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Interview   

Vltimas à la (re)conquête de l’extrême


On ne compte plus les groupes et projets auxquels a participé Rune Eriksen, alias Blasphemer. Un créatif qui aime sortir des sentiers battus ; il a tout de même réussi l’exploit, avec son sens artistique débridé, de désarçonner les fans d’un des groupes de black metal à l’histoire la plus sulfureuse, Mayhem. Après avoir dévoilé en 2017 un visage plus rock progressif années 70 qu’on connaissait moins via Earth Electric, puis être revenu à l’un de ses premiers groupes, Aura Noir, en 2018, le voilà qui nous présente cette année une toute nouvelle formation : Vltimas.

Voulu comme son retour au metal extrême et au style de riffing, sombre, sinistre et dissonant, pour lequel il est reconnu, c’est surtout le line-up qui interpelle, étant accompagné de pointures dans leur domaine, l’ex-Morbid Angel David Vincent au chant et le batteur de Cryptopsy Flo Mounier. Le résultat de cette alléchante collaboration est à retrouver dans un premier album, Something Wicked Marches In, qui tient ses promesses.

A l’occasion de cette sortie, nous avons échangé avec Rune Eriksen afin qu’il nous dévoile l’histoire de ce groupe qui pourrait bien être son dernier et de cet album qui, en revanche, on l’espère, sera le premier d’une longue lignée. Tentant de mettre des mots sur l’approche et les diverses facettes de sa fibre musicale et revenant plus particulièrement sur ses années Mayhem, le guitariste nous donne un aperçu de son état d’esprit passé et présent.

« Nous voulons retrouver une musique qui se construit jusqu’au refrain et pourrait être mémorable. J’ai fait tout le contraire sur Ordo Ad Chao avec Mayhem. Il était hors de question d’aller à nouveau dans cette direction. […] Cet album est une monstruosité ! Il est très inconfortable. Ordo Ad Chao est un portail vers l’enfer [rires]. C’est vraiment pourri jusqu’à la moelle. En gros, il s’agissait d’ouvrir à des choses qui étaient sauvages et incontrôlables, les laisser s’exprimer. »

Radio Metal : Vltimas est ton nouveau groupe avec David Vincent et Flo Mounier ; c’est un line-up prometteur. Tout d’abord, peux-tu nous expliquer comment ce groupe a été créé ?

Rune Eriksen (guitare) : J’ai joué dans plein de projets et de groupes différents. Enfin, peut-être pas plein de groupes différents mais j’ai eu quelques projets avec lesquels je me suis aventuré dans des choses extrêmes mais qui ne sont jamais allées nulle part. Je suppose que quand j’ai quitté Mayhem, j’étais déterminé à faire quelque chose à moi, que je pourrais appeler mon propre bébé, pour ainsi dire, mais ça a pris un peu de temps. J’ai été présenté à Flo Mounier au moment où nous avons fait un projet ensemble ; nous avons été embauchés par un artiste égyptien qui s’appelle Nader Sadek pour écrire deux disques ensemble, et nous avons fait quelques concerts. Nous avons donc composé environ dix chansons ensemble, rien que Flo et moi. Durant ce processus nous avons pu apprendre à bien nous connaître, nous avions une très belle alchimie musicale aussi. Quand ce projet s’est terminé, quand nous avions fait nos parties, nous sommes restés en contact. Quand j’ai eu l’idée de refaire quelque chose d’extrême, j’ai contacté Flo, et il était très intéressé. Pour ce qui est de David, je le connais depuis 2006, environ. Nous nous parlions de façon sporadique par mail et nous nous voyons en personne de temps en temps. Nous avons toujours envisagé l’idée de faire quelque chose ensemble aussi. J’imagine que c’était le bon moment. Quand j’ai eu l’idée de faire ce groupe, j’ai d’abord contacté Flo. Nous avons commencé à échanger des idées, j’ai commencé à lui envoyer des riffs que j’avais faits, etc. Quelques mois plus tard – six mois au maximum –, j’ai écrit à David car j’avais eu vent qu’il n’était plus dans Morbid Angel. Je lui ai donc écrit un message amical, disant : « Comment vas-tu ? » Mais j’ai aussi écrit : « Peut-être que c’est le bon moment et qu’on devrait monter un groupe ensemble. » Il m’a tout de suite répondu. Le lendemain matin, nous avons échangé par téléphone, et je lui ai expliqué mon idée, que j’avais déjà rassemblé des riffs et que j’avais déjà Flo Mounier à la batterie, et je lui ai demandé s’il serait intéressé pour nous rejoindre, afin de compléter le line-up. On a toujours envie d’avoir le meilleur vocaliste, n’est-ce pas ? Les parties vocales sont très importantes pour moi, et personne n’est meilleur que David, à mon avis, dans le death metal. Pareil avec Flo, je savais que j’avais un batteur fantastique. Pour moi, c’est une dream team depuis le tout début.

Comme tu l’as expliqué, David Vincent est arrivé en dernier pour finaliser le line-up, mais on peut entendre qu’il a vraiment mis sa patte dans la musique. Tu es crédité comme étant celui qui a écrit toute la musique, mais quelle a été la contribution de David et Flo sur celle-ci ? Comment avez-vous travaillé tous les trois, ensemble, pour faire de cet album ce qu’il est aujourd’hui ?

