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Interview   

Vivre de la musique en France : la mise au point nécessaire grâce à Vital Breath


Il y a quatre ans, nous recevions François Brisk (ex-Dyslesia) dans le cadre de la promotion de l’album de Virus IV, qui a depuis splitté. Déjà à l’époque, François nous parlait de son coup de cœur pour le sens du riff immédiat et de la modernité des groupes de rock/metal américains (modernité qui avait même contaminé le heavy/speed metal de Dyslesia), Disturbed en tête de liste. Nous avons régulièrement pris des nouvelles auprès de lui de l’évolution de Virus IV jusqu’à ce nous apprenions que le second album ne sortirait pas et que les compos succédant à l’excellent Dark Sun ne verraient jamais la lumière du jour.

Dommage. Cela dit, l’influence américaine ne semble pas avoir quitté le batteur puisque le voilà de retour avec Vital Breath, groupe qui revendique jouer du « Rock/Metal US ».

Tout le groupe était présent dans les studios de Radio Metal le 15 novembre 2012 afin de parler de cette nouvelle aventure musicale. Il en a résulté un entretien fleuve passionnant dont nous vous livrons maintenant une retranscription brute conservant l’aspect informel de la discussion.

Les quatre membres du groupe étant intermittents du spectacle depuis des années et parfaitement au courant du fonctionnement de ce système, nous en avons profité pour faire un point nécessaire avec eux sur ce fameux statut exclusif à la France, en le comparant à d’autres pays et en prenant en compte l’évolution du marché de la musique. Tout ça, afin de tenter modestement de répondre à cette question que beaucoup se posent : comment vit-on de la musique en France aujourd’hui ?

En fin d’interview, nous avons pris des nouvelles des différents projets parallèles de chacun, Vital Breath comptant également en son sein des membres de Headline et de Dyslesia. Et en l’occurrence, du nouveau se prépare…

« Depuis quelques années, grâce au fait que l’on puisse enregistrer plus facilement, le niveau a beaucoup évolué et pas forcément dans le mauvais sens. […] Le problème de faire de la musique chez soi est que l’on utilise tous plus ou moins les mêmes plug-in et on se retrouve avec les mêmes effets, les mêmes trucs. »

Radio Metal : Qui es-tu ?

Christophe (basse) : Un garçon !

Pourtant tu as les cheveux longs.

Oui, c’est ce que me disent les enfants… Je suis Christophe, le bassiste de ce groupe, je viens de Nantes.

Tu es bassiste et pourtant Sylvain l’était aussi avant.

Sylvain (guitare) : Tout à fait, il y a beaucoup de formations dans lesquelles je suis bassiste mais dans Vital Breath je suis repassé à mon instrument de prédilection qu’est la guitare. Je suis de Lyon.

François : Sylvain est aussi le producteur de l’album, il a de multiples talents. L’album a été enregistré par Sylvain au Noisefirm Studio, c’est un chouette studio situé dans la région d’Ambérieu-en-Bugey (dans l’Ain, ndlr). Quant à moi, je suis François et je joue de la batterie dans Vital Breath.

Jérôme : Je suis chanteur guitariste.

Comment le groupe a-t-il pris forme ?

François : La base du groupe se compose de Sylvain, Jérôme et moi. Nous avons depuis cinq ans un autre groupe en commun, il s’agît d’un groupe de reprises pop rock avec lequel on tourne pas mal dans la région Savoie et Haute Savoie. On s’est retrouvé avec Jérôme parce que l’on se connaissait depuis une dizaine d’années mais on s’était un peu perdu de vue. On s’est retrouvé par un heureux hasard, on a monté ce trio pop-rock. Jérôme avait quelques compos qui dormaient gentiment dans des placards, on a dépoussiéré un peu tout ça, on a commencé à travailler le projet tous les trois. On a commencé à monter les titres et Christophe a été parachuté sur le projet. Christophe jouait avec moi dans Virus IV un groupe franco-belge avec lequel on a tourné pendant quatre années surtout en Belgique. Nous avions besoin d’un bassiste pour ce projet alors j’ai appelé Chris, il a accepté l’invitation et Vital Breath est né. Avec Sylvain, on a vécu un passif un peu plus élaboré et complet. Sylvain jouait avec moi dans Dyslesia et d’ailleurs il continue. Nous avons d’autres groupes en commun et tournons pas mal avec notre groupe cover de Téléphone, Megaphone. Les connections se sont faites naturellement, on ne change pas une équipe qui gagne !

Vous disiez précédemment que vous aviez signé chez M&O Music, avez-vous eu d’autres propositions avant ? Pourquoi avoir choisi ce label en particulier ?

Jérôme : On avait reçu une proposition de Casket Music, un label anglais mais ce qui nous embêtait un peu en dehors de la barrière de la langue, c’était la question de la distribution.

François : Quand on a commencé à vouloir leur demander un vrai plan promo, ils sont restés très évasifs. On avait des réponses où ils nous garantissaient que l’on aurait de la promo mais nous voulions avoir des détails et un vrai plan promo pour savoir où est-ce que l’on mettait les pieds car c’est bien beau d’avoir un album mais si tu n’as pas un minimum de promotion derrière, tu le vends aux copains et ça s’arrête là. C’est déjà suffisamment dur par les temps qui courent de vendre des disques, donc si en plus de cela tu n’as pas un plan promo un minimum détaillé, c’est difficile. M&O répondait à toutes nos exigences, ils étaient également rapides pour répondre à nos questions. Alex a eu le coup de cœur et il y a eu un bon feeling dès le départ. On sait que c’est un petit label mais il commence à grossir. Il y a beaucoup de gens assez connus et assez importants qui sont maintenant sur ce label. M&O ont notamment No Return alors ce n’est donc pas un hasard s’ils sont là, cela signifie que le travail est bien fait.

