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Interview   

Un voyage dans l’univers d’Etrange


Etrange est le premier album éponyme d’un groupe de metal progressif instrumental français qui, avec cette sortie, fait une entrée plus que remarquée dans la liste des groupes à suivre de près. Il est assez rare qu’un groupe propose, dès sa première production, une expérience musicale aussi aboutie et captivante du début à la fin.

A l’écoute de cet album, on est happé dans un voyage spatial à la découverte de l’Univers et à la recherche d’une exoplanète qui pourrait sauver l’humanité. Il n’y a plus qu’à fermer les yeux et profiter de cette expérience dans laquelle la musique et l’imaginaire de la science-fiction se mêlent pour notre plus grand plaisir. Velhon et Deadale, respectivement claviériste et guitariste-bassiste, ont répondu à nos questions pour nous présenter plus en détail leur projet.

« Il suffit juste de lever la tête, de regarder les étoiles, d’essayer de concevoir l’existence de tout un tas de phénomènes dans notre petit cerveau d’humain […], ça donne le tournis ! Finalement, pas besoin de science-fiction pour s’évader ! »

Radio Metal : Pouvez-vous nous présenter le projet et ses membres ?

Velhon (claviers) : Etrange est un projet de musique metal instrumentale né durant l’été 2017. On y trouve Deadale aux guitares/basse et moi-même aux claviers. C’est un projet autoproduit, nous faisons tout depuis l’écriture jusqu’au mastering.

Comment est née l’envie de réaliser ce projet ?

A l’origine se trouve Flig, un pote guitariste qui m’avait contacté pour enrichir son propre projet death tech avec du clavier. Nous n’avions pas encore vraiment de compo mais Deadale nous a rejoints pour enrichir les idées de riffing, etc. Finalement, Flig n’a pas pu s’investir davantage faute de temps. Nous avons donc gardé l’idée d’une collaboration avec Deadale, et nous avons tourné la barre vers du metal plus prog.

D’où est venue l’idée de la thématique de l’histoire ?

Deadale (guitare & basse) : Tout d’abord, je crois que la thématique spatiale s’est créée naturellement et très rapidement. Surtout le côté SF « rétro », dès les premiers jets de riffs et de sonorités de clavier utilisées par Velhon. Les riffs sont devenus des bouts de morceaux et nous avons su de suite ce vers quoi tendrait le projet, que nous pourrions en faire un album. On y reviendra peut-être mais le cosmos est quelque chose qui nous passionne tous les deux : l’inconnu, l’immensité, sa beauté et, en même temps, son côté sombre et terrifiant. Idem pour les sonorités utilisées. Certains diront « kitch » [rires]. Nous assumons cela à cent pour cent ! L’histoire raconte le voyage de la sonde E.T.R.A.N.G.E. dans l’Univers. C’est une sonde autonome dotée d’une intelligence artificielle qui est envoyée par notre planète mourante, comme un héritage de l’espèce humaine. E.T.R.A.N.G.E. va ensuite s’émanciper, vivre sa propre histoire. Le concept de l’album s’articule autour d’une simple idée : sept morceaux qui correspondent aux sept lettres d’Etrange. À bien y repenser, tout s’est fait instinctivement, l’histoire, les thèmes abordés, les ambiances. Et puis, il faut tenir compte du fait que c’est de la musique instrumentale : nous donnons des repères pour guider l’auditeur, à travers un bref synopsis et des titres. Avec ces indices, chacun est libre d’interpréter, d’inventer à sa sauce. D’ailleurs, c’est assez sympa de lire les retours de fans ou des chroniques à ce sujet. On s’aperçoit que chacun part dans son délire. Cela signifie que notre musique évoque quelque chose et, pour nous, le pari est réussi.

Pourquoi ce nom « Etrange », qui est le nom de la sonde ?

Alors, plus précisément, E.T.R.A.N.G.E. est le nom que les humains ont donné à la sonde qu’ils envoient dans l’espace. C’est l’héroïne de notre histoire. Le nom du groupe vient du logo que j’ai imaginé il y a une dizaine d’années et qui traînait dans un tiroir. « Étrangement », si je puis dire, aucun groupe de metal ne s’appelle comme cela. C’était donc parfait pour nous et ça collait à l’esprit du projet.

Êtes-vous des passionnés de science-fiction ? D’astronomie ? De science ?

