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Interview   

Verni : derrière la barricade


Si le punk a toujours fait partie de l’identité d’Overkill et si D. D. Verni – bassiste et principale force créatrice du combo de thrash américain – exerce déjà une sorte de projet solo sous la bannière de The Bronx Casket Co., son inspiration et sa passion sont telles qu’il n’a de cesse de composer de la nouvelle musique, en tout genre, qui ne rentre pas toujours dans les « cases » déjà existantes. Ainsi, il lui fallait créer encore une nouvelle identité, celle-ci entièrement dédiée au punk rock, au sens large.

Cette interview, réalisée à l’occasion de la sortie de l’album Barricade, réalisé certes sous son propre nom mais non sans le concours d’une pléthore d’amis, nous a permis de faire le portrait d’un passionné qui travaille sans relâche, à l’abri du monde extérieur et sur la musique qu’il aime, qu’elle soit ou non populaire.

« J’écris des chansons tout le temps, je ne m’arrête jamais, je compose douze mois dans l’année. […] Je n’ai jamais eu de problème pour trouver l’inspiration pour composer, jamais. »

Radio Metal : Tu as déclaré à propos du contenu de cet album : « Avant, je mettais de côté toute la musique qui n’était pas du Overkill pour mon autre groupe, The Bronx Casket Co., mais quand j’ai commencé à composer ces chansons, elles ne correspondaient pas à mon autre groupe, donc je me suis dit: Ok, il faut croire que c’est un album solo. » Pendant combien de temps as-tu collecté de la musique pour cet album solo ?

D. D. Verni (chant, basse & guitare) : J’écris des chansons tout le temps, je ne m’arrête jamais, je compose douze mois dans l’année. Dès que je ne suis pas sur la route avec Overkill ou si nous sommes entre deux albums d’Overkill, je ne reste pas à rien faire, j’ai un studio chez moi, donc j’y suis tous les jours et j’écris des chansons, j’essaye des choses, je m’amuse. Donc quand je mets des chansons de côté, je ne le fais pas sur une période déterminée. J’écris, et si quelque chose me plaît, je l’enregistre et je conserve la chanson et puis les chansons commencent à s’accumuler petit à petit et je me rends compte : « Oh, j’ai dix chansons. » Je les écoute toutes et je me dis : « Ce ne sont pas des chansons pour Overkill et je ne peux pas non plus les utiliser pour The Bronx Casket Co., qu’est-ce que je vais faire ? Ces chansons me plaisent vraiment. » Cette fois, j’ai dit : « Bon, et si je tentais un album solo ? » Les chansons étaient presque terminées. Certaines me plaisaient beaucoup et j’avais l’impression qu’elles allaient bien ensemble. Au début, elles étaient comme les pièces d’un puzzle, et ensuite quand je les ai vues ensemble, j’ai dit : « Ces chansons ont l’air de former un album. » Ensuite je me suis mis à les travailler avec cette idée qu’elles allaient former un album. J’ai légèrement modifié les chansons, sachant que je devrais chanter dessus ou faire certaines choses, parce qu’à ce moment-là, je savais ce qu’elles deviendraient mais je ne les ai pas écrites spécifiquement pour un album solo, c’était simplement des chansons que je mettais de côté. Donc j’ai commencé à faire des petits changements, à ajuster les choses légèrement pour que les chansons forment un tout un peu plus cohérent, qu’elles fonctionnent mieux ensemble, plutôt que d’être des chansons éparpillées.

Pourquoi est-ce que ces chansons ne correspondaient pas à ton autre projet, The Bronx Casket Co. ?

La musique de The Bronx Casket Co. est dans un style plus doom, avec des chansons plus lentes, et j’utilise beaucoup de parties orchestrales, les chansons sont plus dans ce style-là, qui ne correspond évidemment pas du tout à Overkill. Et les chansons qui figurent sur l’album solo n’étaient pas du tout comme ça non plus, ce ne sont pas des chansons doom ou même gothiques, il n’y a pas d’orchestration, pas de chant féminin ou de piano, aucune de ces choses-là, donc ça n’allait pas du tout avec le style de Bronx Casket, et ce n’était pas non plus du thrash metal comme Overkill, donc c’était évident que ce n’était pas de la musique pour l’un de ces deux groupes.