Les sentez-vous motivés par rapport à votre album ?

François : Oui, je pense qu’ils feront ce qu’il faut.

C’est peut être encore un peu tôt pour le dire…

François : Oui, le plan promo ne devrait commencer qu’au début de l’année prochaine [NDLR : interview réalisée en décembre], ils vont commencer à réellement travailler sur l’album début janvier. Nous avons voulu faire de notre côté un tour de chauffe donc on fait deux petits concerts puis en mars l’album sortira et suivra le début de la tournée officielle.

Votre album est prévu pour quand ?

François : Il va sortir le 13 mars 2013. Nous connaissons la date depuis peu et cela va sortir chez M & O Music qui est un label de Montpellier. La distribution française se fera chez Anticraft.

Le titre « Modern Messiah » ouvre l’album, pouvez-vous dire un mot dessus ?

Jérôme : Il représente un peu l’image de la société contemporaine où chacun veut se montrer tel le nouveau messie.

Vous revendiquez jouer du rock metal US, le titre « Modern Messiah » ressemble beaucoup à ce que vous faisiez avec Virus IV, y a-t-il un héritage de ce groupe sur ce nouveau projet ?

François : Cela peut prêter à confusion mais par rock US on entend rock US actuel et on s’inspire donc plus de la nouvelle scène et des groupes comme Stone Sour, Alter Bridge, Disturbed, Adrenaline Mob. On se situe peut-être plus au niveau des goûts et des inspirations sur ce genre de groupes. Rock US peut aussi faire référence aux années quatre-vingt avec des groupes comme Dokken ou Mötley Crüe, on aime bien aussi mais ce n’est pas le propos.

Ce que vous faisiez avec Virus IV était aussi assez moderne.

Christophe : Ce n’est pas du tout comparable, maintenant on a un garçon au chant ! [Rires] Et il est moins agréable à regarder.

Lorsque l’on vous avait reçu à l’époque de Virus IV vous parliez beaucoup de Disturbed en tant qu’influence et aujourd’hui cela revient toujours.

François : Au niveau du groove et des rythmiques, il y a ça aussi chez Vital Breath, on retrouve cette couleur US actuelle avec des rythmiques syncopées et le côté groovy du motard de metal américain actuel.

Virus IV avait prévu la sortie d’un deuxième album mais cela ne s’est jamais produit alors est-ce que certains éléments se sont retrouvés dans Vital Breath ou êtes-vous repartis de zéro ?

François : Nous sommes repartis de zéro pour les compositions, en revanche, au niveau de l’inspiration, on sortait d’une expérience qui avait durée quatre ans et vu qu’avec Christophe on se connaît par le biais de Virus IV, musicalement, on a peut-être trouvé certaines similitudes au niveau des grooves et de leurs approches, je ne sais pas. Nous n’avons pas assez de recul sur notre musique pour pouvoir percevoir ça. Il y a peut être un côté plus produit, plus abouti chez Vital Breath.

Christophe : Virus IV était basé sur des chansons, cela suivait la structure « intro / couplet / refrain », il n’y avait pas vraiment de plans musiciens avec des mises en place un peu alambiquées, c’était le cahier des charges de Virus. Avec Vital, c’est un peu différent, on se fait plaisir en tant que musicien, il y a plus de plans. On pourrait dire que les deux groupes sont cousins.

« Il y a également beaucoup plus de monde sur le marché, la sélection naturelle est donc beaucoup plus compliquée. C’est un peu comme les spermatozoïdes, il n’en reste qu’un à la fin… »

Ressentiez-vous dans Virus IV une certaine forme de frustration en tant que musicien du fait de ce schéma ?

Christophe : Non? absolument pas. C’était une histoire humaine. Quand tu peux faire beaucoup de musique, même si elle est un peu plus édulcorée, ce n’est pas grave dans la mesure où tu te retrouves avec des gens que tu apprécies et avec qui tu passes de bons moments. Il n’y a pas de frustration musicale.

François : Ce sont deux groupes différents. La couleur vocale de Jérôme est, par exemple, assez particulière. Certes la section rythmique de Virus IV se retrouve mais ce sont les circonstances qui ont fait que le groupe a splitté en Belgique, avec Christophe on avait des affinités humaines et musicales.

Christophe : Surtout musicales… [Rires]

Un mot sur le titre « Stand Alone » ? Est-il dans la même veine que les autres ?

François : Celui-ci est un peu plus rentre-dedans. L’album est assez diversifié, on a des approches différentes.

Christophe : Il s’agît de deux morceaux qui font l’unanimité dans le groupe, ce sont des morceaux pour lesquels on prend plaisir à jouer, que l’on trouve bien à écouter.

Apparemment, c’est vous qui avez produit l’album.

François : C’est Sylvain.

Pourquoi ce choix de l’auto-production ? Est-ce un choix économique ou plutôt parce que vous aviez les compétences nécessaires dans le groupe ?

Jérôme : Beaucoup des deux. Comme on avait les compétences pour le faire – surtout Sylvain – on a voulu les utiliser et cela nous faisait faire en même temps des économies. Ce n’était pas le but premier car on voulait investir dans notre album mais, dans le cas présent, ça tombait bien puisqu’on avait aussi un studio à disponibilité, alors cela s’est fait naturellement.

