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Interview   

Voivod : réveil dans une autre dimension


Les ovnis sont de retour ! Et ils reviennent avec l’artillerie lourde : The Wake. Nouvel album ambitieux de Voivod, celui-ci raconte l’histoire d’une « incroyable découverte créant un désastre monstrueux ». Une fois de plus il s’agit de tourner la tête vers les étoiles, de remises en cause de nos modes de vie, de questions environnementales et religieuses. Bref, comme à son habitude, derrière un concept de science-fiction, Voivod dresse une critique, voire envoie un avertissement à l’intention de l’humanité. Mais qui dit histoire, dit surtout ambitions musicales.

Le batteur et illustrateur Michel Langevin alias Away nous raconte comment The Wake a vu le jour, pas moins de cinq ans après Target Earth, l’album d’une nouvelle ère. Un nouvel opus qui entérine la position prédominante du guitariste Chewy en tant que compositeur mais aussi introduit encore un nouveau venu : le bassiste Dominique Laroche alias Rocky, prenant la suite de l’emblématique Blacky. Voivod n’a plus le visage de ses jeunes années, il en a pourtant la verve créative. Away nous explique comment.

« Nous n’avons presque pas le choix d’écrire la musique que nous allons jouer, parce que nous avons toujours évolué dans une dimension parallèle. »

Radio Metal : Tu avais annoncé en février 2015 que le prochain album devrait sortir début 2016. Finalement, il sort deux ans et demi plus tard. Pourquoi sa conception a duré autant de temps finalement ?

Michel « Away » Langevin (batterie) : C’est parce qu’à la seconde où nous avons décidé de commencer à composer l’album, nous nous sommes soudainement mis à tourner cent cinquante, cent soixante-quinze spectacles par année. Grâce à Rocky, qui sur son laptop a quelques logiciels pour enregistrer, nous étions capables de composer et enregistrer des maquettes en tournée, dans l’autobus ou à l’arrière-scène. Finalement, ça a été un long processus parce que Snake nous a dit qu’il aimerait écrire une histoire tout au long de l’album. Donc immédiatement, Chewy s’est mis dans la tête de ramener des thèmes musicaux, mais réarrangés à travers l’album, donc ça a été un casse-tête. Et entre les tournées, nous pratiquions les morceaux, puis nous les réarrangions, etc. C’est juste en revenant de la dernière tournée européenne à l’automne passé que nous avons finalement pu entrer en studio, au RadicArt Studio, au même endroit où nous avions fait Post Society. Puis nous avons passé l’hiver à enregistrer l’album. Il fallait le construire morceau par morceau. Donc c’est juste au printemps que nous avons fini de le mixer. C’était un peu trop tard pour la sortie de cet été, donc finalement, il [est sorti] le 21 septembre, après énormément de travail. Je ne me souviens pas avoir mis autant de travail sur un autre album de Voivod.

Vu que vous avez beaucoup écrit et fait de maquettes pendant la tournée, est-ce que tu penses que les concerts ont inspiré cet album, d’une façon ou d’une autre ?

C’est très possible. Je n’y ai pas pensé, mais au niveau de l’écriture, c’est possible, vu que nous avons beaucoup écrit sur la route. Puis nous étions peut-être imprégnés de certains trucs dans chaque ville, etc. Au niveau de l’alchimie et de l’énergie du groupe, c’est certain qu’il y a un impact détourné sur notre façon d’approcher notre musique. La machine est vraiment bien huilée maintenant, avec cette formation. J’ai vraiment l’impression que nous sommes capables d’avoir une bonne énergie, tout au long du spectacle, avec beaucoup de précision. Je pense que ça a eu le même résultat sur l’album.

Entre-temps, en 2016, vous avez sorti l’EP Post Society, qui était du coup un avant-goût en termes de direction musicale de The Wake. Où en était à ce moment-là l’album ? Est-ce justement parce que vous voyiez que l’album allait prendre plus de temps que vous avez décidé de sortir un EP en attendant ?

Oui. Nous voulions sortir des splits avec d’autres groupes, At the Gates, Entombed A.D., Napalm Death ; pour chaque tournée, nous voulons sortir un split EP. Puis finalement nous avons décidé de compiler tout ça pour un EP, Post Society. Nous pensions que Post Society allait faire partie d’un album complet. Puis finalement, Century Media nous a demandé si nous pouvions composer un nouvel album à partir de zéro, après Post Society. Donc c’est vraiment là que ça a commencé pour nous. En 2016, nous avons décidé d’écrire un album-concept, en quelque sorte.