C’est vrai. Flo et David ont tous les deux eu un énorme impact sur mes compositions. Tous les riffs viennent de moi mais la musique prend forme en fonction d’avec qui je travaille. Flo est un genre de batteur progressif, il est très technique, il est très complet, il peut aussi faire plein de groove. Dès que je jamme avec lui, certains riffs ressortent, avec un certain feeling qui probablement ne ressortirait pas si je jammais tout seul. Pareil avec David. Dès que j’ai su que David allait chanter sur cette musique, il est clair que certains riffs ont été écrits avec lui en tête. Donc c’est sûr que tous les deux ont impacté mon écriture. Et évidemment, tous les deux ont aussi eu un impact sur les arrangements des chansons. Donc tout le monde a joué un rôle, même si la musique vient de moi et que je suis le seul à jouer les instruments à cordes. Ce que nous avons accompli pendant le peu de temps que nous avons travaillé ensemble est le résultat d’une symbiose entre nous trois. Ceci représente comment nous sonnons tous les trois, selon moi.

David ne joue pas de basse dans le groupe ?

Non. Il y a plusieurs choses liées à ça, mais essentiellement, j’ai enregistré la basse en studio. David ne va faire que le chant sur scène, donc nous allons avoir un bassiste sur scène et un second guitariste ; nous serons cinq.

Il semblerait que par le passé, tu écrivais beaucoup tout seul, comme dans Mayhem. Est-ce que ça veut dire que tu acceptes mieux la collaboration aujourd’hui ?

Ceci aussi a été écrit seul, toute la musique vient de moi, mais le truc, c’est que peut-être que dans Mayhem j’arrangeais aussi quasiment tout. Là, David a une très bonne oreille pour les accroches et ce genre de choses, car il pense d’un point de vue vocal. Dans Mayhem, c’était une approche vocale un peu différente. Ce n’était pas forcément couplet, refrain, couplet, refrain. C’est là que David est le plus fort, car il veut – comme nous tous – entendre des morceaux vraiment accrocheurs. Quand je suis chez moi, j’écoute de la musique du début des années 80 et des années 70, de la musique avec de gros refrains accrocheurs. Donc je pense que c’est quelque chose qu’au moins inconsciemment nous voulons retrouver, c’est-à-dire une musique qui se construit jusqu’au refrain et pourrait être mémorable. J’ai fait tout le contraire sur Ordo Ad Chao avec Mayhem. Il était hors de question d’aller à nouveau dans cette direction, je n’en suis plus à ce stade, je suis passé à autre chose. Donc ceci est vraiment ce que nous voulions entendre. Mais, oui, c’est sûr, j’écoute plus mes collègues. Je pense qu’avec Mayhem, je commandais un peu tout, pour ainsi dire, sans vouloir sonner trop prétentieux ou arrogant. C’était comme ça parce que je présentais plein de choses et que j’avais une vision très forte, et peut-être aussi qu’il était un peu plus compliqué de travailler avec moi quand j’étais plus jeune [petits rires]. Je pense que la clé pour grandir c’est d’écouter, écouter les idées et contributions des autres. Quand on fait ça, on peut accomplir des choses encore plus grandes.

« Nous avons discuté de peut-être ajouter des chansons de Mayhem ou Morbid Angel [dans le set]. C’était une idée que nous avions au début, mais plus ce groupe acquérait sa propre identité et devenait une bête à part entière, plus nous avions le sentiment que ça allait le desservir. »

Vous êtes tous les trois très éparpillés : David est au Texas, Flo à Montréal, et toi, tu viens de Norvège mais tu habites au Portugal. La logistique pour travailler avec ce groupe n’est-elle pas trop compliquée ? Comment surmontez-vous ceci ?

Ouais, c’est un cauchemar logistique, je peux te le dire ! [Petits rires] A peu près toutes les chansons commencent avec un riff que je trouve, et ensuite, généralement, je crée aussi le riff suivant. Donc, généralement, je crée chez moi les deux premiers riffs, ensuite je les enregistre et je les envoie aux gars. Si tout le monde est super content, alors ces deux riffs sont ce que nous gardons en tête pour une session quand nous nous rencontrons. Même si, en fait, cette fois, Flo et moi avons également fait des sessions tous les deux avant que David ne soit impliqué, donc nous avons écrit plein de choses. A deux occasions, nous avons loué une maison au Portugal ; il a pris l’avion depuis Montréal pour venir au Portugal, et il est resté là pendant une semaine ou dix jours. C’était une maison avec un studio dans le sous-sol. Nous avons beaucoup jammé et la plupart des musiques ont été créées là-bas, entre Flo et moi. Une fois que David a été embarqué, nous avons déplacé les répétitions au Texas. C’est notre QG maintenant, c’est là que nous nous retrouvons. La première fois, nous avons passé dix jours dans un studio là-bas ; les deux dernières sessions, nous les avons passées chez David, en fait. Il a une pièce pour la musique où nous avons mis tous notre matériel. C’est un environnement mieux contrôlé et qui nous convient très bien. Mais ouais, c’est compliqué. Evidemment, ça implique beaucoup de dépenses, beaucoup de voyages en avion, beaucoup de complications afin que nous nous retrouvions tous les trois dans la même pièce. Mais ça ne me pose pas de problème de prendre l’avion et de voyager, et nous sommes très efficaces quand nous sommes chez David. Ça requiert donc un petit peu plus d’effort mais je pense que tout le monde est super excité par ça, tout le monde a la même motivation et la même vision. Donc, en considérant ceci, c’est un tout petit obstacle à surmonter.

Souvent, les groupes qui sont éparpillés géographiquement travaillent à distance en utilisant internet et des ordinateurs. Du coup, est-ce important pour toi qu’il y ait quand même ce facteur humain et que vous vous retrouviez physiquement ?