Quelle était la toute première chanson que tu as écrite pour cet album ?

La première du lot ? Ouh là… Je crois que c’était… peut-être la chanson « Fire Up », qui est la première chanson de l’album. C’est aussi sûrement la chanson la plus metal de l’album, la chanson la plus heavy, du coup elle ne collait pas avec certaines autres choses, je disais, que j’avais. Mais je pense que c’était probablement la plus vieille, peut-être la première chanson que j’avais mise de côté. Il me semble que ça remonte à il y a trois ans quand j’ai terminé cette chanson et que je l’ai mise de côté, et puis ensuite parce que nous avions un album avec Overkill… Quand Overkill fait un album, je suis investi à cent pour cent là-dedans. Du coup, il peut se passer un an pendant lequel je ne compose rien d’autre que de la musique pour Overkill. Je dois avoir trois chansons qui datent d’il y a trois ans et puis nous avons fait un album avec Overkill et je me suis concentré dessus, et ensuite j’ai peut-être composé deux autres chansons que j’ai mises de côté. J’ai écrit environ dix ou douze chansons sur une période de deux à trois ans, que j’ai gardées de côté pour autre chose.

Vu que tu composes de la musique constamment, ça ne te t’arrive pas parfois de te perdre dans toutes ces idées ?

Oui, ça m’arrive [petits rires]. Mais, honnêtement, c’est très amusant pour moi. J’aime quand je vais en studio à dix heures du matin et je travaille sur quelque chose et, quand je relève la tête, il est dix-neuf heures, ce qui veut dire que j’ai passé neuf heures en studio et je ne m’en suis même pas rendu compte parce que j’étais perdu dans l’écriture de chansons et je prenais du plaisir à faire ce que je faisais. Faire des choses et créer est tellement amusant pour moi que je n’ai jamais l’impression de travailler, je n’ai jamais ce sentiment de « oh, il faut que je fasse ça », il n’y a aucune pression. C’est simple : je vais en studio, je m’y enferme et je crée, sans trop de pression.

Est-ce que tu écris parfois des chansons qui sont complètement bizarres et différentes de tout ce que tu fais, et du coup tu ne sais pas quoi en faire ?

Oui [rires]. Ça m’arrive encore ! Je les mets aussi de côté, je ne sais pas ce qu’elles deviendront, mais oui, parfois je vais composer une chanson un peu country et je me dis : « Mais qu’est-ce que je vais en faire ? Je ne suis pas en train d’écrire un album de country », mais la chanson me plaît, alors je la mets de côté. J’ai travaillé sur une comédie musicale de Broadway il y a quelques années et j’ai une tonne de chansons que j’avais mises de côté pour ce projet. Je ne travaille pas sur ce projet en ce moment, mais je pourrais très bien travailler là-dessus, ou il pourrait y en avoir un autre à un moment, donc je garde ce genre de choses quelque part. En ce moment par exemple, je travaille sur un album de musique swing, du style « big band », parce que j’adore ce genre de musique et j’ai toujours voulu faire un album comme ça, et je commence à voir des chansons s’accumuler et je me dis : « On verra bien ce qu’il se passera avec ces chansons, on ne sait jamais. »

Où trouves-tu l’inspiration pour une telle profusion d’idées ?

Je ne sais pas. J’adore un certain type de musique… Le metal est mon grand amour. Si tu regardes ma collection d‘albums, je dois en avoir cinq cents et environ quatre cent quatre-vingt-cinq d’entre eux sont des albums de metal. Je n’écoute pas beaucoup d’autres styles de musique. Il y a quelques trucs que j’apprécie de temps en temps, mais pas grand-chose. Ce que j’aime surtout, c’est le rock et le metal. Il y a un ou deux autres trucs que j’aime beaucoup : la musique swing « big band », Brian Setzer, Big Bad Voodoo Daddy et ce genre de groupes, j’aime beaucoup. Donc je me diversifie vers ce domaine. Et quand tu entends ces albums, quand j’entends ces albums, que ce soit par un autre groupe de metal ou un album d’un style de musique que j’adore, ça t’inspire, enfin ça m’inspire en tout cas. Il se peut que je sois dans la voiture, en train d’écouter une chanson ou quelque chose comme ça ou alors j’écoute un album en particulier ou quelques albums d’un même style, et quand tu passes tes journées avec une guitare dans les mains, ce qui se passe à l’intérieur de toi se met à s’écouler au travers de ta guitare. Je ne suis jamais à la recherche de l’inspiration. Je trouve toujours de la nouvelle musique, je suis toujours en train d’écouter de la nouvelle musique, ce qui fait que je suis tout le temps inspiré par d’autres artistes et d’autres choses. Je n’ai jamais eu de problème pour trouver l’inspiration pour composer, jamais.