Sylvain : On a également fait le mastering en Allemagne à la House of Audio.

Pourquoi avoir masterisé en Allemagne ?

Sylvain : C’est une habitude que l’on a pris, on lui envoie toujours les mix qui sortent de ce studio. On est toujours très satisfait de son travail, il est rapide et vraiment efficace. Il garde la couleur du mix, il ne va pas chercher à sur-gonfler le truc ou à modifier ce qui en ressort après, il est très transparent dans sa manière de travailler. Le but pour moi était de faire un essai chez lui. Il propose de mixer un titre, on écoute et si ça nous plaît, on y va.

Pourquoi avoir fait mixer par quelqu’un d’autre ?

Sylvain : Je n’avais vraiment pas les compétences ; pour moi c’est un autre travail. Je sais qu’il y a des ingénieurs son qui proposent du mix et du mastering. En ce qui me concerne, je n’ai pas le matériel pour faire ça ni les compétences.

En général, il vaut mieux donner le travail de mix et de mastering à des personnes différentes, notamment pour une question d’oreille…

Sylvain : Oui, ne serait-ce que pour avoir le recul nécessaire. Participer à l’élaboration de l’album au niveau des compositions, des arrangements, du mix fait que l’on a vraiment la tête dedans et que l’on n’a pas forcément le temps de prendre du recul, alors c’est bien d’avoir des oreilles fraîches qui arrivent derrière et qui remettent un peu leur petit grain de sel dessus.

Christophe, tu viens de Nantes, n’est-ce pas un peu compliqué comme situation ?

Christophe : Cela n’a jamais été tellement compliqué pour moi car j’ai toujours fait ça.

Pour quelle raison ?

Christophe : Parce que je ne m’interdis pas le fait de me dire : « Ha, oui, c’est à plus de vingt kilomètres de chez moi donc je ne fais pas », je ne me suis jamais interdit de faire ça et c’est pour ça que je me suis retrouvé à bosser avec des groupes parisiens, en Belgique. C’est un truc que j’ai toujours fait et que j’adore. Ils veulent absolument que je prenne l’avion pour venir mais j’ai toujours pris ma caisse pour aller jouer depuis l’âge d’avoir le permis.

Pourtant Nantes-Lyon, ce n’est pas la porte à côté…

Christophe : Non, mais c’est cool. J’aime bien passer du temps avec mon volant. Ma voiture est un peu mon bureau, j’écoute mes trucs, personne ne me dérange. Ça peut paraître bizarre pour certaines personnes mais ça doit venir de mon côté saltimbanque, je ne sais pas.

Daniel Davies de Year Long Disaster et fils du guitariste des Kinks racontait que lorsqu’il faisait des concerts, les deux autres musiciens prenaient l’avion mais lui prenait toujours sa voiture. Il refuse de prendre l’avion parce qu’il aime bien être seul dans sa bagnole pour traverser les États-Unis et aller d’un concert à l’autre.

François : Serait-ce le frère caché de Christophe ?

Christophe : Non, mais je le comprends. [Rires] Dans une bagnole, tu es seul avec toi-même, tu réfléchis à plein de trucs et c’est un temps où tu es obligé de rester assis le cul derrière un volant donc si tu ne te prends pas la tête avec la circulation et que ça file, tu réfléchis à toutes les choses qui font parties de ta vie, tu prends du recul sur certains trucs et c’est ma façon personnelle de réfléchir aux choses.

Qu’est ce que cela implique pour le groupe au niveau de votre organisation ?

Christophe : De s’organiser. Quand tu dois aller au taf, tu te lèves à telle heure pour être au taf à l’heure, alors nous nous organisons et essayons de trouver des créneaux où nous sommes tous disponibles.

Vous ne faites donc pas de répétitions régulières.

Christophe : Non. C’est vrai que certains groupes aiment répéter toutes les semaines certainement pour se rassurer, je ne sais pas. Je n’ai jamais fonctionné comme ça. Pour faire les compositions c’est mieux d’être avec ses potes et de voir comment on peut faire évoluer les choses afin que tout le monde puisse participer à l’évolution des morceaux. Cependant, quand les titres sont terminés, cela devient du boulot personnel à faire chez soi et une fois qu’on arrive en répète chacun est censé avoir bossé chez lui et c’est donc censé être efficace.

Il est vrai que le fait de répéter toutes les semaines te pousse à te dire que tu travailleras les morceaux pendant la répète.

François : Oui, et tu prends aussi le temps de discuter, de raconter ce que tu as vu la veille… En ce qui nous concerne, cela fixe des échéances, nous sommes obligés de nous tenir à un planning, à des exigences en termes de timing. Chacun d’entre nous sait ce qu’il a à faire. Si nous avons deux jours de répètes avant un concert, nous travaillons en conséquence pour que l’on soit sûr que ça va tenir la route et qu’il n’y aura pas de souci.

Christophe : Je tiens à préciser que ça n’est pas le cas. On a fait deux répètes qui n’ont servit strictement à rien, c’est une catastrophe. [Rires]

Cependant, le fait de faire des répètes régulières peut aussi être un moyen de renforcer la cohésion de groupe…

François : On joue tous avec les autres dans d’autres projets et musicalement on se connaît même si l’on évolue dans des formations différentes. On sait globalement comment l’un ou l’autre va réagir, comment rattraper un pain, il y a comme une forme de cohésion qui est là à la base. C’est peut-être plus compliqué quand tu mets ensemble quatre ou cinq musiciens qui ne se connaissent pas du tout.

