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Interview   

Voyage dans l’univers et l’âme d’Alcest


Alcest n’a jamais été interviewé par notre équipe et c’est une honte aussi scandaleuse qu’injustifiable d’autant plus que nous apprécions énormément la musique composée par Neige, son chanteur/guitariste ! Nous avons donc pu rattraper ce temps perdu au cours d’une interview suffisamment longue, à même de sonder les profondeurs de l’œuvre de ce quasi « one-man band ».

Après l’excellent Les Voyages De L’Âme sorti l’année dernière, Alcest se penche déjà sur son quatrième album studio qui s’annonce encore plus épuré. Un disque qui sera donc moins orienté metal comme le souligne, par exemple, la présence d’invités tels que de la chanteuse Billie Lindahl (Promise And The Monster) qui va probablement contribuer (encore plus) au rendu aérien des compositions de Neige. Avec ce dernier, nous avons abordé bien évidemment les raisons de tous ces choix en ne manquant pas de revenir plus globalement sur l’évolution musicale étonnante d’Alcest, un groupe dont les débuts black metal contrastent avec la musique beaucoup plus « accessible », communément qualifiée de Shoegaze, proposée aujourd’hui.

Mais rester coincé à parler uniquement de sa carrière et de son prochain album n’est pas possible car Neige est un artiste qui voit loin, qui nous avoue, vivant chaque jour pour sa musique, avoir déjà deux coups d’avance et qui a aussi une vision, quasi mystique, qui lui vient de loin et qu’il nous décrit au terme de ce voyage.

« C’est un album qui a demandé beaucoup de travail, j’avais placé la barre très haut et je m’étais mis beaucoup de pression. Je voulais faire une synthèse de tout ce que j’avais pu faire avec Alcest jusqu’à présent. »

Radio Metal : Pourquoi avoir choisi ce pseudo ?

Neige (chant, guitare) : C’est un truc de jeunesse, j’avais peut-être quatorze ans. J’avais créé le groupe et, au tout début, c’était du black metal traditionnel. Et puis j’avais l’habitude de partir au ski avec mes parents…

C’est très black metal…

Oui, j’ai eu une espèce de révélation. A l’époque cela correspondait bien à ce que je voulais. Même maintenant, c’est quelque chose que j’ai gardé.

Est-ce que comme les mecs d’Immortal tu t’es mis à courir dans la forêt ?

Non, c’est mieux que ça : à l’époque, je faisais du snowboard.

Ton pseudo est fait pour aller avec la froideur du black metal mais aujourd’hui la question se pose de savoir si cela correspond toujours à ta vision actuelle de la musique qui est plus chaleureuse et lumineuse.

Il y a aussi le côté blanc immaculé qui correspond un peu à ce qu’est Alcest aujourd’hui. C’est aussi le côté français, j’aime bien avoir un nom français, je trouve que c’est assez osé. Beaucoup de gens font des blagues et c’est marrant.

Ça permet de briser la glace…

Oui, mais à la base j’avais bien choisi ce pseudo pour le côté black metal.

L’album «Les Voyages De l’Âme est sorti l’année dernière. Que ressors-tu de cet album ? Quel en est ton bilan ?

C’est un album qui a demandé beaucoup de travail, j’avais placé la barre très haut et je m’étais mis beaucoup de pression. Je voulais faire une synthèse de tout ce que j’avais pu faire avec Alcest jusqu’à présent, avec tous les éléments que j’aimais bien dans les albums précédents. Le but était d’en prendre certaines atmosphères, certains rythmes, certains genres de mélodies pour en faire un résumé de ce qui a été fait en dix ans avec Alcest. J’ai cependant des difficultés à donner un avis objectif concernant mes propres CD. Je pense que c’est un album qui demande beaucoup d’écoutes, il faut entrer dedans, il est dense. Il y a pas mal de riffs et il se passe beaucoup de choses. Tout en étant assez riche il possède peut-être aussi un côté hermétique.

Tu parles de résumé, pourtant cet album donne l’impression d’aller plus loin tout en suivant l’évolution logique d’Alcest.

Bien sûr, il apporte quelque chose de plus en travaillant davantage sur les mélodies. Ce qui m’intéressait jusqu’à présent, avant tout, c’était les mélodies brutes plus que les effets ou les ambiances. Des gens me demandent quelle pédale d’effets ou quelle guitare j’utilise, mais pour moi cela n’a jamais été important. Ce qui compte c’est les mélodies brutes qu’elles soient jouées sur une guitare ou sur un piano. A partir du moment où il est bien construit et qu’il y a une logique, je pense qu’un bon morceau est capable d’être joué sur n’importe quel instrument. Je suis super attaché à la structure des morceaux, à la manière dont ils sont bâtis plus qu’à la forme.

« Le fait de cataloguer un disque parce qu’il y a peut être vingt secondes de chant black dans la catégorie black, ça paraît un peu léger. »

C’est un album qui confirme l’abandon de l’esthétique black metal atmosphérique. C’est pourtant de là que tu viens avec Alcest.

Pas vraiment. La pochette du premier album par exemple, Souvenir D’un Autre Monde, n’est pas du tout metal.

Peut-être plus alors au niveau des voix et de l’expression du côté plus atmosphérique du black metal. Ce style n’est pas forcément complètement noir à la Darkthrone. Certaines musiques d’Emperor, par exemple, expriment quelque chose de très contemplatif.

Pour moi cet album est quand même plus metal que le premier. Le premier était très simple, c’était du rock avec de la distorsion. Ce n’était pas plus que ça. Tandis que sur le dernier, il y a quand même des rythmes plus travaillés, de la double, etc. Pour moi, le premier album est celui qui est le moins metal, le deuxième serait certainement le plus metal et le dernier serait un peu entre les deux. Il n’est pas metal mais il l’est déjà un peu plus que le premier.

A cause de ton deuxième album, tu as été un peu catégorisé « black metal ».

Ce n’est pas du black metal pur et dur.

Certes, mais le travail par rapport à la voix suffit aux gens. Cela t’a-t-il d’ailleurs déjà « chagriné » que, du simple fait d’avoir mis des voix black dans cet album, tu aies été catégorisé dans ce style ?