Target Earth était un peu un nouveau départ, un test, voire un baptême du feu car c’était le premier album avec Chewy. J’imagine donc qu’il y avait une forme de pression. Est-ce que là, avec The Wake, vous vous êtes sentis libérés de cette pression ?

Oui, mais je dois dire que personnellement, je n’ai jamais vraiment senti aucune pression avec Voivod. Parce que nous n’avons presque pas le choix d’écrire la musique que nous allons jouer, parce que nous avons toujours évolué dans une dimension parallèle, de toute façon. Et puis on ne peut pas vraiment prédire ou prévoir la réaction de ceux qui aiment Voivod, de l’industrie musicale, de ceux qui ne connaissent pas Voivod… Donc je sais que ça paraît un peu simple, mais nous pouvons vraiment juste faire de notre mieux pour jouer le mieux possible, écrire la meilleure musique possible, et puis espérer que les gens vont aimer ça. La réaction du premier single, « Obsolete Beings », a été incroyable. Donc c’est encourageant pour nous. J’ai l’impression que l’album va être apprécié.

Est-ce que le titre, The Wake, soit « le réveil », au-delà du concept, peut se référer au groupe lui-même ? Avez-vous le sentiment de vous être réveillés sur cet album, d’une certaine manière ?

[Réfléchit] En fait, The Wake, je me demandais beaucoup ce qu’était la signification, lorsque Snake a mentionné « the wake ». Moi, je croyais que c’était comme une veillée et je pense que Snake avait plus dans la tête comme les vagues à l’arrière d’un bateau ou leur résultat, et il y avait aussi comme un petit côté « éveil », justement, donc le titre était quand même un peu abstrait pour moi [petits rires]. Mais j’ai eu comme une vision personnellement, en discutant avec Snake du contenu des paroles, et il me parlait beaucoup de : « Le lendemain de, le lendemain de, le surlendemain de… » Puis, vu le contexte post-apocalyptique de Voivod, personnellement, la vision que ça m’a donnée, c’était quatre voïvodes qui faisaient une veillée pour une planète morte. C’est ça que j’ai essayé d’illustrer. Donc nous voyions plus cela comme une veillée à la fin. Mais j’avoue que l’idée de Snake, d’après ce qu’il m’a dit, c’était plus comme un « awakening », quelque part. Je ne sais pas si ça a eu un effet sur l’ambiance générale de l’album. Mais à savoir si c’est comme si le groupe sortait d’une espèce d’éveil… Moi, je pense que l’énergie et l’alchimie du groupe sont vraiment à leur maximum en ce moment. Je pense que ça se sent en spectacle, et sur l’enregistrement aussi.

« Avec le groupe Van der Graaf Generator, quand j’étais adolescent, j’ai appris qu’on pouvait faire un rythme contraire à l’ordinaire. Ça va surprendre tout le monde, mais aussitôt qu’on s’y habitue, ça rend le morceau un peu unique. »

À quoi attribuerais-tu cette alchimie ?

C’est la camaraderie, je crois. Après, ça fait quatre ans maintenant que nous avons la nouvelle formation. Donc nous nous connaissons très bien. C’est une super énergie. Donc nous en profitons, mais un peu inconsciemment. Nous flottons un peu sur un nuage. Donc nous allons essayer d’être un peu plus efficaces et productifs au niveau de la musique maintenant que nous avons trouvé une super façon de fonctionner.

Penses-tu qu’il y ait eu un moment dans la carrière de Voivod où vous étiez un peu plus « endormis », où vous aviez un peu moins de dynamisme, d’alchimie de groupe, et où ça fonctionnait tout simplement moins bien ?