« Green Day est probablement dans mon top cinq de mes groupes préférés de tous les temps. Tout là-haut avec Black Sabbath. Je possède chaque album de Green Day, je connais chaque chanson, je connais chaque parole, je peux probablement jouer chaque chanson de chaque album. Ils sont comme AC/DC pour moi. »

Même si la musique de cet album est différente de la musique d’Overkill, on peut entendre quelques riffs thrash et punk qui auraient pu convenir à Overkill. En dehors des chansons elles-mêmes qui t’ont invité à travailler sur un nouveau projet, est-ce que tu avais également envie de sortir d’un contexte de groupe et travailler sur un album tout seul ?

Ça aussi c’est sympa parce que ça change. J’adore travailler avec les mecs du groupe et j’adore ce que nous faisons, ça me plaît énormément, mais c’est aussi très sympa de prendre part à d’autres projets. Tu as l’occasion de travailler avec… J’ai travaillé avec beaucoup de guitaristes sur cet album, j’ai travaillé avec un mixeur différent. A chaque fois que tu fais un nouvel album sur lequel tu peux travailler avec des personnes extérieures, tu apprends de nouvelles choses, les gens partagent différentes idées et réflexions avec toi et des choses auxquelles ils pensent, donc tu apprends constamment. Et c’est pareil avec Overkill. J’ai travaillé avec Blitz et Dave [Linsk] et les gars du groupe, nous composons et assemblons les choses ensemble. Avec chaque album tu apprends un peu plus, mais c’est sympa de travailler avec de nouvelles personnes et ces personnes t’apprennent des choses, tu apprends d’eux et ça aussi c’est amusant pour moi.

Est-ce que c’était pour toi un défi de te lancer en solo ou est-ce que tu avais quelque chose à te prouver en faisant ça ?

Pas vraiment. Un album solo n’est pas si différent qu’un album de The Bronx Casket Co. Les albums de The Bronx Casket Co. sont aussi plus ou moins des albums solos ; la seule différence, c’est que des personnes différentes sont impliquées. Sur le dernier album de The Bronx Casket Co. que j’ai fait, je chante sur toutes les chansons, je joue toutes les parties de guitare. Le chant, c’est assez nouveau et amusant, je n’ai pas beaucoup l’occasion de faire ça. Enfin, je chante un peu dans Overkill, mais composer des mélodies et écrire des paroles, c’est Blitz qui le fait dans Overkill, donc j’ai l’opportunité de le faire dans d’autres groupes, sur d’autres projets, et c’est sympa. C’est amusant, différent à essayer et à faire, mais ce n’est pas vraiment différent de faire un album solo avec mon seul nom dessus et un album de The Bronx Casket Co., c’était simplement un autre projet.

Même si tu es le leader et le compositeur principal d’Overkill, et qu’Overkill pratique le mélange des styles, est-ce que tu as parfois l’impression de manquer de liberté artistique, ce qui pourrait expliquer ce besoin de t’impliquer dans des projets divers ?

Non, absolument pas. Si j’avais envie d’inclure une chanson reggae sur un album d’Overkill, je le ferais. Mais nous sommes un groupe de thrash, donc ce genre de chose n’a pas sa place là-dedans et, comme je l’ai dit, j’aime écrire des chansons, j’aime essayer de nouvelles choses, tout simplement. Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée d’essayer d’insuffler tout ce que j’écoute dans la musique d’Overkill. Je pense que si tu en abuses, Overkill ne sera plus Overkill. Donc, c’est simplement une opportunité d’essayer des choses différentes. Ce n’est pas parce que je ne peux pas essayer des choses différentes avec Overkill, je peux le faire avec ce groupe mais en restant dans le cadre du genre de groupe que nous sommes. Nous n’allons pas inclure un ensemble de cuivres en plein milieu d’une chanson d’Overkill [rires].

