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Metalanalyse   

Voivod : hors de l’espace, hors du temps


Ça y est une nouvelle ère s’ouvre pour Voivod. Les Canadiens en ont terminé avec le dépoussiérage, la restauration et la reconstruction des dernier riffs et compositions du regretté guitariste Denis D’Amour, alias Piggy, décédé en 2005 des suites d’un cancer. Ces petits trésors dénichés sur l’ordinateur du guitariste ont permis au groupe de produire deux albums supplémentaires. Deux disques à prendre en tant que tel, loin de présenter du sous matériel, et qui prouvent le compositeur prolifique qu’était Piggy en plus de la magie qu’il possédait entre ses doigts.

« Je pense que c’est en ce moment que la page est en train de se tourner » nous disait le chanteur Denis Bélanger, alias Snake, en octobre 2011, alors que le groupe se trouvait à la croisée des chemins, à l’issue d’une tournée en soutien de Infini. Il est évident que beaucoup de questionnements ont traversé le groupe avant de décider de quoi que ce soit sur son avenir : « Ce questionnement-là s’est posé dans une situation où on recommençait, il y avait beaucoup de « si » et de « peut-être » » avouait Snake. Il faut dire que Voivod fait partie de ces groupes au son et au caractère parfaitement unique et ça, les Canadiens le devaient en majeure partie au jeu original de Piggy et à sa manière d’écrire des riffs et des chansons. Sans Piggy, Voivod pouvait-il rester, intrinsèquement, Voivod ?

Bien souvent c’est la façon dont nous ressentons les choses au fond de nous-mêmes qui apportent les meilleures réponses aux choix difficiles à faire. « Depuis qu’on s’est reformé avec ce line-up, on a beaucoup de plaisir à le faire » affirmait Snake au sujet du line-up de tournée, avant de poursuivre « et je crois que ce que Piggy aurait aimé, c’est qu’on continue, alors c’est ce que l’on fait. On ne sait pas faire grand-chose d’autre à part ce que l’on fait, alors on fait aussi bien de continuer ! » Force est de constater que ces séries de concerts en compagnie non seulement du bassiste Jean-Yves Thériault, alias Blacky, de retour après pas moins de 17 ans d’absence, mais également d’un petit jeune (par rapport au reste de la bande) pour remplacer le maître, Dan Mongrain, alias Chewy, du groupe de death technique québécois Martyr, ont su recréer une certaine alchimie au sein de Voivod.

Une alchimie que l’on ne peut nier à l’écoute de Target Earth, nouvel album du quatuor, résolument « voivodien ». Plus encore, Target Earth marque à la fois une rupture avec le style plus rock/punk direct des albums Voivod (2003), Katorz (2006) et Infini (2009) et un retour aux années 88-89 vénérées des fans. Après tout, Snake nous l’avait dit il y a un an lorsque nous lui demandions à quoi pourrait bien ressembler le prochain Voivod : « Je penserais plus à des albums comme Dimension Hatröss, Killing Technology, Nothingface. Je pense que ça ressemblera plus à ça qu’aux derniers qui étaient peut-être un peu plus « straight forward rock ». On a des chansons de sept minutes avec plusieurs parties musicales donc ça fait un link pour être un album à la Dimension Hatröss, à la Killing Technology et Nothingface alors je pense que les fans de ces albums là vont être agréablement servis par le prochain album. » Le bougre ne s’était pas trompé. Voilà Voivod revenant de plain-pied dans cette sorte de thrash progressif, aux riffs dissonants typiques, aux structures complexes qui allongent les compositions à plus de six ou sept minutes et à ces ambiances étranges évoquant la science-fiction rétro et ses invasions extra-terrestres.

Étonnant à quel point le groupe est parvenu à réinvestir fidèlement l’esprit qui l’animait à la fin des années 80. Moins étonnant si on regarde dans les détails ce qui a pu influencer cette direction. « Dan (Mongrain) et Blacky composent le gros des structures » nous avouait Snake, alors que l’album était en cours d’écriture. Il est certain que l’implication de Blacky fut importante. Bassiste historique des Canadiens, il s’en était allé à l’issue de la trilogie Killing Technology / Dimension Hatröss / Nothingface et juste avant que ne paraisse Angel Rat (qu’il a malgré tout enregistré). Un membre « assez « voivodien » dans son art », comme l’affirmait Snake, et directement lié aux albums précités auquel Target Earth fait écho. Il suffit d’entendre ses lignes de basse claquantes et râpeuses pour se souvenir à quel point il a joué un rôle non négligeable dans l’élaboration du « son » Voivod.

Dan Mongrain est le nouveau de la bande mais il n’a pas été choisi par hasard. On pouvait déjà reconnaître l’influence de Voivod dans son jeu au sein de Martyr, dont il est le leader et avec qui il a repris le classique « Brain Scan » issu de… Dimension Hatröss ! Un album qui définit probablement, en grande partie, la sensibilité très portée sur la technique, les structures complexes et les harmonies inhabituelles, de celui qui se fait désormais appelé Chewy. Pourtant, sa capacité à se fondre totalement dans l’état d’esprit Voivod, n’en est pas moins stupéfiante. C’est une chose que de jouer avec respect et fidélité des titres faisant partie de l’histoire, s’en est une autre de s’approprier l’histoire. C’est pourtant ce que fait Chewy avec facilité, autant par ces riffs on ne peut plus « voivodiens » que ce son de guitare « old school » très sec et très brut, en rupture avec l’épaisseur plus typiquement death metal qu’il affiche chez Martyr. Même s’il se démarque légèrement, pour l’essentiel via des solos et plans parfois plus « jazzy », Chewy montre avec évidence le disciple de Piggy qu’il est et son profond respect de l’héritage qui lui a été remis entre les mains. « La première fois que je l’ai vu, quand on a passé l’audition, j’ai eu des frissons dans le dos. Je croyais que Piggy était à côté de moi, c’était incroyable » s’étonnait Snake. A cet égard, on imagine bien l’excitation qu’il a pu ressentir en endossant le rôle de son prédécesseur et idole, sur scène, dans un premier temps, et lorsqu’il a fallu mettre une nouvelle pierre à l’édifice d’un groupe qu’il vénère. A ce titre, la fougue et l’enthousiasme est palpable à travers l’album; cette même fougue, ce même enthousiasme qui avait amené le groupe à repousser les limites de son concept à la fin des années 80.

A la suite du décès d’un membre clé d’un groupe, vient toujours les doutes et les interrogations sur son avenir et, si avenir il y a, sur la pertinence de continuer sous le même patronyme. Avec Target Earth, Voivod donne une réponse sans appel : l’esprit Voivod est intact. Sans doute que le groupe à eu raison de prendre son temps avant d’avancer pour de bon, d’une part pour clôturer avec dignité le chapitre Piggy et terminer son œuvre, d’autre part pour prendre le temps de consolider des liens sur scène avec le line-up actuel et ouvrir avec confiance ce nouveau chapitre.

Mais bien qu’il ne soit plus de ce monde et qu’il n’ait, pour la première fois, pas physiquement participé à un album du groupe, l’influence de Piggy demeure en chaque recoin de Target Earth. Une œuvre comme suspendue dans le temps et qui, par ailleurs, rappelle à notre bon souvenir à quel point Voivod est un OVNI inclassable. Quel plus bel hommage pouvaient-ils rendre à leur ami qu’en préservant son emprunte tout en continuant à faire vivre sa vision, son esprit ?

Album Target Earth : sortie le 18 janvier 2012 chez Century Media



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