Dans un sens, oui, mais je n’ai aucun regret car ce qui doit être fait à un moment sera fait de toute manière. Je ne vais jamais me demander si je dois faire « ça » par rapport à ce que les gens pourraient en penser, je l’ai fait parce que c’était la musique que je composais à cette période. Ce n’est pas réfléchi, je ne me dis pas : « Tu vas faire ça pour avoir un public différent ». Le fait de cataloguer un disque parce qu’il y a peut être vingt secondes de chant black, dans la catégorie black, ça paraît un peu léger. C’est dommage car cela reste de la musique très lumineuse, très pure, très fragile, et je pense que la fragilité n’est pas quelque chose de très présent dans le metal. Dans Alcest, c’est assumé à cent pour cent. Les Vikings super forts, ce n’est pas mon truc, je préfère l’émotion pure. S’il devait y avoir un pourcentage, la part de metal dans Alcest s’élève pour moi à dix pour cent, c’est assez peu.

Pourquoi si peu ? Tu as participé à plusieurs formations pour la plupart orientées black et tu sembles donc avoir une relation assez forte avec une certaine tranche du black metal…

La raison pour laquelle j’ai joué dans des groupes de black c’est que j’ai commencé par faire du black et que mon réseau s’est construit autour de cette scène-là, vers les labels de metal, vers les musiciens de metal, donc j’ai été amené à jouer avec des groupes de metal. Il est vrai, cependant, que cela aurait pu être différent, j’aurais pu jouer avec des groupes de post-punk ou tout ce qui est plutôt rock. Finalement, ce n’est pas une musique que j’écoute beaucoup. J’en écoute mais cela reste minime comparé à ce que je peux écouter à côté. J’aimerais bien avoir plus de projets parallèles dans d’autres styles de musique.

Tu n’as donc pas particulièrement débuté dans des formations black metal par affinités.

Au début, si. Quand j’avais quinze ou seize ans, j’étais à fond dans le black metal et le true black metal. J’écoutais tous les groupes les plus obscures, j’avais des démos, j’ai même connu une ou deux années de l’époque où tu écrivais des lettres, tu parlais de pseudo philosophie entre black metalleux et tu envoyais des compilations de groupes supers obscures. J’ai été très black pendant quelques années, ensuite j’ai découvert le rock indé post-punk, et finalement je me suis beaucoup élargi en termes de goûts.

Finalement, le black metal est une musique d’adolescents.

Oui, mais cela reste la claque la plus monstrueuse que je me sois prise dans ma vie. Je me rappelle encore du jour où j’ai découvert le black, cela m’a bouleversé. Même maintenant quand j’écoute tous les bons classiques – je suis très black norvégien – ça me fait quelque chose. C’est une musique qui est extrêmement forte mais ce n’est pas quelque chose que je retrouve dans les groupes de maintenant, c’est super bizarre. Je pense que dans cette période il s’est passé quelque chose au niveau du son, au niveau de l’inspiration qui n’a pas été reproduit ensuite.

« J’aimerais bien avoir plus de projets parallèles dans d’autres styles de musique. »

As-tu eu des réactions de gens déçus par rapport au fait que tu n’as pas continué à enrichir ce côté black que tu as commencé à mettre dans Alcest ?

Les gens ne sont jamais contents alors il vaut mieux ne pas les écouter. [Rires] Une personne va te dire qu’elle veut que tu chantes plus en voix black tandis que son voisin te dira le contraire. Il faut vraiment faire ce que l’on a envie de faire, c’est ça le plus important. Je pense que la personne qui aime Alcest est quelqu’un assez ouvert d’esprit sinon elle ne pourrait pas aimer cette musique-là. Si demain j’ai envie de faire un CD complètement acoustique ou atmosphérique je ne pense pas que ça poserait tant de problèmes. Les gens sont assez ouverts d’esprit.

Ton orientation sur Les Voyages De l’Âme semble avoir été plutôt payante car c’est un album qui a relativement bien marché et qui a marqué les esprits en 2012.

Je ne sais pas mais en tout cas c’est cool.

Est-ce quelque chose que tu ressens ? As-tu des retours qui allaient dans ce sens ? As-tu vu une différence ?

Oui. En réalité il y a eu deux choses. Il y a eu la sortie de l’album et c’est vrai que c’est un album qui a relativement bien marché, qui nous a encore fait passer un cap mais il y a surtout eu le fait que l’on se soit mis à faire des concerts. Alcest est resté un projet studio pendant presque dix ans. Il y a deux ans j’ai monté un line-up concert et c’est principalement à partir de ce moment-là que les gens ont découvert le groupe et qu’ils ont plus parlé de nous. L’album a forcément aidé aussi. Le fait que l’on ait sorti un clip a également fait avancer les choses.

Une auditrice et membre du fan club finlandais d’Alcest demande comment tu procèdes pour choisir les musiciens qui jouent avec toi sur scène ?

Ces mecs sont, avant de jouer dans Alcest, des potes. Le batteur Winterhalter est quelqu’un avec qui j’avais joué pendant des années, je le connais depuis longtemps. Je savais qu’il était bon, qu’il était cool alors je l’ai pris directement. Pierre, qui est le second gratteux, est un pote que j’ai rencontré quand je suis arrivé à Paris il y a quatre ans. Quant à Indria, c’est pareil, j’avais joué avec lui dans le passé, cela fait des années que l’on se connaît, il est super cool, c’est un musicien incroyable c’est donc comme ça que ça s’est fait.

N’y avait-il pas aussi, à un moment, Fursy Teyssier ?

Il a fait la basse au tout début pendant la première année.

Pourquoi n’a-t-il pas continué ? C’est quelqu’un qui a une certaine esthétique ne serait-ce qu’au niveau des artworks donc niveau musical cela doit aussi bien coller.

Bien sûr, mais le fait est qu’il est très occupé entre son projet, ses dessins-animés, c’est quelqu’un qui est toujours en train de faire quelque chose et il n’avait donc pas forcément le temps de s’engager dans des tournées interminables.

Va-t-il continuer à faire partie de la famille d’Alcest, ne serait-ce qu’au niveau des artworks ? Va-t-il faire l’artwork du prochain album ?

Pour l’instant, je ne sais pas ce qui va se passer pour le prochain. Néanmoins je suis très content de ce qu’il a fait sur les albums précédents.

Le dernier artwork est particulièrement magnifique.