Est-ce que tu penses qu’il est sain pour des musiciens de permettre à leur esprit de respirer au travers d’autres projets ?

Oui, je pense que c’est le cas. Je crois que ce qu’il se passe, pour moi en tout cas, c’est que j’ai l’opportunité d’essayer toutes ces idées différentes dans le cadre d’autres projets, et quand je retourne vers Overkill, je suis capable de me concentrer à fond sur ce qu’est Overkill. Je crois que c’est ce qu’il s’est passé sur les derniers albums d’Overkill. Et quand je retourne vers Overkill, après avoir fait ces autres projets, j’ai vraiment envie de composer des trucs bien heavy parce que j’ai expérimenté avec toutes ces idées différentes, et le fait de retourner vers Overkill, là où je peux écrire les trucs les plus puissants que je puisse écrire, c’est une super sensation, parce qu’alors ça faisait longtemps que je n’avais pas fait ça. J’étais possiblement en train de travailler sur d’autres chansons pour d’autres projets, donc de me replonger dans le style d’Overkill, c’est comme un renouveau et c’est excitant. Donc, pour moi, c’est totalement utile de m’éloigner pour faire autre chose et expérimenter, ça m’aide à me concentrer un peu mieux sur la musique d’Overkill.

Même si la musique punk est une grosse influence pour toi et Blitz dans Overkill, cet album solo célèbre encore plus cette influence. Est-ce que tu peux nous parler de ta relation à la musique punk ?

Quand j’étais enfant, quand j’ai commencé à vraiment écouter de la musique pour la première fois, c’était du metal. J’écoutais Kiss, Aerosmith et Rainbow, beaucoup de metal. Mais je ne jouais pas très bien, je n’ai jamais pris de leçon ou autre, donc… J’aimais beaucoup les groupes de punk, en partie pour la musique, mais c’était surtout assez facile à jouer, je pouvais prendre une basse et jouer les chansons assez facilement et assez rapidement. Et puis l’énergie et l’attitude des groupes de punk étaient géniales. Les groupes de metal avaient une attitude du genre « plus grand que nature », mais les groupes de punk avaient une attitude « va te faire foutre » qui me plaisait beaucoup. Donc quand j’ai commencé à jouer, c’était sympa de jouer des chansons punk et les premiers groupes dont j’ai fait partie étaient des groupes punk. Ensuite, quand je me suis amélioré, quand mon style s’est amélioré, j’étais capable de faire mieux, mais l’attitude punk rock est restée. C’est sûrement la raison pour laquelle quand j’ai entendu Motörhead pour la première fois, quand j’ai entendu ce mélange, c’était comme si on avait mélangé un groupe de metal et de punk, je me suis dit : « La vache, je n’ai jamais rien entendu de mieux ! » Ça a été une grosse influence pour moi quand j’étais plus jeune et que je commençais… Je tiens mes racines de cette énergie et cette attitude punk rock. Il y a beaucoup de mecs dans le milieu du metal qui se focalisent sur la qualité du jeu et le niveau technique, or je n’ai jamais été comme ça et je pense que c’est parce qu’une partie de ces racines punk rock… Je peux aimer une chanson à trois accords autant que n’importe quelle chanson compliquée. Tu peux l’entendre sur l’album, tu peux même l’entendre sur un album d’Overkill. D’ailleurs, c’est aussi une chose que j’appréciais chez Black Sabbath : ce n’était pas compliqué à jouer, c’était facile de jouer [fredonne la mélodie de « Iron Man »], et j’ai pensé « c’est génial ! », moins c’est compliqué, mieux c’est. Donc le punk rock était très important pour moi, ça l’est toujours, j’écoute toujours beaucoup de punk rock.

