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Interview   

Visions Of Atlantis a le vent en poupe


Le premier confinement n’a été facile à encaisser pour aucun d’entre nous – mais pour Visions Of Atlantis, il a bien failli marquer la fin de l’aventure. Contraint de rentrer en Europe en catastrophe au beau milieu d’une tournée nord-américaine, le groupe ne doit son salut qu’à l’intervention financière de ses fans, sollicités pour acheter le merchandising invendu et ainsi renflouer des coffres qui en avaient désespérément besoin.

Après deux ans en cale sèche, le combo austro-franco-italien fait un retour en fanfare avec une nouvelle galette symphonique aux faux airs de power metal, axée non plus sur le mythe de l’Atlantide mais sur la piraterie. Pour évoquer le pourquoi du comment de ce changement de cap, nous avons eu l’occasion de poser quelques questions à la chanteuse et parolière française Clémentine Delauney, à la veille (littéralement) du début de la tournée européenne de Visions Of Atlantis. Une escale à l’aéroport entre deux vols internationaux ne semble pas le meilleur moment pour assurer une interview, mais pour discuter pirates, l’ironie n’est pas passée inaperçue…

« Les plus grandes barrières sont en nous-mêmes. Ce n’est pas le fait de porter un masque qui nous empêche de vivre. Ce n’est pas le fait de ne pas pouvoir aller au restaurant ou au cinéma qui nous empêche de vivre. Je ne parle pas de cette vie consommatrice, je parle de la vraie vie, celle où on va suivre sa bonne étoile, et de l’appel de notre âme. »

Radio Metal : Vous avez repris les tournées de l’autre côté de l’Atlantique en début d’année : qu’est-ce que ça fait d’être de nouveau sur la route de façon quasi normale après deux années d’annulation, de report et de chaos généralisé ?

Clémentine Delauney (chant) : C’était assez surréaliste au départ d’imaginer partir pour sept semaines, c’est-à-dire la tournée la plus longue que nous ayons jamais faite après pratiquement deux ans de silence. Nous avons eu un peu du mal à réaliser. Et après, une fois que nous sommes arrivés de l’autre côté de l’Atlantique et que nous avons commencé les concerts, la réalité nous a très vite rattrapés et nous étions vraiment aux anges, même si nous avons mis un peu de temps à retrouver certaines de nos marques. Forcément, après deux ans sans vraiment pratiquer et avec les nouveaux morceaux, à certains moments je me suis sentie un peu rouillée [rires]. Sinon, tout s’est très bien passé. Nous étions vraiment ravis de sortir de cette période de confinement avec cette expérience incroyable.

Justement, quand le premier confinement a été annoncé en mars 2020, vous étiez au beau milieu d’une tournée américaine, qui s’est donc retrouvée amputée de huit dates, ce qui a mis l’équilibre financier du groupe en péril. Vous avez donc mis en ligne une vidéo d’appel aux dons à destination de vos fans. Sans leur réaction très positive, penses-tu que Visions Of Atlantis serait encore en vie aujourd’hui ?

La survie du groupe ne dépendait pas forcément intégralement de réussir à combler la perte de cette tournée, mais c’est évident que si les fans ne nous avaient pas soutenus à ce moment-là, nous aurions eu très peu de chances de pouvoir réinvestir dans une tournée américaine et, surtout, ça aurait été très compliqué de convaincre notre label de nous suivre sur notre idée de nouvel album et sur les choix artistiques que nous avons faits et qui ont nécessité un budget supplémentaire. Donc effectivement, avoir été soutenus et nous avoir permis de vendre tous nos t-shirts, et du coup de combler la majorité de la dette qu’a causée cette annulation de tournée, ça nous a permis de faire ce que nous avons pu faire aujourd’hui.

Dans le communiqué de presse pour Pirates, votre nouvel album, vous déclarez : « Pour nous, être un pirate, c’est être pleinement conscient et tenir notre existence entre nos mains, vivre et penser librement, embrasser la vie comme une aventure avec toute sa lumière et ses ténèbres. » Y a-t-il une référence au Covid-19 là-dessous ? Cette idée de vivre librement, on en a tous été privés pendant presque deux ans. Est-ce cela qui vous a poussés vers ce thème ?