Le truc, c’est que je ne crois pas dans le fait de tout composer à cent pour cent sur ordinateur et ensuite aller enregistrer ça. Il faut l’interaction avec les gens avec lesquels on joue, c’est très important. C’est ce qui s’est passé avec cet album. Certains des trucs que j’ai faits avec Mayhem… Par exemple, la majorité de Chimaira était un truc de geek fait à l’ordinateur, j’ai écrit plein de riffs comme ça et il n’y avait pas de place pour le côté cohésion de groupe sur certaines de ces musiques, mais c’est très important pour Vltimas, car nous savons ce que ça apporte, il faut que ce soit un processus organique. C’est comme ça qu’ils faisaient dans les années 70, qui est ma période préférée. Je crois fermement que rien qu’être dans une pièce et ressentir l’énergie des autres, faire du brainstorming, jammer, essayer des choses est la seule façon pour un groupe d’avancer. Si je fais des riffs sur l’ordinateur, c’est une chose, c’est un point de départ, je peux même faire la moitié d’une chanson voire presque une chanson finie, mais ça ne sera pas complètement fini tant que nous ne nous serons pas tous rassemblés dans la même pièce, à répéter la chanson encore et encore et à essayer différentes choses.

Something Wicked Marches In est varié, allant de chansons brutales et sans compromis comme « Total Destroy » à d’autres plus progressives et lugubres comme « Monolilith ». Avec quel état d’esprit, artistiquement parlant, t’es-tu mis à faire cet album ?

Je voulais juste exprimer quelque chose qui, selon moi, me ressemblait aujourd’hui. Je veux dire que j’écoute plein de musiques différentes et on peut probablement l’entendre dans l’album. Ce n’est pas qu’un album de death metal brutal. Il possède plein de nuances, il a une petite touche black, il a un petit peu la marque de ce que j’ai amené de Mayhem, il a un petit peu plus un côté death metal, et il a aussi, comme tu l’as dit, des choses plus progressives et lugubres. Donc je pense que c’est un album varié et quiconque s’intéresse à la musique extrême peut y trouver quelque chose auquel il s’identifie. Sans vouloir sonner pompeux, je pense que c’est un album de metal extrême complet. Ce n’est pas unidimensionnel, c’est comme un voyage. Il contient plein d’aspects différents et je pense que c’est ce qui le rend intéressant. Ce n’est pas noir et blanc, il y a plein de nuances de gris. Il a plus de profondeur que la plupart de mes albums précédents.

C’est presque comme une anthologie du metal extrême…

Oui, merci ! Je le prends comme un compliment. Vu que j’ai commencé à écouter du metal extrême dans le milieu des années 80, ça a toujours fait partie de mon système sanguin, même si je fais diverses choses, dans divers groupes et projets, j’ai Earth Electric, par exemple, au Portugal, un groupe dans lequel j’adore jouer ; ça fait ressortir mon feeling années 70. Mais là, il y a plus un côté rétrospectif, mais sans forcément regarder le passé. Il s’agit plutôt d’amener le passé dans le futur, pour ainsi dire.

« Mes riffs sont étranges parce que je suis moi-même tordu [rires]. J’ai plein d’idées étranges, c’est probablement de là que vient la dissonance. J’ai un énorme problème avec les choses normales. Je n’ai jamais aimé les normes ou les structures dans la société. […] Toute ma vie, j’ai été comme un saumon, à aller à contre-courant [rires]. »

Je sais que tu considères ce premier album de Vltimas comme étant un peu ton album du « retour » au metal extrême, avec ton riffing caractéristique sombre et sinistre, alors que tu as quitté Mayhem il y a plus de dix ans. Pourquoi est-ce que ça t’a pris autant de temps de revenir à ça ?

Je ne sais pas, c’est assez dur de répondre à cette question. Je crois qu’il fallait simplement que ce soit le bon moment. Il fallait qu’il y ait la bonne opportunité, les bonnes personnes, et le bon état d’esprit. L’état d’esprit, ça représente tout. Je ne voulais pas forcer la création de ce disque, je ne voulais pas sortir quelque chose juste pour sortir quelque chose. Donc nous avons pris notre temps. Je crois que l’idée de faire ça m’est venue pour la première fois en 2014. Ça a pris quand même quelques années à se faire. Comme je l’ai dit, à l’époque, nous ne faisions que nous échanger des riffs, Flo et moi. C’est donc une question de timing et d’état d’esprit. C’est tout. En dehors de ça, je ne sais pas, j’ai aussi été très occupé. J’ai trois groupes aujourd’hui, j’ai Earth Electric, Aura Noir et Vltimas. Même si Vltimas, aujourd’hui, est prioritaire et est ce sur quoi nous nous concentrons, je dois aussi me tenir à mes engagements sur le reste. Aura Noir a beaucoup tourné récemment. L’idée globale que j’essaye d’expliquer est que les choses prennent du temps.

Tu parlais plus tôt de l’album Ordo Ad Chao, avec lequel tu es allé très loin dans cette direction morbide, dissonante et étrange. Vltimas, avec ses influences death metal old school, est un peu plus « traditionnel » par rapport à ça. Penses-tu avoir été aussi loin que possible sur Ordo Ad Chao ?

