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Live Report   

Vitalic : l’oubli de soi


L’électro n’est-elle pas le style de musique le plus rebelle de l’histoire de la musique ? Malgré son grand succès, populaire mais aussi underground actuel, ce genre n’en reste pas moins extrêmement décrié avec souvent pour argument : « ce n’est pas de la musique », « c’est fait par ordinateur, pas par de vrais musiciens ».

Alors pourquoi l’électro fédère-t-elle au point que la plupart des représentants du style jouent devant des salles combles tandis que nos Angra, nos Paradise Lost, pourtant plus vieux, jouent devant trois cent personnes ?

Nous étions au Transbordeur de Villeurbanne vendredi 15 février 2013 dernier pour assister au concert de Vitalic, artiste dijonnais présent sur le circuit électro depuis plus de dix ans, laps de temps qui lui a d’ailleurs suffi pour se construire une notoriété lui permettant de remplir la salle en moins de deux semaines.

Artistes : VitalicSpitzer
Date : 15 février 2013
Salle : Transbordeur
Ville : Villeurbanne

En première partie, on retrouvait les Lyonnais Spitzer, duo plus que prometteur de chez Infiné Records correspondant parfaitement au slogan du label : « easy music for the hard to please » : simple en apparence, mais de qualité et avec le sens du détail. Il est à ce titre bien regrettable que, malgré l’heure tout à fait raisonnable – 20h15 -, surtout pour un vendredi, du début de leur set, le public n’aie pas fait le déplacement en masse et aie préféré se contenter du plat principal.

Spitzer

Car le court set de Spitzer, immédiatement accrocheur, se sera avéré excellent, arrangé de manière intelligente et digeste. Un set joué d’une seule traite durant une petite demi-heure durant laquelle Damien et Matthieu triturent leurs machines, possédés par les ambiances menaçantes et sensuelle, voire sexuelles (un mélange parfaitement incarné par un titre tel que « Roller Coaster », issu du premier EP du groupe) qu’ils installent grâce à une répétition presque primitive, puis qu’ils font évoluer à coup de jouissifs et lents crescendos. L’auditeur est partagé entre un sentiment de léthargie que le beat et les ambiances lui inspirent et un sentiment festif, une envie de danser. Des atmosphères et des sons sombres et métalliques que l’on aurait d’ailleurs très bien pu voir chez certains de nos groupes d’indus. Le remix « Arandel In D » n’est d’ailleurs pas sans rappeler le « Climbatize » de Prodigy dont on connaît l’affinité avec le rock.

Le duo n’aura pas bénéficié d’un jeu de lumières particulièrement imposant, surtout par rapport à l’orgie visuelle que propose Vitalic. Néanmoins son aspect épuré colle parfaitement à la manière dont Spitzer orchestre la progression de son set. Une couleur est associée à chaque moment et vire lentement à une autre couleur pour annoncer les transitions musicales.

Spitzer est un duo passionné qui en veut – ne serait-ce qu’à en juger par leur lâcher prise scénique – et qui aura réussi avec peu de moyens à réaliser un set judicieux, efficace, terriblement prenant et dans le même temps suffisamment dynamique.

Vitalic, c’est l’irréfutable preuve que le beat est à l’auditeur d’électro ce que le riff est au fan de metal. Si ce qu’il procure s’exprime différemment, la réaction corporelle est tout aussi irrésistible : il FAUT secouer la tête, il FAUT danser. Si ses influences sont diverses et variées, que ses sons sont eux aussi parfois sombres et torturés, et que l’homme essaye de se réinventer à chaque disque, c’est un amour de la pop, de la mélodie et, plus globalement et abstraitement, un sentiment positif qui se dégage de sa musique. Au programme des rythmes aussi dansants que percutants, des mélodies aériennes, presque spatiales, et des titres dynamiques du fait d’un contraste efficace entre ces deux aspects. On regrettera néanmoins l’aspect redondant de ce schéma qu’au bout d’une heure de set on finira par trouver trop systématique et prévisible. Un set qui, écourté et évitant l’ennui des 20 dernières minutes du fait de cette redondance, aurait laissé une impression encore meilleure.

Vitalic : un voile de lumière pour mieux apprécier la musique.

Vitalic, c’est avant tout un homme, Pascal Arbez-Nicolas, qui s’est, pour la tournée de ce troisième album Rave Age sorti l’an dernier, entouré d’un claviériste et d’un batteur. Dans une interview pour nos confrères de Zyva, il explique : « L’idée, c’était surtout de contrebalancer le côté très technologique de la pluie d’écrans LCD par quelque chose de plus humain ». Car, en effet, un concert de Vitalic est une expérience très visuelle en termes de jeux de lumière qui nous font oublier ceux qui jouent. On aura rarement vu des lumières aussi belles et aussi travaillées et qui paraissent parfois presque palpables tant l’effet « trois dimensions » est réussi. Le fait de ne pas voir les musiciens pourrait être considéré comme un artifice grossier pour masquer un groupe qui a certes les moyens mais pas le charisme scénique, comme nous l’avons souvent écrit sur ces colonnes en évoquant le cas In Flames. Mais ici, il n’en est rien. La présence des musiciens est subtilement rappelée de temps à autre par un éclairage à leur faveur, mais le reste du set est orchestré de manière à ce que le spectateur se concentre sur l’essentiel : la musique. Car c’est avant tout un rapport à la musique plus qu’un rapport au musicien que véhicule un concert de Vitalic.

