ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Vincent Cavanagh (Anathema) met ses émotions sur orbite


Quelle productivité depuis We’re Here Because We’re Here ! Un album qui avait mis du temps à voir le jour – sept années le séparait de son prédécesseur A Natural Disaster -, et il faut bien reconnaître qu’Anathema s’est rattrapé, s’offrant une cadence soutenue d’une sortie par an. La dernière en date était Universal, un album qui voyait le groupe des frères Cavanagh poussé au plus loin sa face orchestrale dans un concert exceptionnel. Aujourd’hui, c’est avec un nouvel album, Distant Satellites, qu’ils reviennent. Un album qui d’ores et déjà interpelle et surprend, notamment pour son utilisation d’éléments électroniques sur quelques chansons.

Anathema ne s’impose pas de limite et montre qu’il reste plus que jamais ouvert à tout, tant que ses membres en ressentent le besoin à un instant donné. Et on se surprend à se demander ce qu’ils expérimenteront la prochaine fois… Mais comme n’a de cesse de le répéter le chanteur Vincent Cavanagh, lui-même incertain de ce qui pourra bien ressortir d’eux à l’avenir, dans l’entretien qui suit : « Qui sait ce qu’il va se passer dans le futur ? […] Nous verrons comment ça va évoluer. » Un musicien avec lequel nous prenons toujours le même plaisir à échanger. Au menu du programme, évidemment le nouvel album Distant Satellites, mais aussi sa prise de distance avec le monde et la politique, sa relation étroite avec les musiques électroniques, ses émotions fortes ressenties à chanter avec un orchestre derrière lui et la formation française Alcest, avec une petite réclamation à l’intention de Neige, la tête pensante du combo…

« [La politique] fait de moi une personne malheureuse. […] J’ai passé de nombreuses années à être malheureux, je ne veux donc plus vivre ça. »

Radio Metal : On dirait que vous avez atteint une bonne régularité dans vos sorties d’albums…

Vincent Cavanagh (chant et guitare) : Ouais ! [Rires] Evidemment, nous avons fait Universal entre temps. Ca fait maintenant quelques années qu’on sort quelque chose tous les ans. Ça a commencé avec Hintsight en 2009. 2010 c’était We’re Here Because We’re Here. 2011 c’était Falling Deeper. 2012 c’était Weather Systems. 2013 c’était Universal. Et maintenant, en 2014, c’est Distant Satellites. Nous verrons pour ce qui est de 2015 ! Nous ne savons pas encore.

Et est-ce que cette régularité est quelque chose que vous vous êtes imposés ?

Ouais, nous nous sommes imposés une éthique de travail stricte. Tout particulièrement après avoir eu un long break, nous voulions maintenir l’élan. Nous écrivons en permanence beaucoup de musique, tu vois, il faut donc que nous essayons de ne pas nous laisser déborder en sortant tout ça. Autrement ça va s’entasser et s’entasser jusqu’à ce que ça finisse par être trop vieux.

Je suppose aussi que vous vous êtes sentis particulièrement inspirés ?

Nous sommes constamment inspirés. Je suppose qu’au cours de ces quelques dernières années nous avons eu un essor créatif et c’est encore le cas aujourd’hui, nous sommes encore en train d’écrire de nouvelles choses, là tout de suite. Je ne crois pas que ça s’arrêtera à ce stade. Nous verrons comment ça va évoluer.

Je suppose qu’on peut s’attendre à un prochain album l’année prochaine ?

Qui sait ? Nous n’allons pas le promettre mais nous allons certainement travailler dur et voir où ça nous mène.

Encore une fois l’album a été produit et mixé par Christer-André Cederberg, qui a aussi travaillé sur Weather Systems et Universal. Penses-tu qu’il se soit révélé comme le parfait producteur pour Anathema ?

Oui certainement. Nous savions avec le dernier album qu’il était parfait pour nous, parce que le gars a le tempérament parfait, tu sais. Mais qui sait ce qu’il va se passer dans le futur ? Pour l’instant, nous sommes heureux de travailler avec lui. C’est un type super et il a d’ailleurs joué de la basse sur l’album. Il a cette attitude relaxe et cette super personnalité. Nous nous entendons tellement bien avec lui. Et bien sûr, il sait ce qu’il fait en studio. Nous avons vraiment le sentiment d’être en de bonnes mains avec Christer. Nous verrons mais ça fait du bien d’avoir un gars avec qui tu te sens à l’aise.