Dans cette direction, c’est certain. Cet album est une monstruosité ! Il est très inconfortable. Ordo Ad Chao est un portail vers l’enfer [rires]. C’est vraiment pourri jusqu’à la moelle. En gros, il s’agissait d’ouvrir à des choses qui étaient sauvages et incontrôlables, les laisser s’exprimer. C’était l’état d’esprit à l’époque. Pour moi, c’était un mélange de mes années dans Mayhem, pour ainsi dire. Il y a beaucoup de crasse dans cet album. Donc ouais, c’est sûr que je ne voulais pas repartir dans cette direction. Et avec les musiciens que j’ai à mes côtés, ce n’était pas nécessaire. Tellement de choses se sont passées depuis 2007 ; c’était il y a douze ans ! Je ne suis plus le même gars et comme je te l’ai dit un peu plus tôt, quand j’essaye d’analyser ce que j’écoute aujourd’hui, ce que j’apprécie le plus dans la musique, c’est le côté accrocheur, les refrains et ce genre de choses. Peut-être est-ce quelque chose sur lequel on retombe avec l’âge ; j’ai 44 ans aujourd’hui, donc je ne suis plus un bleu. C’est donc, en gros, un résumé, y compris de mes influences pré-Mayhem. J’étais très porté sur le death metal étant gamin ; Death, Obituary et ce genre de choses. Cet album, c’est mon style passé sous le prisme du death metal et avec de vraies chansons. Je ne peux pas vraiment comparer ces deux albums. Après Ordo Ad Chao, j’ai sorti plusieurs albums avec Aura Noir et quelques autres groupes, mais même si ceci est effectivement mon retour au metal extrême, je ne vois strictement aucune similarité entre ces deux albums. Mais qui sait ? Peut-être que le prochain album sera un peu plus sombre, un peu plus black. Mais aujourd’hui, c’est exactement ce que, selon moi, cet album devait être.

« Truth And Consequence » est la chanson où ton travail avec Mayhem et celui de David avec Morbid Angel semblent se croiser, et c’est probablement ce que les gens attendaient le plus de la part de ce groupe. Malgré tout, avez-vous essayé d’éviter de n’être qu’un mélange de vos travaux respectifs les plus connus ?

J’ai essayé d’éviter ça, mais si quelque chose sonne super bien, je ne vais pas le dégager pour autant. Oui, peut-être que les riffs rapides de « Truth And Consequence » sonnent un peu à la Mayhem ; les autres, ceci dit, pour moi, sonnent plus à la Slayer, je n’en suis pas sûr. D’un autre côté, un aspect inquiétant ressort de la partie centrale. Je vois ce que tu veux dire. Certains de ces riffs sont en fait parmi les plus vieux sur l’album, donc peut-être que ça peut l’expliquer. L’intro de la chanson « Everlasting » est aussi une des idées de riff les plus vieilles et peut-être est-ce typiquement quelque chose que j’aurais pu faire avec Mayhem. Le plus important pour nous aujourd’hui est de nous établir entièrement comme une entité unique. Rien n’est directement lié à Mayhem, Morbid Angel ou Cryptopsy. C’est un groupe qui, selon moi, repose déjà solidement sur ses deux pieds, et qui a une énergie totalement différente, pour ainsi dire. Je ne dirais pas que c’était délibéré de faire que ça sonne complètement différent mais je crois que nous ne rendrions pas justice à ce groupe si nous avions été dans cette direction. Je me souviens, au début, avant que nous n’établissions toute l’identité du groupe, car l’album fait dans les quarante minutes et, n’ayant qu’un album à notre actif, ça allait être dur de remplir un set live, nous avons discuté de peut-être ajouter des chansons de Mayhem ou Morbid Angel. C’était une idée que nous avions au début, mais plus ce groupe acquérait sa propre identité et devenait une bête à part entière, plus nous avions le sentiment que ça allait le desservir. Ce serait très facile, mais à la fois, ressortir nos vieux groupes ne me paraît pas être la bonne chose à faire. Peut-être aussi que nous voulons nous confirmer que nous sommes capables de faire ça. Nous savons que c’est un très bon album, que nous n’avons pas vraiment besoin de mettre en avant nos passés respectifs. Comme je l’ai dit, ce projet a trouvé sa propre identité à mesure qu’il avançait, et j’en suis très fier. C’est quelque chose que nous allons continuer d’établir sur le prochain album.

C’est intéressant comme la chanson « Last Ones Alive Win Nothing », avec le travail de guitare et son atmosphère dramatique, renvoie presque un sentiment orchestral. Comment êtes-vous parvenus à un tel résultat ?

Ouais, c’est étrange parce que la dernière interview que j’ai faite était avec un gars qui m’a demandé s’il y avait du clavier sur l’album et j’ai dit que non ! J’ai vraiment l’habitude de… Surtout sur Chimaira, j’avais tout un tas de couches, plein de petits détails, plein de pistes de guitare. Le fait est que je n’ai pas fait ça pour cet album, je voulais qu’il soit… je ne dirais pas dépouillé mais je voulais retirer le gras. Je ne voulais pas avoir vingt couches de guitares supplémentaires et créer un genre d’énorme truc orchestral. Je pense que le son même des instruments, la façon dont c’est composé, la façon dont David chante, la façon dont Flo joue, tout crée ce sentiment, car en réalité, c’est l’album le plus épuré que j’ai fait depuis longtemps, en dehors du dernier Aura Noir et du premier album d’Earth Electric. C’est donc très minimaliste, tout du moins selon mes standards, car avant, j’étais vraiment obsédé par le fait de créer – excuse mon langage – un tas de conneries [rires], plein de choses qui n’étaient pas forcément nécessaires. Je comprends qu’aujourd’hui ça fait partie de ces albums, et je ne devrais sans doute pas trop parler parce que peut-être que le prochain album contiendra plein de pistes de guitare, qui sait ? Mais tout est question de savoir ce dont la chanson a besoin. Mais, honnêtement, je trouve que c’est un grand compliment de dire que nous sommes parvenus à sonner ainsi en nous basant sur la simplicité que nous recherchions initialement.

