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Metalanalyse   

Volbeat part à la conquête de l’Ouest et d’ailleurs


Volbeat, à l’instar d’autres formations comme Gojira, Kvelertak ou Ghost, est l’un des groupes européens à avoir le plus stimulé la curiosité internationale ces dernières années. De la volonté de Michael Poulsen en 2000 de voir plus loin que le death metal qu’ils pratiquaient auparavant, jusqu’à voir les Danois en têtes d’affiches des mainstages des plus grands festivals du Vieux Continent, il y a un monde que Poulsen et ses sbires se sont attachés à construire autour d’une conception large du metal. En cinq albums, la formation a emprunté de nombreux chemins de traverses stylistiques, du rock au thrash, en passant par le rockabilly, la country et le punk rock, laissant peu de monde indifférent sur la scène internationale.

D’autant plus chez les Américains : car en dehors des Metallica qui les ont emmenés sur une partie de leur tournée US World Magnetic Tour ou sur leur tournée européenne de 2010, c’est un autre américain fameux, le guitariste Rob Caggiano (ex-Anthrax, The Damned Things) qui a rejoint le groupe à l’occasion de ce cinquième album, en premier lieu pour participer à la production et faire quelques solos, une pige qui s’est finalement transformée en remplacement définitif de Thomas Bredahl, parti en 2011. Et l’ancien guitariste d’Anthrax tombe à point nommé pour Michael Poulsen, unique compositeur du groupe, à l’orée de la création de ce Outlaw Gentlemen & Shady Ladies, dans sa démarche de faire un album un poil plus heavy et puissant que ses prédécesseurs. A t-il voulu de cette manière répondre à certains détracteurs qui reprochaient à Volbeat, surtout sur les deux précédents, Guitar Gangsters & Cadillac Blood (2008) et Beyond Hell/Above Heaven (2010), de vouloir faire la part trop belle à certaines mélodies pop, proches du punk-rock californien?

Rien d’officiel en tout cas, car Volbeat s’est toujours évertué à faire dans le mélange des genres ; et Poulsen et ses acolytes, s’ils souhaitent continuer à faire dans la mélodie accessible ou le rockabilly, pourront continuer à le faire, n’en déplaise à une partie de leur public qui les verrait plus se tourner vers l’aspect heavy-thrash de leur musique. Et d’une certaine manière, Poulsen a accentué la pression sur le groupe à l’issue de cette sortie : tout d’abord en se lançant dans la rude épopée du concept album, mais également en avançant que l’album contiendrait une direction des plus heavy que le groupe aie jamais connu. Comme si finalement, Poulsen souhaitait montrer que, même si le groupe a acquis une partie de sa popularité par des mélodies accrocheuses, il est capable d’envoyer du lourd quand le temps est venu de le faire.

L’épreuve du concept-album s’articulera donc autour du thème du western italien, du Far West et de l’imagerie qui s’y lie naturellement. C’est donc sans surprise que l’on découvre cet Outlaw Gentlemen & Shady Ladies avec des guitares hispanisantes et de l’harmonica qui nous mènent droit vers cet univers. Mais, en dépit de la belle promesse de Poulsen et de l’artwork explicite de l’album, le voyage musical va, lui, vite s’arrêter et l’auditeur comprendre que, s’il est bien en présence d’un concept album, cela se passera essentiellement au niveau des textes. Car pour l’aspect musical, en dehors des habituels emprunts au rockabilly et au rock traditionnel, il faudra attendre le onzième titre, “Lonesome Rider” et cette participation de la canadienne Sarah Blackwood (The Creepshow) pour pouvoir à nouveau s’imaginer les cowboys chevaucher leurs montures dans la poussière. Volbeat y retournera certes sur les deux derniers titres, mais c’est finalement peu pour un album en somme assez long (quatorze titres). Néanmoins ce n’est que le début de l’histoire, comme l’a précisé récemment Poulsen dans l’émission de radio américaine Full Metal Jackie, puisque le concept du Western se poursuivra sur le prochain album du groupe ; le titre “Nameless One”, par exemple, contant l’histoire d’une goule hors-la-loi au temps des cowboys, se terminera dans le prochain opus. Tout ceci laisserait à penser que l’on se tourne vers un album qui prendra peut-être la forme d’un diptyque où le concept album s’achèvera.

S’agissant du parti pris plus lourd de ce cinquième album de Volbeat, la promesse est bien tenue sur certains titres. Le thrash “Dead But Rising”, le sombre « Room 24 » avec la participation de King Diamond qui ne passe pas inaperçu et phagocyte quelque peu l’univers de Volbeat de sa voix caractéristique, le futur classique du groupe “The Hangman’s Body Count”, single déjà amplement salué par les radios dans le monde, ou les frétillants passages de double pédale de “Black Bart”, sont autant de marques de cette intensité revendiquée par Poulsen. Mais, finalement, sont-elles plus imposantes que les lourds riffs de “Who They Are” sur Beyond Hell/Above Heaven ou “Hallelujah Goat” sur Guitar Gangsters & Cadillac Blood ? Le changement n’est pas drastique en tout cas même s’il y a bien une évolution vers quelque chose de plus puissant. Cet opus est dans la lignée de ses prédécesseurs dans son équilibre global, avec une proportion presque identique de titres accrocheurs et d’hommages aux Kings du rock’n’roll. La différence se fait plutôt dans le son et le rendu général : les frappes de batterie ont sérieusement gagné en dynamique, les solos crû en rapidité et les rythmiques thrash gagné en puissance, même si elles ne sont pas beaucoup plus nombreuses qu’avant.

C’est là qu’intervient l’apport indéniable de Rob Caggiano à cette offrande du groupe. Dans sa présence et implication, d’abord, puisque Poulsen était habitué à enregistrer toutes les parties de guitare, et qu’il a maintenant le privilège, comme il le dit lui-même, d’avoir à ses côtés, en tournée notamment, un guitariste qui a enregistré et joué les solos et certaines parties de l’album. Et dans l’univers musical de Volbeat également : car quand cela va vers le thrash et la lourdeur des riffs, comme sur “Dead But Rising” ou “Room 24” par exemple, le résultat est éloquent et les solos accompagnent très justement ce propos. En matière de thrash, Rob Caggiano est loin d’être un débutant et l’y entendre jouer un rôle dans l’évolution heavy du son de Volbeat n’est pas insensé.

Poulsen continue par ailleurs d’emmener les autres membres de Volbeat vers des directions étonnantes au premier abord, mais qui correspondent totalement à la vision ouverte de la musique que se fait le Danois : en reprenant le très radiophonique “My Body”, du jeune groupe Young The Giant, Volbeat surprend son monde, ayant plus habitué son public à des hommages à Johnny Cash, Presley ou Jerry Lee Lewis, il assume cette fois-ci clairement son appartenance à l’époque moderne et offre quelque chose d’inhabituel, la reprise d’un morceau paru très récemment (2011). Mais c’est là tout le propos de Poulsen : faire avec Volbeat la musique qui lui plaît avant tout. Les Danois ne semblent pas vouloir s’enfermer dans une voie et cette ouverture devrait leur permettre de continuer la conquête du plus grand nombre, tout en possédant désormais en la personne de Rob Caggiano un argument de poids pour fédérer également au sein du monde du metal.

Album Outlaw Gentlemen & Shady Ladies, sorti le 8 avril 2013 chez EMI



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  • Cet album est fantastique! il tourne sans discontinuer chez moi! Bravo les gars, il ne reste que quelques marches vers le sommet!

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    Mass Hysteria @ Transbordeur
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