Vous avez mixé l’album plus tôt cette année dans un studio à Chicago en tournant aux Etats-Unis avec HIM. N’était-ce pas un peu difficile d’être sur deux fronts à la fois ?

Oh mon dieu, ouais, c’était horrible pour être honnête avec toi. Mais il fallait le faire, tu sais, et là où il y a de la volonté, il y a une solution pour avancer. C’était la règle. Je suppose que ça nous a permis de finir l’album. Il faut aussi que nous remercions Steven Wilson d’être intervenu et d’avoir mixé les deux dernières pistes, car Christer a dû subir une opération du dos à la dernière minute, et du coup il n’a pas pu s’occuper des deux dernières chansons. Il a donc fallu que nous demandions à Steven d’intervenir et de s’occuper des deux dernières chansons pour nous ; ce qu’il a fait avec son savoir-faire inimitable. Nous savions ici encore que nous étions en de bonnes mains avec Steven, et il est intervenu à la dernière minute pour sauver l’album. Donc, mille merci à Steven, et aussi à Christer pour avoir travaillé sous la douleur pendant de nombreuses semaines. Nous étions chanceux d’avoir pu travailler avec de telles personnes.

N’aviez-vous pas peur de subir des problèmes d’incohérence en faisant appel à deux producteurs pour le mixage de l’album ?

Pas vraiment. Je veux dire que nous n’avions pas vraiment le choix pour commencer, mais nous faisons confiance à Steven, tu sais. Si ça avait été quelqu’un d’autre que nous ne connaissions pas, nous aurions été inquiets mais nous connaissions Steven. Donc ce n’était pas un problème.

Peux-tu nous donner l’histoire de cette chanson en trois parties dénommée « The Lost Song » ?

Ouais. Ça vient de Danny (Daniel Cavanagh) qui essayait de se souvenir de cette chanson ou ce riff qu’il avait perdu il y a quelques années. La seule chose dont il se souvenait du vieux riff était sa signature rythmique qui était en 5/4. Il a donc essayé d’écrire un autre riff mais ce n’était pas le bon. Il essayait de trouver un rythme pour l’accompagner, alors j’ai suggéré un rythme de batterie pour son riff. Et ensuite Cardoso (Daniel Cardoso) a joué ce rythme. Tout de suite après, mon frère Danny a dit : « Okay c’est bien » et a commencé à jouer un tout nouveau truc qui est devenu ensuite « The Lost Song Part 1 ». Et ensuite, immédiatement après que le rythme s’est arrêté, il a commencé à jouer la seconde partie, en improvisant sur le moment et c’est devenu cette chanson. Nous avons enregistré tout ça et quelques heures après il a fait la troisième partie avec Cardoso, également en improvisant, et moi qui les dirigeais, en quelque sorte. Ça s’est fait très rapidement. Donc, trois chansons ont été créées après que Daniel ait essayé de se souvenir de cette chanson perdue, voilà pourquoi nous avons appelé tout ça « The Lost Song ». [Rires]

C’est amusant, car ça me fait penser à l’histoire de la chanson « Tribute » de Tenacious-D…

Ouais ! [Rires] [Il commence à chanter « Tribute »] « Coudn’t remember the best song in the world, no. » (ndt : « impossible de se rappeler de la meilleure chanson au monde, non. ») Et donc ils ont fini par jouer une sorte de « Stairway To Heaven ». [Rires] Le fait est que Danny ne se souvient pas du riff. Donc il ne sait même pas si c’était bien. Il croit que c’était brillant mais il ne se souvient pas de ce que c’était. Je veux dire que c’était il y a cinq ans maintenant, il y avait donc de grandes chances pour que déjà à l’origine ça ne valait pas un clou. [Grand rire] Mais ce qui est drôle, c’est que trois chansons ont vu le jour alors qu’il essayait de se rappeler de ce que c’était. (Rires] C’est hilarant.