« J’ai peut-être une obsession pour les années 70 [rires]. […] C’est assez fascinant pour moi de réaliser qu’une grande partie des albums progressifs vraiment bizarres rencontraient un putain de succès en ce temps. Ça n’arriverait jamais aujourd’hui parce qu’on est un peu lobotomisés. »

Il y a une vraie profusion dans ton riffing sur cet album qui couvre une grande portion de ta palette ; c’est une bonne démonstration de ton style dans le metal extrême, avec tes dissonances typiques, etc. Mais comment définirais-tu ton approche de la guitare dans un tel contexte ?

C’est une question assez compliquée ! [Rires] C’est dur à dire parce que c’est assez instinctif. Ça peut sembler étrange ou énervant, mais si je suis dans la bonne humeur, je prends la guitare et je crée tout de suite un riff, c’est la première chose que je fais. C’est une question d’énergie, c’est presque comme canaliser quelque chose, ce qui est très bizarre. Evidemment, mes riffs sont étranges parce que je suis moi-même tordu [rires]. J’ai plein d’idées étranges, c’est probablement de là que vient la dissonance. J’ai un énorme problème avec les choses normales. Je n’ai jamais aimé les normes ou les structures dans la société. J’ai toujours envie de m’évader et être différent – ou me libérer de la norme, c’est un meilleur mot. J’imagine que c’est juste ma vie qui ressort dans mes riffs. C’est très compliqué de répondre à ça. Ça vient tout seul. C’est comme une impulsion. C’est le fait de canaliser instantanément quelque chose. C’est une belle capacité à avoir, je suis béni. Je ne serais jamais à court de riffs. En fait, la dernière chanson que nous avons écrite pour l’album était « Total Destroy ». J’étais posé chez David avant que Flo n’arrive, c’était juste après le petit déjeuner. Je jammais dans la pièce, et ceci était l’un des riffs qui sont sortis de ma guitare ce matin-là. Ensuite, Flo a commencé à mettre son rythme dessus et la chanson a été finalisée en moins d’une heure. Bien sûr, nous avons dû revenir dessus mais la majorité du squelette a été fait en presque une heure. Ceci dit, d’autres chansons ont pris des mois. C’était assez intéressant parce que ça m’a permis de réaliser que j’étais capable de faire les choses comme ça également. Je suis confiant par rapport à ce groupe, je suis très content. J’ai hâte de poursuivre cette aventure.

David offre parmi ses prestations les plus impressionnantes et polyvalentes en tant que vocaliste sur cet album ; il est très expressif mais aussi apporte quelques chants clairs ici et là, comme sur « Monolilith ». La diversité de cet album faisait-elle que c’était le terrain de jeu idéal pour qu’il explore son chant et son expressivité ?

Peut-être. Je me souviens qu’au début, quand nous étions au Texas avant la première répétition, David m’a demandé quel type de voix j’imaginais sur les chansons. J’ai dit que la musique est lugubre et sombre, donc il faut que ça l’accompagne. Mais, en fait, nous n’avons entendu aucun chant avant d’aller en studio. C’est donc assez intéressant. Il a travaillé sur ses voix chez lui, en écoutant les démos. Quand il est venu au studio, c’est là que tout le monde a entendu pour la première fois son chant. Ceci dit, il m’appelait de temps en temps pour me parler de ses idées, surtout pour la partie que tu as mentionnée sur « Monolilith ». Il avait eu l’idée de faire cette partie claire, cette partie de chant qui sonne énorme, presque orchestrale ou comme un chœur. J’ai donc dit : « D’accord, ça me paraît sympa ! » Nous voulions aussi que ce soit brutal – Flo, moi-même et même le gars du son –, mais quand David a fait ces trucs, nous étions scotchés, car c’est très accrocheur. Je trouve que ça surélève la chanson et l’amène à un autre niveau. Nous étions donc agréablement surpris et, apparemment, il a trouvé le moyen de faire quelque chose de différent ici. David aime bien mon approche de la musique, il aime les trucs plus lugubres, dissonants, en mode mineur. Je pense qu’il a donc vu là une opportunité de faire quelque chose d’un petit peu différent avec sa voix.

Vu qu’il s’agit d’un nouveau groupe, il n’y a pas de discographie établie permettant aux gens de comparer, donc peut-être y a-t-il plus de liberté…

Ouais, exactement. C’est ce qui est beau. C’est comme une toile vierge. Personne ne peut nous dire ci ou ça, ou se plaindre de quoi que ce soit, car c’est un nouveau groupe, nous pouvons faire tout ce que nous voulons [rires].

Tu disais que tu n’as « jamais aimé les normes ou les structures dans la société ». Et il se trouve que dans la chanson « Praevalidus », David chante : « Pas d’allégeance. Pas de morale autre que la nôtre. Pas de directive autre que notre code. […] Notre règle, notre manière de faire. » Est-ce que cette dissidence et refus de la norme a toujours été ton moteur dans ta carrière en tant que musicien ?