Christophe : On n’a pas réellement le choix. Vu que c’est notre métier, on a tous plusieurs projets qui nous permettent de manger et nous nous devons d’être efficaces. On ne peut pas mettre en place une autre méthode de travail que celle-ci. Je reconnais que même si ça me gonflerait d’être dans un groupe où je répète toutes les semaines – le côté routinier m’emmerde – je peux comprendre qu’il y ait ce côté social de retrouver ses potes, etc. mais en ce qui nous concerne nous n’avons pas le choix et pas le temps.

« Dès que tu montes un groupe, cela devient une entreprise. C’est ça qui est mal vu en France. Dès que tu montes un groupe et que tu parles éventuellement du fait que ça pourrait être une entreprise, on te dit que finalement tu ne fais pas de la musique et tu te fais tout de suite défoncer. »

Vous avez tous déjà fait beaucoup de scène avant ainsi comment vous sentez-vous du fait d’avoir fondé un nouveau groupe et de devoir tout reprouver à nouveau ?

Christophe : Ça fait mal au cul ! [Rires] On a tous fait des choses avant, on s’est tous saigné pour des projets passés, on sait comment ça se passe, on sait que c’est un peu plus dur. On a une vision de la somme de travail qu’il y a à fournir, peut-être un peu plus que des groupes où les mecs ont entre vingt et vingt-cinq ans et où ils sont dans une dynamique où ils pensent qu’ils vont tout défoncer et qu’ils ne se rendent pas compte de tout le boulot qu’il y a à faire. On bénéficie du recul nécessaire. En outre, on est motivé ou on ne l’est pas, en ce qui nous concerne nous le sommes.

Malgré vos expériences respectives, avez-vous une appréhension de monter sur scène ?

François : Oui, nous ressentons un certain trac mais cela me semble naturel. Quelqu’un qui n’a pas le trac est soit blasé soit malade. Il y a toujours une pression aussi petite soit-elle. Pour la première nous allons jouer dans un petit endroit, ça sera très intimiste, ce sera une soirée sympa dans un petit bar sur Lyon, ce sera pour nous roder. Tu fais de la musique pour tripper, pour kiffer, alors ressentir une certaine pression me paraît naturel même si au bout de vingt-cinq ans d’expérience cela n’a pas d’incidence.

Jérôme : On va tester pour la première fois les morceaux devant un public, ce sera donc un peu le baptême du feu, c’est toujours un peu stressant.

Savez-vous si vous êtes un peu attendus au tournant par les fans qui vous suivaient dans vos groupes précédents ?

François : Je pense que l’on est peut-être simplement attendu. On ne se met pas de pression par rapport à ça. On a suffisamment de recul et suffisamment d’expérience pour ne pas se prendre la tête. On sait que l’on ne peut pas plaire à tout le monde et que des critiques aussi bien positives que négatives vont tomber mais c’est le but du jeu.

Comment s’est passée la recherche de dates de concerts ? Avez-vous ressenti une différence par rapport à la manière dont cela se passait avec vos précédents groupes ? Le milieu de la musique a beaucoup évolué alors cela a-t-il des impacts ?

François : Pas toujours dans le bon sens. Les fonctionnements ont changé. Aujourd’hui en France, cela fonctionne beaucoup en location de salles. Un bar ou un club met à disposition sa salle et va par exemple rémunérer les groupes aux entrées. Il faut beaucoup brasser, dépenser beaucoup d’énergie pour ramener du monde et gagner trois tunes. Sur un déplacement, sur une tournée, quand tu es un groupe et que tu n’as pas forcément de tour-support parce que tu as un label qui n’a pas forcément les moyens de mettre de l’argent dans un tour-support, tu te retrouves un peu seul et financièrement c’est assez lourd à gérer. Cela fait partie des choses qui ont changées. Par le passé, certains labels avaient les moyens d’avoir un peu de tour-support ou pouvaient avoir des aides pour financer les tournées, aujourd’hui on est plus dans le « Do It Yourself ». Tu dois faire ton truc tout seul et c’est un peu plus dur, il y a aussi plus de monde donc c’est vraiment différent. Avant, on arrivait à négocier des cachets alors qu’aujourd’hui en France cela devient de plus en plus difficile hormis sur certains festivals plus ou moins établis où on pourra réussir à dealer quelque chose mais sinon on ne te donnera pas grand chose. Il y a également eu une certaine culture du « prêche misère » et certaines personnes ont entretenu ça. C’est le business qui veut ça, les maisons de disques vont très mal, tout s’est plus ou moins cassé la figure, tout le monde court après l’argent et tout le monde trouve le moyen de faire un petit peu de blé pour retomber à peu près sur ses pieds. C’est difficile pour tout le monde, pour les promoteurs, pour les distributeurs, pour les labels, etc.

Christophe : La plupart des groupes aujourd’hui ont beaucoup plus facilement la possibilité de faire leurs démos chez eux. Beaucoup de gars autour de moi ont des facilités à faire du graphisme et se fabriquent alors une image avant d’avoir sorti un album, ils font beaucoup de comm’ là-dessus. Il y a également beaucoup plus de monde sur le marché, la sélection naturelle est donc beaucoup plus compliquée. C’est un peu comme les spermatozoïdes, il n’en reste qu’un à la fin… Les gens ont plus de facilités pour faire de la musique directement chez eux et sortir un produit sans passer par une maison de disques ou un studio. A la fin, le produit vaut ce qu’il vaut mais cela rend les choses plus compliquées.