C’est le penchant visuel de la musique, c’est l’image parfaite. Cela représente parfaitement ce que je voulais pour cette musique. Pour le reste, et notamment la scène, nous serons amenés à rejouer ensemble et il continuera sans doute à créer les pochettes pour Alcest.

« Les gens ne sont jamais contents alors il vaut mieux ne pas les écouter. [Rires] […] Il faut vraiment faire ce que l’on a envie de faire, c’est ça le plus important. Je pense que la personne qui aime Alcest est quelqu’un assez ouvert d’esprit sinon elle ne pourrait pas aimer cette musique-là. »

Un auditeur demande ton avis concernant le groupe français Blut Aus Nord.

J’avais un album du groupe qui s’intitulait The Work Which Transforms God, c’était un album vraiment mortel qui était sorti en 2003. Je ne connais pas beaucoup mais le peu de ce que j’ai écouté j’aime beaucoup.

Tu es déjà en train de travailler sur le prochain album alors que le dernier est sorti l’année dernière.

Oui. La musique du nouvel album a été écrite puis terminée il y a environ six mois. Je prends beaucoup de temps pour les paroles parce que c’est quelque chose qui me vient moins facilement que la musique. J’ai terminé les paroles hier. Ça a été très vite, en quelques mois ça a été bouclé. En réalité, je suis déjà en train de bosser sur le prochain-prochain.

Comment se fait-il que tu fasses toujours un album d’avance ? Tu ne peux pas les prendre les uns après les autres ?

J’ai presque planifié mes albums pour encore deux albums à venir, je sais comment ils seront. Cela vient assez facilement pour tout ce qui est musique c’est plutôt ce qu’il y a autour qui prend beaucoup de temps : la promo, s’il faut faire un clip, écrire les textes, les répétitions pour les concerts, c’est la partie plus boulot. L’écriture des morceaux est ce que je préfère. Faire des riffs, écrire des morceaux est ce que j’aime faire dans la vie.

A penser les albums en avance, cela donne le sentiment que le temps n’aura pas véritablement d’emprise sur la ou les directions musicales que tu vas prendre. Généralement, un groupe fait son album puis deux ans après il fait le suivant et dans les deux ans passés le groupe a évolué, mûrit, cela se ressentira sur l’album. Le temps n’a donc pas d’emprise sur ta musique ?

Alcest n’est pas une musique qui parle de ma vie personnelle ou de ce qui peut se passer autour de nous. C’est une musique très spirituelle avec des questions assez profondes et métaphysiques. Je ne raconte jamais ma vie dans les albums donc ce n’est pas dépendant de ce que je vais vivre au quotidien. Cela ne veut pas dire que musicalement je ne vais pas changer quelque chose au dernier moment ou que je ne vais pas changer d’avis ou même tout recommencer depuis le début. Le fait est que je suis chez moi, que j’ai du temps donc je fais des morceaux. Il se trouve que j’ai déjà fini la compo du prochain et que je suis déjà en train de commencer celui qui suivra.

Le fait d’avoir en permanence la tête dans le guidon ne t’enlève-t-il pas le recul nécessaire vis-à-vis de ta propre musique ?

C’est ce que me disent les gens autour de moi, mes amis, ma famille, ma copine… Ils me disent qu’il faudrait que je m’arrête. Il est vrai que je suis toujours en train de penser à ça, c’est vraiment une partie de ma vie qui est immense, c’en est quasiment la totalité. J’aime beaucoup prendre du temps pour faire autre chose, mais ce n’est pas évident. Le gros problème, c’est que pour moi c’est véritablement un pur plaisir de faire des morceaux, de composer, donc je le fais spontanément. Je ne me dis pas : « Il faut bosser pour le prochain album, c’est chiant », non, c’est même vital.

C’est à la fois un travail et un hobby.

C’est beaucoup plus que ça, c’est la raison pour laquelle je me lève le matin, c’est ce qui me donne la force. En revanche, c’est vraiment différent pour tout ce qui concerne les tournées. C’est une autre approche du projet qui, pour le coup, n’est pas ce que je préfère.

« La musique du nouvel album a été écrite puis terminée il y a environ six mois. […] En réalité, je suis déjà en train de bosser sur le prochain-prochain. […] J’ai presque planifié mes albums pour encore deux albums à venir, je sais comment ils seront. »

[La meilleure question de tous les temps posée sur la page Facebook de Radio Metal ] : Où est-ce que tu as mangé ton meilleur poisson Thaï ?

Je n’en ai aucune idée ! Je pourrais te dire mon meilleur poisson cru, c’était à Osaka pendant notre tournée au Japon. On a soi-disant mangé les meilleurs sushis de la ville. C’était nos potes du groupes japonnais qui nous avaient emmené dans ce restaurant. Il y avait juste une table, un cuisinier et il nous a préparé des sushis comme je n’en ai jamais mangé de ma vie.

Cela t’a-t-il inspiré pour la musique d’Alcest ?

Non, mais cela m’a fait très plaisir, j’étais content de manger ces fabuleux sushis. De plus, c’était au Japon, donc avec toute la tradition qui allait avec, alors c’est peut-être le plus beau souvenir de tournée que l’on ait eu. C’était incroyable.

Pour revenir au prochain album, as-tu déjà planifié une date de sortie ? As-tu déjà choisi le nom ?

Cela pourrait être de manière très approximative au plus tôt pour le mois de septembre prochain et en cas de retard ça sera pour novembre-décembre. J’ai également des idées pour le titre mais il n’y a encore rien de définitif. En revanche, on a posté sur le Facebook les deux invités qui seront présents sur l’album [ndlr : Neil Halstead de Slowdive et la chanteuse Billie Lindahl de Promise & the Monster] mais en dehors de cela il n’y a pas beaucoup plus d’infos.

Tu as donné quelques indications concernant la direction de l’album, tu donnes l’impression d’aller encore plus loin dans le côté mélodique, atmosphérique. Tu exprimais également en aparté les doutes que tu pouvais avoir sur la manière dont ce nouvel album allait être reçu car, apparemment, il sera très peu metal.