Bonus, Vincent Cavanagh chante « Tribute » de Tenacious D :

[audio:interviews/2014/Vicent Cavanagh (Anathema) – Tribute – 2014.04.10.mp3|title=Vincent Cavanagh sings Tribute]

Il y a une chanson intitulée « Anathema » en plein milieu de l’album. Pourquoi avoir choisi d’intituler une chanson ainsi à ce stade et de quoi parle-t-elle ?

Eh bien, c’était une décision audacieuse. Nous nous sommes tous regardés lorsque Danny l’a suggéré. C’est lui qui l’a suggéré car c’est lui qui a écrit les paroles. Nous aimions tous la musique et la musique a ce feeling un peu doom, très sombre et menaçant, grand et épique, tu vois, comme ce gros riff à la fin. Ça rappelle un peu nos plus vieilles musiques. Donc Danny a écrit les paroles, il nous a regardé et ensuite nous a expliqué de quoi ça parlait, et il a dit : « Je pense appeler ça Anathema. » Nous nous sommes tous regardés et nous avons dit « fais-le. » C’est donc vraiment une idée et une chanson de Danny. Là où je suis entré en scène, c’est pour ce second riff à la fin, c’était censé être une chanson différente et je me suis retourné et dit : « Ok, ce que tu dois faire, c’est prendre ce riff de cette chanson et le mettre ici. » Et il était là : « Non, non, ça ne marchera pas » et j’ai dit : « regarde, fais-moi confiance, ça va marcher. » Et ça a marché. Mais tout le reste c’est de Danny. L’idée du titre c’était Danny.

Si tu écoutes les paroles, tu devines que ça parle de ce groupe et des gens qui le compose et tout ce que nous avons traversé, notre engagement dans ce groupe, et tout ce que nous essayons de faire et tout ce que nous avons fait et essayé de faire par le passé, et tout ce genre de choses. Et c’est putain de cool, mec. Je pense vraiment que c’était le bon moment et la bonne chanson. Parce que nous sommes proches des gens et nous sommes très proches les uns des autres, et c’est pourquoi Distant Satellies, le titre de l’album, fonctionne si bien, car les satellites dont nous parlons sont les gens. Nous sommes parfois sur des orbites différents mais lorsque nous nous croisons, c’est comme si le temps ne s’était pas écoulé, mais parfois il faut que nous lâchions prise parce que nous savons que nous sommes sur des chemins différents. Il y a certaines personnes dans notre vie, tu sais, les fous, les créatifs, les gens qui ont pris trop de drogues mais qui avaient une étincelle de génie en eux, des gens comme ça, des gens qui ont en fait appuyé sur le boutons d’autodestruction, mais ce sont quand même de belles personnes… Il y a tant de gens de ce genre que nous croisons dans nos vies. C’est ça les satellites distants, des gens qui sont sur leur propre orbites. Et « Anathema », la chanson, renvoie à ce type de personnes également, du coup ça colle vraiment bien.

« Je suis un fan absolu de musique électronique. […] J’écoute bien plus de musique électronique que de rock. »

Est-ce que ce titre pourrait aussi signifier que vous êtes des observateurs distants de ce monde ?