« Souvent, ma femme rigole et me dit que je reste barricadé dans mon studio parce que quand j’y vais, je n’ai pas internet, pas de téléphone, rien du tout. Et puis il y a aussi le fait que je déteste les réseaux sociaux et ce genre de trucs, internet, les infos à la télé, tout. »

Ce qui est intéressant, c’est que la biographie accompagnant l’album dit : « Pour les fans de Metallica, Overkill et Green Day. » C’est amusant parce que généralement, les gros fans de musique punk ne citent pas Green Day comme leur groupe préféré parce que Green Day a cette image d’un jeune groupe de punk mélodique pour adolescents. Est-ce que tu écoutes et apprécies vraiment Green Day ?

Oh, Green Day est probablement dans mon top cinq de mes groupes préférés de tous les temps. Tout là-haut avec Black Sabbath. Je possède chaque album de Green Day, je connais chaque chanson, je connais chaque parole, je peux probablement jouer chaque chanson de chaque album. Ils sont comme AC/DC pour moi, l’un de mes groupes préférés de tous les temps.

L’album s’appelle Barricade : quelle signification mets-tu derrière ce mot ?

Ça vient de… Souvent, ma femme rigole et me dit que je reste barricadé dans mon studio parce que quand j’y vais, je n’ai pas internet, pas de téléphone, rien du tout. Et puis il y a aussi le fait que je déteste les réseaux sociaux et ce genre de trucs, internet, les infos à la télé, tout. En gros, je maintiens une barricade autour de moi vis-à-vis de ces choses. Je n’ai aucune application sur mon téléphone, je n’ai pas Spotify, je n’ai rien à voir avec tout ça. Ces deux choses réunies ont fait que ça me paraissait être une bonne idée de titre pour un album solo. Ça avait l’air d’illustrer ce qu’est ma vie.

L’album ouvre avec « Fire Up », qui est une chanson très énergique et intense qui va bien avec son titre : est-ce que ça représente ton état d’esprit avec cet album ?

Je pense que oui. Je crois que n’importe quelle personne qui écoute du metal adore cette sensation de laisser-aller et juste crier comme une banshee et… Il se trouve que je suis allé voir Judas Priest en concert hier soir et j’ai ressenti un peu ça. Même Judas Priest, des mecs qui font ça depuis toujours… La musique commence et tu cries et tu donnes tout, tu te laisses aller, tu ne t’inquiètes de rien, parce qu’une fois le concert terminé, tu peux redevenir une personne normale, mais pour un court instant tu t’éclates totalement et tu laisses aller.

L’une des chansons s’appelle « Lost In The Underground » (« perdu dans l’underground », NdT) : est-ce que c’est ce que tu ressens en tant qu’artiste ?

Cette chanson parle plutôt du processus de création d’un album parce que faire un album demande énormément de travail. La création d’un album représente une quantité folle de travail, ce qui fait que parfois tu peux te sentir un peu perdu : « Pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Pourquoi est-ce que je m’investis autant ? » Tu peux te sentir un peu perdu. Et comme tu n’es pas un artiste mainstream… Ce n’est pas comme si j’allais vendre un million d’albums, donc ça arrive de ressentir ça, « pourquoi est-ce que je travaille autant, pourquoi je fais tout ça ? » et puis tu te rends compte que c’est parce que t’adores ça. Voilà la raison. Tu ne fais pas ça pour vendre des millions d’albums, ou pour la réaction des gens, qu’elle soit positive ou négative. Mais parce que tu aimes ça et tu ne peux de toute façon pas t’en empêcher. Voilà de quoi parle la chanson.

La ballade appelée « We Were Young » semble un peu à part sur l’album, avec du piano, un solo qui fait penser à Queen et une ambiance nostalgique. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette chanson ?

Ça faisait maintenant un moment que je voulais écrire une chanson à propos de… Plus tu vieillis, plus tu repenses au passé : quand tu étais plus jeune et que tu courais dans tous les sens comme un fou. Maintenant que je suis plus âgé, j’ai des enfants et je les vois courir dans tous les sens comme des fous. Ça me fait penser au passé et à quel point je m’amusais avec mes amis, et j’avais envie de composer une chanson qui me faisait me sentir de cette façon. C’est le genre de chanson que j’aurais probablement aimée quand j’étais jeune, et nous l’aurions chantée avec mes potes, en fin de soirée, en train de boire des bières. J’avais simplement envie d’écrire une chanson comme ça depuis un moment et c’était l’occasion de le faire puisque j’avais une ballade et une sorte d’hymne mixées ensemble. C’était une chanson sympa à faire et tous mes frangins et frangines sont venus pour chanter dessus pour moi, ce qui était aussi très amusant.