Pas nécessairement. La liberté à laquelle nous faisons référence est une liberté très personnelle, c’est-à-dire pouvoir être ce qu’on a envie d’être et faire ce qu’on a envie de faire. Généralement, de mon point de vue, les plus grandes barrières sont en nous-mêmes. Ce n’est pas le fait de porter un masque qui nous empêche de vivre. Ce n’est pas le fait de ne pas pouvoir aller au restaurant ou au cinéma qui nous empêche de vivre. Je ne parle pas de cette vie consommatrice, je parle de la vraie vie, celle où on va suivre sa bonne étoile, et, quelque part, de l’appel de notre âme, ce qu’on a vraiment envie de faire dans notre vie. J’ai déménagé et changé de vie en plein Covid, donc je n’ai pas vu ça comme une entrave. Après, effectivement, pour des gens qui sont bien installés dans une vie qui leur plaît, le fait de ne pas pouvoir vivre normalement, aller travailler normalement ou voir leurs amis et leur famille, je comprends que ce soit perçu comme une atteinte à la liberté, mais c’est à une liberté plus grande que je fais référence.

Les pirates étaient des nomades, parcourant le monde et n’ayant pas vraiment bonne réputation. Vois-tu un parallèle avec ton métier en tant qu’artiste, en particulier dans le metal ?

Oui, effectivement, les pirates parcourent le monde et les artistes aussi. Pour moi, ils ont en commun le fait d’être libres et de définir un peu le monde selon leurs propres règles. C’est vrai que je n’avais pas forcément fait ce rapprochement directement, car en étant juge et partie, parfois on ne voit pas le tableau d’ensemble, mais oui, ce parallèle fait sens, il est pertinent.

L’image du pirate a une connotation très masculine : bagarreur, barbu, sale, une femme ou deux dans chaque port… Comment une femme se coule-t-elle là-dedans et reprend-elle l’image à son compte ?

Il y a eu des femmes pirates à travers l’histoire, mais de manière générale, dans ma propre vie, l’univers masculin m’a plus inspirée que rebutée. Surtout, j’ai voulu approcher le thème des pirates de manière beaucoup plus poétique et romantique au lieu de me cantonner au cliché du barbare sanguinaire qui veut juste du rhum et des trésors. Nous, ce sont plutôt des pirates explorateurs. Le vrai pilier de la thématique, c’est la liberté qui nécessite parfois de se battre pour elle, parfois d’être à contre-courant pour elle, parfois d’être en rébellion pour elle. C’est pour ça que nos pirates, chez Visions Of Atlantis, sont plus propres [rires], plus légers et plus philosophiques. Je laisse à Alestorm le soin de nous rappeler le côté plus bourru des pirates.

« Le vrai pilier de la thématique, c’est la liberté qui nécessite parfois de se battre pour elle, parfois d’être à contre-courant pour elle, parfois d’être en rébellion pour elle. C’est pour ça que nos pirates, chez Visions Of Atlantis, sont plus propres [rires], plus légers et plus philosophiques. Je laisse à Alestorm le soin de nous rappeler le côté plus bourru des pirates. »

Justement, la plupart des groupes exploitant la thématique « pirates » les plus connus (Alestorm, Swashbuckle, Rumahoy…) font dans le cliché facile, voire dans la caricature. Visions Of Atlantis, en revanche, a décidé de s’approprier ce thème pour évoquer les démons personnels. Comment vous est venue l’idée d’associer ces deux sujets ?

J’aime bien quand les univers se rencontrent. Je suis assez fan des univers comme celui du Seigneur Des Anneaux, de Star Wars, de Game Of Thrones, etc. Déjà, je n’avais pas envie que nos pirates soient forcément liés à l’histoire, donc nous avons créé un monde fantastique sans limitation, sans contrainte, même si nous avons déjà eu des e-mails du genre : « Les armes que vous utilisez sur la photo ne datent pas de la bonne période ! Les pirates n’en avaient pas. » « Oui, mais on fait avec ce qu’on a… » [Rires] Ces détails m’importent assez peu, c’est plutôt l’esthétique et l’humeur globale, et justement, ça laisse la possibilité de ramener un peu d’ésotérique et de fantastique. D’ailleurs, j’aime beaucoup ce mix chez Game Of Thrones, par exemple, d’avoir des zombies morts-vivants, du feu, des dragons, dans un univers très médiéval. J’aime bien ce changement de codes qui ouvrent la porte des possibles. J’ai toujours aimé la magie, les magiciens, les pouvoirs magiques, etc. Donc au fond, je n’ai pas trouvé ça complètement incohérent de faire venir ces apparitions ésotériques dans le monde des pirates. Au contraire, je trouve que ça ouvre des portes pour qu’il se passe plein de choses plutôt qu’elles soient fermées en se cantonnant à un univers de pirates.