[Réfléchit] Je ne sais pas si je peux le ressentir au niveau des albums, mais il y a une période où c’était plus difficile au sein du groupe. Disons la période Angel Rat, où le groupe a un peu implosé. C’était très difficile au niveau des relations personnelles dans le groupe. Puis peut-être que l’album Angel Rat était un peu plus triste. Je ne sais pas. Je pourrais dire la même chose pour la période The Outer Limits, juste avant que Snake ne quitte le groupe. C’est une période que j’ai trouvée un petit peu plus triste parce que les choses changeaient, donc peut-être que ça se ressent un peu sur les enregistrements, mais je ne suis pas certain. Il y a des périodes, et c’est souvent dû à des séparations au sein du groupe, ou bien des événements comme l’accident en Allemagne en 1998 où Eric Forrest a été très sérieusement blessé ; ça a été un an d’hôpital pour Éric, donc à ce niveau-là, nous n’avions pas d’autre choix que de ralentir la cadence. Puis évidemment, le départ malheureux de Denis D’Amour [Piggy] en 2005. Snake et moi avions arrêté pendant trois ans parce que nous ne pouvions juste pas imaginer recommencer. Par contre avec Jason Newsted, nous étions vraiment en mission pour terminer les albums Katorz et Infini que nous avions commencés en 2004. Mis à part ça, ça a toujours été assez productif, mais nous avons quand même, je crois, vingt et un albums, EPs, lives, tout combiné. Je pense que nous avons fait vingt et un albums ou quelque chose du genre. Donc sans les obstacles, nous aurions encore été plus productifs [rires].

Déjà pour Target Earth, tu disais que ça ramenait à Dimension Hatross et Nothing Face. Est-ce que cette expérience réussie, cette renaissance, avec Target Earth, qui était en plus la première fois avec Chewy, vous a confortés dans l’idée d’aller plus loin dans cette direction ?

Je crois que c’est plus Chewy qui pourrait te le dire. C’est vraiment lui qui a remplacé Piggy à ce niveau-là. C’est lui qui écrit la majorité de la musique, donc c’est sûr que lui-même doit évoluer à sa façon ; il doit sûrement y avoir une évolution dans son style. Surtout que je crois que lui s’est probablement senti libéré après la sortie de Target Earth. Il a réalisé que les gens qui aimaient Voivod aimaient beaucoup Target Earth, donc je crois qu’il a essayé de pousser ça plus loin. Ce que j’aime chez Rocky et Chewy, c’est qu’ils aiment toutes les périodes de Voivod. Donc je peux entendre toutes les périodes de Voivod dans leur musique, avec un nouveau style, futuriste pour moi, presque fusion metal. Donc les possibilités sont vraiment infinies si on décide de prendre cette allée-là de rock progressif. Je pense que tous ensemble nous évoluons dans la même direction, mais d’une façon éclatée, en même temps. Donc nous essayons d’intégrer des éléments à Voivod sans avoir trop peur. Puis on dirait qu’inconsciemment, nous gardons la signature de Voivod intacte, avec les accords étranges, la batterie progressive, etc. Mais je pense que vu que notre école c’est le thrash metal, nous aurons toujours ce côté dans le groupe, punk et thrash metal.

Blacky a quitté le groupe en 2014 et a été remplacé par Rocky. Blacky était très impliqué dans l’écriture de Target Earth avec Chewy, comme à une époque avec Piggy, ce qui ramenait à cette époque progressive. Il y avait donc une vraie alchimie entre Blacky et Chewy, tout comme le son de Blacky fait partie des éléments emblématiques de la grande époque de Voivod. Vous n’aviez pas peur de perdre tout ça, à la fois l’alchimie et le son ?

C’est sûr qu’à chaque fois qu’il y a un changement de personnel, il y a un son qui s’en va et un nouveau son qui arrive. Ce qui m’a rassuré, c’est que quand Blacky est parti, Chewy m’a dit : « Moi, je connais quelqu’un, je suis certain, certain, certain, certain, qu’il pourrait être dans Voivod. » Ça m’a complètement rassuré. Rocky est un ami d’enfance de Chewy. Leur premier spectacle, c’était Voivod, quand ils avaient comme treize ans ou quelque chose du genre. Ça les a encouragés à apprendre la musique, approfondir leurs connaissances musicales. Donc quand nous avons eu l’audition, j’étais vraiment confiant que c’était la bonne personne. Sa personnalité me plaisait beaucoup, puis Chewy m’avait dit que Rocky était très éduqué musicalement. Donc je ne sais pas, Chewy avait comme établi une confiance, et ça s’est fait très rapidement car nous avions un spectacle important en vue, donc quand Blacky est parti, il fallait absolument que nous reformions le groupe le plus vite possible pour continuer nos festivals. C’est sûr qu’il y avait énormément de déception, parce qu’il y avait Target Earth qui quand même était un peu frais. C’était décevant, mais tout de suite, une belle énergie est arrivée, et on dirait que ça s’est fait comme une valse. En plus, Rocky, son nom de famille c’est Laroche, et son nom de scène au Québec, c’est Rock. Donc c’était très facile, nous lui avons dit : « On va t’appeler Rocky ! » Il a dit : « Parfait ! » Donc tout est arrivé vraiment comme une valse : Blacky est parti, Rocky est arrivé. C’était super.