Plusieurs guitaristes prestigieux ont été invités sur l’album. Bien que ce soit un album solo, est-ce que tu voulais faire de cet album une sorte de célébration musicale avec des amis ?

Oui, c’est ça. J’ai écrit toutes les chansons, mais je ne voulais pas être celui qui ferait absolument tout. C’est pourquoi j’ai appelé des amis. Certains des mecs sont des amis, des gens que je connais depuis un certain temps et que je considère comme de très bons guitaristes, je les ai appelés et leur ai demandé de jouer sur l’album. Et puis il y en a d’autres que je ne connaissais pas du tout, j’appréciais leur travail et je les ai appelés à l’improviste et j’ai dit : « Salut, c’est D. D. Verni d’Overkill. Est-ce que tu serais intéressé pour faire un solo sur une chanson ? » Tous ceux que j’ai appelés étaient super sympas, ils ont dit : « Ouais, envoie la chanson, j’aimerais beaucoup faire ça, ça va être marrant. » Ils m’ont tous envoyé des super solos, un à un. C’est facile de voir pourquoi ce sont de super guitaristes, ils sont extrêmement professionnels et doués. J’ai bien aimé quand j’ai reçu leurs solos et tu les prends et les inclus dans ta chanson, tu mets le solo dans le fichier du projet et tu souris et te dis : « Oh mon Dieu, c’est exactement comme un solo de Bruce [Franklin] de Trouble, c’est exactement comme un solo de Jeff [Loomis] d’Arch Enemy. » Tu reconnais leur style, même sur une de mes chansons. C’était très sympa, c’était l’un des meilleurs moments du processus de création de l’album.

« La création d’un album représente une quantité folle de travail, ce qui fait que parfois tu peux te sentir un peu perdu : ‘Pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Pourquoi est-ce que je m’investis autant ?’ […] et puis tu te rends compte que c’est parce que t’adores ça. Voilà la raison. »

Ça peut paraître surprenant d’entendre certains de ces guitaristes sur ce genre de musique, je pense en particulier à Michael Romeo. Comment as-tu choisi ces guitaristes et la chanson sur laquelle ils joueraient ?

Je connais Michael Romeo depuis toujours. C’est un mec du Jersey, il habite à une demi-heure de chez moi, donc nous traînons ensemble, je le vois assez souvent. Je n’ai pas vraiment réfléchi au guitariste et à qui jouerait sur quelle chanson parce qu’ils sont tous tellement doués qu’ils pourraient jouer presque n’importe quoi. Pour quelques-uns d’entre eux… Je savais que la chanson « Off My Leash » avait un style qui rappelait un peu Black Sabbath, donc j’ai pensé que c’était la chanson parfaite pour Bruce de Trouble. Et puis il y avait « We Were Young », je savais que je voulais que la chanson soit… Pour moi, c’était une chanson dans le style de Queen, donc j’ai pensé que j’appellerais Steve [Leonard], qui fait partie d’un groupe de reprise de Queen, pour lui demander, parce que je ne connaissais personne d’autre qui pourrait jouer des solos de ce genre.

Ron Lipnicki, le batteur d’Overkill, a aussi joué la batterie sur cet album. Blitz nous avait dit que « Ron nous a rouvert les yeux sur le fait que ce qui nous caractérisait, c’était ce type d’énergie punk. » Est-ce que c’est aussi ce qui fait qu’il était parfait pour cet album ?