Vitalic, c’est lui : Pascal Arbez-Nicolas.

Le fait qu’un tel show et, plus généralement, que l’électro désamorce totalement les notions de performance instrumentale, de technique permet de se concentrer uniquement, sans aucun voile, sur l’art qui est produit. Le musicien se met en retrait, s’oublie, le spectateur l’oublie puis s’oublie à son tour pour se perdre dans la musique. Un bien beau sacrifice pour la beauté de l’art.

« C’est fait par ordinateur, pas par de vrais musiciens ». C’est un fait. L’électro est parfois réalisée avec la seule aide d’un ordinateur et de quelques séquenceurs. Les amoureux d’un son organique ou d’une culture traditionnelle de la musique, enregistrée par un ou plusieurs musiciens ne cessent de voir en ces artistes d’électro des incompétents.

Néanmoins, une telle manière de faire de la musique est ce qui lui permet de créer des ambiances robotiques ou du moins inhumaines que l’on n’aurait pu créer autrement. De plus, et c’est pour cela que l’on voit à peine le visage d’un Vitalic sur scène, ce courant nous aura permis de nous rappeler de cette chose aussi essentielle que simple : l’important dans l’art, c’est l’art, ce qu’il est et ce qu’il procure. Peu importe qui le fait, peu importe comment il ou elle le fait, peu importe la formation artistique qu’il a ou non. L’art peut-être fait par n’importe qui souhaitant exprimer quelque chose, avec le degré de justesse qu’il souhaite impliquer.

Crédit Photos : http://blog.transbordeur.fr



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  • Alors moi Métaleux dans l’âme, bon j’écoute aussi un peu de ska et de punk, ça c’est pour le contexte.
    J’ai déjà écouté ce monsieur (forcé bien sûr), car j’avais une collègue qui ne jurait que par Vitalic, et pour qualifier sa musique elle parlait d’électro minimaliste.
    Effectivement je trouve que c’est très minimaliste, je trouve qu’il ne se passait rien, ça musique ne fait ni chaud ni froid, et comme je vais régulièrement au festival de Dour, il y était en 2011, et par curiosité je suis allé voir, et même chose en live je me suis fait chiez comme un rat mort, il ne se passé pas grand-chose non plus, on dirait qu’on écoute le cd avec des light en plus.
    Vous l’aurez compris je n’aime pas.

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  • Ouais alors pour le coup, et si vous voulez ouvrir les métalleux à l’électro (qui sont 2 styles ayant énormément de points communs en fait), Vitalic ne me paraît pas beaucoup plus judicieux que de leur présenter David Guetta…

    Donc amis métalleux qui souhaitez découvrir l’électro allez donc jeter une oreille aux français d’Ez3kiel, Lab° ou Näo, à Amon Tobin, à DJ Shadow (Private Press surtout) ou à Bonobo !
    Et même pour les plus courageux, il y a de l’excellent du côté de Wax Taylor ou de Venetian Snares !

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  • J aime bien vitalic, mais une fois de plus y avait pas un groupe plus dans le theme a couvrir? Par ce que bon, vitalic a pas besoin de pub ici, alors que d autres oui.

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    Metal'O Phil

    La ligne éditoriale de Radio Metal consiste à parler de la scène rock/metal au sens large. Pour bien traiter d’un courant artistique, il est intéressant de parler aussi de temps en temps de ce qui se passe ailleurs, de voir le rapport qu’il a avec d’autres courants artistiques ou avec la société en général.

    Notre rédaction aime de temps à autre aller jeter un oeil et une oreille sur ce qui se passe ailleurs. Nous avons fait par exemple par le passé des chroniques de concerts de Jamiroquai ou de Justice, des artistes que nous apprécions beaucoup.

    J’ajouterai que le fait que tel artiste n’a pas besoin de pub n’est pas une raison valable pour ne pas en parler. Tout comme le fait qu’un groupe a besoin de publicité pour se développer n’est pas non plus une excuse pour l’évoquer, s’il n’est pas intéressant.

    Radio Metal traite de toute l’actu rock/metal et laisse aussi beaucoup la place aux groupes émergents dans certains articles et les émissions (dont High Hopes, qui y est totalement consacrée).

    Je dois dire qu’il est assez pénible d’avoir des réflexions pas très rock n’roll de ce genre sur « la thématique » que nous devons couvrir sans en sortir. N’est-ce pas un peu triste de raisonner comme ça ? Détendez-vous un peu les gars et ne prenez pas trop au sérieux notre travail : nous ne sommes que des connards qui passons notre temps à parler de zic !;)

    Alien69

    C’est tellement bien dit Metal’O !

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