Non, ce n’est pas ce que nous avions en tête. Ce à quoi nous pensions, c’est quelque chose comme une métaphore sur l’orbite, des gens sur différents orbites. Tu sais, nous sommes [il change d’avis], je suppose que tu pourrais… Ouais, tu sais quoi ? Tu as raison. Je pense que tu peux le voir ainsi, car, effectivement, nous nous sommes écartés de ce que tu pourrais appeler une vraie vie, la vie de tous les jours. Très tôt dans notre jeunesse, lorsque nous avions quinze ans, lorsque nous avons quitté l’école, nous nous sommes écartés du monde entier, de la course à l’argent, tu sais, à essayer de trouver un boulot, acheter une maison, construire une famille et avoir une vie normale. Nous sommes sortis de ça et avons choisi un chemin différent. Donc, en ce sens, tu es une espèce d’observateur. Je dois l’admettre, je porte zéro attention à la politique. Avant j’y prêtais une grande attention et j’avais pour habitude d’avoir des opinions tranchées sur tout type de sujets politiques. Mais ces jours-ci, je n’en ai rien à foutre parce que simplement je… Ça ne m’affecte pas dans ma vie et je ne peux pas croire que ça affecte un quelconque changement. Je dois donc admettre que c’est mieux pour moi de vivre ma vie sans ça, tout du moins en ce moment, car la politique me rend malheureux. Les politiques directes qui me touchent, les changements politiques qui déterminent où je vais vivre, et le fait de lire les journaux chaque jour et d’être impliqué de manière active dans la politique et dans comment ça peut affecter les changements, ça fait de moi une personne malheureuse, ce que je ne veux pas être. J’ai passé de nombreuses années à être malheureux, je ne veux donc plus vivre ça. Donc pour ce qui est d’aujourd’hui, tout ce que je fais, c’est me concentrer sur ma musique, mon art, ma vie avec l’art et c’est tout. C’est mon centre d’attention. Je ne veux pas ressentir ça, c’est ainsi.

Les chansons « You’re Not Alone », « Distant Satellites » et « Take Shelter » contiennent quelques rythmes électroniques, ce qui est plutôt inhabituel pour Anathma. Mais sur Weather Systems, la chanson « The Storm Before The Calm » contenait déjà un aspect électronique. Cette chanson a-t-elle donc été comme un point de départ qui vous aurait motivé à expérimenter d’avantage avec les sonorités électroniques ?

Ouais, je suppose. Ça vient vraiment de moi et John. Danny n’a pas vraiment encore apporté d’éléments électroniques, mais… En fait, ouais, « Take Shelter », la chanson, c’est de Danny, mais il traînait cette idée depuis plusieurs années. Il l’avait déjà probablement avant Weather Systems, en fait, mais elle n’a pas pu se retrouver sur Weather Systems et nulle part avant ça. Nous avons donc tous pendant longtemps été intéressé par la musique électronique, tu sais. Je veux dire que j’avais pour habitude de travailler dans un studio d’enregistrement à Liverpool lorsque j’avais dix-sept ans, et le gars qui possédait le studio avait un groupe d’électro. Il m’avait présenté à quelques-uns de ses amis lorsqu’il était dans ce groupe qui s’appelait Solenoid. Je me souviens, à l’époque j’apprenais à programmer des rythmes, à utiliser des boites à rythmes et à écouter la musique électronique, et ils m’ont fait découvrir des gens comme Aphex Twin et Hardfloor et quelques-unes des futures sonorités de Londres, des trucs qui se faisaient dans les années 90. Ce n’était pas la techno que tu entendais dans les hit-parades. C’est quelque chose qui était joué uniquement dans les clubs et sur les marques blanches (ndt : « white labels »), mais ces mecs étaient très impliqués sur la scène rave. C’est là où j’ai eu mon éducation. Et ensuite j’ai commencé à imaginer des programmes et des rythmes, j’ai appris à utiliser les logiciels. Et très vite ils m’ont demandé de programmer les rythmes pour leur groupe. J’ai fait quelques raves avec eux, quelques festivals, en jouant des toms et des rythmes. J’ai toujours été porté là-dessus. Ensuite John a aussi été très intéressé par ça dans les années 90, simplement en allant dans des clubs et à des raves, en écoutant de la techno pendant des week-ends complets, non-stop. C’est de là que vient le riff de « Distant Satellites ». Il est passé par de nombreuses formes jusqu’à ce qu’il trouve sa place sur cet album. L’étincelle venait de cette époque.