Penses-tu qu’il y a dans l’histoire des pirates une dimension dramatique qui est trop souvent délaissée au profit du côté pittoresque/décalé et de l’humour ? J’en veux pour preuve les groupes cités mais aussi les films Pirates Des Caraïbes, par exemple…

Oui, parce que j’ai lu quelques ouvrages de la littérature qui traite de pirates, et on sous-estime les dangers de l’océan. A l’époque, il suffisait qu’une personne soit atteinte d’une maladie incurable et tout le bateau était menacé de mort. Sans parler des trahisons permanentes de personnes qui tendent à être sous les ordres d’untel et qui se rebiffent pour, au final, aller trouver le trésor avant l’autre. On ne sait pas à qui ont peut faire confiance. Après, c’est la solitude de l’océan et des hommes entre eux, car il y a un code de la piraterie et pour qu’un bateau tourne, il faut que chacun soit à son poste. Evidemment, quand un pirate boit trop, il est puni et ce sont des punissions physiques lourdes. On peut imaginer, une quarantaine d’hommes sur un navire au milieu de l’océan, il faut qu’il y ait de l’ordre, il faut qu’il y ait une confiance dans le capitaine, il faut que le capitaine sache où il va et sache ce qu’il fait, il faut qu’il soit respecté… À tout moment, il y a dans la mer ou dans le bateau un danger qui peut apparaître. C’est vrai que ce n’est pas sur ce genre de chose qu’on met l’accent quand on fait des choses sur la piraterie parce que c’est, effectivement, plus dramatique. Mais par exemple, dans le clip de « Master The Hurricane » que nous avons sorti, il se passe un peu de drama de pirate [petits rires]. Il y en avait déjà dans les précédents, mais là, c’est le summum.

En tant que parolière, quel a été ton processus de réflexion quand est venu le moment d’écrire ?

Ce qui est intéressant, c’est que l’univers des pirates n’a pas été présent dès le début de l’écriture de l’album et des paroles. Personnellement, je voulais que le groupe devienne un groupe de pirates depuis que je l’ai rejoint, mais je n’ai pas eu le feu vert tout de suite. Donc c’est un peu en milieu de processus que ça a été vraiment validé et acté. C’est ce qui a permis de finir l’album avec des titres très en lien avec l’univers pirate, rien que dans la sonorité, comme la ballade « Freedom » qui est vraiment là-dessus, comme « Legion Of The Seas », etc. Globalement, quand j’écris des paroles, je pars vraiment du morceau, de sa mélodie, de son ambiance et je laisse la musique m’inspirer des images, des personnages, une mise en scène ou juste une scène à un endroit, et à partir de là j’imagine une action qui pourrait se passer, la réflexion que pourrait avoir un personnage ou autre. Une fois que nous avons validé le thème des pirates, c’est sûr que d’emblée, ça donne une ligne directrice claire, donc on peut travailler sur le vocabulaire qui va avec, essayer de trouver des lieux communs intéressants mais sans trop tomber dans certains clichés, pour justement dire autre chose que tout ce qui a déjà pu être dit sur et avec les pirates. Globalement, j’ai écrit les paroles d’un bloc, c’est-à-dire tout en même temps, et pas forcément les unes après les autres. Je travaillais parfois sur plusieurs paroles en même temps, j’écrivais le soir, à peu près deux heures par jour, pendant bien cinq ou six semaines, histoire de vraiment me plonger dedans. Il m’arrivait de reprendre des choses que j’avais commencé à écrire pour vraiment peaufiner les idées et les images, surtout, que je voulais véhiculer. Nous adorons le cinéma et c’était important pour nous, avec cet album, de commencer à apporter une touche cinématographique. J’ai donc essayé de garder tout en tête et de travailler avec les contraintes d’accent tonique, puis celles de prononciation, etc. C’était un travail assez intense mais chaque chanson se complète, parfois avec un lien d’une chanson à l’autre – je laisserai les auditeurs faire leur interprétation et leurs liens s’ils en trouvent – mais sans que ce soit un concept album, au final.