Ouais, c’est certain. J’ai toujours été un marginal. Pour reparler d’Ordo Ad Chao, toute l’idée était presque de détruire la musique. Je voulais que ce soit aussi laid que possible, presque à un niveau scientifique où le truc s’effondrerait sur lui-même [petits rires]. C’était toute l’idée, que ce soit aussi méchant et sale que possible. Ça a plus ou moins marché. Mais en général, toute ma vie, j’ai été comme un saumon, à aller à contre-courant [rires]. Je viens de Norvège et, là-bas, on a beaucoup de conventions sur la manière dont on doit se comporter, on n’est pas meilleur qu’un autre et on ne devrait être personne, littéralement. Surtout là d’où je viens, un petit village, à environ soixante ou soixante-dix kilomètres au sud-est d’Oslo, c’était une mentalité d’un autre temps. Si tu avais des cheveux longs, tu en entendais parler tous les jours. Les gens te disaient de te couper les cheveux et de te trouver un boulot. C’était quotidien. Donc je suppose que j’ai toujours eu envie de m’évader, d’être libre, comme disait Queen [petits rires], et de suivre ma propre voie parce que je ne crois en la voie de personne d’autre que la mienne. Tout le monde devrait croire en sa propre voie. Je pense que ceci n’est qu’une autre étape dans cette direction.

« Peut-être suis-je né pour faire ceci. Ça sort de moi comme les mots sortent de ma bouche. C’est probablement là que mes mots s’arrêtent, et alors la musique prend le relais. »

J’imagine que ce refus de la norme, c’est précisément là-dessus que David et toi vous vous rejoignez, car non seulement il le chante, mais il a lui-même fait des choix artistiques controversés, comme se mettre à la country ou avec son dernier album avec Morbid Angel…

Ouais. Objectivement, je comprends que quand on a un groupe établi, on crée ses propres lignes directives. J’ai remarqué avec Mayhem que c’était un énorme scandale quand A Grand Declaration Of War est sorti, mais peut-être que j’étais trop jeune pour réaliser que cet album ne conviendrait pas au groupe [petits rires], car j’ai toujours tout cassé. Pourquoi devrait-on céder quoi que ce soit à qui que ce soit ? Tout est une question de volonté artistique. Je suppose que tu as raison, c’est là-dessus que David et moi nous nous rejoignons. A quoi bon si on ne peut pas faire tout ce qu’on veut ? C’est nul ! Si nous avions cinq albums de Vltimas, que le sixième arrivait et qu’il chamboulait tout, alors je comprendrais peut-être que nous devrions faire un autre groupe, au lieu de casser la lignée. Je le comprends, ce serait comme se tirer une balle dans le pied. Mais pouvoir faire des choses à côté ? Absolument ! Et si certaines personnes s’en plaignent, qu’elles aillent se faire foutre ! Elles n’ont rien d’autre à faire de leur vie que de faire chier les autres. C’est une question de développement. On est tous des individus, on est tous différents, et personne ne va me dire ce que je peux ou ne peux pas faire.

Qu’as-tu pensé du dernier album que David a fait avec Morbid Angel, Illud Divinum Insanus ?

Je l’ai défendu quand il est sorti. Je me souviens avoir même écrit une déclaration pour le défendre. Je le trouvais assez cool. Il y a quelques riffs vraiment très bons sur cet album. Mais avec le recul, ce n’est pas quelque chose que j’écoute. D’un autre côté, je n’écoute plus vraiment de Morbid Angel. Je trouve que c’est un album bien foutu. C’était assurément trop à encaisser pour les fans hardcore et je peux le comprendre, comme je t’ai dit. Si on va tout d’un coup dans une autre direction alors qu’on a une lignée musicale… D’un autre côté, je ne trouve pas qu’il était si différent que ça ! Il y avait des trucs orchestraux sur Blessed Are The Sick aussi. Je suppose qu’il y a juste quelques chansons qui étaient un petit peu plus orientées commercial que d’autres, mais en dehors de ça… Je ne dirais pas que j’écoute l’album mais il n’y a rien qui me pose problème. L’album est fait, passons à autre chose. Si vous ne l’aimez pas, ne l’écoutez pas, allez écouter les autres albums.

En 2017, tu as sorti ton premier album de rock progressif orienté années 70 avec Earth Electric, ensuite tu as sorti en 2018 le nouvel album d’Aura Noir, et cette année tu sors le premier album de Vltimas. En es-tu à un stade aujourd’hui où tu ressens un besoin de te diversifier musicalement avec différents exutoires et différentes directions ?

Je pense que c’est ce qu’il se passe quand on arrive à un certain stade de sa vie. Je me souviens qu’une des toutes premières chansons que j’ai écoutées de ma vie était probablement « Mississippi Queen » ou quelque chose comme ça. J’étais là : « Bordel, mais c’est quoi ça ? » J’étais super jeune. Tous les trucs années 70 sont littéralement incrustés dans mon sang. Je suis né en 1975 et j’écoute de la musique depuis la fin des années 70 et début 80. Pour moi, Earth Electric, c’est là où mon second pied repose. C’est la musique que j’écoute régulièrement. J’ai peut-être une obsession pour les années 70 [rires]. J’adore la production, j’adore le renouvellement de l’inspiration et la créativité de l’époque ; il y avait tant de choses différentes et les gens sortaient totalement des sentiers battus. C’est assez fascinant pour moi de réaliser qu’une grande partie des albums progressifs vraiment bizarres rencontraient un putain de succès en ce temps. Ça n’arriverait jamais aujourd’hui parce qu’on est un peu lobotomisés. J’adore cette période, ces étranges albums progressifs des années 70, et même de 80 et 81. C’est de là que vient Earth Electric. Je garderais ce groupe aussi longtemps que je pourrais. Même si le nouvel album que nous allons enregistrer cet été est un peu plus lugubre, pas autant dans l’esprit années 70, mais quand même, il y a de petites choses ici et là. C’est ce que j’aime, c’est la musique que j’écoute. Donc maintenant, tout l’objectif est d’essayer de mélanger ça à mon autre influence, pour laquelle je suis reconnu, c’est-à-dire le côté obscur, les accords étranges et ce genre de choses. C’est le nouveau chapitre d’Earth Electric. Aura Noir, évidemment, j’en fais partie depuis à peu près 1985, donc ça se passe de commentaire. Et Vltimas, encore une fois, c’est quelque chose auquel je me suis toujours senti connecté ; je m’intéresse aux trucs extrêmes depuis 1985, avec Metallica, Slayer, la musique de la Bay Area, puis le death metal et le black metal. La musique des années 70 et le metal extrême ont tous les deux une très grosse place dans mon cœur. Donc je me sens plus complet maintenant que j’ai les deux. Peut-être qu’il m’a fallu du temps pour en arriver là, mais comme je l’ai dit, ça vient probablement de l’âge, j’ai plus que jamais l’impression que ces musiques m’appellent.

