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Chronique   

Voivod – Synchro Anarchy


Si Target Earth (2013) avait ouvert un nouveau chapitre dans l’épopée Voivod, le groupe est vraiment revenu sur le « devant » de la scène avec The Wake (2018), l’un des meilleurs efforts de la formation depuis le début des années 90. Les Québécois en ont profité pour rappeler que le metal moderne lui doit beaucoup, quitte à lui emprunter le goût des dissonances bien placées et des structures rythmiques alambiquées. The Wake a profité de trois ans de conception pour remémorer cet état de fait : impossible d’occulter Voivod de l’histoire du metal, un groupe au statut indéniablement culte. Dans l’incertitude quant à des plans de tournée sans arrêt reportés faute à une pandémie bien connue, le groupe s’est retrouvé hésitant : encore attendre ou bien se mettre directement en mode studio ? Voivod s’est finalement résolu à se lancer dans un quinzième opus, sans pouvoir profiter des mêmes possibilités de réunion et donc d’improvisation. Synchro Anarchy est donc un album paradoxal : malgré un emploi du temps de groupe dégagé, Voivod a quand même dû accélérer et condenser le processus. Il contient justement cette notion d’urgence qui lui donne ce cachet de grand bazar organisé.

Quatre mois contre trois ans. On pourrait légitimement s’inquiéter de cet écart majeur entre les temps de composition et d’enregistrement des deux dernières œuvres de Voivod. En réalité, plutôt que de s’apitoyer sur sa situation, Voivod embrasse le contexte inédit comme force créative. Synchro Anarchy est ainsi né d’une foule d’échanges de fichiers, d’idées retravaillées et d’un travail à distance d’amoureux de la musique, devant sans cesse jongler avec d’autres obligations. Synchro Anarchy possède une orientation résolument plus directe, presque live qui contraste avec les efforts d’orchestration de son aîné. L’ouverture « Paranormalium » permet de se rendre compte très rapidement du grain de guitare épuré « à l’ancienne » de Daniel « Chewy » Mongrain. Le jeu de batterie de Michel « Away » Langevin présente des beats en apparence simples, parfois punk, sur lesquels viennent s’apposer des rythmiques brisées, syncopées, abruptes. Voivod donne cette impression de ne jamais tenir en place. Pourtant il parvient toujours à créer un semblant de cohérence indéfinissable, en partie grâce à ce chant facétieux de Denis « Snake » Bélanger, alternant entre le nasillard et les approches plus mélodiques. « Synchro Anarchy » réitère les élans de guitare singuliers si chers à Voivod tout en faisant évoluer son registre : le titre emprunte un vocabulaire rock plus accessible avec une emphase sur la mélodie. Les lignes de basse s’en portent d’ailleurs garantes, peu importe les élucubrations dissonantes du guitariste, rentrant parfois dans un jeu de syncopes en question-réponse avec cette dernière. Il y a presque une insouciance apparente de l’enchaînement des phrasés et des harmonies.

C’est justement ce qui fait la puissance de Voivod : il faut se détacher de la première impression de « thrash » cérébral que dégage Synchro Anarchy. En réalité, chaque composition se pèle comme un oignon et dévoile tout le travail d’orfèvre des musiciens. Synchro Anarchy est un album sombre qui fait de ses éclats les points culminants de l’album, que ce soit la mélodie du titre éponyme, les arrangements de guitare cosmiques de « Planet Eaters », cette tension délicate des arpèges et du jeu en percussions sur « Mind Clock » ou la conclusion aux lignes de chant ambitieuses, presque solennelles de « Quest For Nothing » soutenues par des arrangements renvoyant au travail réalisé sur The Wake. En réalité, rappeler des références en parlant de Voivod est étrange : c’est lui qui a apporté toute la richesse de son vocabulaire et de sa démarche en premier lieu. Synchro Anarchy ne déroge pas à la règle. Même les aspects les plus délirants de la musique de Voivod, à l’instar des sautillements de guitare de « The World Today » et des ces progressions harmoniques coincées entre le free jazz et l’anarchie pure, ne laissent rien au hasard. Tout est méticuleusement observé et choisi pour inciter l’auditeur à multiplier les écoutes. Synchro Anarchy est une montagne abrupte à gravir qui sait récompenser par son point de vue.

Rugueux, à la fois direct et labyrinthique, et même un peu siphonné. Synchro Anarchy veut en réalité berner son monde. Voivod a beau avoir eu quatre mois pour le réaliser, il sait pertinemment que le jeu des comparaisons en musique est le meilleur moyen de rater le coche. Certes Synchro Anarchy a des atours qui peuvent paraître plus bruts que son aîné, il n’en est pas moins profond et raffiné. Voivod a simplement voulu conserver l’honnêteté et le caractère instinctif du processus de composition. Synchro Anarchy est surtout un pur produit estampillé Voivod. Une expérience hors du temps et peut-être même de l’espace, où les événements défient les lois élémentaires et ne se déroulent jamais tout à fait comme on les prévoit.

Lyric vidéo de la chanson « Synchro Anarchy » :

Lyric vidéo de la chanson « Paranormalium » :

Clip vidéo de la chanson « Planet Eaters  » :

Album Synchro Anarchy, sortie le 11 février 2022 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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