« Par le passé, certains labels avaient les moyens d’avoir un peu de tour-support ou pouvaient avoir des aides pour financer les tournées, aujourd’hui on est plus dans le Do It Yourself. »

La multiplicité de l’offre nuit-elle à la qualité ?

Christophe : Depuis quelques années, grâce au fait que l’on puisse enregistrer plus facilement, le niveau a beaucoup évolué et pas forcément dans le mauvais sens.

Un niveau technique est-il automatiquement un gage de qualité ?

Christophe : Non, cela n’a rien à voir. Cela dit, on se retrouve avec de nombreux groupes formatés dans le même sens, avec un cahier des charges et une couleur quasiment identiques. Le problème de faire de la musique chez soi est que l’on utilise tous plus ou moins les mêmes plug-in et on se retrouve avec les mêmes effets, les mêmes trucs. On écoute des groupes qui nous tirent vers le haut et par conséquent on souhaiterait faire un petit peu de ça, un petit peu de ça et finalement on se retrouve avec des groupes proposant la même chose. C’est à ce niveau-là que se trouve la baisse de qualité, elle n’est pas dans le niveau technique et musical mais dans la production. Il y a énormément de similitudes. Il faut avoir une intro comme ça sinon on l’enlève, il faut un solo, pas de solo sinon on fait de l’extrême, il faut un refrain pop pour que ça soit un peu commercial, ils pensent tous comme ça et c’est quelque chose qui personnellement me désespère un peu.

Aujourd’hui internet a pris une grande place en terme de promotion, est-ce quelque chose que vous allez chercher à développer?

François : C’est un peu le passage obligé.

Jérôme : Si on ne se trouve pas sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, on est inconnu.

François : Internet a pris un pas considérable et ce au grand regret de l’industrie musicale. Même s’il y a un côté bénéfique pour les groupes émergents à qui cela permet d’avoir un accès à la communication, cela a fait du mal aux labels et maisons de disques qui n’ont plus le monopole.

Christophe : Je pense qu’ils sont un peu responsables de la situation. Quand on leur a dit que le téléchargement arrivait, ils n’ont pas voulu en tenir compte, ils se sont dit que ce serait comme les radios libres mais maintenant ils l’ont dans l’os. Ils se plaignent mais ils auraient dû faire quelque chose dès le début.

Grâce à l’existence des réseaux sociaux, les groupes se débrouillent de plus en plus par eux-mêmes, n’est ce pas quelque chose que vous avez envisagé pour votre promotion ?

François : Cela peut faire partie des options futures, ça dépend comment ça va se passer. A mon sens il est important d’avoir pour un premier album une structure derrière, c’est-à-dire un label qui puisse t’offrir un réseau de distribution si petit soit-il, même si aujourd’hui c’est difficile et que les disques se vendent de moins en moins, mais qu’au moins ton album soit présent dans les bacs et que tu aies une promotion travaillée par le label pour pouvoir mettre le pied à l’étrier et avoir une présence. Je pense que sur le moyen terme, long terme, il y aura d’autres méthodes à envisager mais cela demande beaucoup d’énergie, des structures, des gens travaillant sur le projet, beaucoup de temps et beaucoup d’argent.

« Avant, on arrivait à négocier des cachets alors qu’aujourd’hui en France cela devient de plus en plus difficile hormis sur certains festivals plus ou moins établis où on pourra réussir à dealer quelque chose mais sinon on ne te donnera pas grand chose. Il y a également eu une certaine culture du « prêche misère » et certaines personnes ont entretenu ça. »

Vous êtes tous les quatre des intermittents du spectacle ?

Oui.

Combien chacun d’entre vous a-t-il de projets pour arriver à en vivre ?

Christophe : Il faut que je calcule ! [Rires] Je dois avoir entre trois et cinq formations en dehors de Vital Breath.

Et ce statut d’intermittent te permet de vivre ?

Christophe : Oui. Quand j’ai démarré l’intermittence, un projet pouvait suffire mais il se trouve qu’aujourd’hui ils ont réduit des trucs et qu’il faut donc au moins deux formations pour assurer le nombre d’heures pour avoir le statut.

Est-ce quelque chose de typique à la France ou est-ce que cela se retrouve ailleurs ?

Christophe : On est le seul pays au monde à avoir l’intermittence.

Comment ça se passe dans les autres pays ?

Christophe : Dans les autres pays, c’est le système de démerde, c’est-à-dire qu’ailleurs ils sont obligés d’avoir des boulots à côté et de cumuler différents trucs, chose que l’on n’a pas le droit de faire en France. A l’extérieur, ils ont le droit d’avoir un travail à côté pour gagner trois francs six sous et pouvoir faire leur passion, jouer dans des clubs et gravir les paliers progressivement. Finalement, même si on se plaint un peu, on a vraiment un système chanceux. Je pense que si l’on va faire le tour d’autres pays, on se met directement une balle dans la tête. On est tellement habitué à avoir le cul sur des oreillers que ça nous changerait.

Par rapport aux États-Unis qui ont tendance à trouver le système intermittent bizarre, cela reste plus facile pour les artistes de jouer.