« Il y a plusieurs musiciens classiques qui sont capables de distinguer que telle petite partie dans Dimension Hatröss vient de Chostakovitch ou autre. Donc ça a tout le temps été présent, même à partir du premier album, War and Pain, justement parce que Piggy a toujours écouté du classique, des compositeurs modernes. »

D’ailleurs, à l’époque vous n’aviez pas précisé les raisons du départ de Blacky. Du coup, pourquoi n’a-t-il pas continué ? Est-ce qu’il y a des similitudes dans les raisons et circonstances avec son départ en 1991 ?

Je trouve que oui, il y a des similitudes, parce que certains trucs qui appartenaient au passé sont revenus. Mais la raison majeure, c’est que selon moi, Blacky avait une différente façon de voir comment le groupe devait être géré. Lui voyait cela beaucoup plus indépendant, DIY, etc., ce qu’il faut vraiment respecter. Nous, les trois autres membres du groupe, nous voyions cela autrement, nous voulions être gérés par une gérance, et être sur une compagnie de disques qui était vraiment établie. Donc nous avions des divergences là-dessus. Ça a occasionné le départ de Blacky, malheureusement, en 2014. Ça me rappelait certains aspects de la séparation du band en 91, au niveau des relations interpersonnelles aussi. Il y a eu certains trucs qui sont revenus au fil des années. C’est difficile d’avoir un groupe pendant trente-cinq ans et d’avoir la même formation toutes ces années-là, je dois dire. Il faut maintenir le cap, mais il y a vraiment des trucs incontrôlables.

Apparemment, The Wake a été conçu de façon très collaborative. Chewy déclare qu’il a écrit une grande partie des idées et a beaucoup travaillé sur les détails, mais les structures, le son et l’identité sont un travail d’équipe. Peux-tu nous expliquer comment ça a fonctionné, la dynamique créative du groupe, surtout compte tenu de la complexité de la musique ?

En fait, aussitôt que Century Media nous a demandé de faire un album complet après Post Society, nous étions un peu pris de court. Donc nous avons décidé de faire des séances d’improvisation, nous les avons enregistrées et avons choisi les meilleurs bouts. C’est là que Chewy a commencé à réarranger ces bouts-là en chanson. Ensuite, en travaillant beaucoup en tournée, Rocky et Chewy ont composé plusieurs parties comme imprégnées de l’atmosphère de la tournée. Puis, c’est entre les tournées, au local de pratique, que tout devenait une mutation, ça devenait vraiment voivodien, avec moi qui ajoutais la batterie, Snake qui demandait de répéter telle partie deux ou trois fois pour qu’il puisse répéter telle phrase… Donc tout ça est devenu un travail d’équipe. Mais je dois dire que c’est presque l’album de Chewy. C’est celui qui a passé le plus de temps en studio. Il a passé beaucoup de temps avec Snake, avec Rocky, et énormément de temps avec Francis, l’ingénieur à qui appartient le studio RadicArt, pour mettre des couches de musique. Donc c’est vraiment un travail important de Chewy, sur cet album-là, puis c’est excitant pour nous pour les prochains albums que nous espérons sortir.

Malgré tout, Chewy dit notamment que ton talent pour structurer les chansons est de l’or. Est-ce que ta position de batteur te permet d’avoir une bonne vision globale des chansons et de leur structure ?