Il y aura quand même de la guitare saturée mais il n’y aura plus de rythme metal, ni de double grosse caisse, etc. Cela va être une espèce de rock très planant, très rêveur. Il y a pas mal d’influences sur ce disque. Avant, j’essayais au maximum de me restreindre en termes d’influences musicales, je ne voulais pas que cela entache la vérité du projet car c’est une musique très personnelle. Pour cet album, je me suis plus laissé aller à quelque chose qui me faisait plaisir. Je n’écoute quasiment jamais du Alcest, ce n’est pas une musique que j’irais écouter spontanément tandis que le prochain disque est plus quelque chose que j’ai fait pour me faire plaisir, pour me détendre, c’est un peu l’album « vacances ». Je fais les choses spontanément sans me poser de questions, c’est venu très vite. J’ai écouté les démos chez moi et je suis super content.

N’as-tu pas peur de te retrouver à patauger dans la mauvaise mare ? Tu es très ancré dans le milieu metal mais ton public à venir ne serait-il pas ailleurs ?

Il se passera ce qu’il se passera quand le CD sortira. Je ne veux pas changer le moindre détail d’une composition ou d’un mix parce que j’ai peur de la réaction de quelqu’un ou d’un certain public. Pour moi anticiper la réaction des gens est la pire des choses à faire. Autant les gens me cracheront dessus, tant pis c’est la vie, autant ils vont adorer. A mon avis, ce qui risque de se passer, c’est que cela va être très divisé. Certains vont complètement abandonner Alcest alors que d’autres vont peut-être découvrir et ne pas aimer les précédents albums. Dans tous les cas, cela reste du Alcest à cent pour cent. Je ne vais pas arriver avec un album de pop à la Oasis. Les atmosphères sont là, le propos reste plus ou moins le même, c’est très lumineux, très sensible, cela reste du Alcest, c’est juste la forme qui change.

« Je n’écoute quasiment jamais du Alcest, ce n’est pas une musique que j’irais écouter spontanément tandis que le prochain disque est plus quelque chose que j’ai fait pour me faire plaisir, pour me détendre, c’est un peu l’album ‘vacances’. »

Vas-tu entreprendre des démarches pour faire sortir ta musique vers un public qui pourrait davantage lui convenir ?

On va essayer de transiter vers des magazines rock, on va essayer de faire un pas vers les médias post-rock, rock indé, tout en gardant ce public metal parce que je n’ai pas envie de le perdre. C’est un public que je respecte énormément, c’est peut-être le public le plus fidèle et le plus dévoué. Ce n’est pas le genre d’auditeur qui va te laisser tomber comme ça du jour au lendemain. Les groupes que j’ai découvert quand j’étais jeune, sont encore les groupes que j’écoute maintenant. Ce sont avec eux que j’ai grandi. Si les gens nous découvrent avec des CD de metal, je ne pense pas qu’ils vont nous lâcher. Si l’on prend l’exemple d’Anathema, ils ont beau faire du rock depuis des années, quand ils jouent dans des festivals ou au cours de leurs concerts, leur public reste majoritairement metal. Cependant, nous aimerions que d’autres fans aient accès à cette musique car je pense que cela pourrait ne pas plaire qu’à un public metalleux mais aussi à des personnes écoutant du post-rock.

Anathema joue principalement devant des metalleux alors que sa musique ne s’adresse pas forcément à ce public. Il y a un autre public qui pourrait clairement porter ce groupe à bout de bras. Cependant le groupe n’a pas accès à ce public sans doute pour plusieurs raisons…

Les médias y sont pour quelque chose par exemple, le média rock Les Inrockuptibles va recevoir le dernier Anathema, ils ne vont pas forcément en parler même si c’est un CD cent pour cent rock et qui pourrait parfaitement coller au magazine. Ils vont préférer parler du groupe de pop qui a toujours été pop et qui intéresse leurs lecteurs. Ils ne vont pas prendre le risque de faire une interview d’un ex-groupe de metal, ce n’est pas comme ça que ça marche.

Comment faire le choix entre un jeune groupe de rock alternatif et un groupe comme Anathema dont un média comme Les Inrockuptibles ne connait pas automatiquement le passé ?

Je pense qu’ils le connaissent car ce sont des journalistes musicaux. Quand tu es journaliste musical, je pense que tu ne t’intéresses pas qu’à la scène que tu es censé couvrir pour ton magazine. En outre, quand le label envoie un disque à chroniquer, il envoie toujours un press-kit contenant la biographie du groupe, des photos, le nom du label… J’imagine qu’Anathema, par exemple, est sur un label contenant aussi des groupes plus metal qu’eux. Par conséquent je pense que les médias préfèrent privilégier le groupe rock standard. C’est tellement dommage. De nombreux amateurs de rock pourraient adorer des groupes comme Anathema…

Ou comme Alcest…

Peut-être pas le « Alcest » actuel mais ça pourrait sûrement être le cas avec le prochain album.

En réalité, avec le prochain album vous êtes devenus complètement commerciaux.

Cela ne veut rien dire. Le groupe commercial est pour moi celui qui ne prend aucun risque, qui veut faire plaisir à son public et qui sort quinze fois le même CD. C’est un groupe qui fait de la musique pour pouvoir manger sans prendre de risques. Cela me fait rire quand les gens me disent que je veux devenir commercial, que je vais faire un truc pop car c’est justement l’inverse. Tu as le cran de vouloir changer de style parce que c’est ce que tu veux faire.

Un groupe de metal qui se met à faire un album pop le vend généralement très mal. C’est loin d’être automatique. Ce n’est pas parce que tu fais de la pop que tu vas vendre des millions d’albums. Cela comporte un vrai risque.

Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de groupes qui l’ait fait.

L’étiquette metal, pour peu qu’on l’ait fait une fois dans sa vie, colle à la peau.

Oui, ça te colle à la peau pour le restant de tes jours. Ce n’est pas forcément un mal. Pour moi, ce qui est dommage c’est de ne pas pouvoir offrir cette musique à un autre public tout en gardant les fans de la première heure. Anathema a toujours fait de la musique sensible, que cela soit dans leur période metal ou dans leur période rock, c’est donc plus la forme que le fond qui a changé, c’est la manière de dire les choses mais le fond est resté le même.

« Le groupe commercial est pour moi celui qui ne prend aucun risque, qui veut faire plaisir à son public et qui sort quinze fois le même CD. C’est un groupe qui fait de la musique pour pouvoir manger sans prendre de risques. »

En France les gens ont l’air d’être extrêmement attachés à leurs cases au point qu’aujourd’hui un groupe est presque obligé de choisir son camp dès le début de sa carrière et de ne plus jamais en changer sinon cela tourne à la catastrophe.