Christophe : J’ai un pote batteur qui a migré aux États-Unis il y a quelques temps et il m’expliquait qu’ils sont censés payer la location de la salle, donc soit ils perdent de l’argent, soit ils n’en perdent pas. Si tu loues la salle d’un pub qui fait quatre cent places, il faut le remplir car tu dois donner de l’argent au gars. Par conséquent, il faut faire du merchandising, des produits dérivés, ils sont obligés de toucher à tous les à-côtés pour pouvoir rapporter de l’argent.

François : C’est un peu du « Do It Yourself ».

Christophe : Dès que tu montes un groupe, cela devient une entreprise. C’est ça qui est mal vu en France. Dès que tu montes un groupe et que tu parles éventuellement du fait que ça pourrait être une entreprise, on te dit que finalement tu ne fais pas de la musique et tu te fais tout de suite défoncer.

Le patron de Virgin disait qu’aux États-Unis un patron était autant respecté qu’un artiste ou un grand sportif, alors qu’en France il faut attendre que les entrepreneurs décèdent pour que l’on commence à se rappeler qu’ils ont quand même accompli des choses, fait vivre des gens.

François : Paradoxalement, on mange tous ici en tant qu’intermittents en faisant des groupes de reprises. Je pense qu’il y a quelque chose qui ne va pas fort de ce côté-là. Par rapport au style de musique que l’on propose, c’est-à-dire que l’on est dans un réseau rock / metal, on sait que ce n’est pas la musique grand-public en France, mais il faut que l’on mange avec ça, c’est notre boulot, et qu’il y a certains organisateurs, certaines personnes qui sont confrontées à des gens comme nous qui ne comprennent pas. Quand on leur dit que le cachet de Vital Breath c’est tant, ils nous regardent bizarrement et nous disent qu’il y a des groupes qui viennent pour rien mais nous ne sommes pas dans cette démarche-là. On l’est par la force des choses car si l’on était uniquement dans cette démarche là on ne jouerait pas.

Tu viens de dire qu’en tant que groupe de rock, c’est difficile de gagner sa vie si ce n’est en faisant des reprises. Penses-tu qu’à l’inverse un projet de compositions dans un style chanson française a plus de chance de commencer à faire de l’argent ?

Christophe : Non, ce n’est pas aussi évident. Les gens aux États-Unis savent que de toute façon, quoi que tu fasses, tu paies. Quelqu’un qui fait quelque chose paie, tu vas voir un concert, tu paies. En France, on a connu la grande période des subventions et de la gratuité où les gens allaient voir des vedettes et des artistes reconnus dans des mairies pour la journée du patrimoine de je-ne-sais-quoi le tout pour peau de balle. Un jour, il n’y a plus eu d’argent et maintenant quand tu demandes ne serait-ce que cinq euros pour un concert des gens te diront que c’est cher. Les gens se sont habitués à aller voir des concerts gratuitement.

François : Un groupe c’est une entreprise et à un moment on ne peut plus seulement se contenter d’investir, il faut qu’il y ait un retour sur l’investissement. C’est vrai que c’est actuellement difficile en France de faire ça. Avant, il y avait en effet beaucoup de subventions mais il y en a de moins en moins ou il y en a encore pour certaines catégories artistiques.

Christophe : Quand tu veux faire des demandes de subventions, il y a des styles qui sont un peu plus porteurs. Les personnes chargées de donner des subventions sont un peu plus à l’écoute et ouvertes à certains styles qu’à d’autres.

Quels styles ?

Christophe : Ça va être tout ce qui touche à la chanson française ou à une culture où l’on fait drelin-drelin avec des paroles semi-profondes, en général ça fonctionne bien pour obtenir des subventions.

François : Quand tu fais du rock-metal chanté en anglais, que tu ne rentres pas dans les fameux quotas, c’est plus compliqué.

La chanson française n’est pourtant pas ce qui coûte le plus cher.

Christophe : Tu pourrais même bosser au chapeau dans la rue.

François : Encore faut-il bien le faire car c’est comme dans tous les styles, il y a du bon et du moins bon.

Tu disais précédemment qu’aux États-Unis les gens ont la culture de payer pour un service. Un professeur de batterie lyonnais ayant vécu aux États-Unis racontait que lorsque là-bas tu entrais dans un bar où un groupe était en train de jouer, tu devais automatiquement payer ton entrée, tu étais obligé de consommer une fois toutes les heures et cette rigueur permettait aux groupes d’être payés sans empêcher les gens de passer une bonne soirée.

François : En France nous avons l’avantage d’avoir ce système d’intermittence qui est très bien et qui est unique au monde mais il faut savoir qu’aux États-Unis les syndicats de musiciens sont hyper respectés et très puissants. Personne n’est sans savoir qu’aux États-Unis le moindre petit truc nécessite un contrat et que la moindre petite embrouille se termine par un procès.

Christophe : Tu prends n’importe quelle vedette ou musicien reconnu aux États-Unis, ils se croisent à une soirée, ils se tapent sur l’épaule, se demandent un service mais ne vont pas du tout parler tunes parce qu’ils sont potes. Ils font un truc, il en ressort quelque chose et là un aspect commercial se met en jeu et alors les avocats débarquent. Au départ, ces gens-là sont quand même dans la passion, ils commencent par lancer le projet artistique et s’il se passe quelque chose, ils contactent les avocats. Tu as beau être le meilleur pote du mec avec qui tu as joué, il y aura un contrat.

François : Du coup, le produit est beaucoup mieux défendu car tout est très professionnel. Aux États-Unis, tu as peut être un peu plus de structures professionnelles dont les buts sont lucratifs. Il y a certes l’aspect artistique en premier mais si cet aspect artistique peut être exploitable, on va l’exploiter et il y aura toute une ribambelle de managers et d’avocats pour défendre le projet.