Je pense que c’est surtout le fait que, vu que j’étais là tout le long, j’ai beaucoup d’expérience pour peut-être condenser certaines parties. Je pense que j’ai l’oreille pour me rendre compte que certains bouts peuvent être redondants ou qu’on pourrait couper par-ci, ajouter par-là. C’est vrai que j’ai une bonne oreille pour les structures de chanson. Je peux amener ça au groupe, mais c’est surtout parce que j’ai tellement fait d’enregistrements, tellement écrit de chansons, que j’ai cette expérience-là. Au niveau de l’écriture, j’ai beaucoup moins de talent que Rocky et Chewy, c’est certain. J’ajoute aussi qu’avec le groupe Van der Graaf Generator, quand j’étais adolescent, j’ai appris qu’on pouvait faire un rythme contraire à l’ordinaire. Ça va surprendre tout le monde, mais aussitôt qu’on s’y habitue, ça rend le morceau un peu unique. Autrement dit, si Chewy arrive avec un riff, je peux penser impulsivement : « Je pourrais faire ce rythme-là, mais je vais faire le contraire », et je vais par exemple mettre le coup de caisse claire sur le troisième temps, ou autre, et ça surprendra tout le monde. Et aussitôt que tout le monde est habitué, ça donne complètement une autre avenue. C’est un peu la part que je peux amener, je crois.

Par rapport à ça, cette manière de jouer les choses autrement, est-ce que ça t’est déjà arrivé d’utiliser des erreurs que tu aurais faites en répète ou en session d’écriture et de dire : « Tiens, ça sonne pas mal. L’erreur que je viens de faire, je vais essayer d’en faire un rythme » ?

Bonne question, je ne sais pas. C’est bien possible. C’est drôle parce que pour le spectacle que nous venons de faire au SOS Fest à Winnipeg, j’ai fait une erreur, et je me suis dit : « Ah, j’aurais dû faire ça en studio ! » [Rires] C’était dans la chanson « Technocratic Manipulators », donc ça fait maintenant trente ans. En faisant l’erreur, je me suis dit : « C’était super beau mais pour ce cas-là, il est trop tard ! » C’est la seule anecdote que je pourrais relier à ça.

A quel point les riffs changent quand tu arrives pour ajouter ton jeu de batterie ? On peut penser, par exemple, à « Always Moving » avec des plans en 15/4… C’est ta sensibilité créative qui complexifie les mesures ainsi ?

Probablement. C’est drôle parce que moi, je n’ai pas beaucoup de connaissances musicales, donc je ne savais pas que c’était du 15/4. C’est Chewy qui me l’a dit. J’avais juste envie de faire ce beat-là, puis de couper un temps. Une fois de temps en temps, j’ai un beat qui surgit, puis j’arrive au local, je le joue… Il m’était arrivé la même chose pour « Tribal Convictions ». J’entendais ce rythme-là, puis je suis arrivé au local et j’ai dit aux autres : « Écoutez ça ! » La chanson est partie de là. Une fois de temps en temps, ça peut partir d’un beat, mais en général, j’imagine les beats à partir de guitares, puis j’essaie de mettre la caisse claire sur des accents étranges. Même si une grande partie de mon style vient du côté des toms et du floor toms, ce que je dois avant tout à la musique punk et alternatives quand j’étais plus jeune, avec les Sex Pistols, par exemple, il y a des techniques que j’ai ensuite apprises de Robert Wyatt de Soft Machine, Terry Bozzio de Frank Zappa, qui viennent surtout du domaine jazz/rock progressif et qui m’inspirent ce genre de choses. Maintenant, vu que nous avons un côté un petit peu plus fusion, je peux en profiter grandement.

« Au départ, Voivod c’est le même message depuis trente-cinq ans. C’est juste dans des contextes qui évoluent avec la technologie, avec notre planète. Donc c’est sûr que si, il y a trente ans, nous parlions de Tchernobyl, aujourd’hui nous pouvons parler de Fukushima. Il y a trente ans, nous parlions de couche d’ozone, maintenant nous parlons de réchauffement climatique. C’est toujours un cauchemar qui se répète. »

Avec The Wake, Voivod étend son univers musical : on retrouve des influences classiques – notamment Stravinsky sur « Always Moving » – avec l’apport d’un quatuor à cordes. Est-ce que quelque part ça apportait la dimension cinématographique nécessaire pour appuyer l’histoire et son côté dramatique ?

Oui, et ça a toujours été important pour Voivod. Au début de notre carrière quand nous allions voir des films comme Blade Runner, Mad Max, The Thing, nous écoutions beaucoup les soundtracks. Et Piggy, en général, achetait beaucoup en vinyle les bandes sonores. Et là, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup de Bartok, Chostakovitch, Penderecki, et que ça donnait une ambiance inquiétante. Donc ça nous a beaucoup influencés, puis ça a donné un aspect cinématographique à notre musique. C’est d’ailleurs vrai pour le metal en général, je trouve. Mais pour Voivod, il y avait surtout une grosse influence du classique avant-gardiste. Il y a plusieurs musiciens classiques qui sont capables de distinguer que telle petite partie dans Dimension Hatröss vient de Chostakovitch ou autre. Donc ça a tout le temps été présent, même à partir du premier album, War and Pain, justement parce que Piggy a toujours écouté du classique, des compositeurs modernes. Puis c’est resté, surtout que Chewy connaît le classique, donc je suis sûr que lui-même a beaucoup été influencé par ce genre de truc.