Nous avons donc une longue histoire avec la techno et les musiques électroniques. Et j’ai toujours été un grand fan de tout ce qui sort sur Warps Records, depuis Aphex Twin grosso-modo, depuis que je me suis intéressé à ça. J’ai donc tout suivi de Boards Of Canada jusqu’à Squarepusher, Autechre et tous les autres. Je suis un fan absolu de musique électronique. Je le suis vraiment. J’écoute bien plus de musique électronique que de rock, tu peux dire ça comme ça. C’est ainsi. Donc, ouais, ça s’est immiscé dans le groupe, ce qui est naturel, je suppose. Nous verrons comment ça évolue. Nous verrons. Nous savons que nous sommes un groupe de rock, mais nous avons deux batteurs désormais, donc ce qu’il se passe, c’est que Daniel Cardoso, qui est portugais, jouera la batterie en live et John jouera les pads et les percussions électroniques, en plus des percussions acoustiques et des synthétiseurs et les choses de ce genre. Nous aurons donc une installation live plus intéressante, grâce à laquelle nous aurons en fait un batteur et un percussionniste. Ca permettra de faire des rythmes plus intéressants et avoir plus d’énergie et, tu sais, quelque chose d’un peu plus excitant en concert. Nous verrons.

Sur certaines chansons sur cet album il y a d’imposants et magnifiques arrangements orchestraux. Est-ce la conséquence directe ou la continuation du concert que vous avez donné pour Universal, avec cet énorme orchestre ?

Ouais et aussi ça revient à We’re Here Beause We’re Here. C’était la première fois que nous avions travaillé avec Dave Stewart, qui est notre lien avec l’orchestre. Il est le type à qui nous donnions des idées, il les orchestraient et les préparaient pour l’orchestre complet. Et ensuite nous avons invité le London Session Orchestra que nous avons utilisé sur les trois derniers albums, ce sont les mêmes musiciens, ce sont des gens en qui nous avons confiance. Nous faisons donc ça depuis maintenant 2010. Avant ça nous travaillions avec des quatuors à cordes en live ici et là, des violoncellistes. Ça a commencé à grandir et à grandir pour devenir Universal, qui est une combinaison de tout ce que nous pouvions faire dans ce type de représentation. J’imagine que ça restera toujours une part du groupe.

Nous avons différentes facettes désormais. Nous pouvons jouer en acoustique, c’est-à-dire moi, Danny et Lee, et nous utilisons des boucles de samples, nous jouons des rythmes et des sons un peu façon synthétiseurs sur les guitares, de manière à ce qu’elle ne sonnent pas juste comme des guitares acoustiques mais comme d’autres instruments, et c’est plutôt sympa. Et ensuite nous avons la face purement rock du groupe. Nous avons la face orchestrale du groupe. Et qui sait si ça ne va pas se métamorphoser en quelque chose d’électronique ici et là ? Qui sait ? Mais grosso-modo, nous sommes ouverts vis-à-vis de la manière dont nous écrivons et jouons la musique, via différents concepts, différentes situations, différentes manières de faire et différentes manières d’interpréter la même chanson pour différentes situations également. Tu pourrais jouer une chanson comme « Distant Satellites » ou « Take Shelter » sur une guitare acoustique ou avec un piano de manière totalement différente de ce que tu ferais avec un groupe au complet, tu sais. Il faudrait que tu changes l’interprétation, mais l’une des choses les plus intéressantes en musique, c’est à quel point tu peux l’adapter et la métamorphoser en tout ce que tu as besoin qu’elle soit.

« L’une des choses les plus intéressantes en musique, c’est à quel point tu peux l’adapter et la métamorphoser en tout ce que tu as besoin qu’elle soit. »

Comment était-ce de travailler avec un orchestre pour Universal, de réarranger vos chansons ?