C’est dommage parce que l’on parle d’arts, et l’art est le domaine où il ne devrait pas y avoir de concession. On devrait pouvoir tout exprimer quand on veut, aussi longtemps que l’on veut. Si par exemple un groupe de metal, plutôt que de refaire quinze fois le même album, pouvait changer de style, ce serait bien. Je suis sûr qu’il y a plein de groupes qui rêveraient de pouvoir apporter d’autres éléments à leur musique mais qui ne le font pas par peur de perdre un public.

Pour peu qu’un artiste de pop se décide à faire du metal…

Je trouve que cela passe mieux.

Certains qui ont tenté l’expérience se sont fait pas mal détruire.

Le metal est une scène très conservatrice et attachée aux racines, donc le fait de changer de style est vu par certains comme une trahison. Mais j’ai l’impression que dans la pop les gens ne sont pas aussi bloqués.

Comment se sont passées les rencontres avec les prochains guests de l’album ?

La première invitée annoncée est une chanteuse suédoise que j’avais découverte sur la tournée d’Alcest aux États-Unis. On était dans le bus, j’étais en train de dormir et d’un coup le chauffeur met un disque. Je me réveille en sursaut et demande ce que c’est. C’était le disque de cette fille avec son groupe Promise & the Monster. C’est une femme qui fait tout, le guitare-chant, elle a enregistré son disque quand elle avait dix-neuf ans, c’est un truc de fou ! J’ai adoré dès la première seconde où je l’ai entendu. J’espérais que ça ne soit pas un groupe trop connu parce que je voulais les avoir sur mon disque. C’est très bizarre car c’est un groupe qui est absolument génial et personne ne les connaît. C’est une espèce de folk sombre très mystique. Cette chanteuse fera donc partie des guests sur le chant. Le deuxième invité représente quelque chose de fou pour moi car c’est le chanteur de mon groupe favori et c’est Slowdive. Ce groupe m’a beaucoup influencé pour le prochain album donc avoir un membre du groupe sur l’album est un rêve qui devient réalité, c’est incroyable. Dès que j’ai commencé à composer cet album, je savais que je voulais ce mec-là sur un morceau et il chantera donc sur un des titres. On a essayé de le contacter plusieurs fois sur son Facebook, sur sa page personnelle, on n’a pas eu de réponses pendant des mois et un jour mon agent lui a écrit sur sa page Facebook et il a finalement répondu. Il m’a dit qu’il avait bien aimé la musique d’Alcest et qu’il était d’accord. Les deux viendront donc pendant quelques jours pour enregistrer.

Pas d’autres guests de prévus ?

Non, deux c’est déjà bien.

Comment ça va se passer par rapport aux concerts ? Ils ne seront pas là pour interpréter les morceaux…

Le mec de Slowdive sera en effet absent mais on va essayer de voir avec Promise & the Monster pour que la fille du groupe puisse chanter avec nous sur la prochaine tournée. Pour l’instant, rien n’est sûr. De plus, comme ce sont des guests, je pense que leurs parties seront assez discrètes, ils ne chanteront pas sur deux ou trois morceaux. Mais je reconnais ne pas avoir encore pensé à tout cela.

« Enfant, j’avais des espèces de visions ou de souvenirs de l’endroit dans lequel j’aurais pu être avant d’être sur Terre. La musique me permet ainsi de parler de cette expérience là que j’ai eu et qui m’a marqué à vie et a changé ma manière de voir les choses. »

Où en es-tu dans le processus de l’album ? As-tu commencé à enregistrer des choses ?

Mes démos sont prêtes, j’ai mes textes, les lignes de chant sont composées, tout est prêt et il ne reste plus qu’à enregistrer.

Tu n’as donc pas encore entendu le résultat de leur participation ?

Non.

Beaucoup d’auditeurs s’interrogent sur ta formation musicale. As-tu suivi des cours ou es-tu totalement autodidacte ?

J’ai commencé la musique vers six ou sept ans en prenant des cours de piano avec ma grand-mère qui est professeure de piano. Ça a duré pendant un an ou deux puis j’ai arrêté mais je continuais à écouter énormément de musique. Quand j’avais treize ans, je me suis acheté une guitare, je n’ai pas pris de cours. Après le bac, j’ai voulu faire prof de guitare classique, donc je me suis mis à la guitare classique, j’ai fait une remise à niveau, je suis entré au conservatoire de Paris et j’ai donc une petite formation classique. Finalement, je ne suis pas devenu prof, cela aurait été beaucoup de contraintes et je suis très content de faire ce que je fais maintenant.

Donnes-tu quand même des cours particuliers ?

J’en ai donné un peu il y a quelques temps mais je n’ai pas poursuivi. Je suis très occupé avec Alcest. Ces deux dernières années, on n’a pas arrêté, on a dû faire autour de cent cinquante concerts, cela représente presque la moitié de l’année, donc je n’ai pas donné plus de cours que ça.

Y aura-t-il une tournée en 2013 ?

Ce n’est pas encore sûr. On ne repartira en tournée que lorsque l’album sera sorti. Tout de suite, ça ne sert à rien. De plus, on a tellement tourné qu’il peut être bien de profiter de ce temps pour se refaire une santé mentale et physique. Au bout d’un moment, les tournées tapent sur les nerfs. Peut-être que si l’album sort en septembre, on en fera une en novembre mais s’il ne sort pas à temps, ça sera pour l’année prochaine.

Un auditeur demande comment s’est passée la tournée avec Katatonia, groupe que tu apprécies également.

C’est une tournée qui a été très difficile pour nous car il y a eu des débuts assez chaotiques. Le tour-bus est tombé en panne plusieurs fois, on a eu trois tour-bus différents au cours de cette tournée et pas mal de galères logistiques. Cela nous a stressé mais en dehors de ça, les mecs de Katatonia sont très cool, les membres de Junius sont de très bons potes à nous avec qui on avait déjà tourné aux États-Unis. Ça s’est bien passé mais il y a eu des moments assez chauds.

C’est-à-dire ?