Velhon : J’adore l’astronomie. Aller à la campagne, loin de tout, et regarder les étoiles avec une simple jumelle, ça donne le vertige. On se rend compte à quel point l’humanité et ses problèmes, la Terre et même notre galaxie sont insignifiants, perdus dans l’Univers.

Deadale : Pareil. Je trouve l’espace, l’astronomie, la cosmologie, etc. fascinants. Il suffit juste de lever la tête, de regarder les étoiles, d’essayer de concevoir l’existence de tout un tas de phénomènes dans notre petit cerveau d’humain (trou noir, pulsars, supernova, trou de ver, big bang, etc.)… ça donne le tournis ! Finalement, pas besoin de science-fiction pour s’évader !

Comment avez-vous appréhendé le lien entre l’histoire racontée et la musique ? Est-ce que l’un des deux a guidé l’autre, ou les deux se sont nourries mutuellement ? Aviez-vous déjà des expériences en musique de film ?

Velhon et moi écoutons beaucoup de musique instrumentale. Si je devais faire un mauvais jeu de mots, je dirais que c’est un style qui nous parle [rires]. Pour ma part, j’ai des images en tête lorsque j’en écoute. On pourrait faire un parallèle avec les musiques de film que tu évoques car, finalement, c’est très cinématographique tout cela, sauf qu’on crée le film dans notre tête. En revanche, même si nous écoutons des BO, nous n’avons aucune expérience dans le milieu. Pour l’album, chacun s’est inspiré des idées de l’autre. Un thème, un riff, un son, un sample, peut évoquer une image. Il suffisait ensuite de dérouler le fil(m). Parfois, c’était l’inverse : nous avions un titre ou une idée d’ambiance à retranscrire et nous composions en fonction. Tout s’est fait ensuite à travers des échanges réguliers sur internet. Nous nous envoyons des idées, nous discutons énormément.

« J’ai l’impression qu’aujourd’hui, globalement, la musique se repose souvent sur ses acquis techniques et ne fait plus l’effort d’élaborer des mélodies chiadées et des progressions intéressantes. »

Quelles références cinématographiques ou littéraires vous ont inspirés ? Quelles ont été vous inspirations musicales ?

Alors, nos références sont à chercher un peu partout. Il y a pas mal de films ou de dessins animés qui nous ont marqués, pour la plupart qui ont bercé notre enfance : Star Wars, Alien, Starship Troopers, E.T. L’Extraterrestre, Rencontre Du 3e Type, Coherence, Gravity, Interstellar, Total Recall, Jayce Et Les Conquérants De La Lumière, Ulysse 31, Cosmocats, Il Etait Une Fois L’Espace, etc. Il y a aussi les vieux jeux vidéo car ils compensaient parfois les limites technologiques des graphismes par des univers musicaux géniaux ! Niveau littérature, j’affectionne tout particulièrement Les Cantos d’Hypérion, Ilium/Olympos de l’écrivain Dan Simmons… Mais j’ai encore pas mal de lacunes dans le domaine. Et puis, le côté illustration rétro, les peintures représentant des scènes grandioses, les vaisseaux aux designs naïfs des années 50, les œuvres de Manchu, Druillet, Di Fate, etc. Tout ça nous inspirait énormément et nous avons voulu le reproduire à travers le travail de l’illustrateur Stan W. Decker. Lorsqu’on pense à Etrange, les images que l’on a en tête sont un mélange de tout cela. Concernant nos inspirations musicales, elles sont à chercher du côté du heavy, thrash, black, death, prog, musique classique, musiques de film, de jeux vidéo, etc. Bref ! Tout un tas de trucs différents mais avec une bonne base metal.