Tout d’abord, les arrangements devaient être légèrement différents car, tu sais, la grande quantité de détails a moins de chance de transparaître quand tu joues avec un tout nouvel orchestre que tu ne connais pas vraiment, il a donc fallu que nous nous assurions qu’il n’y avait pas de détails trop complexes là-dedans. Mais ils étaient là pour servir les chansons, et non pas pour faire de la démonstration. Nous ne savions donc pas comment allait être l’orchestre, mais au final ils étaient super, des musiciens fantastiques. Nous avons donc tout réarrangé en amont. C’était un orchestre d’une autre taille, il était plus gros, il a donc fallu réarranger le tout. Et ensuite, nous avons répété avec eux pendant quelques jours et le jour du concert. Nous avons donc fait une heure deux jours avant, et ensuite quelques heures le jour du concert et avons vu à partir de là en gros comment ça se passait. Faire le concert en tant que tel était une expérience incroyable, car je me souviens à un moment donné, je faisais la chanson « Universal » et l’intro, les quelques premières minutes de la chanson, je chante plus ou moins seul avec l’orchestre en soutien, et ce qui était drôle, c’est que je n’y avais pas réfléchi, je ne m’étais pas demandé comment ça allait être, je ne l’avais pas imaginé à l’avance. Donc le simple fait de finalement chanter avec un véritable orchestre derrière moi m’a vraiment scotché ! A ce moment précis j’étais vraiment ému. C’était assurément un moment particulièrement émouvant pour moi. Donc ouais, c’était terminé en un éclair, on aurait dit qu’on avait joué seulement dix minutes avant que tout le concert ne soit terminé. Ca a fait un sacré souvenir. [Rires] C’était génial.

Et penses-tu que ça a rendu ta propre interprétation plus émouvante en fait ?

Je le suppose, mais je suis toujours très émotif lorsque j’interprète les chansons. Mais j’ai essayé de ne pas trop me laisser emporter, car autrement j’allais perdre le fil de mon chant, tu sais. Il faut que tu restes concentré sur ton chant, tout particulièrement lorsque tu as un orchestre derrière toi, tu as une responsabilité avec ça [rires]. Ne pas se laisser trop emporter et simplement bien t’assurer que tu maintiens le tout ensemble. J’espère que c’est ce que j’ai fait, mais c’était un moment extraordinaire pour moi. C’était fantastique.

Je sais que Danny est un grand fan du groupe Sigur Ros et qu’il est très important pour lui. Et sur cet album il y a des parties qui rappellent vraiment ce groupe comme sur…

« Take Shelter » ! Ouais, définitivement, je crois qu’il serait la première personne à admettre que c’était une influence. Mais je ne sais pas, mec, c’est sa manière de faire les choses. Cette chanson en particulier est une vieille chanson en fait. C’est une vieille idée qui traînait avant que nous fassions We’re Here Because We’re Here. Nous avons eu ce grand creux avant de faire We’re Here Because We’re here, tu sais, pendant lequel nous avons écrit énormément de choses. C’est arrivé à cette époque, vers 2005 ou 2006. Donc, je ne sais même pas s’il écoutait Sigur Ros à l’époque, pas quand il a écrit le piano, tout du moins. Je ne sais pas. Tu devras lui demander. Je ne suis pas certain de la chronologie exacte. Mais Sigur Ros est l’un des putains de meilleurs groupes au monde, particulièrement pour Danny.

L’album est, en quelque sorte, séparé en deux parties, la première étant le Anathema plus classique, pour ainsi dire, alors que la seconde moitié dévoile un côté plus aventureux. Est-ce que cette structure était voulue, pour rassurer les fans avant de les surprendre ?

Je suppose. C’était aussi le flot naturel des chansons, tu vois. La partie la plus importante de l’album selon moi c’est « Firelight ». Car « Firelight » est comme un pont qui relie les deux mondes. Tu peux te relaxer avec ce son de synthé que Danny a programmé avec son clavier à la maison. Et j’adore carrément cette chanson, je pourrais l’écouter toute la journée. Cette piste en particulier te met en condition et te met dans le bon état d’esprit au moment où tu t’apprêtes à entendre un rythme comme celui de « Distant Satellites » qui arrive ensuite. Tu imagines si tu arrivais avec un rythme comme celui de « Distant Satellites » après la piste deux ou quelque chose comme ça ? Ca ne fonctionnerait pas. Donc « Distant Satellites » était vouée à être l’avant dernière chanson et « Take Shelter » la dernière chanson. C’était acquis. Nous savions ceci avant de savoir pour toutes les autres chansons. Tu vois ce que je veux dire ? C’était les deux premières à entrer dans le tableau. C’était les deux premières auxquelles nous avons ne serait-ce que pensé pour cet album. Nous savions déjà à ce stade qu’elles seraient l’avant dernière et la dernière chanson, le reste de l’album devait donc s’intercaler avant ça [Rires]. Nous savions simplement que c’était la manière de commencer et de finir l’album. Et nous ne réfléchissons pas intentionnellement en avance, du genre : « Ok, nous conduirons l’auditeur par ici. » Ce qui est le plus important, c’est la manière dont les chansons s’enchaînent les unes aux autres. Ces deux chansons étant ce qu’elles sont, nous savions qu’elles clôtureraient l’album, et tout devait progresser vers ceci de la meilleure des façons possibles. Et c’est ce que nous avons fait.

