction à prendre parce que ce serait quand même dommage qu’il y en ait un qui dise : « Je n’aime pas ce que l’on fait ». En l’occurrence, en ce qui concerne cet album, il s’agissait d’une décision commune pour ce qui est d’aller à l’essentiel, de mettre plus en avant les riffs de guitare, le groove et les mélodies. On a également fait en sorte que chacun puisse s’exprimer comme il l’entend et toutes ces choses là sont bien passées. Nous sommes contents des compos et de ce que l’on a enregistré. La production est super et de ce fait on est fier de ce qu’on a fait. On n’ira pas dire : « Mince, j’ai un peu honte », cela ne nous arrive plus depuis que l’on est pro et que l’on sort de véritables disques. Cependant: il reste la question du « comment va être perçu l’album ? » On pourrait dire que l’on s’en fout parce qu’on est content, mais on ne peut pas se moquer de l’accueil du public. On savait que l’album serait moins versatile, moins axé technique que le précédent, et on s’est dit qu’il y aurait sans doute des gens qui allaient être déçus. Mais il y en a d’autres qui seront sans doute très contents. Nous n’avons pas changé Venturia, c’est comme une recette : il y a tous les ingrédients qu’il y avait dans les albums précédents seulement la répartition, le pourcentage entre les aliments a un peu varié.

« Dans certains passages on avait l’impression qu’il y avait dix mille infos à la seconde et même si j’exagère cela nous a poussé à nous dire que l’on ferait peut être bien d’essayer de faire un album qui donnerait plus envie de bouger, avec lequel il serait plus facile pour nous de communier sur scène. »

Dans le metal en général, les groupes ont toujours tendance à dire qu’ils se foutent de ce que va penser le public. Penses-tu que ce genre de déclaration concernant la soi-disant indépendance des groupes vis-à-vis du regard des gens est hypocrite ?

Je pense qu’il y a des gens qui sont plus soucieux de l’avis des gens que d’autres. Cependant je pense que c’est hypocrite de s’en foutre totalement. On fait certes de la musique pour nous mais cela reste une communion, nous partageons la musique. Nous la faisons donc aussi pour nous faire entendre et pour partager quelque chose. Ainsi, on ne peut pas s’en foutre ; si tel est le cas et qu’on ne fait la musique que pour nous-mêmes, c’est que l’on est psychopathe et que l’on n’attend pas le regard de l’autre.

Dans ce cas ça ne sert à rien de la sortir…

Évidemment. Quelqu’un qui s’en foutrait ne sortirait pas de musique sur disque, ne la jouerait pas sur scène et resterait dans sa chambre juste pour se faire plaisir et là, en l’occurrence, je n’en connais pas. Je pense donc qu’il est hypocrite de dire que l’on s’en fout totalement. En ce qui me concerne, je suis très réflectif, même s’il est important de faire la part des choses car les critiques aussi bien positives que négatives vont parfois d’un extrême à l’autre. Le but est d’avancer, de se faire plaisir et essayer de faire ce que l’on veut, mais on ne peut pas y être indifférent.

C’est assez amusant d’entendre un groupe dire qu’il se moque de l’avis des gens alors qu’il sort quand même un disque.

Oui, parce que dans ce cas là il monte sur scène et, supposons qu’il n’y ait personne dans le public parce que tout le monde s’en fout, je ne pense pas que le groupe serait aussi content que s’il jouait devant dix mille personnes, ça m’étonnerait. Je pense qu’il y a une part d’hypocrisie, de fierté, d’amour propre, que l’on se sent blessé dans son ego en pensant qu’on est très fort, je pense qu’il s’agît d’une protection mais que, dans l’absolu, cela reste de l’hypocrisie.

Selon toi, quelle doit être la limite entre s’intéresser à ce que pensent les gens et le fait de simplement suivre les modes ?

Je connais quelques musiciens très doués qui eux ne sortent jamais rien parce qu’ils craignent d’être mal jugés. Je pense que le moteur principal doit être de vouloir s’exprimer en groupe et de vouloir partager. Il faut vraiment faire ce dont on a envie. Je pense qu’il faut se dire : « J’ai envie d’aller dans cette direction, qu’est-ce que tout le monde en pense ? », et une fois que les membres du groupe sont d’accord, il faut foncer en donnant le meilleur de soi-même, se faire plaisir sans penser à ce que les autres vont dire. Lorsque nous en sommes au processus de création, à la démo ou aux enregistrements basiques, je n’aime pas faire écouter parce que les gens ont l’habitude d’écouter un produit fini donc ça ne sert à rien de faire écouter quelque chose qui n’est pas fini. Je pense qu’au cours du processus d’écriture et d’enregistrement, il faut être dans sa bulle, se faire plaisir et que le groupe se remette en question. Une fois que l’on est d’accord, on fait partager au public, on retient les critiques parce que de temps en temps on pourra en effet être d’accord sur ce qui va être dit et les choses qui vont être jugées, appréciées ou moins, auront une influence sur ce qui se fera sur l’album suivant.

