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Chronique   

Voivod – The Wake


L’histoire de Voivod est quelque peu tourmentée. Le groupe a accusé la perte de son principal compositeur, le guitariste Piggy, il n’y a pas si longtemps, en 2005. Les deux albums qui ont suivi ont été réalisés à l’aide d’enregistrements posthumes, puis le groupe a entrepris de créer de la nouvelle musique avec de nouveaux musiciens : un nouveau guitariste, Chewy (provenant du groupe de death Martyr) et le retour du bassiste au son atypique, Blacky. Target Earth (2013) montrait que Voivod en revenait à des directions plus progressives, à l’instar de sa musique de la fin des années 1980, ce que l’EP Post Society (2016) confirmait. C’est donc cinq ans plus tard que Voivod revient avec The Wake, premier album du groupe avec le nouveau bassiste Dominique Laroche (Rocky), œuvre qui accentue l’aspect narratif de la musique des canadiens et leur approche débridée de la musique. The Wake est une histoire avant d’être un album. Un récit très dense et sujet à de multiples interprétations.

The Wake relate la chute progressive de la race humaine, suite à une catastrophe provoquée par une découverte monstrueuse. Pour rassurer les amateurs de science-fiction, on se situe bien davantage du côté d’une Guerre Des Mondes d’H.G. Wells que d’un Pacific Rim… Dans le monde de Voivod, certains acceptent que l’humanité n’est pas seule dans l’univers et d’autres nient l’éclatante vérité, en créant de nouvelles religions. Dans l’ensemble, l’homme doit regarder le ciel d’une toute autre façon. Voivod continue de ne pas donner dans l’explicite, les textes scandés par Denis Bélanger (Snake) peuvent être retournés dans tous les sens et laissent suffisamment de liberté à l’auditeur pour apposer ce qu’il souhaite dans le canevas voivodien. Le chanteur rappelle justement sa versatilité, que ce soit via une voix éraillée et nasillarde sur « Orb Confusion » ou plus gutturale sur « The End Of Dormancy ». Il y a cette capacité de travestir sa voix que l’on retrouve rarement, telle la fin crépusculaire inattendue d’ « Obsolete Beings » qui rappelle le jeu crooner de Mike Patton. Pour ce qui est de la partition des musiciens, Voivod ne devient pas plus limpide avec The Wake. Les canadiens débordent d’inspiration, que ce soit pour des riffs dissonants (« Orb Confusion ») ou une approche légèrement thrash, comme l’amorce d’ « Inconspiracy ». On trouve en outre des rythmiques audacieuses avec les mélodies folles de « Spherical Perspective ». Le travail réalisé sur les sons de guitare est colossal, avec l’idée d’incorporer des guitares acoustiques au mix pour permettre de mieux distinguer les variations mélodiques. Voivod peut même se permettre des références pointues, à l’instar d’ « Always Moving » dont une des parties est inspirée par Igor Stravinsky. Impossible de parler de genres pour le groupe, l’outro de la dantesque « Sonic Mycelium », chanson épilogue à tiroir reprenant des thèmes de toutes les chansons, et son quatuor à cordes (qui vient appuyer la dimension dramatique de plusieurs passages de l’album) achèvera de convaincre de l’étendue de son imagination.

Car derrière une musique résolument progressive, une esthétique à part et une guitare labyrinthique qui raviront les fans des grandes heures du groupe, se cache une véritable science de l’image. En d’autres termes, The Wake se vit comme un récit parfaitement agencé avec ses transitions et ses points d’orgue. L’un des exemples les plus frappants est sans doute « The End Of Dormancy » et sa rythmique martiale, à coup d’accords voivodiens typiques, qui fait monter la tension et annonce, de manière très évocatrice, l’imminence de la catastrophe. A ce titre la performance de Dominique Laroche à la basse incarne pleinement la dimension cinématographique de l’ensemble. « Orb Of Confusion » joue justement la confusion et la folie (les « nah, nah nah nah nah » de Snake), jusqu’à « Inconspiracy », titre le plus « dynamique » de l’album, qui rend compte de toute la panique et le chaos créé par cette découverte. Parfois, Voivod crée ses arrangements avec pour seule intention d’établir une atmosphère : l’introduction de « Spherical Perspective » est aussi cryptique que mystérieuse, avant d’éclater en morceaux, tranché dans le vif par la guitare de Daniel Mongrain (Chewy). The Wake parvient même à proposer quelques moments de contemplation, du moins les inspire, ce que font la voix et la ligne de basse trafiquées d’ « Always Moving ». The Wake démontre que Voivod est l’un des groupes les plus ingénieux qui soient dès qu’il s’agit de visualiser.

The Wake enfonce le clou sur son retour à un rock-metal progressif, soit. Surtout, il entérine que Voivod est l’un des groupes plus créatifs et uniques de la scène. The Wake est une fresque qui permet d’admirer à la fois ses pièces individuellement et la grandeur de l’ensemble. Voivod semble s’être imposé de réussir une entreprise musicale de grande ampleur, et il l’a fait sans faux pas. The Wake ne « mérite » pas qu’on s’y plonge, il le nécessite, ne serait-ce que pour vivre une expérience hors du monde.

Clip vidéo de la chanson « Always Moving » :

Clip vidéo de la chanson « Obsolete Beings » :

Album The Wake, sortie le 21 septembre 2018 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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