« Nous n’essayons pas de trouver une audience. Nous faisons juste la musique que nous avons besoin de faire. »

L’illustration a été créée par l’artiste Coréen de nouveau média Sang Jun Yoo et est basé sur son installation de lumière lointaine (ndt : « Distant Light Installation »). Peux-tu nous en dire davantage sur son art et ce choix singulier pour une illustration d’album ?

Avec son art, son installation, il créé une expérience dans laquelle tu t’immerges et à laquelle tu participes. Travailler avec un groupe n’est pas quelque chose dont il avait l’habitude, mais il était ouvert à l’idée. Dès lors que nous l’avons vu… Tout particulièrement Danny et John, ils étaient les deux principaux protagonistes qui lorsqu’ils ont vu cette illustration ont su que ce serait parfait pour l’album. Mais nous avions aussi besoin de changer. Nous avions besoin de quelque chose qui romprait avec ce que nous faisons toujours, c’est-à-dire des illustrations très élaborées, très descriptives, avec des imageries très fortes. Nous voulions simplement faire quelque chose qui serait un peu plus abstrait et qui ferait appel à des sentiments, tu sais, des couleurs et des sentiments. Et elle va plutôt bien avec la musique. C’est abstrait. Lorsque tu regardes le package de la version deluxe et lorsque tu vois toutes les illustrations ensemble, ça offre plus de cohérence en écoutant l’album. Ça fait partie de toute une expérience plutôt que d’avoir le tout qui t’es apporté sur un plateau. C’est quelque chose dans laquelle tu te plonges, tu essaies d’assimiler l’ensemble, plutôt que tout te soit donné. Ca fait davantage appel a ton imagination plutôt que tout te soit épelé en face de toi.

Avez-vous songé à utiliser son installation sur scène d’ailleurs ?

Ouais, il faut que nous lui en parlions. S’il a envie de le faire, alors nous adorions le faire, tu sais, si ça fonctionne. Mais ouais, ça serait cool.

Après toutes ces années, vous êtes toujours beaucoup associé à la scène metal. Malgré ça, crois-tu que vous ayez réussi à trouver votre place sur la scène des musiques alternatives, qui est probablement davantage où se trouve désormais la majorité de votre audience potentielle ?

C’est en train d’arriver. Tout du moins, en ce qui me concerne, notre musique va là où nous voulons qu’elle aille. Mais nous n’essayons pas de trouver une audience. Nous faisons juste la musique que nous avons besoin de faire. Nous verrons. Je veux dire que peu importe l’audience vers laquelle tu es attiré ou peu importe l’audience que tu attires, c’est plus ou moins hors de ton contrôle, vraiment. Nous verrons comment ça évolue, tu sais. Mais il y a pour sûr des gens de tout type de milieux et tout type d’influences musicales qui traversent Anathema aujourd’hui. J’aime ça. Tu pourrais t’intéresser à n’importe quoi en étant dans ce groupe. Nous verrons. Ce n’est pas vraiment quelque chose sur laquelle je peux moi-même me positionner. Ce n’est pas vraiment mon boulot. Mon boulot c’est de faire de la musique, je ne suis pas un promoteur, tu sais [rires].

Anathema est un groupe qui n’a jamais cessé d’évoluer. Qu’est-ce que vous n’auriez pas encore fait avec le groupe que vous aimeriez faire ?

Vraiment toute sorte de choses ! Beaucoup de choses. Vraiment beaucoup de choses. Tu devrais reposer cette question dans cinq ans ou dans cinq albums, et tu verras où nous en serons. Qui sait ? Il y aura toujours quelque chose.

