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Chronique   

Volbeat – Servant Of The Mind


La reprise des activités culturelles après la pandémie crée un embouteillage étrange. Les sorties s’accumulent à tel point qu’un film peut rarement rester plus de deux semaines à l’affiche. Dans le cadre de la musique, si la durée d’exposition n’est pas remise en question, il y a une accumulation d’albums et une proximité entre les œuvres rarement observée. C’est le cas pour les « grosses machines » de la scène rock, à l’instar de Volbeat. Là où deux albums seraient séparés par un cycle de tournées conséquent, les musiciens sont contraints à remplacer la représentation par la composition. Ce qui donne à l’auditeur très peu de temps pour appréhender les productions. Un inconvénient dont Volbeat a conscience et qui joue en sa faveur : sa musique n’évolue que très progressivement, respectant cette philosophie de rock/punk-rock/metal taillé pour les stades. Servant Of The Mind, huitième opus studio des Danois, est un argument supplémentaire pour reprendre la route le plus rapidement possible. Volbeat accumule simplement les choix pour sa setlist.

Servant Of The Mind est présenté de la même manière que tous ses prédécesseurs par Volbeat : un « cran supplémentaire pour le heavy, psychobilly et punk n’roll du groupe ». Il s’agit davantage d’un prolongement plutôt que d’une montée en gamme. Servant Of The Mind a été composé pendant le confinement en trois mois seulement. La batterie heavy-punk ouvre les débats sans tromper sur la marchandise : Volbeat peut multiplier les gimmicks de guitare orientalisants, « Temple Of Ekur » – dont le thème fait écho à « The Gates Of Babylon » présent sur Seal The Deal And Let’s Boogie (2016) – lorgne autant vers un riffing à la Metallica que vers les mélodies propres au pop-punk californien avec une efficacité certaine. Le timbre de Michael Poulsen a suffisamment de versatilité pour respecter les hybridations de la musique de Volbeat et Servant Of The Mind le met bien en valeur. Le diptyque des singles d’été « Wait A Minute My Girl » – très direct et guilleret, à coups de saxo et piano frénétique – et l’inénarrable « Dagen Før » (l’archétype de la bande originale rock de campus, en duo avec la chanteuse du groupe de pop rock Alphabeat, Stine Bramsen) prouvent cette faculté qu’a Volbeat pour caresser les ondes dans le sens du poil avec un savoir-faire indéniable. Ce qui fait l’intérêt de Servant Of The Mind est la cohabitation de ces tubes avec des approches plus sombres et purement heavy telles que « The Sacred Stones » (l’histoire d’un être convaincu par les forces du mal), avec son intro sinistre façon Slayer et son riffing poids lourd à la Tremonti. La voix de Michael Poulsen se permet en outre quelques élancées qui rappellent le travail de Troy Sanders au sein de Mastodon. Quoi qu’il arrive, Volbeat parviendra à intégrer un refrain qui conviendra toujours aux âmes les plus sensibles.

Servant Of The Mind a donc le mérite de synthétiser la musique de Volbeat. Il souffre toujours d’une homogénéité de certaines compositions qui en deviennent dispensables : l’agressivité de « Becoming » et cet art de la mutation pop-rock sont une recette reprise quasi à l’identique sur « Shotgun Blues ». Le pseudo-rockabilly de « The Devil Rages On » trouve son écho avec « Step Into Light ». En réalité, Volbeat a parfaitement conscience de l’efficacité de sa formule à tel point qu’il ne remarque plus vraiment les redites : Servant Of The Mind reste coupable d’excès de zèle et empêche l’auditeur de se concentrer sur l’ingéniosité dont est capable le groupe. Ce dernier s’aventure d’ailleurs sur des terres progressives via la conclusion « Lasse’s Birgitta » inspirée des premières condamnations de sorcières brûlées vives en Suède en 1471. Volbeat varie les tempos et confère de la théâtralité à sa musique via quelques sonorités lugubres, bruits de cloche et crépitements de flammes qui clôturent huit minutes d’un heavy bourré d’accroches et de mélodies fluides. Une preuve supplémentaire que Volbeat n’a pas besoin d’être aussi prolixe pour convaincre.

Volbeat persiste et signe : Servant Of The Mind regorge de hits en puissance, avec en prime un regain de riffs heavy, et viendra sans aucun doute alimenter les shows conséquents du groupe. Il prouve deux choses : Volbeat a cette capacité de tordre sa formule dans tous les sens jusqu’à nous faire miroiter quelques sorties de piste qui seraient aussi audacieuses que bienvenues. En outre, il pèche toujours par excès et laisse ainsi apparaître des similitudes grossières entre plusieurs titres. Frustrant, car Servant Of The Mind n’en a pas besoin et la concision lui permettrait à l’inverse de tout rafler avec une aisance insolente.

Clip vidéo de la chanson « Shotgun Blues » :

Lyric vidéo de la chanson « Becoming » :

Clip vidéo de la chanson « Wait A Minute My Girl » :

Lyric vidéo de la chanson « Dagen Før » (avec Stine Bramsen) :

Album Servant Of The Mind, sortie le 3 décembre 2021 via Republic Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Didier BORDET dit :

    Je te conseille Guitar Gangsters and Cadillac Blood leur 3ème album. Excellent !

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  • Aux specialistes ,un album à conseiller de volbeat ???

    [Reply]

    cloporte

    Sans être spécialiste, les 2 premiers sont sympas. Après le reste, sans être notable, ça reste du Volbeat, on n’est pas sur un groupe qui évolue des masses. Je ne vois pas trop comment on accrocherai aux premiers et qu’on trouverai le reste dégueulasse même si c’est un peu plus « mou ». Le dernier en date retrouve un peu de pêche, il est pas si mal.

  • Un groupe devenu trop mainstream pour moi et que je n’écoute plus depuis bien longtemps…et ce n’est pas cet album qui va y changer quelque chose !

    [Reply]

  • Didier BORDET dit :

    Ce nouvel album est vraiment super ! Il rappelle assez souvent les débuts. En tout cas pour moi, il est plus pêchu et plus intéressant que les derniers.

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