A cause de ces histoires de tour-bus qui ne fonctionnaient pas, on a dû annuler deux concerts en Espagne. Katatonia a posté sur leur Facebook qu’ils ne pourraient pas faire le concert ce soir-là et comme on est dans le même bus, on ne pouvait pas y aller non plus. Je ne sais pas pourquoi les gens se sont imaginés que Katatonia et Alcest ont fait exprès, que les groupes ne voulaient pas jouer. Il y avait des commentaires très durs sur Facebook. Il est vrai que le fait d’annuler deux concerts, sachant que des gens avaient pris l’avion de je ne sais où pour aller à ces concerts, qui avaient dépensé de l’argent, nous a sapé le moral.

Tout le concert a été annulé, pas seulement celui d’Alcest ?

Katatonia et Alcest mais Junius a pu jouer car ils voyageaient de leur côté. Pour nous, ça a été très dur de voir la déception des gens.

Vous n’avez pas pu trouver d’autres compagnies de locations de bus ?

Non. Tout s’est fait très vite et c’était déjà trop tard. On ne pouvait pas anticiper et c’était simplement impossible de se rendre sur les lieux, c’était trop loin. Les gens étaient persuadés que l’on pouvait, qu’il y avait forcément une solution mais parfois non, il n’y en a aucune.

Qu’est-ce que cela t’a fait de te retrouver dans une tournée mondiale comportant une escale au Japon ?

Ça m’a fait tout drôle ! [Rires] Le Japon est un pays dans lequel je voulais aller depuis toujours. C’est mon plus beau souvenir de tournées. Les gens qui nous ont accueillis étaient adorables, c’était magique. On a fait deux concerts à Tokyo. Au début, une seule date était prévue mais comme il était complet, ils ont rajouté un concert dans la même ville. Ça nous a fait plaisir de jouer à Tokyo devant une salle complète, c’est un beau concert. C’était le dépaysement total, que cela soit au niveau de la culture, des coutumes, de la manière de vivre, de la nourriture, des paysages, tout est différent. On aime bien, à côté des concerts, pouvoir faire un peu de tourisme et nous intéresser à ce qui se passe dans la ville dans laquelle on joue.

Aura-t-on la chance de vous revoir au Hellfest cette année ?

On ne sera pas au Hellfest cette année puisqu’on y a joué en 2012 mais peut être l’année suivante, ça dépend si on nous invite.

Ce n’est pas vous qui demandez, on vous contacte ?

Oui.

« Je n’ai pas envie de prêcher avec Alcest, ce n’est pas mon truc. J’ai simplement envie de partager et surtout ne pas essayer de convaincre qui que ce soit.

As-tu envie de faire appel à des nouveaux membres dans Alcest plutôt que de faire appel à des musiciens de session ?

Pas forcément car ce que je ne peux pas faire à l’heure actuelle sur l’album, ce serait la batterie. Mais le reste, je préfère le faire. Ceci dit, ce sont des musiciens incroyables et leur travail serait sans doute bien meilleur que ce dont je suis capable de faire mais c’est plus histoire d’enregistrer moi-même les parties, c’est du studio et non du live, donc je préfère le faire.

Tu as plus de contrôle sur ce que tu fais.

Oui, j’aime bien pouvoir contrôler.

En tant que créateur tu dois avoir une vision dans la tête.

C’est exactement ça. Autant faire le plus de choses possibles soi-même si tu es capable de les faire. J’ai toujours eu une idée extrêmement précise de ce que je voulais. Ce n’est pas toujours évident mais avec le temps ça va beaucoup mieux. J’apprends à faire confiance aux gens, à leur donner des responsabilités et des choses à faire. Sur le premier album j’avais véritablement tout fait tout seul, j’avais tout enregistré chez moi. Maintenant c’est un peu plus cool.

Tu n’enregistres pas la batterie. Est-ce que cela ne te frustre pas de ne pas avoir le contrôle à ce niveau-là ?

J’ai fait la batterie sur l’EP et le premier album. J’avais fait appel à un batteur sur Écailles de Lune parce que je n’étais pas capable de faire les parties super rapides. J’ai l’impression de mieux travailler en sachant qu’il y aura quelqu’un derrière pour assurer la batterie. Ça fait une chose de moins à laquelle penser et c’est bien de ne pas être toujours tout seul, c’est plus enrichissant de bosser avec des gens.

Le fait de mener un projet seul te rend un peu solitaire.

Oui, et le problème, c’est que tu n’auras pas quelqu’un pour te donner un avis ou qui va apporter son petit truc à lui qui enrichira ton projet. Le fait de travailler avec un batteur apporte beaucoup au niveau rythmique parce qu’à la base je suis plus un guitariste.

Sais-tu qu’il y a un fan club d’Alcest en Finlande et si oui, qu’en penses-tu ?

Oui, je le sais car c’est à moi que l’auditrice a demandé. On avait joué à Tampere et elle était venue me demander l’autorisation et bien évidemment il n’y a aucun problème. C’est cool.

Y a-t-il d’autres fans clubs ?

Je sais qu’il y a d’autres pages Facebook « Alcest-Mexico », « Alcest-Japan » mais je ne sais pas s’il y a d’autres fans clubs.

Comment as-tu choisi de jouer de la musique shoegaze ?

Quand j’ai commencé, je n’avais pas du tout conscience que ce que je faisais s’appelait du shoegaze, je ne connaissais pas ce genre de musique. Ça a été fait un peu par hasard. Je voulais faire une musique avec des guitares mais en même temps avec des voix très douces légèrement sous mixées, ça a été fait il y a vingt ans en Angleterre et ça s’appelait le shoegazing. Aujourd’hui c’est sans doute le genre de musique que j’écoute le plus mais ça n’a jamais été un choix de faire ce genre de musique, ce sont des gens qui m’ont mis dans la case « metal shoegaze ».

Peux-tu expliquer le concept d’Alcest ?

C’est un projet que j’ai monté pour parler d’une expérience que j’ai vécu quand j’étais gamin. C’est un projet qui est très basé sur le spirituel. Enfant, j’avais des espèces de visions ou de souvenirs de l’endroit dans lequel j’aurais pu être avant d’être sur Terre. La musique me permet ainsi de parler de cette expérience là que j’ai eu et qui m’a marqué à vie et a changé ma manière de voir les choses. Le gros problème est que les choses que je voyais étaient des choses que je ne peux pas décrire avec des mots, c’est complètement différent d’ici, c’est tellement plus beau et tellement plus incroyable… Suite à ça, je me suis beaucoup intéressé à tout ce qui était vie après la mort et dans ce genre de sujets et Alcest est ce qui me permet d’extérioriser tout ça car ce n’est pas forcément quelque chose dont j’ai envie de parler au quotidien avec des gens. Tout dans Alcest, que ce soit la musique, les photos, les livres, les textes, tout est fait pour décrire cet endroit, pour parler de mon expérience. Tout va dans ce sens-là.