Velhon : Nous avons grandi tous les deux dans les années 80, l’âge d’or de la SF au cinéma et à la TV. Mais si je devais retenir une seule référence cinématographique, ce serait Interstellar : ce film a pas mal de points communs avec notre musique. Il est captivant, épique, parfois naïf, avec une influence kitch assumée – le design des robots vs certains sons de leads claviers [rires]. Me concernant, je suis surtout sensible aux visuels, les peintures de Di Fate, etc., celles que l’on retrouvait sur tous les bouquins de poche d’Asimov, K. Dick, etc. Les années 80 c’est également le grand essor du jeu vidéo avec les consoles 8-bit. Comme Deadale, je suis fasciné par les thèmes musicaux des jeux de cette période, qui devaient impérativement captiver par des mélodies et des rythmiques accrocheuses puisque techniquement ils ne pouvaient pas produire de sons riches et réalistes. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, globalement, la musique se repose souvent sur ses acquis techniques et ne fait plus l’effort d’élaborer des mélodies chiadées et des progressions intéressantes, ce sont la qualité des samples et la richesse des drumkit qui font les morceaux. Alors que dans les années 80, l’arrivée des synthétiseurs avait stimulé dans tous les sens la créativité des artistes. Aujourd’hui ils les ont rendus complètement oisifs. Avec Etrange, nous avons voulu écrire la musique que nous aimerions entendre, tout simplement. Nous avons donc tenté de remettre au centre le mouvement, la progression rythmique et le travail des mélodies.

Combien de temps cela vous a pris pour réaliser ce projet ?

Notre premier album nous a pris deux années de bout en bout. Ça reste un projet de passionnés, nous avons aussi une vie professionnelle et une famille, donc nous avançons sur Etrange dès que nous avons du temps.

Avez-vous tout réalisé vous-mêmes ? En autoproduction ? Comment avez-vous géré le travail à distance ?

Effectivement tout est fait maison ! Grâce à l’informatique d’aujourd’hui, tous les outils permettant une qualité professionnelle sont accessibles au commun des mortels, même si cela représente un certain coût pour un particulier, et bien évidemment une quantité de travail considérable. Nous avons fait appel au talentueux Stan W. Decker pour l’illustration, son travail remarquable est réputé dans la scène métal et c’est un artiste français, il collait donc parfaitement à la personne que nous recherchions. Le travail à distance s’est fait naturellement : nous nous envoyons des idées de riffs, d’arrangements, etc. Je monte les maquettes avec tout ça, puis nous affinons le résultat global au fur et à mesure. Une fois que nous sommes OK, Deadale enregistre toutes les guitares et les basses, et de mon côté j’intègre tout ça, je peaufine les claviers, les orchestrations, les arrangements, les drums, etc. Puis je mixe, et je fais un pré-master sur la piste pour avoir une vision à peu près juste du rendu final. Une fois toutes les pistes travaillées de la sorte et assemblées, on a fait un mastering final, en bonne et due forme. Le son est un sujet important pour nous. Il faut sonner juste par rapport aux productions actuelles, ce qui implique un volume apparent élevé (loudness war…), mais il était impensable d’avoir une production ultra compressée, avec une basse noyée et ultra saturée et une batterie massive sur les passages épiques mais qui sonne horriblement synthétique sur les plans calmes. Il fallait que tout soit limpide, ample, clair mais puissant, avec de la nuance, du naturel et de la dynamique. Je pense que nous avons trouvé un bon équilibre, ça respire tout en ayant de l’impact, et ça sonne vrai, et non pas surproduit.

Quelle est l’ambition donnée au projet ? Est-ce qu’il s’agira uniquement d’un album ? Des prestations live sont-elles envisagées ?

Deadale : Notre ambition première est de nous faire plaisir, composer la musique qui nous plaît et en laisser une trace physique. Comme Velhon le soulignait, notre méthode de travail en duo est idéale pour conjuguer entre la distance, nos vies privées, professionnelles et la passion. En revanche, ce n’est pas compatible avec du live.

« Nous avons pris le parti de rayer l’homme de l’équation pour nous concentrer sur la machine et l’IA, qui pourraient avoir une place importante dans un avenir plus ou moins proche. En tout cas, dans celui d’Etrange. »

Quels sont vos autres projets musicaux ? Quel est votre background musical ?

J’ai commencé la guitare au lycée et, avec des potes, j’ai rapidement monté un groupe de thrash au doux nom de Dead Squirrel. Vers l’âge de vingt ans, j’ai pris le poste de bassiste dans le groupe Psytronix qui proposait un metal à la Megadeth, période Youthanasia. Quand j’ai quitté le groupe en 2003, je me suis lancé en amateur dans la MAO, en créant mon petit home studio pour continuer la musique dans mon coin. Avec mon frère, nous avons monté un groupe de « rural death » délire à cette même époque : Invocate The Butcher. Nous sortons des trucs de temps en temps. En 2012, j’ai intégré le groupe de death technique Architect Of Seth et sorti un album en 2013. Aujourd’hui, je consacre mon temps libre à Etrange.