Dans plusieurs interviews, tu disais que l’étiquette « metal-prog technique » avait tendance à vous desservir aussi bien dans les chroniques que chez les promoteurs de spectacles. Est-ce-que cela signifie que vous aviez du mal à tourner parce que vous aviez cette image qui vous collait à la peau ?

Ce n’est pas la seule raison. Avant il était difficile pour nous de tourner du fait que notre chanteur était américain et que notre batteur était suisse, alors, à moins d’avoir une tournée de super stars, c’est la galère. Néanmoins, il est vrai que lorsque l’on a démarché, que l’on a parlé avec des tourneurs et des salles de spectacles, ils nous répondaient que le progressif intéressait peu de monde. Par conséquent, je pense que c’est aussi l’une des raisons pour laquelle nous avons voulu aller davantage à l’essentiel sur ce nouvel album en proposant une musique plus directe et qui serait plus efficace en live.

Ce n’est donc pas une décision qui a été prise en réaction à ce que vous aviez fait musicalement avant mais plutôt en réaction aux retours que vous avez eu…

En réalité, c’est un mélange d’un peu petit tout. Même si l’on est très fier de notre album précédent, on trouvait que par endroits il était un peu difficile d’écoute. Dans certains passages, on avait l’impression qu’il y avait dix mille infos à la seconde et, même si j’exagère, cela nous a poussé à nous dire que l’on ferait peut-être bien d’essayer de faire un album qui donnerait plus envie de bouger, avec lequel il serait plus facile pour nous de communier sur scène. En faisant une musique compliquée, sur scène, on est toujours très concentré et toujours à l’affût de la prochaine difficulté, et si ce style là n’est pas parfaitement exécuté, ça peut être vraiment dommage. Même pour les enregistrements live que l’on avait fait, on s’est rendu compte qu’il y a tellement d’ambiances dans nos titres précédents que certains passages sonnaient mieux que d’autres et que ça manquait un peu de cohérence. On s’est donc dit que l’on allait essayer de faire quelque chose de plus homogène, qui donne plus envie de bouger la tête sur scène, qui nous donne plus envie de nous éclater sans pour autant renier qui nous sommes.

Tu penses qu’en tant que musiciens vous n’avez plus besoin de faire des choses compliquées ? Penses-tu que les premiers albums que vous avez faits avaient un côté « il faut se prouver que l’on peut enregistrer ça » ?

Toujours. Quand ça fait des années que tu travailles ton instrument dans ta chambre et que tu développes un langage avec un certain nombre de mots, tu as envie de t’en servir pour t’exprimer. Ce sont des choses où tu as passé des années à travailler et tu as envie de les partager. C’est un très bon moteur que d’avoir envie de montrer ce que l’on sait faire. Ce n’est pas une compétition mais tout le monde est passé par là et on s’y trouve encore. Comme je le disais précédemment : nous ne renions pas ce que l’on a fait avant, on a conservé l’aspect technique mais les titres sont moins compliqués.

« Si tu as une Ferrari, au début tu as envie de la pousser jusqu’à ses limites pour voir jusqu’où elle peut aller et puis, soudainement, tu es toujours le même pilote, tu as le plaisir d’avoir une belle voiture mais tu vas conduire plus sagement. »

L’album ne donne pas l’impression d’être plus simple à jouer, il est simplement plus simple à écouter. En termes de difficultés de jeu, il semble identique aux précédents.

Pour cet album-là, je me suis dit que j’allais partir de riffs plus simples, qui allaient être plus entraînants, de sorte que le couple basse-batterie ait plus de liberté. Je pense que eux sont plus satisfaits aujourd’hui de cette musique-là. Ils ont un jeu très riche et sont également très doués en impros, alors il fallait qu’ils puissent s’exprimer avec leur propre langage et non pas uniquement avec ce que l’on a programmé. Les choses se sont faites naturellement pour plusieurs raisons et les titres sont maintenant un peu plus directs et pourront toucher un public un peu plus large.