On retrouve aussi un plus grand usage d’instruments acoustiques, ajoutant notamment de la texture. Comment c’est venu ?

Oui, c’est encore une idée de Chewy, qui voulait rajouter des couches de musique, il disait que les chansons le demandaient. Donc lui, dans son oreille à lui, telle partie demandait un quatuor à cordes, telle autre des guitares acoustiques. Ensuite, Chewy est vraiment impliqué dans la musique traditionnelle québécoise, donc il a un ami qui joue de la rythmique avec des os, et il l’a invité au studio. En fait, Chewy enseigne la guitare au collège, où il y a un département percussions. Donc nous avons fait des expériences avec des interludes, des intros, avec le professeur de percussions de son école. Il nous a beaucoup aidés à jouer les timbales, puis à trouver des instruments. Nous avions en tête de faire des interludes qui ressemblaient à la musique de La Planète des Singes, l’original. C’est sûr que moi, je ne pouvais pas jouer les grosses timbales. Je ne m’y connais pas du tout. Chewy et moi avons surtout fait des improvisations avec le professeur, avec les petits instruments de percussion qui traînaient partout, pour faire de l’ambiance, des interludes. Nous essayions de faire quelque chose d’un peu avant-gardiste. Mais pour les instruments qui demandent une connaissance approfondie, nous étions chanceux d’avoir le responsable du département des percussions pour nous aider. Donc ça a été une aventure qui s’est échelonnée sur plusieurs mois, mais c’était vraiment une belle expérience de studio, due au fait que Chewy voulait vraiment aller jusqu’au bout, donc c’est un beau résultat. Nous en sommes très fiers, et nous espérons vraiment que les gens vont apprécier.

Est-ce que ça ne te tente pas de te mettre à un autre instrument de percussion pour travailler la percu d’une manière différente ?

Certainement, j’aimerais être disponible un peu plus pour approfondir mes connaissances, mais nous jouons beaucoup, nous sommes vraiment très occupés avec Voivod, à un niveau qui est quand même underground, mais nous sommes quand même vraiment très occupés. Donc ça ne me permet pas vraiment d’être disponible pour autre chose que d’être le batteur de Voivod. Mais je fais quand même des dessins pour d’autres groupes, par contre, quand je ne suis pas en tournée, ou en studio.

Pour finir, The Wake est donc une histoire. Il est question notamment d’une « incroyable découverte » menant à un énorme désastre, suite à quoi les religions qu’on connaît aujourd’hui disparaissent pour que de nouvelles soient créées, et ainsi de suite. Est-ce un avertissement ?

Oui. Au niveau de l’environnement, l’humanité est complètement inconsciente, c’est certain. La religion est tellement prédominante que c’est impossible de s’imaginer que ça va disparaître. Les écarts entre les religions sont de plus en plus importants. Tous les sujets que Snake a touchés sont à propos de points de non-retour. C’est pour ça que je voulais illustrer une couverture où c’était une planète morte, ou mourante. Au départ, Voivod c’est le même message depuis trente-cinq ans. C’est juste dans des contextes qui évoluent avec la technologie, avec notre planète. Donc c’est sûr que si, il y a trente ans, nous parlions de Tchernobyl, aujourd’hui nous pouvons parler de Fukushima. Il y a trente ans, nous parlions de couche d’ozone, maintenant nous parlons de réchauffement climatique. C’est toujours un cauchemar qui se répète. Nous en parlons dans nos chansons, continuellement. C’est toujours une espèce d’avertissement, mais quand même résigné, à cause du fait que ça ne change pas. Mais il faut quand même en parler. C’est juste que nous aimons en parler dans des espèces de contes folkloriques de science-fiction.

Interview réalisée par téléphone le 27 août 2018 par Philippe Sliwa.
Fiche de questions & introduction : Nicolas Gricourt.
Transcription : Robin Collas.

Site officiel de Voivod : voivod.net

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