Oui, j’ai fait beaucoup d’albums avec Ron maintenant, pas mal d’albums d’Overkill. Donc je connaissais son style, j’avais déjà travaillé en studio avec lui plein de fois, je connais l’énergie avec laquelle il joue et nous nous amusons toujours beaucoup quand nous sommes en studio, nous rions beaucoup ensemble, nous avons fait beaucoup d’albums ensemble et il est dans le New Jersey, donc je savais qu’il serait bien pour ça, qu’il pourrait faire ça bien. Il est venu, et il a fait ce que Ron fait : il déploie une tonne d’énergie, il joue avec une sorte d’abandon insouciant… Il fait partie de ces batteurs qui aiment cogner fort. Et cette attitude était parfaite pour certaines des chansons qui étaient un peu plus punk rock ou plus dans ce style, je pouvais lui dire depuis la salle de contrôle : « Ron, frappe cette batterie aussi fort que tu peux pour cette chanson. » Il était très content de le faire. Tout ce que j’ai pu faire avec Ron s’est toujours super bien fini et nous nous amusons toujours beaucoup.

L’artwork de l’album ressemble beaucoup à celui d’un album d’un rappeur français, Seth Gueko. Est-ce que ça pourrait être ce qui t’a inspiré pour ton propre album, même si je doute que tu le connaisses ?

Non, je n’ai aucune idée de qui c’est [rires]. C’est un rappeur français ? OK. Je ne savais pas du tout !

Comment envisages-tu l’avenir de ce projet solo ?

On verra. N’importe quel projet consiste en partie à attendre et voir si les gens aiment, si les fans aiment. Nous évoquons l’idée de faire quelques concerts, peut-être une petite tournée. Nous verrons ce que les fans pensent quand l’album sortira, si la réaction est positive, si l’album se vend, et ensuite peut-être que nous jouerons quelques concerts. Ça pourrait être sympa de jouer dans des festivals. Mais si ça se produit, la question sera qui fera partie du groupe pour la tournée ? On me pose souvent cette question et la réponse est je ne sais pas. Je pense que si nous venons à faire des concerts, j’appellerai des gens et je verrai qui est disponible. J’appellerai les mecs qui ont joué sur l’album et je leur dirai : « Est-ce que tu veux partir en tournée pour je ne sais combien de concerts ? Est-ce que tu es dispo ou est-ce que ça te paraît sympa ? » Voilà. J’appellerai des amis, j’appellerai des gens. Je pense que ça se passerait comme ça, peu importe quand nous ferons les concerts. A chaque fois que j’ai donné des concerts, c’était des concerts solos mais les gens qui jouaient dans le groupe étaient des amis, du coup tu pouvais voir un groupe de personnes totalement différent à chaque fois que je me produisais, mais je crois que ça pourrait être cool pour les fans. Je ne sais pas, peut-être qu’une fois Michael Romeo jouerait avec moi et Ron serait à la batterie. Peut-être qu’une autre fois quelqu’un d’autre jouerait, peut-être que Virus, qui joue de la guitare sur l’album, jouerait dans le groupe et un autre ami serait à la batterie, qui sait. Chaque chose en son temps. Pour commencer, attendons de voir comment l’album est accueilli, mais nous sommes en train de discuter d’une possible tournée.

Est-ce que tu peux nous donner des nouvelles d’Overkill ? Où en est le prochain album ?

Nous sommes en train de le mixer. Nous venons juste de finir l’enregistrement et nous avons commencé le mixage il y a quelques jours. Donc, j’attends les premiers mix et cet album est prévu pour fin février de l’année prochaine, et ensuite nous repartons en tournée. C’est en cours, doucement mais sûrement.

Tu as déclaré que l’album serait dans la même veine que le précédent mais avec plus d’influences du metal traditionnel. Qu’est-ce qui t’a inspiré ?

Je ne sais pas exactement. J’ai beaucoup aimé The Grinding Wheel et j’ai beaucoup aimé le fait que cet album touchait aussi au metal, pas seulement au thrash. Un peu de metal, comme ce que nous écoutions quand nous étions plus jeunes et apparemment la musique que j’avais contenait plus de cette facette, donc… C’est majoritairement comme ça avec Overkill : nous sommes plus ou moins un groupe old-school et nous avons notre propre style, mais cet album semble ressembler un peu plus à ça, pour moi en tout cas, mais je suis la dernière personne à qui tu devrais demander parce que pour moi c’est juste un autre album d’Overkill. Il est différent des autres, mais c’est toujours du Overkill.

Interview réalisée par téléphone le 7 septembre 2018 par Philippe Sliwa.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Lison Carlier.

Site officiel de Verni : www.ddverni.com

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