En 2010 Danny nous a dit que le temps supplémentaire que vous avez pris pour faire We’re Here Because We’re Here vous a permis de perfectionner les chansons et qu’elles n’auraient pas été aussi bonnes si vous l’aviez sorti en 2006. Penses-tu donc qu’avec Weather Systems et désormais Distant Satellites, vous avez réussi à atteindre le même niveau de qualité mais en un temps plus court ?

Ouais. Ca à avoir avec la manière dont nous travaillons aujourd’hui ; c’est juste que nous parvenons désormais à faire les choses plus rapidement. Nous nous retrouvons avec bien plus d’énergie et d’idées ces jours-ci. Tout le monde créé et fait des choses, donc… Je ne sais pas, mec. Ca parait juste facile en ce moment. C’est bien plus facile que ça ne l’était en 2006, tu peux le dire comme ça. Pour diverses raisons, je crois qu’on peut facilement maintenir la cadence et toujours sortir les choses que nous devons faire avec la meilleure qualité qui soit. Il nous est impossible de simplement sortir un album parce qu’il faut en sortir un, l’album est soit prêt, soit il ne l’est pas. S’il est prêt, il est prêt. S’il veut sortir, nous le sortirons. Si nous pensons qu’il est prêt, alors il sortira. Autrement nous ne le faisons pas.

Le groupe français Alcest a ouvert pour vous sur la tournée nord américaine l’année dernière. Et avec leur dernier album intitulé Shelter on peut clairement entendre que les deux groupes ont beaucoup en commun. Que penses-tu d’Alcest ?

Super groupe. C’est un groupe absolument génial. Je ne connaissais pas grand-chose de leur musique avant que nous partions en tournée. J’avais en revanche rencontré Stéphane (Stéphane Paut, alias Neige) qui voulait que nous parlions de certaines choses. Nous nous sommes d’abord rencontré dans un festival en Lituanie et c’était cool. Je les aient vus en concert là-bas et j’ai pas mal aimé ce qu’ils faisaient. Et après ça, j’ai invité Stéphane à venir chez moi et traîner un soir. Nous avons bu du vin et écouté de la musique. Il m’a joué quelques uns de ses trucs et moi je lui ai joué quelques-uns des miens. Nous avons passé un super moment, on s’est bien entendu, en fait. C’est un chouette type, un musicien fantastique et un super compositeur. Et ensuite, lorsque nous sommes partis en tournée, je me suis rendu compte de ce que j’aimais vraiment dans leur musique. Après quelques concerts, je montais sur scène et demandais à Stéphane : « Ok, c’est quoi cette chanson. Oh, ok, c’est une nouvelle. D’accord alors, c’est quoi celle là ? » Il me répondait : « C’est une autre nouvelle. » « D’accord. Ok, et celle-ci alors ? » « C’est encore une nouvelle. » Il se trouvait simplement que toutes celles que j’aimais était toutes celles qui provenaient du nouvel album. Je ne connaissais pas l’album, donc je ne savais pas ce que j’écoutais, mais il m’a semblé que Shelter était un vraiment bon album. Je n’en ai pas encore de copie, mais j’aimerais bien en obtenir une ! [Rires] Donc Stéphane, si tu lis ou écoutes ça, vas-y, règle ça ! [Rires]

D’ailleurs, ce qui est drôle, c’est que leur album s’appelle Shelter et votre dernière chanson sur l’album s’appelle « Take Shelter ». On dirait comme un message du genre : « achetez Shelter ! »

Ouais, exactement ! Bien vu ! On lui fait de la pub sur notre album [Rires]. J’adore. Il lui reste au moins une copie, n’est-ce pas ? Aller ! D’ailleurs, je vais lui envoyer un texto et le lui dire. Car j’ai été occupé depuis la dernière fois que je les aient vus. Et maintenant que je suis de retour à la maison, ce serait sympa de le revoir.

Interview téléphonique réalisée le 10 avril 2014 par Spaceman.
Retranscription : Thibaut Saumade.
Fiche de questions, traduction et introduction : Spaceman.
Photos promo de Scarlet Page.

Site Internet de Anathema : Anathema.ws



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3