Tu disais que ça n’étais pas quelque chose que tu pouvais décrire avec les mots pourtant tu as écrit des paroles…

C’est pour ça que cela me prend autant de temps, c’est très dur de trouver les mots, il faut vraiment se creuser la tête. Le problème, c’est que je ne peux pas dire « ce monde merveilleux plein de couleurs » parce que ça fait tout de suite super cucul. C’est donc très dur de trouver un juste milieu pour garder un côté assez énigmatique tout en parlant d’amour et de lumière. Ce n’est pas facile d’écrire et surtout en français. Si tu traduis les textes anglais des plus grandes chansons de l’histoire la plupart du temps en français c’est juste ridicule. En français, tu n’as pas le droit à l’erreur.

Si c’est si difficile pour toi de mettre des mots, pourquoi avoir choisi d’en mettre quand même ?

C’est un mélange des deux, il y a beaucoup de morceaux où il n’y a pas de textes et où ce sont juste des vocalises. Beaucoup de gens croient que certains morceaux ont des paroles alors qu’ils n’en ont pas, c’est seulement une espèce de langage inventé qui colle mieux avec la musique et qui plus direct. C’est plus un langage du cœur qui me vient naturellement plutôt qu’un langage vraiment existant.

L’expérience dont tu parles est-elle limitée dans le temps ou est-ce pour toi une source intarissable ?

C’est un sujet qui est extrêmement passionnant et il ne se passe pas une journée de ma vie sans que j’y pense. C’est la chose la plus incroyable qui me soit arrivée. Même si je n’ai plus ces flashs, j’en garde une marque indélébile et ça a changé ma manière de voir la vie alors je ne sais pas si c’est intarissable mais je pense que je pourrais encore en parler pendant quelques années.

Tu n’as plus de réminiscence de ça aujourd’hui, ça appartient au passé.

Ça dépend, mais c’est très rare. Ce que je voyais, du moins ce que j’en ai déduit car je ne suis sûr de rien, je n’ai pas les réponses et je n’ai pas envie de convertir qui que ce soit ou de prouver quoi que ce soit, mais je pense que c’est ce qu’on pourrait appeler le Paradis ou l’Éden, cet espèce de lieu de transition dans lequel tu irais une fois mort pour te reposer. C’était une espèce de purgatoire magnifique, c’était la chose la plus belle que tu puisses imaginer.

A l’époque as-tu essayé d’en parler avec des gens qui auraient pu tenter de t’aiguiller à propos de ces flashs et t’apporter des réponses ?

S’il y a des réponses à trouver, ce ne sont certainement pas des gens de l’extérieur qui vont me les donner. Je pense que si je vais voir un psy, la seule chose qu’il pourra me dire c’est : « Mon vieux, arrêtez de fumer, vous avez un sérieux problème ».

Tu penses qu’un psychologue te dirais ça ?

Oui ! Si tu dis à un médecin que tu as des visions, il va te dire de prendre des petites pilules pour aller mieux. Je suis un peu partagé. Je n’ai pas envie d’aller voir un psy mais je n’ai pas non plus envie d’aller voir un médium parce que je pense qu’il y a énormément de charlatans dans ce milieu. Certaines personnes doivent être capables de pouvoir prédire certaines choses mais il y a tellement de charlatans et de grosses merdes dans la littérature ésotérique que je prends tout ça avec beaucoup de pincettes. Ce n’est pas dans les livres que j’ai appris à croire ou à avoir la foi. C’est quelque chose de personnel et ce qui est intéressant c’est qu’à force de répéter ces choses-là dans les interviews, les gens comprennent de quoi Alcest parle et je reçois régulièrement des e-mails ou des témoignages de gens qui me disent qu’ils ont vécu quelque chose de similaire et quelque part c’est rassurant.

As-tu des œuvres ou des artistes, que cela soit dans la littérature ou dans la musique, qui te rappellent ça ?

Ce n’est jamais complètement à cent pour cent ça mais j’ai toujours trouvé dans le cinéma, la littérature ou la peinture des mecs avec lesquels j’avais le sentiment d’avoir un truc en commun. Les peintres préraphaélites du XIXe ont peint des tableaux épiques et chevaleresques en s’inspirant de thèmes comme la mythologie et certaines des images me font penser à ces visions. Je ne sais pas si c’est seulement un hasard ou non. Des films comme Tree Of Life, Lovely Bones ont quelque chose aussi. En littérature, il y a un poète symboliste dont j’ai pris un texte sur Les Voyages De l’Âme et dans tous les textes qu’il a écrit j’ai à chaque fois eu le sentiment que lui aussi avait vécu un truc. Tu peux donc trouver des correspondances dans l’art. Je pense que je ne suis pas le seul.

Est-ce que ces flashs te manquent aujourd’hui ?

Oui. Quelque part ça me manque mais je me dis que de toute manière je vais y retourner. C’est juste une question d’années. Je ne suis pas pressé, je suis bien là où je suis. Je trouve que j’ai la chance de pouvoir faire ça, de pouvoir en parler, d’avoir un projet de musique qui me permet de faire des concerts, de parler de quelque chose que j’aime, c’est quelque chose que j’apprécie presque encore plus que le fait d’avoir eu ça.

Il y a un côté très religieux dans cette expérience.

Je ne dirais pas religieux. Je suis très croyant, je crois en Dieu mais je suis très opposé à la religion. Il faut faire la différence entre les deux.

Ce que tu dis pourrait être les bases d’une future religion.

Non, je ne cherche pas à convertir qui que ce soit ou à faire du profit avec quoi que ce soit. Pour moi, une religion c’est une croyance organisée avec des profits humains. Ce n’est certainement pas la parole de Dieu ou une spiritualité que tu vis à l’intérieur de toi, c’est quelque chose d’organisé. Je suis sûr qu’il y a beaucoup de gens qui se disent religieux ou chrétiens alors qu’ils se contentent d’aller à la messe et de prier et ça ce n’est pas forcément ressentir Dieu. Je n’ai pas envie de prêcher avec Alcest, ce n’est pas mon truc. J’ai simplement envie de partager et surtout ne pas essayer de convaincre qui que ce soit, ce n’est pas mon but. Chacun a sa manière de voir les choses.

