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Metalanalyse   

Vista Chino : Kyuss vit-il vraiment encore ?


Voir débouler au loin John Garcia et Brant Bjork dans un nuage de poussière, les imaginer ouvrir d’un coup de pied la porte à battants et envoyer leur nouveau frère d’armes Bruno Fevery balancer ce gros riff bien gras sur un ampli de basse dans une atmosphère à la fois délétère et aérienne… Se repaître de ce son unique à la fois vaporeux et abrasif émanant d’un desert rock qui n’a pas pris une ride, d’un stoner toujours aussi fumeux, plus que jamais à l’ordre du jour… Comment revenir vingt ans après s’être perdu dans ce désert qui les avait rendu célèbres, après avoir tutoyé les sommets du rock et inscrit deux albums (Blues For The Red Sun et Welcome To The Sky Valley) dans le patrimoine rock intemporel ? Comment oublier ce règlement de compte avec l’ancienne tête pensante de la bande, qui se termine sous l’égide d’un tribunal, et repartir en campagne avec un nouvel album sous un nouveau nom ? Avec un bassiste, roi des desperados qui ne sait même plus s’il doit encore s’acoquiner avec ses anciennes fréquentations ? L’histoire des Kyuss, Kyuss Lives! puis Vista Chino et accessoirement ou indirectement Queens Of The Stone Age, Fu Manchu ou Mondo Generator a tout d’un bon western à la sauce Tarantino, avec ses personnages hauts en couleur. Et une bande son épique, aussi variée que peuvent l’être les rebondissements de cette épopée qui est née dans le désert.

Vista Chino, c’est en fait plus de la moitié de Kyuss ressuscité dans les années 2010 avec pour ferme intention de tourner en jouant les anciens morceaux de Kyuss et d’y intégrer les nouveaux. C’est indéniable, Peace correspond à une pure envie de faire du rock’n’roll. A la fois trop proche au niveau du style des précédents Kyuss pour que l’on puisse ne pas penser que c’est le cinquième album du groupe, mais également trop loin dans le contexte pour que l’on se contente de ne faire que ce rapprochement. Car Josh Homme est parti en 1995. Car Nick Oliveri préfère se défouler et mener les débats comme il l’entend avec Mondo Generator. Scott Reeder, quant à lui, ayant pris le parti de Homme dans la bataille juridique pour le nom de Kyuss, on ne devrait pas voir celui-ci traîner ses basques avec le groupe de sitôt. Garcia a donc la voie libre pour être le leader de ce groupe auquel s’est récemment greffé le belge Fevery qui a la lourde tâche de succéder à Homme dans la composition de ces riffs bluesy et gras si particuliers qui ont forgé le son de Kyuss et identifié une partie de l’univers musical stoner. Mais il reste en partie un pan essentiel de l’ancienne maison Kyuss : le couple rythmique Bjork/Oliveri a été reconstitué sur la majorité des titres de ce Peace, alors que Mike Dean, de Corrosion Of Conformity, est venu combler les trous et est devenu le bassiste de tournée du groupe, laissant l’inconnu planer sur l’avenir d’Oliveri dans Kyuss. Pardon, dans Vista Chino.

« Dargona Dragona » et « Sweet Remain » vont jouer un sacré tour à l’auditeur. Car dans l’espace de ces deux titres plus l’intro, il naviguera en plein Blues For The Red Sun, dans ce rock crade sulfureux à la nonchalance déguisée et au groove imparable qui caractérisait en partie cet opus essentiel du début des années 90. C’est uniquement à partir d’ « As You Wish » qu’on pourra peut-être se dire que quelque chose est arrivé, que quelqu’un d’autre que Homme est passé rafler la caisse, Garcia persiflant les aigus et Bjork agitant le tambourin comme un serpent à sonnettes. Et la prise de son est voulue tellement brute, quasi live, qu’on s’attend quasiment à entendre le bruit d’une bière qui tombe ou d’un Brant Bjork qui règle son tabouret. C’est d’ailleurs ce dernier qui profite à plein pot de cette voie de production choisie, la batterie étant du coup particulièrement mise en avant. Ce côté micro posé au milieu de la salle de répétition se retrouvera de manière éloquente dans « Planets 1 & 2 », où l’on revit musicalement et d’une manière plus hypnotique, cet espèce de Jam Room de Clutch. Car Fevery prend des libertés au fur et à mesure de l’opus, étant lui aussi capable d’ériger ces solos infinis sur ces grosses tranches rythmiques sans faille. Et Garcia, que l’on pouvait peut-être attendre cantonné dans certains registres vocaux, se fait lui plaisir à multiplier les intonations, les notes, l’intensité voire la folie (« Sweet Remain »).