C’est cet aspect-là qui est très mal perçu en France.

François : Ça n’existe pas en France.

Dès qu’il y a ce genre de business, les gens tombent directement sur les artistes concernés.

François : Oui, si tu fais ça avec un groupe, les gens te disent : « Mais pour qui vous vous prenez ? Vous n’êtes pas Metallica ! »

« Finalement même si on se plaint un peu on a vraiment un système chanceux. Je pense que si l’on va faire le tour d’autres pays, on se met directement une balle dans la tête. On est tellement habitué à avoir le cul sur des oreillers que ça nous changerait. »

L’organisateur du festival Léz’Arts Scéniques nous disait qu’il connaissait très bien l’Allemagne puisqu’il habite à la frontière et que justement, par rapport à l’Allemagne, en France, les gens ont du mal à aller voir les groupes tant qu’ils ne sont pas connus.

François : C’est vrai et c’est typiquement français. Pour avoir eu une petite expérience en Belgique où nous avons fait de petits festivals, à chaque fois c’était blindé avec des groupes locaux. Les gens sont présents et font la fête.

On entend souvent parler de ce côté culture de l’underground mais de l’autre côté le public a beaucoup de mal à suivre une démarche de découverte.

Christophe : Dès que tu commences à avoir un aspect commercial dans un groupe, tous les gens qui ont cette culture de l’underground vont dire que tu es à chier parce que tu fais maintenant du commercial. Ce qui en soi ne veut rien dire. Mais dès que tu commenceras à gagner un peu ta vie avec ton propre projet, ça fera chier des gens. Le fait que les gens n’aiment pas aller se cultiver ou découvrir de nouvelles choses et que l’on soit obligé d’aller les chercher chez eux pour les mettre devant un truc qu’ils pourraient éventuellement apprécier est encore autre chose. Je pense que cela est une histoire de mentalité.

C’est peut-être une culture que l’on devrait apprendre enfant. Dans les pays scandinaves, il y a une culture qui se trouve à l’opposé de cela. Ils ont des cours de musique qui vont au-delà de la flûte à bec. Le chanteur d’Hammerfall racontait que là-bas ils aidaient beaucoup les groupes et notamment les débutants en leur offrant par exemple des locaux de répétitions jusqu’à ce qu’ils parviennent à gagner un peu d’argent avec leur groupe.

François : C’est une démarche différente. C’est culturel.

Aviez-vous entendu parler du fait que le gouvernement Sarkozy prévoyait de créer un organisme étatique pour centraliser toutes les demandes de subventions ? Le projet a été avorté dès que François Hollande a été élu parce que c’est la crise et qu’il n’y a pas de budget. Un tel projet vous semblait-il pertinent ?

Christophe : Ça dépend dans quel but. Soit parce que c’est la crise, ils veulent recentrer tout le bordel pour mieux le maîtriser et donc donner moins d’argent, soit c’est dans le sens pratique pour veiller au bon fonctionnement de ce pourcentage de subventions que l’on doit donner aux artistes et à la culture.

François : Il y a des subventions qui sont débloquées pour certains projets ou certaines choses culturelles et d’autres où, lorsque tu vas demander de l’aide, tu ne recevras rien parce que tu ne rentres pas dans une catégorie indiquée ou précise.

Tout dépend comment c’est mis en place. La SACEM, par exemple, part d’un bon sentiment mais reste beaucoup critiquée.

Christophe : Tout le monde ne critique pas la SACEM, c’est ceux qui payent qui la critiquent, non ?

On entend souvent des groupes dire qu’ils estiment être trop peu rémunérés et qu’à l’inverse tout l’argent va pour Johnny Halliday, etc.

Christophe : Le mec qui a composé des trucs qu’il a déclaré à la SACEM et qui, à chaque fois qu’il joue fait une déclaration de SACEM, et qui en fait n’est pas inscrit à la SACEM ne va pas se plaindre parce que tout le surplus de la tune va aux Goldman et aux subventions. Il faut être inscrit car une fois que tu déclares ce que tu crées, tu récupères ton argent. Ce qui peut être critiquable est la manière dont le pourcentage pour ce que tu vas retoucher est calculé.

Tu touches de l’argent mais souvent les musiciens trouvent le montant ridicule.

Jérôme : Cela concerne surtout les droits d’interprétation où les plus gros vendeurs de disques vont toucher beaucoup plus que le petit groupe lambda. Nous en tant que groupe professionnel, quand on joue dans des bars ou dans des pubs on devrait toucher des droits d’interprétation mais on ne touche rien du tout, c’est dérisoire. Cela nous coûterait plus cher en timbres en faisant la demande.

François : Je suis uniquement chez Spedidam et il est vrai qu’en tant que professionnel on est obligé de s’intéresser à ce genre d’organismes qui est là pour faire valoir le travail des artistes ou interprètes ou compositeurs ou auteurs. Aux États-Unis, il y a ce qu’ils appellent le publishing, cela concerne les droits d’édition et c’est très prisé. Les avocats gèrent ça et les businessmen américains s’occupent des groupes et le publishing correspond aux droits d’interprètes, de diffusion radio, c’est l’équivalent de Spedidam et de la SACEM.