« Un orchestre peut transmettre toute l’intensité dramatique de ce que peut vivre un pirate en quête de liberté. Pour le coup, pour moi, l’amplitude du metal symphonique sert vraiment cet univers. »

La grande majorité des groupes que j’ai mentionnés un peu plus tôt font du heavy metal classique ou du folk. Que penses-tu que le metal symphonique puisse apporter à la thématique « pirates » ?

Comme je disais, tout le côté cinématographique, épique, les aventures, les tempêtes… Un orchestre peut transmettre toute l’intensité dramatique de ce que peut vivre un pirate en quête de liberté. Pour le coup, pour moi, l’amplitude du metal symphonique sert vraiment cet univers. De toute façon, quand on écoute la bande originale de Pirates Des Caraïbes, s’il n’y a pas d’orchestre, il ne se passe plus rien ! Donc je pense que nous apportons le drama, l’épique et le romantique à l’univers des pirates quand d’autres vont simplement se cantonner à une chanson de taverne plus sobre, mais tout aussi efficace, c’est juste que c’est dans un autre registre.

Vous vous étiez essayés à l’autoproduction sur Trinity et Delta, mais pour les derniers albums, vous avez collaboré avec des producteurs-compositeurs. Frank Pitters était responsable de la majorité des compositions de The Deep & The Dark et de Wanderers, cette fois vous avez travaillé avec Felix Heldt. Qu’est-ce qu’un producteur apporte à Vision Of Atlantis que vous ne pouvez pas apporter vous-mêmes, d’une part, et pourquoi confier une telle responsabilité sur la composition à une personne extérieure au groupe, d’autre part ?

A l’époque où nous avons fait appel à Frank Pitters pour The Deep & The Dark et Wanderers, c’était principalement parce qu’il n’y avait pas de compositeur au sein même du groupe. Quand Thomas Caser m’a proposé de rejoindre le groupe en 2013, il a voulu réintégrer aussi les tout premiers membres du groupe, et donc les compositeurs d’origine. Sauf que c’étaient des gens qui n’avaient pas vraiment touché à leur instrument depuis dix ans et qui n’étaient pas du tout dans le même état d’esprit, donc ça n’a pas fonctionné. Du coup, nous avons gardé au sein du line-up le guitariste et le bassiste avec qui nous partions en tournée et qui ne sont pas compositeurs. Nous nous sommes donc retrouvés avec un line-up sans compositeur, fondamentalement – je peux créer des choses, mais clairement, faire un album complet de metal symphonique, ce n’est pas encore dans mes cordes ou alors pas vraiment le genre qui correspondrait à Visions Of Atlantis. Nous avons donc été obligés de faire appel à des compositeurs extérieurs, mais il y a toujours eu quand même un travail d’équipe. J’ai beaucoup peaufiné mes mélodies de chant, etc. Nous n’étions donc pas non plus absents du processus d’écriture. Mais depuis l’arrivée de Michele [Guaitoli], notre composition devient de plus en plus personnelle. Entre moi et Michele, nous avons écrit plus de la moitié de l’album ensemble, toujours avec un autre producteur qui nous a aussi amené des titres, parce qu’il aimait notre univers et il a écrit pour nous. Par rapport aux groupes principaux qui ont un compositeur à l’intérieur, nous avons un compositeur extérieur, mais nous travaillons tous ensemble, donc ça revient un petit peu au même.