Garcia, sur le très accrocheur « Adara » au riff simplissime mais tout de suite entraînant, s’applique à utiliser cette voix rocailleuse et mélodique un peu plus aiguë dans le même esprit que celle qu’il utilisait pour chanter « One Inch Man » sur l’ultime …And The Circus Leaves Town de 1995. Est-ce que Vista Chino reprend les débats là où ils s’étaient arrêtés avec ce dernier album de Kyuss ? Pas totalement, mais un morceau comme « El Rodeo », s’il faut en prendre un, en contenait tout de même certaines bases, dans sa lenteur hypnotique comme dans l’atmosphère de ses guitares. Bjork et Oliveri font don d’un petit instrumental bluesy délicat (« Mas Vino »), avant de cueillir l’auditeur bien mûr pour un final qui sent le soufre et les relents hallucinogènes. Garcia par sa voix aérienne presque dans les sphères de Robert Plant, Fevery par sa guitare à la fois traînante et groovy, et ce couple basse-batterie qui déroule en sérénades rythmiques infinies, d’abord sur le très classieux « Dark And Lovely », puis sur le final d’une petite quinzaine de minutes « Acidize ? The Gambling Moose ». Cette pièce très riche en textures différentes, types de chants et ambiances montre clairement cette volonté de faire planer, dans une atmosphère quasi cinématographique, et de ne pas craindre de s’embarquer dans un tel morceau progressif et complexe.

Vista Chino n’est pas Mondo Generator, Garcia, Bjork et les autres peuvent donner à cette entité les vertus progressives et atmosphériques qu’ils souhaitent. Se rapprocher d’un trip 70’s psychédélique à souhait s’ils le veulent, est aussi un moyen encore plus clair pour eux, par exemple, de se démarquer des Queens Of The Stone Age, et donc de Homme. Même si on peut gager que Josh ne cracherait pas sur le très pop « Barcelonia » dans le fort parti pris « accessible au grand public » de son dernier album avec les Reines de L’Age de Pierre. Avec un album au style et au son aussi marqué, Vista Chino, s’il n’enterrera pas Kyuss, déjà par le fait de la reprise de ses titres en live par exemple, pourrait bien en revanche au niveau de la composition, s’inscrire comme un nouveau groupe à part entière avec un double avantage : celui de profiter de l’expérience Kyuss, mais également de la dynamique d’une nouvelle formation. Et laisser au fin fond du désert Mojave les fantômes du passé.

Album Peace, sorti le 30 août 2013 chez Napalm Records.



Laisser un commentaire

  • Bof bof j’ai écouté l’album sur Grooveshark est franchement je trouve ça fade et sans gout :/

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  • Ah, un CD qui déchaine les passions.
    Pour ma part, les 3 premiers titres ressemblent à du mauvais Kyuss. Passé ceux là, comme le dit la chronique le groupe gagne en personnalité et c’est là qu’il devient intéressant.
    Pour continuer le débat je vous invite à lire la chronique de Laurent sur Desert Rock : http://www.desert-rock.com/chrocd/base/catalog/product_info.php?products_id=757&osCsid=250b8a81c048263ec212fe37ae3a5a19

    Au demeurant Kyuss est mon groupe fétiche et pourtant je ne déteste pas cet album, et rien que pour ça je suis content.

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  • « meilleur que QOTSA » et non pas « meilleur que le dernier QOTSA » erreur de lecture et mauvaise interprétation.
    Comparaison tout à fait justifiée: pour info QOTSA est le groupe de Josh Homme, QOTSA et Vista Chino sont pour moi deux branches issues du même arbre.

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  • N’a pas le génie de Kyuss mais un très bon album qui reste largement au dessus du lot de la scène stoner et pour moi meilleur que QOTSA.

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    Muzak

    Je trouve au contraire que c’est pas du tout inspiré et banal.
    Et puis franchement, le comparer au dernier QOTSA qui est le moins stoner de leur discographie, la comparaison est foireuse.

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