« En France, on a connu la grande période des subventions et de la gratuité où les gens allaient voir des vedettes et des artistes reconnus dans des mairies pour la journée du patrimoine de je-ne-sais-quoi le tout pour peau de balle. Un jour, il n’y a plus eu d’argent et maintenant quand tu demandes ne serait-ce que cinq euros pour un concert des gens te diront que c’est cher. »

Christophe, tu joues aussi dans le groupe Headline. Peux-tu donner des nouvelles du groupe parce que cela fait au moins dix ans qu’il n’a pas sorti d’album.

Christophe : C’est une sacré aventure. Je sais que le dernier album est sorti il y a longtemps mais nous n’avons pas non plus rien foutu ce sont seulement les circonstances qui ont fait que la situation est ainsi. Cependant, nous sommes repartis, nous avons une date qui nous permettra de relancer un peu le projet, ça sera le 12 janvier pour le Paris Metal France Festival au Divan du Monde. De plus, l’album est quasiment terminé, tout est enregistré et il ne reste plus que le mix à faire. Le fait est que nous avons tous été très occupés pendant ces années notamment Didier, le guitariste, qui a dû remonter un studio parce que le bail commercial de celui qu’il avait avant s’arrêtait et le promoteur voulait tout détruire donc il a fallu qu’il rachète autre chose, etc.

L’album est alors prévu pour quand ?

Christophe : Il n’y a pas vraiment de date précise parce que nous sommes contraints par certaines maisons de disques qui gèrent leur calendrier et donc, même si l’album est terminé, on n’a pas grand chose à dire… On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé en termes de calendrier de sorties.

Ça sonnera comment ?

Christophe : C’est l’album dont je suis personnellement le plus fier parce que j’adhère à toutes les compositions alors qu’avant il y avait des trucs qui me plaisaient un peu moins. C’est le côté démocratique d’un groupe, il y a parfois des choses qui te plaisent un peu moins mais tu les joues quand même, ce n’est pas grave. Sur ce nouvel album, je trouve tous les morceaux bien, nous avons tous participé à l’élaboration de l’album. Ce sera du Headline évolué car même si nous n’avons pas sorti de disques depuis longtemps, l’industrie du disque avance, on nous propose plein de choses à écouter alors on se fait petit à petit notre culture, donc nos morceaux évoluent aussi en fonction de ce que l’on ingurgite au quotidien. Il y aura des morceaux bien agressifs, on a gardé certaines choses.

Est-ce toujours le même line-up ?

Christophe : Non, on a changé de batteur.

Il semblerait que vous êtes également en train de préparer un nouvel album avec Dyslesia.

Sylvain : Oui, cela fait un moment mais comme les situations de chacun ont évolué, que l’on est tous devenu père de famille et que les line-up ont changé, cela a un peu traîné. Nous avons les compos depuis quelques temps déjà. Nous avons également un nouveau guitariste qui a apporté beaucoup de nouvelles choses et on s’est dit que l’on n’était pas forcément pressé, que l’on n’avait pas d’échéances alors on va essayer de faire quelque chose d’un peu plus innovant et de vraiment abouti, chose que l’on reprochait aux précédents albums puisqu’ils n’étaient pas forcément travaillés en profondeur. On travaille sur ce côté arrangements et toutes les nouvelles compos qu’il a amenées dépareillaient vraiment par rapport au reste des compos qui étaient déjà existantes. Il nous faut maintenant homogénéiser l’ensemble et cela prend un peu de temps. Nous sommes tous très occupés mais ça va venir prochainement.

Il semblerait que les sonorités musicales s’annoncent beaucoup plus prog.

Sylvain : Oui, je pense qu’il y aura des éléments que l’on a pas forcément l’habitude d’entendre. Dans la masse il y a beaucoup de choses qui se ressemblent et qui ne sont que des copies des unes, des autres, alors on a vraiment envie de sortir quelque chose d’abouti. C’est un mélange de plein de choses, il y aura toujours l’identité vocale de Dyslesia mais je pense que cela va en surprendre plus d’un.

Cette orientation un peu plus moderne qu’il y avait eu sur le dernier album est quelque chose que vous avez abandonné ou qui est resté ?

Sylvain : La patte un peu thrash est restée. Le dernier album en date était assez brut, c’était efficace et assez direct. Nous avons gardé ce côté-là mais de manière plus poussée harmoniquement, il y a beaucoup plus de choses qui se passent, mais on est sorti de ce contexte structure habituelle où l’on a trop un couplet, un pont, un refrain, il y a beaucoup plus d’ambiances, de passages presque cinématographiques, c’est beaucoup plus varié.

Vous programmez la sortie pour quand ?

Sylvain : Ce n’est pas évident à dire parce qu’à chaque fois que l’on s’est mis une échéance pour essayer de boucler l’album il y a toujours eu des événements qui ont fait que ça a retardé l’ensemble du projet.

Interview réalisée en face-à-face durant l’émission Anarchy X le 15 novembre 2012
Retranscription : Isa

Site internet officiel de Vital Breath : www.vitalbreathband.com

Album Duality, sortie le 11 mars 2013 chez M&O Music



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  • \m/ F \m/ dit :

    Interview très intéressante car les mecs sont dans le vrai.
    Je côtoie, travaille avec des personnes intermittentes ou en passe de l’être ou ne l’étant plus, et pour en avoir parlé avec Boum c’est vrai que ce n’est pas si facile.
    En tout cas bonne chance à ce groupe et à tous les musiciens et techniciens qui galèrent un peu ou beaucoup ! et surtout garder la flamme !!!
    \m/ F \m/

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