Le metal est un style qui véhicule une certaine technique et un certain amour de l’instrument. Penses-tu que les premiers albums que vous avez fait ont pour vous un côté rite de passage ?

Cela fait plusieurs années que l’on avait envie de s’exprimer alors, quand on arrive sur le premier album, on a envie de tout balancer. Personnellement, j’ai toujours plein d’idées musicales mais j’essaie maintenant de répartir les plaisirs. Je bosse sur mon deuxième album solo, Venturia on en parle, et pour ce qui est des choses très techniques et bizarres, je vais plus le faire sur des vidéos instrumentales publiées sur internet de façon à ne pas être frustré artistiquement. J’ai envie de m’exprimer de plusieurs façons différentes. Aujourd’hui, avec Venturia, nous sommes arrivés à cet équilibre et cela nous plaît beaucoup. On s’exprime également sur d’autres projets et on se retrouve sur Venturia de la façon dont j’ai parlé précédemment. Sur les deux premiers albums, on n’avait que ça et on avait envie de tout montrer et de tout donner, et même si ça donne de très bonnes choses aujourd’hui, on a plus envie de répartir et de proposer quelque chose de plus homogène.

Il y a quelques semaines Devin Townsend nous disait : « J’adore les musiciens qui sont capables de tout jouer mais qui choisissent de ne pas le faire ». Que penses-tu de cette phrase ?

C’est brillant ! Je comprends ce qu’il veut dire. C’est quelqu’un qui s’exprime dans des registres totalement différents et j’imagine qu’il fait allusion à la maturité. Tu peux avoir beaucoup de technique et tout à coup tu décides de beaucoup moins en montrer. Si tu as une Ferrari, au début tu as envie de la pousser jusqu’à ses limites pour voir jusqu’où elle peut aller et puis, soudainement, tu es toujours le même pilote, tu as le plaisir d’avoir une belle voiture mais tu vas conduire plus sagement. J’ai personnellement envie de m’exprimer de plusieurs façons, que ce soit de manière simple ou compliquée mais dans plusieurs projets, dans différents styles et avec différentes personnes.

Le titre du nouvel album, Dawn Of A New Era, a-t-il été choisi pour symboliser un nouveau départ pour le groupe ?

Exactement. Il en a été de même pour le premier et le deuxième album. New Kingdom était le titre de notre premier album, c’était notre présentation, cela reflétait bien ce que l’on était. Le titre Hybrid reflétait bien toute la variété et la richesse des musiques que l’on avait mais que l’on n’arrivait pas à définir. C’était du prog mais sans être du prog traditionnel. Quant à « L’aube d’une nouvelle ère », c’était en référence au nouveau line-up, à ce nouveau départ, à cette nouvelle énergie qui nous pousse à aller dans une nouvelle direction. Cela représente ce qu’était le groupe à ce moment-là.

Lors de la sortie de ton premier album solo, tu commençais à peine à chanter et tu nous avais confié en interview que pour toi c’était quelque chose de très important du fait de ta timidité. Sur ce nouvel album de Venturia, tu chantes un peu. Alors comment te sens-tu maintenant par rapport à cela ?

Beaucoup mieux. Cela faisait quelques années que je faisais des chœurs et quelques leads et pour l’album solo je m’étais dit que le carnet artistique serait de me mettre au chant. C’était la première fois que je me présentais en tant que chanteur lead à cent pour cent. Comme pour tout, j’ai envie de progresser, de faire des choses différentes. Nous n’avons pas eu envie de faire passer des castings pour essayer de trouver un autre chanteur alors je me suis dit que ça allait être plus simple à gérer si c’était moi. Sur cet album de Venturia, j’ai plus mis Lydie [Lazulli] en avant du fait que je dois gérer guitares, compositions et chants mais c’est pour moi une façon de m’exprimer supplémentaire à la guitare et à la composition. Cela me plaît énormément et je continue toujours de bosser et je suis maintenant prêt à enregistrer mon second album solo. Je progresse, je mûris, je m’enrichis et surtout je me fais plaisir.

Penses-tu que tu chanteras davantage sur les prochains albums de Venturia ?

Non. Pour moi Venturia, c’est Lydie. On va garder la formule du duo mais je me suis posé la question si je n’allais pas mettre Lydie plus en avant. Les autres m’ont dit non parce que cela risquait de poser problème pour les autres titres sur scène. J’ai écouté l’avis des autres et finalement on a continué avec le duo. Cependant j’ai plus envie que ça soit Lydie qui soit devant notamment parce que j’ai aussi la guitare à gérer et que, par conséquent, cela me soulage aussi. Je m’exprimerai plus avec le chant sur mes albums solos.