Velhon : Je n’ai jamais participé à un projet musical avec d’autres personnes. J’ai toujours composé et enregistré de la musique dans mon coin. J’ai une formation piano classique assez modeste, je suis autant influencé par les bandes originales, la musique classique (Bach, Vivaldi, Debussy pour citer mes préférés), que par le metal au travers du black (Thorns, Arcturus, Dimmu Borgir, Cradle Of Filth, Emperor, Sirius, Immortal), le death (Necrophagist, Nile, Septicflesh) et bien évidemment le prog (Transatlantic, Pain Of Salvation, Symphony X, Dream Theater, Haken, et tellement d’autres encore). J’adore aussi la musique des années 80, toute mon enfance, qui connaît depuis quelques années un revival au travers de la synthwave.

Quels sont les rêves que vous aimeriez atteindre, puisque vous dédiez votre album à ceux qui ont des rêves ?

Deadale : Nous faire plaisir en créant la musique qui nous plaît est déjà un rêve en soi. La partager en est un autre. J’espère que nous continuerons dans cette lancée.

Velhon : Réussir à trouver le temps de construire plusieurs albums autour d’un même concept, ce serait un petit aboutissement dans nos vies, et une quête perpétuelle vers la musique que nous aimerions entendre. La cerise sur le gâteau serait que notre travail trouve écho également dans les oreilles d’autres personnes.

Quel parallèle faites-vous entre l’histoire racontée et la réalité de la situation de notre planète ?

Deadale : La situation racontée dans l’album, à savoir la Terre qui se meurt, n’est à prendre que comme point de départ de notre histoire. Nous n’avons pas la prétention de faire un quelconque parallèle, de juger ou de donner des leçons sur les actions humaines. La seule chose dont on peut être sûr, c’est que l’Univers continuera son bonhomme de chemin, avec ou sans nous. Mais je pense qu’il y a tout de même un message d’espoir dans notre histoire : un voyage vers l’inconnu est souvent signe de nouveau départ, de quête initiatique.

N’est-ce pas ironique finalement que les espoirs des humains reposent sur une machine avec une intelligence artificielle ? Une machine qui est à la recherche du sens de sa mission et de sa destinée, comme les humains finalement…

Totalement. C’est même extrêmement naïf, si je puis dire, car on se doute que l’être humain serait prêt à tout pour survivre : par exemple en envoyant une sonde avec LUI à l’intérieur pour coloniser une autre planète, si possible. Nous avons pris le parti de rayer l’homme de l’équation pour nous concentrer sur la machine et l’IA, qui pourraient avoir une place importante dans un avenir plus ou moins proche. En tout cas, dans celui d’Etrange. Seule, perdue face à l’immensité du cosmos, que peut ressentir cette chose dotée d’intelligence ? Si tant est qu’elle puisse ressentir quelque chose. L’album éponyme raconte simplement le voyage d’un point A, la Terre, à un point B, une exoplanète. C’est une histoire basique mais, si la musique qui la raconte produit des émotions, cela veut peut-être dire qu’Etrange est le reflet de l’espèce humaine. Tu as probablement vu juste avec ta question. Toujours est-il que nous avons volontairement laissé la porte ouverte pour créer des rebondissements pour la suite de l’aventure.

On peut comprendre avec le titre final que la navette a finalement trouvé l’exoplanète recherchée. Y aura-t-il alors une suite à cette histoire ?

Velhon : Carrément, et on travaille déjà dessus ! Nous avons tellement d’idées que la seule chose qui peut nous freiner, c’est le temps libre pour mener à bien tout cela. Mais actuellement nous avons pour ambition de sortir au moins un deuxième album, qui sera naturellement la suite de l’histoire. Si on écoute bien la fin de l’album, le dénouement n’est pas forcément positif, et un grand mystère émerge sur la dernière minute. Cela annonce de nombreux rebondissements pour la suite !

Deadale : Exactement. Au moment où nous te parlons, nous pouvons te dire que le concept du prochain album est bien avancé et qu’il promet d’être intéressant. En tout cas, nous avons hâte de poursuivre cette aventure.

Interview réalisée par email le 10 novembre 2019 par Sébastien Dupuis.

Facebook officiel d’Etrange : www.facebook.com/etrangeband.



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