Après, je ne peux pas trancher ce qui marche le mieux entre l’autoproduction et le fait de travailler avec un producteur extérieur. Simplement, le producteur, c’est son métier d’écrire de la musique. Il en écrit dans tous les styles, donc il a une approche de l’écriture beaucoup plus efficace. Parfois il va servir la musique beaucoup mieux. C’est-à-dire que nous, nous arrivons avec des idées et des morceaux finis, et lui va venir peaufiner, changer un pattern de batterie pour le rendre plus efficace. Il a une oreille extérieure professionnelle sur ce sujet unique qui est la composition. Ça permet de maximiser ce que nous proposons. Je pense que beaucoup de groupes franchissent certains caps parce que, justement, ils ont commencé à travailler avec des producteurs qui ont assaisonné la musique et l’ont hissée à son paroxysme, sans forcément dénaturer ce que le groupe fait de base. Depuis que j’ai rejoint le groupe, travailler avec un producteur a été très bénéfique, nous avons beaucoup appris, et nous atteignons un résultat bien meilleur que si nous faisions ça tout seul.

Comment maintenez-vous l’identité du groupe dans ces circonstances, qui en est le garant ?

C’est nous tous, parce que c’est moi, Michele et Thomas, notre batteur, qui nous sommes mis d’accord pour créer Pirates particulièrement et nous avons mis à plat sur papier la direction artistique de l’album. Grâce à la pandémie, nous avons eu du temps et nous avons pris le temps de réfléchir et de définir les aspects de notre musique que nous voulions pousser pour la suite : pousser les duos, donc permettre qu’il y ait plus de richesse vocale entre Michele et moi, pousser le caractère symphonique, donc laisser de la place aux instruments, donc faire des morceaux plus longs si nécessaire, pousser le metal, donc travailler sur les guitares et du riff pour que ce soit plus lourd et sombre, etc. Il y a un ou deux morceaux que nous n’avons pas gardés pour l’album parce que nous nous sommes rendu compte qu’ils ne répondaient pas à cette direction-là. C’est un peu comme une espèce de cahier des charges, pour parler moche [rires]. En tout cas, nous nous sommes donné une ligne directrice, une espèce de comédie musicale metal sur les pirates – c’est l’idée. Il y a des morceaux plus pop, il y en a avec une structure plus alambiquée, parce que c’est aussi ça Visions Of Atlantis : une variation d’humeurs et de formats sans que ce soit pour autant complètement antinomique.

« Pour pouvoir se reconstruire, il faut lâcher tout ce qu’on croit savoir sur soi-même et entrer dans l’errance. Pas celle où on est complètement perdu, mais celle où on laisse les choses venir à nous ou, surtout, où on se recentre à l’intérieur et où on trouve en soi ce que l’on est vraiment, au lieu de répondre aux exigences de l’extérieur. J’ai l’impression que c’est un peu ce que nous avons fait. »

Tu as déclaré que, pour Wanderers, vous avez « également commencé à abandonner l’idée que [vous deviez] sonner comme un groupe old school ». J’imagine que tu faisais référence à la vieille garde du metal symphonique. Quels sont les éléments musicaux que vous associez à ces groupes old school et dont vous ne vouliez plus ?

C’était surtout en termes de qualité de production. Pour ce The Deep & The Dark, notre batteur, qui est fan de cette période des années 90 et début 2000 du metal symphonique, voulait avoir un son de cette époque-là. Les autres, nous n’étions pas forcément toujours convaincus que ça servait la musique au mieux, parce qu’on n’est plus dans ces années-là. Donc nous avons laissé faire pour The Deep & The Dark, mais pour Wanderers et surtout maintenant Pirates, nous avons dit : « Non, il faut que les morceaux que nous avons puissent sonner comme on le perçoit et il faut leur donner une production digne des productions actuelles. » C’est pour ça que nous avons décidé en cours de chemin d’allers vers Jacob Hansen pour le mixage et le mastering – ce n’était pas prévu à la base. C’est donc une question de qualité de son, de choix de timbre sur certains instruments, la batterie en particulier. C’est une approche du son qui est complètement différente entre ce qui était possible de faire à l’époque et ce qui est possible de faire aujourd’hui. Après, tu prends un groupe comme Within Temptation, eux ont évolué avec le temps et maintenant ça n’a plus rien à voir.

Vous avez collaboré avec Ben Metzner de Feuerschwanz sur pas moins de quatre chansons. Vu que le thème n’était pas acté au début de l’écriture de l’album, j’imagine que cette idée d’agrémenter l’album de flûtes et de cornemuses est venue au fil de la composition plutôt qu’au départ ?