Tu es de toute évidence quelqu’un de très créatif, mais qu’est-ce qui déclenche ta créativité ?

Je ne sais pas. C’est une autre question épineuse car, comme je l’ai dit, ça dépend de mon humeur. Je peux me poser et créer plein de choses différentes. Même si la direction que prend le monde déclenche probablement, inconsciemment, ma créativité, c’est dur à déterminer parce que je ne me focalise sur rien quand j’écris de la musique. Il faut que ça vienne de manière plus pure que ça. Si je me focalise sur des choses ou des thèmes, alors ça colore vraiment ce que je fais. J’essaye de rester ouvert à tout ce qui me vient. C’est juste être vivant, je suppose. Evidemment, tout t’affecte, mais à peu près tout ce que je fais est composé dans mon appartement. Parfois c’est issu d’un jam avec un de mes groupes, que ce soit Earth Electric ou Vltimas, mais la plupart du temps ça vient juste du fait de se réveiller un autre jour. Ça peut paraître simple, mais je ne crois pas vraiment que ça le soit. Je l’ai en moi. C’est qui je suis. Peut-être suis-je né pour faire ceci. Ça sort de moi comme les mots sortent de ma bouche. C’est probablement là que mes mots s’arrêtent, et alors la musique prend le relais. Peut-être suis-je en train de révéler mes profonds secrets avec ma musique [rires], des choses que je ne dirais pas normalement dans une interview. Donc je ne sais pas. Ça paraît être rien, mais en fait c’est tout.

« [Mayhem] était un groupe vraiment fou. Le truc, c’est que j’étais un marginal à l’époque. Quand j’ai rejoint le groupe, c’était à peu près le seul groupe que je pouvais rejoindre pour que ça colle avec mon trouble mental [rires] »

Ça fait un petit peu plus de dix ans que tu as quitté Mayhem, mais tu as vraiment laissé ton empreinte sur ce groupe avec les trois albums que tu as réalisés avec eux. Avec le recul, quel est ton sentiment sur tes années dans Mayhem ?

Je suis très fier et content de ce que nous avons accompli, que ce soit Wolf’s Lair Abyss, Grand Declaration, jusqu’à Ordo Ad Chao. C’était une étrange aventure ! Tu sais, je ne suis pas du tout du genre à revenir en arrière et revisiter mon passé. Pour moi, c’est un peu oublié. C’est sorti de mon système ; ce n’est même pas mis sur une étagère. C’était une période qui a été figée sur bande, pour ainsi dire. Cette période, c’est de l’histoire ancienne et je ne reviens plus dessus. Mais si je me pose, que j’attrape un vinyle ou un CD et que j’y repense, bien sûr, nous avons fait vraiment de super trucs, de super chansons. Je suis content d’en avoir fait partie. Ça m’a façonné. J’ai appris plein de leçons de vie, je suppose, car c’était un groupe vraiment fou. Le truc, c’est que j’étais un marginal à l’époque. Quand j’ai rejoint le groupe, c’était à peu près le seul groupe que je pouvais rejoindre pour que ça colle avec mon trouble mental [rires], pour ainsi dire. Il y avait plein de merdes, mais à la fois, nous nous éclations, surtout les quatre ou cinq premières années, c’était complètement dingue. Il y a eu tant d’histoires qui seraient sans doute bonnes pour un livre un jour. Mais il est aussi devenu évident après Ordo Ad Chao que mon temps dans le groupe était révolu et que c’était mon chant du cygne. Ce n’est pas quelque chose que je voudrais un jour refaire, c’est fini. C’était le moment de passer à autre chose et faire quelque chose de différent, laisser quelqu’un d’autre venir pour poursuivre ce qui devait être poursuivi. Je ne regrette rien et je suis fier de ce que nous avons accompli. Je suis content qu’ils aient continué à écrire de la musique ; je suis sûr qu’il y aura des trucs super de leur part dans le futur.

T’es-tu guéri de ton trouble mental ?

Quand je parlais de trouble mental, c’était un peu une blague [rires]. Le truc, c’est que quand tu as 16, 17, 18 ans, tu as vraiment une vision misanthropique de tout, ça peut créer plein de situations étranges. Mayhem, à l’époque, semblait être l’exutoire parfait pour faire sortir ces idées, comme sur Wolf’s Lair Abyss. C’était une époque intéressante. J’en chéris une grande partie, le reste je l’oublie. La vie continue, pas de rancœur envers qui que ce soit, bordel, c’est la vie, et demain est un autre jour.

Plus tôt, tu parlais du premier album que tu as fait avec Mayhem, Grand Declaration Of War, qui était un peu un nouveau départ pour le groupe et qui a pris les fans par surprise avec son côté très expérimental et avant-gardiste. Tu as même parlé d’« énorme scandale ». Comment un tel album a vu le jour ?