Le mixage de l’album a été fait par Kevin Codfert et le mastering par Jacob Hansen. Pourquoi n’avez vous pas gardé Kevin pour faire les deux ?

Le mastering est une discipline un peu autre qui nécessite d’avoir une acoustique un peu différente. C’est un monde un peu différent aussi. Le mixage et le mastering se ressemblent mais sont en même temps autre chose. De plus, Kevin ne faisait pas de mastering à l’époque. Maintenant, il commence à en faire. J’avais écouté l’album Xerath II et j’avais trouvé le boulot excellent. Quand j’ai su que c’était Jacob Hansen qui s’en était occupé, je lui ai demandé s’il serait intéressé de faire le mastering de l’album, il a accepté et il a vraiment fait un travail super. Il a sublimé ce qu’avait fait Kevin. Je pense que la connexion et l’interaction entre les deux s’est super bien faite.

Vous avez un clip pour le titre « What If I » sur lequel on peut notamment apercevoir derrière vous des danseuses en train d’exécuter une sorte de chorégraphie. Peux-tu expliquer un peu plus l’idée qu’il y a derrière ?

Ce sont tout simplement des copines. Comme je le disais précédemment, la dimension humaine est très importante pour moi donc enregistrer et immortaliser de la musique avec mes ami(e)s à un moment donné dans le temps l’est aussi. Je travaille aussi depuis des années pour d’autres projets avec ces danseuses. Comme on devait avoir ce clip, je me suis dit que l’on pourrait faire venir les copines, j’en avais parlé avec elles et elles m’avaient proposé des trucs. J’en ai parlé au réalisateur qui au début était contre mais qui a finalement trouvé que cela pouvait être une bonne idée. On s’est tous réuni pour parler de cette idée et on a trouvé que cela pourrait donner de la dynamique et du relief au clip. On ne voulait pas de mises en scène avec des acteurs et, de ce fait, on a fait venir trois danseuses, trois copines à nous pour bosser sur le clip.

Tu disais que tu étais en train de préparer ton deuxième album solo. Que peux-tu nous en dire musicalement ?

Étant donné le retard qu’a pris la sortie de l’album de Venturia, j’ai composé un deuxième album solo qui sera un peu différent. Je ne sais pas comment définir le premier au niveau du style. C’était peut-être plus metal indus. Dans le cas présent, j’ai décidé de laisser tomber pour cet album les riffs sept cordes et le côté très metal pour m’oxygéner un peu et, par conséquent, l’album sera plus orienté modern-rock. Le line-up est complètement différent, ce sont d’autres amis de façon à avoir des couleurs différentes et ça sera plus orienté guitares mais moins metal. Je reviendrai ensuite avec le prochain album de Venturia pour lequel nous avons déjà des idées et qui, je pense, réunira l’efficacité de Dawn Of A New Era et des deux albums précédents. Je pense que l’on arrivera à un équilibre très intéressant.

A une époque, quand un guitariste sortait un album solo, cela avait tendance à être un album pour guitaristes, très techniques, etc. Aujourd’hui, on a l’impression que de plus en plus de guitaristes essaient de faire les choses un peu différemment comme pour l’album solo du guitariste d’Orphaned Land qui est particulièrement varié. Il semblerait que les choses changent.

Cela vient aussi des goûts du public. Dans les années quatre-vingt ou quatre-vingt dix, les albums instrumentaux et les prouesses techniques étaient vraiment à la mode, ça l’est moins aujourd’hui. Cependant les guitaristes ont toujours envie de s’exprimer donc, de ce côté-là, les choses se font aussi naturellement. En ce qui me concerne, j’ai envie de m’exprimer avec le clavier et avec le chant et c’est la raison pour laquelle j’ai envie de faire quelque chose de différent. Ce qui est amusant, c’est que pour mon prochain album solo il y aura deux guitaristes. J’ai en effet demandé à un pote de venir faire les parties de guitares avec moi.

Aurais-tu éventuellement des dates à annoncer pour Venturia ?

Nous sommes actuellement en train de planifier une tournée. Je communiquerai officiellement les informations sur les réseaux sociaux.

Interview réalisé par téléphone en décembre 2012
Retranscription : Isa

Page Facebook officielle : www.facebook.com/Venturia

Album Dawn Of A New Era sorti le 21 septembre 2012 chez Lion Music Records.



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