Oui et non, parce que nous avions déjà un peu ce côté folk depuis quelques albums. Par exemple, le titre « Heroes Of The Dawn » sur Wanderers commence avec un solo de flûte qui avait été joué par quelqu’un d’autre à l’époque. Avoir ce genre d’éléments sonores avec ces couleurs-là, ça marche effectivement très bien avec le monde des pirates, mais ça faisait déjà partie de l’identité de Visions Of Atlantis.

Même si Visions Of Atlantis reste extrêmement symphonique, vous sentez-vous proches de la scène folk ? Peut-on rêver d’une tournée de Visions Of Atlantis avec Feuerschwanz en première partie ?

Ce serait peut-être plutôt l’inverse, c’est-à-dire nous en première partie de Feuerschwanz. Disons que le monde folk me plaît beaucoup et il est très en lien avec l’univers des pirates parce qu’il utilise des instruments qui étaient sûrement utilisés par les musiciens de l’époque où il y avait encore des pirates – après, nous ne sommes pas des experts en histoire de la musique de l’époque ! C’est surtout que nous aimons les influences folk, donc nous ne nous privons pas d’en ajouter dans nos compositions.

Tu as également déclaré : « Nous savons enfin où nous allons, ce qui, après avoir erré, est totalement logique ! » As-tu l’impression que précédemment, le groupe ne savait pas où il allait ? Qu’est-ce qui a changé avec cet album ? Qu’est-ce qui vous a donné un cap ? Et d’ailleurs, quel est ce cap ?

Comme je disais plus tôt, je voulais que Visions Of Atlantis devienne un groupe de pirates metal depuis que je l’ai rejoint, parce que je voulais garder le thème de l’océan qui est propre au groupe depuis son origine, et surtout parce que je me disais qu’on est des metalleux et des rebelles, alors qui sont les rebelles de l’océan ? Pour moi, ce sont les pirates. C’est pour ça qu’il y a des éléments de piraterie depuis le départ, depuis The Deep & The Dark, sans que ce soit clairement assumé. Donc oui, pour moi, il n’y avait pas forcément une vision claire de ce que voulait porter le groupe. Et Wanderers, j’adore cet album et quelque part, il retranscrit assez bien cette espèce d’entre-deux, ce chemin dans le parcours, où à un moment donné, pour pouvoir se reconstruire, il faut lâcher tout ce qu’on croit savoir sur soi-même et entrer dans l’errance. Pas celle où on est complètement perdu, mais celle où on laisse les choses venir à nous ou, surtout, où on se recentre à l’intérieur et où on trouve en soi ce que l’on est vraiment, au lieu de répondre aux exigences de l’extérieur. J’ai l’impression que c’est un peu ce que nous avons fait. Aujourd’hui, le cap est clair : nous voulons rester un groupe de pirate metal et explorer toute la diversité et la richesse de cet univers et notre capacité de composer entre Michele et moi. Maintenant, nous savons où nous allons.

« Nous avons l’impression que le groupe lui-même est très jeune, que nous avons une espèce de seconde vie avec ces sorties qui, à chaque fois, interpellent de plus en plus de monde et nous donnent l’impression que nous pouvons revivre une seconde jeunesse. »

Que ce soit avec Visions Of Atlantis ou avec Exit Eden, tu n’es pas la seule à chanter sur scène. Quels avantages y vois-tu ? T’arrive-t-il de trouver cela frustrant parce que tu aurais envie de davantage donner de la voix, ou est-ce au contraire plus motivant de « répondre » à quelqu’un ?