Je ne sais pas ! J’imagine que c’était dans l’air du temps. Mayhem n’était pas seul à faire ça. Peut-être que nous avons été plus loin encore et quelque chose d’excentrique en est ressorti. Il s’agit d’esprit, tout commence là, la façon dont on approche les choses, comment on les visualise, comment on les prévoit. Tout vient de l’esprit. Après Wolf’s Lair Abyss, durant cette période de 1998 à 1999, peut-être que j’ai commencé à vraiment développer mes idées musicales, mon esprit musical, pour ainsi dire. Ça avait déjà commencé sur la dernière chanson de Wolf’s Lair Abyss, « Symbols Of Bloodswords », ça commençait à sonner pas très orthodoxe, et ça a été plus loin sur A Grand Declaration Of War. Il s’agissait de suivre le courant, sauter dans le train et continuer dans cette direction. C’est l’impression que ça donnait ; un courant créé par l’âme, un état d’esprit. A ce stade, je construisais la musique dans ma tête. J’avais cet appartement vraiment merdique dans la banlieue d’Oslo. Le soir, j’allais marcher et je construisais dans ma tête des choses qui au final devenaient des chansons. En fait, une grande partie de cet album a été écrit pendant que je marchais. C’était peut-être le premier album où j’ai commencé à utiliser mon esprit, plus que le feeling des répétitions à proprement dit. C’était un album plus cérébral que physique. Avec le recul, peut-être que l’album est un petit peu différent de ce que nous avions essentiellement en tête, mais j’imagine que c’est une bonne chose, et peut-être aussi un peu plus propre. Je ne me souviens pas d’avoir ça en tête mais la batterie, en l’occurrence, a une approche très clinique. Cet album a donc de lui-même pris vie et est devenu sa propre créature. Je ne sais pas, c’était un signe des temps. J’essayais juste de me tordre l’esprit afin de faire quelque chose de différent. J’ai toujours voulu faire quelque chose de différent et c’est important de suivre sa propre voie, comme je le disais plus tôt, suivre sa propre vision et foncer. D’un autre côté, peut-être que Grand Declaration Of War était le bon album par le mauvais groupe, je ne sais pas. Dans tous les cas, je le soutiens à cent pour cent. Aussi, que Mayhem puisse faire un tel album et aller aussi loin, je pense que c’est arrivé un petit peu trop tôt pour certaines personnes. Je sais que de plus en plus de gens saluent cet album désormais.

A l’époque, la scène norvégienne était en ébullition ; des groupes comme Arcturus, par exemple, sortaient des albums vraiment étonnants. Est-ce que vous vous êtes laissé emporter par cette tendance avant-gardiste qui régnait à l’époque ?

Peut-être. Il s’agit d’exploration. J’imagine que c’est dans mon ADN. Je veux vraiment que rien ne sonne identique. Pour moi, ça revient à être immobile. Ça veut dire qu’on ne s’est pas vraiment développé. C’est ainsi que je vois les choses. Je crois en la progression à tous les niveaux. Quand j’aurais mis un terme à ma carrière – même si j’espère que j’en aurais encore pour quarante ans avant d’en arriver là [petits rires] –, j’espère que, au moins, les gens diront : « D’accord, il y avait une sacrée créativité chez lui. » J’ai toujours détesté les groupes qui sonnaient pareils tout le temps. Je ne suis probablement pas le plus grand fan d’Iron Maiden non plus.

Dans ce titre, Something Wicked Marches In, il y a une idée de conquête et d’un mal inévitable, et vu que le groupe s’appelle Vltimas, est-ce que tu vois ce groupe comme ton ultime exutoire pour conquérir le monde du metal extrême ?

Qu’est-ce que tu en penses ? Tu crois que c’est ce que nous parvenons à faire ? [Rires] Le truc, c’est que pour moi, le nom du groupe est un jeu de mots. Dans ma tête, Vltimas signifie « les derniers ». Ce n’est pas en soi la traduction exacte, mais dans ma tête, je vois ça comme étant « l’ultime », comme tu dis. Pour moi, c’est un jeu entre ces deux mots. Je me souviens comment ça nous est venu : nous étions au Texas, nous discutions chez David, et j’ai dit à tout le monde autour de la table : « J’ai envie que ce groupe soit le dernier. Nous ne rajeunissons pas. Il est temps d’établir quelque chose qui pourrait être notre dernier – ou peut-être notre ultime – retour. » Donc, assurément, ce pourrait être le dernier. Je ne suis pas d’humeur à lancer plein d’autres groupes durant la vie qui me reste. J’en suis plus à un stade aujourd’hui où je construis des nids autour de moi et j’essaye d’élever des oisillons et de leur apprendre à voler [rires], plutôt que de juste construire des nids sans œufs, pour ainsi dire. C’est clairement le dernier groupe extrême que je rejoindrai… Enfin, ne jamais dire jamais, évidemment, mais c’est l’idée. On verra ; nous allons emmener ça aussi loin que nous le pourrons. Si tout se passe bien, nous serons à nouveau en studio l’été de l’année prochaine. Je pense que nous tenons quelque chose d’unique. Aujourd’hui, je travaille avec deux de mes musiciens préférés dans le domaine du metal extrême. Je me sens privilégié. Je n’ai pas envie d’arrêter là. Voyons jusqu’où nous pourrons emmener ça. Donc peut-être qu’un jour nous pourrons être à la hauteur de notre nom [petits rires].

Interview réalisée par téléphone le 18 mars 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Vltimas : www.facebook.com/VLTIMAS

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