Jésus Christ au départ n’essayait pas non plus de convaincre les gens.

Il a dû dire des choses qui ont dû avoir un impact suffisamment fort sur certaines personnes pour qu’ils décident d’être d’accord et de vouloir le suivre. Il n’a sûrement pas voulu à la base convertir.

Peut-être que c’est ce qu’il va t’arriver à moindre mesure par le côté rassembleur. Les visions que tu expliques à travers Alcest ont un côté très agréable et réconfortant. On a envie d’y croire et de se dire que c’est ça qui nous attendra après la mort.

Je comprends ce que tu veux dire mais je suis traumatisé par le fait que les gens pourraient penser que je veux m’imposer ou convertir. A l’inverse de la religion, j’ai envie de respecter les croyances des gens. Cela reste néanmoins une croyance très forte que je partage.

Interview réalisée par téléphone le 17 janvier 2013 en direct dans l’émission Anarchy X.
Retranscription : Isa

Site internet officiel d’Alcest : www.alcest-music.com



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  • Interview très intéressante, par contre je trouve pas le lien pour écouter l’interview, help please !

    [Reply]

  • Alcest c’est de la :poop: lol « Neige » ça me fait délirer, je le vois bien chanter « ozana Jésus Christ » en duo avec Mylène Farmer lors d’un concert à la cathédrale de Paris.
    J’ai juste envie de lâcher le black Metal quand je vois ce que le mouvement est devenu avec ces groupes (ou de faire du tri).
    Pourquoi ils n’ont pas plus de couilles et ne font pas en sorte d’être plus reconnus, étant donné la neutralité des textes, quand t’écoute Alcest tu te dit y a quelque chose à explorer obligé…mais au final non! c’est vide, emmerdant, comme le paradis où on se ferait chier à jouer de la harpe. allez je vais être sympa, y a pire, bref! Disons que je pourrais qualifier sa musique de « Black-pop » ou « Black-prog » si on pouvait créer un dérivé à la musique pop-rock. Moi je considère le death comme le digne héritage du trve black et on voit même (je met au défie quiconque de me prouver le contraire) des groupes de black Norvégiens en prendre de la graine sur les groupes bien léchés du death voire du thrash, de groupes sur lesquels auparavant on aurait commis des attentats deviennent des garçons dans le vent mais restent rebels, comme pouvait l’être Venom à ses heures de gloire, « Venom » parlons en quelle bête ce groupe et toujours pas à genoux! Alcest et tout ces types de groupes devraient oublier le registre Black pour initier un autre mouvement et là ils seraient à leur place. Ce groupe a contribué à faire du Black Metal une musique qui prend trop la tête pour qu’on puisse la remuer, et vous allez me dire que je me trompe, le black c’est profond, baliverne! au fil du temps c’est devenu profond comme mon trou du c** certes mais au fond c’est noir et on tombe souvent sur de la m**** le seul soucis pour un groupe de black aujourd’hui est de rester autant que possible petit et underground, dans quel but? et je rejoint encore les grands groupes Norvégiens, pour certains ils n’ont jamais intégré cet esprit non commercial et underground ou on tous lâché l’affaire depuis dans le cas des groupes majeurs de la scène, ils sont grand aujourd’hui et au sommet de leur art! voilà je pousse mon coup de gueule de metalleux, et je trouve dommage que les groupes s’imposent des limites pour que finalement ils sortent de la merde juste pour rester le plus underground possible, cet esprit de se brider est devenu pathétique et stupide, c’est anti rock’n’roll…je vais m’arrêter là les hardos allez bye.

    [Reply]

  • « Finalement, le black metal est une musique d’adolescents. »

    Z’avez pas honte de dire ça ?

    ………………………………..

    [Reply]

    Spaceman

    Je suis étonné que tu sois le premier à faire cette remarque sur cette réplique. 😉

    Mais si tu écoute le podcast tu te verra que ça a été dit sur un ton plutôt léger qui montre que c’était évidement dit pour taquiner (ok, il manque le « (rires) » dans la retranscription pour signaler que c’était de l’humour). Car on sais tous que c’est le metal dans sa globalité qui est une musique d’ado et pas uniquement le black metal… 😉

  • Les consignes de Neige avant toutes ses interviews: « Et surtout ne parlez pas de PESTE NOIRE dans les questions, surtout pas » Ahaha…

    Pourtant c’est le « meilleur » groupe avec qui Neige a joué, le plus artistiquement accompli, le plus vrai, mais attention groupe tabou, dissident, pas commercialement correct, alors n’en parlez pas, c’est plus sûr !!

    C’est pas comme si Famine (PESTE NOIRE) avait composé la musique de la démo d’ALCEST non plus, hein…

    A part ça interview intéressante (pour une fois de la part de Neige), surtout la première partie.

    [Reply]

  • Ah, je suis soulagée d’entendre que Neige met du temps à écrire ses paroles !
    La première fois que j’ai entendu (enfin, plutôt lu d’ailleurs) les paroles d’Alcest j’étais très impressionnée !
    Elles sont magnifiques, et tellement belles qu’elles en paraissent simples (ce qui est souvent une définition de la perfection en art, et notamment en poésie !).

    [Reply]

  • When I heard of her melodies ,I cried.why? I dream with you ,Neige <3

    [Reply]

  • Liisa Asanti dit :

    Salut là et la salutation de la Finlande!

    Nous avons des questions à Neige pour une entrevue de ce soir.

    1. Où avez-vous étudié la musique?

    2. Où trouvez-vous l’inspiration pour votre musique? Comment avez-vous choisi de jouer de la musique shoegazing genre?

    3. Comment vous choisissez les personnes que vous jouez avec? Et les membres de la bande en tournée avec vous?

    4. Saviez-vous que de nos jours il ya un Alcest fun club en Finlande? Qu’est-ce que vous en pensez?

    Merci beaucoup pour votre belle musique Radio Metal,

    Santé,

    Liisa

    [Reply]

  • pour ceux qui aime vraiment le style, je conseil deafheaven, pas mal du tout.

    Hâte d’entendre ce qu’il a à raconter.

    [Reply]

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