C’est un peu les deux. C’est-à-dire que de base, je suis frontwoman, donc j’ai parfois envie de sentir que c’est moi qui porte le show. Ça me motive, ça me booste d’avoir cette pression parce qu’elle est positive, à mon sens. Donc devoir partager ce rôle avec quelqu’un n’est pas forcément évident, mais je le fais depuis Serenity, donc je suis habituée. Avec Michele, ce qui est génial, c’est que nous avons naturellement développé une approche très théâtrale du show dans lequel nous laissons tomber nos égos personnels et notre duo sert vraiment le show en lui-même. De toute façon, c’est aussi la marque de fabrique du groupe d’être porté par un duo assez fort, donc la question se pose beaucoup moins, c’est beaucoup plus agréable sur scène. Après, concernant Exit Eden, je suis tellement contente d’être sur scène avec d’autres filles… C’est un peu le girls game, les super-héroïnes qui sont en groupe, c’est l’équipe qui sert le propos. Les poussées d’égo détruisent l’harmonie et l’équilibre, parce qu’au final, on est la pour servir la musique. Sur scène avec Exit Eden, ce n’est que de l’éclate, parce qu’en plus nous nous entendons très bien ensemble et nous n’avons pas beaucoup joué. Mais ça va venir, car nous allons sortir un nouvel album l’année prochaine – j’ai enregistré mes parties de chant et il est en train d’être mixé. Je suis aussi en train d’écrire pour moi un projet solo que, pour l’instant, je ne sors que sur mon Patreon, donc peut-être que par la suite je porterai un projet musical toute seule en tant que chanteuse. C’est la réponse à faire dans ces cas-là, parce que Visions Of Atlantis a toujours été comme ça et Exit Eden a été créé comme ça, donc si à un moment donné je veux me sentir en charge d’un projet où j’ai envie d’être toute seule sur scène, c’est à moi de mettre les choses en place pour que ça aille dans ce sens-là.

De façon générale, vous vous produisez énormément en Allemagne, Belgique, Autriche, Pays-Bas, et rarement dans l’Hexagone. Si peu de dates en France, pour une chanteuse française, n’est-ce pas un peu frustrant ?

Si mais malheureusement, quelque part, c’est le problème du metal en France, et surtout du metal symphonique. Il n’y a pas forcément une scène extrêmement développée. Ce n’est pas encore très connu pour que ce soit facile de venir tourner. Par contre, la tournée de 2020 qui a été reportée à plusieurs reprises sera reprogrammée cet automne et sur cette tournée, nous jouerons à Paris et à Lyon. J’essaye d’avoir une troisième date, mais c’est un peu difficile.

Tu es française dans un groupe techniquement autrichien, et tu as largement eu l’occasion de voir du pays. Comment expliques-tu la différence de réception du metal – et plus particulièrement du metal symphonique – entre la France et des pays comme l’Autriche, justement, l’Allemagne ou les pays nordiques ?

Ce n’est pas plus facile de se produire en Autriche qu’en France, mais en Allemagne et en Scandinavie, c’est simplement qu’ils ont la culture du metal bien plus présente que chez nous. De base, la France n’a pas vraiment une culture rock n’ roll et encore moins metal. Même si aujourd’hui elle a un des plus beaux festivals d’Europe, ça reste un style ultra décrié. C’est très difficile de promouvoir le metal. C’est très difficile que des personnes non initiées y aient accès. Ça ne passe pas en radio. Je pense que c’est juste une question de culture qui remonte à peut-être plusieurs dizaines d’années.

2023 marquera les dix ans de ton arrivée dans le groupe. Avec le recul, quel regard portes-tu sur ces années ?

Même si le temps passe et qu’effectivement, je suis arrivée dans le groupe il y a presque dix ans, j’ai plutôt l’impression que nous n’avons que quatre ans d’existence, depuis que nous avons sorti The Deep & The Dark, parce que pendant des années, il ne s’est pas passé grand-chose. Nous jouions quelques concerts par-ci, par-là, mais je n’étais pas forcément très impliquée. C’était un à-côté, j’avais d’autres choses en priorité, alors qu’aujourd’hui, Visions Of Atlantis prend une place majeure dans ma vie, et ce tournant n’a été possible qu’avec la reprise de la scène et des tournées, or ça ne fait que quatre ans. Donc je me sens encore très jeune dans ce groupe. Nous avons même l’impression que le groupe lui-même est très jeune, que nous avons une espèce de seconde vie avec ces sorties qui, à chaque fois, interpellent de plus en plus de monde et nous donnent l’impression que nous pouvons revivre une seconde jeunesse. Je chéris ce sentiment plutôt que d’être à l’heure des bilans.

Interview réalisée par téléphone le 9 mai 2022 par Tiphaine Lombardelli.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Stefan Heilemann.

Site officiel de Visions Of Atlantis : www.visionsofatlantis.at

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